Flic et gilet jaune - Laurent Cassiau-Haurie - ebook

Flic et gilet jaune ebook

Laurent Cassiau-Haurie

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Opis

Laurent Cassiau-Haurie revient, après La Police m'a tué, et plonge au coeur de l'actualité socio-politique française en retraçant le parcours mouvement des gilets jaunes.

L’auteur, flic de son état, victime des travers de son administration, raconte la suite de son premier livre LA POLICE M’A TUÉ. C’est en toute logique, mais aussi par nature et tempérament qu’il a rejoint les gilets jaunes. Placé des deux côtés de la révolte, partageant les raisons et le cœur des mécontentements, il analyse et donne son sentiment sur ce mouvement mais aussi sur l’institution policière décriée, avec le recul et l’expérience acquise après 35 ans de carrière et d’épreuves. Ce livre est un cri du cœur et un appel au retour des valeurs modestes, simples et de bon sens.

Tout ce qu’on a vu, entendu et cru s’éloigne peu à peu, devant les nouveaux paradigmes sociétaux et dogmes économiques. Certes, ils étaient déjà présents mais ne s’imposaient pas comme des évidences. À balayer le pays, la nation, le passé et son identité, on joue avec le feu. À mentir et manipuler, on dissout la parole publique déjà fortement décrédibilisée. À cantonner le débat, le réduire au silence, caricaturer les oppositions, dénaturer les propos, on fabrique de la frustration et de l’aigreur. Il est des moments où l’on ne peut plus se taire, ne rien dire, ne plus attendre. C’est l’avis d’un flic et d’un gilet jaune qui tente d’assumer ses idées en toute cohérence.

L'ancien policier reprend l'histoire tumultueuse des Gilets Jaunes et le resitue dans l'actualité sociale et politique de la France. Un témoignage instructif qui rend compte des sentiments d'un nombre de français.

EXTRAIT

L’embourgeoisement des métropoles françaises, c’est-à-dire la concentration d’emplois de niveau plus élevé que partout ailleurs, qui a donné boboland, a favorisé l’émergence sur leur territoire géographique d’un modèle sociétal relativement éloigné du modèle égalitaire et républicain traditionnel. Ces aires économiques de plus en plus mondialisées se nourrissent de principes multiculturels et bien souvent communautaristes, en parfaite concordance avec la doxa philosophique européenne. Pendant ce temps, les véritables territoires perdus que sont les petites bourgades aux moyennes villes, la campagne se meurent tranquillement dans une indifférence générale. 

CE QU'EN DIT LA CRITIQUE

A propos du tome 1 La Police m'a tué :

-"Nous vous invitons fortement à lire La police m’a tué de Laurent Cassiau-Haurie, car ces témoignages, à visage découvert, de policiers sont très rares." Breizh-info

À PROPOS DE L'AUTEUR

CASSIAU-HAURIE Laurent, âgé de 55 ans, est entré dans la Police en 1984. Premier poste à EVRY puis au sein de la PJ d’AJACCIO et de VERSAILLES. Il revient en Sécurité Publique lors de son retour sur BORDEAUX où il va intégrer de nombreux services bordelais et la direction de plusieurs brigades et unités judiciaires : AUTO, VIOLENCES, CRIME, Economie Souterraine.
Il participe activement au GIR de SARKO et à la ZSP de VALLS, sans oublier un intermède de deux ans à l’Ambassade d’ALGER. Actuellement Commandant de Police au sein de la Police bordelaise, cet Officier a subi une vague de bêtise, jalousie et amertume de la part d’une hiérarchie aveugle et incompétente au départ de son précédent Directeur, en 2014. Malgré une carrière riche, variée et exemplaire, cet Officier n’a pu échapper aux tenailles d’une administration représentée par des décideurs indignes le conduisant à une placardisation en bonne et due forme après de nombreuses tentatives de nuisances en tout genre.

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Laurent CASSIAU-HAURIE

Pour qui aurait loupé le premier épisode !

M. Cassiau-Haurie Laurent, âgé´ de 56 ans, est entre´ dans la Police en 1984. Premier poste à Évry puis au sein de la PJ d’AJACCIO et de Versailles. Il revient en Sécurité´ Publique lors de son retour sur Bordeaux, où il va inte´grer de nombreux services bordelais et la direction de plusieurs brigades et unités judiciaires : AUTO, VIOLENCES, CRIME, Économie souterraine. Il participe activement au GIR de SARKO et à la ZSP de VALLS, sans oublier un intermède de deux ans à l’Ambassade d’Alger.

