La Fille bien gardée - Eugène Labiche - ebook

La Fille bien gardée ebook

Eugène Labiche

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Opis

Extrait : "MARIE, fermant les rideaux de l'alcôve avec humeur : À la fin des fins, elle dort... c'est pas malheureux !... Quelle scie que les enfants !... celle-là surtout... elle est gâtée !... (S'adressant au lit.) Si t'étais à moi, va !... je t'en flanquerais de la docilité... LA BARONNE, sortant de sa chambre en toilette de bal : Marie, vous avez couché la petite ?... MARIE, gracieuse : Oui, madame... (Soulevant un coin du rideau de l'alcôve. ) Elle dort comme..."À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARANLes éditions LIGARAN proposent des versions numériques de qualité de grands livres de la littérature classique mais également des livres rares en partenariat avec la BNF. Beaucoup de soins sont apportés à ces versions ebook pour éviter les fautes que l'on trouve trop souvent dans des versions numériques de ces textes. LIGARAN propose des grands classiques dans les domaines suivants : • Livres rares• Livres libertins• Livres d'Histoire• Poésies• Première guerre mondiale• Jeunesse• Policier

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EAN : 9782335055016

©Ligaran 2015

La Fille bien gardée

COMÉDIE-VAUDEVILLE

EN UN ACTE

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du PALAIS-ROYAL, Le 6 septembre 1850.

Une chambre richement décorée et meublée ; au fond, au milieu, une alcôve dont les rideaux sont fermés ; au fond, à droite, la porte principale, ouvrant sur une antichambre, portes latérales, à droite et à gauche, au deuxième plan : celle de droite conduisant à la chambre de la baronne ; celle de gauche, à la chambre de Marie ; à droite, premier plan, une fenêtre, près de laquelle sont un guéridon et un fauteuil ; à gauche, premier plan, une cheminée avec une glace ; près de la cheminée, une toilette et un fauteuil ; à droite et à gauche, troisième plan, un petit meuble, tapis, fleurs, flambeau allumés.

Personnages

SAINT-GERMAIN, chasseur de la baronne.

ROCAMBOLE, carabinier.

LA BARONNE DE FLASQUEMONT.

BERTHE, sa fille (sept ans).

MARIE, femme de chambre.

À Paris, dans l’hôtel de la baronne.

Scène première

Marie, puis la baronne, puis Saint-Germain.

MARIE,fermant les rideaux de l’alcôve avec humeur

À la fin des fins, elle dort… c’est pas malheureux !… Quelle scie que les enfants !… celle-là surtout… elle est gâtée !… (S’adressant au lit.) Si t’étais à moi, va !… je t’en flanquerais de la docilité…

LA BARONNE,sortant de sa chambre en toilette de bal

Marie, vous avez couché la petite ?…

MARIE,gracieuse

Oui, madame… (Soulevant un coin du rideau de l’alcôve.) Elle dort comme un petit ange… voyez.

LA BARONNE,regardant

Pauvre chérubin !… est-elle jolie comme ça !…

MARIE

Ah ! et bonne ! et douce ! je le disais encore tout à l’heure…

LA BARONNE,lui envoyant des baisers

Dors, chère enfant !… dors bien, ma petite Berthe !…

MARIE,envoyant aussi des baisers

Oui, dors bien, pauvre petit agneau !

LA BARONNE,mettant ses bracelets

Elle est un peu souffrante aujourd’hui… Ah ! je suis contrariée… Cette soirée à laquelle je ne puis me dispenser d’aller… quel ennui !

SAINT-GERMAIN,en grande livrée de chasseur, paraissant à la porte d’entrée

Madame la baronne est attelée !…

Il tousse.

LA BARONNE

Comment, je suis attelée ?

SAINT-GERMAIN

Pardon, je veux dire : la voiture… (Il tousse.) de madame la baronne est… (Il tousse, à part.) Cré nom !

MARIE,à Saint-Germain

Toussez donc plus bas !… vous allez réveiller mademoiselle…

LA BARONNE

En effet, qu’avez-vous donc, Saint-Germain ?…

SAINT-GERMAIN

Madame la baronne m’honore… c’est les bronches.

LA BARONNE,indiquant la fenêtre ouverte

Et vous restez là, entre deux airs ?…

Elle va à sa toilette.

SAINT-GERMAIN

Madame m’honore.

On entend sous la fenêtre la musique bruyante d’un quadrille.

LA BARONNE,se retournant

Hein ?

MARIE

C’est encore la musique de ce vilain bal public…

SAINT-GERMAIN,à part

Ça fait trois airs.

