La faction des ennuyés - Auguste Jal - ebook

La faction des ennuyés ebook

Auguste Jal

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Opis

Extrait : "Le plus terrible, la plus cruelle, la plus dangereuse, la plus violente des factions qui s'agitent à la surface de la société parisienne ! Ne riez point ; car il n'y a pas de quoi rire, je vous assure. Vous vous accommoderez avec toutes les factions politiques, si vous renoncez à l'ambition de gouverner le pays, si vous vous condamnez à ne pas discuter les droits, la force, les intentions et le mérite des partis ; si vous payez bien vos contributions, quelque..."À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARANLes éditions LIGARAN proposent des versions numériques de qualité de grands livres de la littérature classique mais également des livres rares en partenariat avec la BNF. Beaucoup de soins sont apportés à ces versions ebook pour éviter les fautes que l'on trouve trop souvent dans des versions numériques de ces textes. LIGARAN propose des grands classiques dans les domaines suivants : • Livres rares• Livres libertins• Livres d'Histoire• Poésies• Première guerre mondiale• Jeunesse• Policier

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Note de l’éditeur

Paris, ou le Livre des Cent-et-Un publié en quinze volumes chez Ladvocat de 1831 à 1834, constitue une des premières initiatives éditoriales majeures de la « littérature panoramique », selon l’expression du philosophe Walter Benjamin, très en vogue au XIXe siècle. Cent un contributeurs, célèbres pour certains, moins connus pour d’autres, appartenant tous au paysage littéraire et mondain de l’époque, ont écrit ces textes pour venir en aide à leur éditeur qui faisait face à d'importantes difficultés financières… Ainsi ont-ils constitué une fresque unique qui offre un véritable « Paris kaléidoscopique ».

Le présent ouvrage a été sélectionné parmi les textes publiés dans Paris ou le Livre des Cent-et-Un. De nombreux titres de cette fresque sont disponibles auprès de la majorité des librairies en ligne.

La faction des ennuyés

La plus terrible, la plus cruelle, la plus dangereuse, la plus violente des factions qui s’agitent à la surface de la société parisienne !

Ne riez point ; car il n’y a pas de quoi rire, je vous assure.

Vous vous accommoderez avec toutes les factions politiques, si vous renoncez à l’ambition de gouverner le pays, si vous vous condamnez à ne pas discuter les droits, la force, les intentions et le mérite des partis ; si vous payez bien vos contributions, quelque système qui les réclame. Comme vous ne serez gênant pour personne, personne ne vous attaquera ; vous glisserez entre la république américaine, la république renouvelée de 1791, le napoléonisme, l’henriquinquisme, l’opposition, la doctrine, la royauté des Tuileries, le programme de l’hôtel-de-ville ; vous passerez au milieu de tout cela sans coudoyer une opinion, sans heurter une idée, parce que vous vous serez fait prudemment bien mince, bien petit, bien souple, bien adroit.

Vous vivrez en paix avec toutes les factions religieuses, si vous avez assez de bon sens pour vous abstenir de controverses sur des principes que les sectaires ne comprennent pas plus que vous, sur des symboles, des mythes qui valent la peine d’être examinés, mais qui ne valent pas assurément qu’on se tourmente un quart-d’heure, qu’on s’irrite, qu’on s’arrache un cheveu de la tête, ou une goutte de sang de la veine.

Si vous n’êtes pas trop entêté (et un homme sage ne doit point avoir d’entêtement pour une idée d’art) ; si, dis-je, vous n’êtes pas trop entêté de Racine ou de Goëthe, vous vivrez bien, ou au moins politiquement, avec toutes les factions de la littérature. Les classiques vous passeront votre tendance au romantisme, à condition que vous reconnaîtrez que la perfection se rencontre aussi quelquefois chez Corneille et Racine ; les romantiques vous pardonneront Britannicus, les Horaces et Phèdre, à condition que vous leur concéderez la moitié de Shakespeare, et les très belles parties de Hugo, de de Vigny et de Dumas.

Les partisans de Ingres ne transigent guère ; les imitateurs de Delacroix ne font pas davantage l’abandon de leurs principes : mais enfin vous pourrez rester en paix avec ces deux factions extrêmes de la peinture, en faisant comprendre aux descendants du descendant de Raphaël, que, pour aimer la couleur, l’énergie, la chaleur, l’originalité, la vie passionnée dans les œuvres du pinceau, vous ne faites pas mépris du dessin ; et vous leur donnerez pour preuve que vous admirez les belles improvisations que la plume libre d’Eugène Delacroix produit avec tant de bonheur, le soir, dans une causerie d’amis, sur le revers d’une lettre, sur le livre de marché de votre cuisinière, sur une carte de visite, sur un billet de garde ; vous leur direz que vous aimez cela justement parce que vous aimez Michel-Ange, parce que vous aimez le beau style, la noblesse, le grand caractère du dessin de Raphaël. Les ingristes finiront par vous permettre la couleur et l’effet, si vous prenez la peine de leur démontrer que vous n’êtes pas aveugle aux beautés des maîtres qui ont dessiné plus que coloré. De ce côté-là, je suis encore assez tranquille.