La musique continue, Marie et Saint-Germain marquent machinalement la mesure du quadrille par un mouvement de tête et de hanches.

LA BARONNE

Ah ! oui… n’appelle-t-on pas ça le bal Mabille ?… charmant établissement, qui est venu se placer juste sous les fenêtres de mon hôtel… et qui me forcera à déménager. (À Saint-Germain, qui s’arrête tout à coup dans sa cadence.) Mais, Saint-Germain, fermez donc cette fenêtre…

Marie court à la fenêtre.

SAINT-GERMAIN

J’y songeais…

MARIE,apercevant la cage et la prenant

Ah ! mon Dieu ! et la perruche que j’ai oublié de rentrer !…

Elle donne la cage à Saint-Germain et ferme la fenêtre.

SAINT-GERMAIN

Me sera-t-il permis de donner un conseil à madame la baronne, relativement à cet oiseau des salons ?

LA BARONNE

Qu’est-ce que c’est ?

SAINT-GERMAIN

Si j’étais madame la baronne, je ne suspendrais plus ma perruche au-dessus de cet établissement public…

LA BARONNE

Pourquoi ?…

SAINT-GERMAIN

Elle y apprend des locutions… à faire rougir Cambronne… qui pourtant n’était pas chipie !…

LA BARONNE

Comment !…

SAINT-GERMAIN

AIR : Depuis longtemps j’aimais Adèle.

Hier, poliment je la questionne :
« As-tu déjeuné, mon Jacquot ? »
Elle me répond… mais d’vant m’am’la baronne,
Je n’os’rai pas redir’ce vilain mot…
LA BARONNE

Quel mot ? parlez…

SAINT-GERMAIN

Oh ! jamais !

LA BARONNE

Je l’ordonne !

SAINT-GERMAIN
Madam’l’exige… Eh bien, à cet oiseau,
J’demande : « As-tu déjeuné, ma mignonne ? »
Ell’me répond… : « Oui, oui, oui, vieux chameau ! »
Ell’m’a traité, madame de vieux chameau !
LA BARONNE et MARIE

Oh ! l’horreur !

LA BARONNE

Demain, nous lui chercherons une autre place (saint-Germain la pose à gauche sur un meuble.) Pauvre petite bête ! j’y tiens ! je ne la donnerais pas pour dix louis… c’est le dernier présent de mon mari, feu M. le baron de Flasque-mont (Saint-Germain soulève son chapeau.), chevalier de Saint-Louis (Même jeu.), commandeur de l’ordre de Ferdinand (Même jeu.), grand cordon de Westphalie.

SAINT-GERMAIN,même jeu et à part

C’est ça qui use les chapeaux.

LA BARONNE,continuant

Et marguillier honoraire de Saint-Jean-de-Latran… à Rome !

SAINT-GERMAIN

Oh !…

Il se découvre tout à fait et s’incline.

LA BARONNE

Très bien… j’aime ces témoignages de respect…

SAINT-GERMAIN

Quand il s’agit de rendre hommage… (Il tousse, à part.) Cré nom !…

LA BARONNE

Ce pauvre Saint-Germain !… Vous avez là une bien mauvaise toux.

SAINT-GERMAIN

Madame, m’honore… ça se passera cette nuit…

LA BARONNE

Cette nuit ! en restant jusqu’à quatre ou cinq heures du matin dans un vestibule ouvert à tous les vents !… il n’en faudrait pas davantage pour attraper une bonne fluxion de poitrine…

SAINT-GERMAIN

C’est madame qui l’est, bonne… de poitrine…

LA BARONNE

Je me passerai de vous ce soir… Joseph vous remplacera. Quant à vous, Marie… Comment ! vous voilà encore à coudre, à l’heure qu’il est ?

MARIE

Madame sait bien que je n’aime pas à me croiser les bras…

Saint-Germain décroise vivement ses bras et se jette après un fauteuil qu’il frotte avec acharnement.

LA BARONNE

Vous aussi, Saint-Germain ? laissez cela…

SAINT-GERMAIN,résistant

Non, madame ! non, madame !

LA BARONNE

Assez !… je le veux !… Allez vous reposer tout de suite…

SAINT-GERMAIN

Ah ! madame, quand on ne travaille pas, le pain qu’on mange est bien amer !…

LA BARONNE,à part

Pauvre garçon ! quelle noblesse de sentiments ! (Haut.) Marie… rentrez aussi… je l’exige…

MARIE

C’est pour obéir à madame la baronne.

LA BARONNE