Actuellement Commandant de Police au sein de la Police bordelaise, cet Officier a subi une vague de bêtise, jalousie et amertume de la part d’une hiérarchie aveugle et incompétente au départ de son précédent Directeur, en 2014. Malgré´ une carrière riche, varie´e et exemplaire, cet Officier n’a pu échapper aux tenailles d’une administration représentée par des décideurs indignes, le conduisant à une placardisation en bonne et due forme après de nombreuses tentatives de nuisances en tout genre.

C’est au travers de son cas, mis au rebut à 53 ans, qu’il décrit puis détaille les méandres d’une profession dont il décline l’ensemble des problèmes auxquels elle est confronte´e dans un silence savamment entretenu.

Les freins et blocages sont méticuleusement et techniquement décortiqués, car ponctués d’exemples précis. Fil conducteur de son propos, il indique que la délinquance moyenne notamment, n’est plus traitée à sa juste valeur, voire abandonnée en raison de difficultés administratives, juridiques et d’une mentalité´ peu à peu empreinte de découragement néfaste, sous couvert d’une philosophie moderne, mais injuste.

L’obligation de réserve est transgressée, mais justement argumentée par M. Cassiau-Haurie qui ne craint pas les retours administratifs, certain d’être dans son bon droit au service d’une cause juste.

« Ne combats jamais un homme qui n’a rien à perdre. »Baltasar GRACIAN (Philosophe 1601-1658)

Prologue

J’étais certain de ne pas tenter l’épreuve une deuxième fois. Et pourtant, il me fallait bien tromper un certain ennui. Viré du boulot, en préretraite forcée, même si les rendez-vous médias web, quelques passages dans des librairies ou grandes enseignes dites culturelles intervenaient sporadiquement, je ne me résignais pas au repos cérébral imposé par mon administration. Je savais que j’allais passer pour un con auprès de ceux auxquels j’avais répondu que l’écriture ne m’intéressait pas, en tout cas au point de renouveler l’expérience. Sauf à endosser le rôle de lanceur d’alerte auquel j’avais joint mon amertume, ma tristesse et ma rage. J’étais donc certain d’être l’auteur d’un unique livre. L’envie, un sujet hors norme, une motivation contre la morosité pouvant virer à la neurasthénie, il ne m’en fallait pas plus. Il faut toujours se méfier dans la vie, notamment de soi. Bon, il n’y a rien de malsain à cela, après tout, je me faisais un deuxième bouquin, je n’avais pas trahi, je me suis seulement trompé, de bonne foi. Il est vrai que la crise des Gilets jaunes a sérieusement secoué le pays pour celui qui s’intéresse au devenir politique de notre nation. Les perspectives de ce deuxième ouvrage étaient totalement imprévues puisque l’actualité m’y avait finalement poussé. Au travers de mes mésaventures professionnelles et de l’ensemble des problématiques évoquées dans La Police M’a Tué, j’y avais vu quelques similitudes avec une partie des raisons de la colère du peuple d’en bas. Pas vis-à-vis de l’échelle sociale, celle de l’échelle du travail, les smicards en gros. Pas les revendications salariales, mais tout ce qui a moralement justifié une telle éruption salvatrice ou destructrice. Voilà que je les faisais se rencontrer dans ce livre.

Je vous avais laissé alors que je me morfondais dans mon bureau à tuer le temps, ayant décidé de me braquer contre l’administration au travers de ses cinq représentants peu glorieux, rassemblés au sein de la famille Dalton. Il me fallait également vous raconter la suite – elle mérite à elle seule peut-être ce second livre – sur les conseils de certains de mes amis et relations avisées ou pas. On avait atteint le fond, croyais-je ? Non, non, la bande des cinq continuait de creuser encore et encore.

Convaincu par ces suggestions à poursuivre l’expérience littéraire, je me muais finalement en auteur de saga dont le présent constituerait le second opus d’une histoire somme toute banale, même si elle recelait de plus profonds sujets de réflexion, en vérité.

Puis après tout, il fallait bien que je m’occupasse (j’écris comme Chateaubriand maintenant !), que je donne quelques nourritures à ce cerveau au repos depuis déjà trois ans. Trois ans à ne rien faire, voilà un exercice plus difficile qu’il n’y paraît et contre lequel je m’étais toujours battu, notamment en Algérie, quand je n’avais pas voulu prolonger mon contrat devant la vacuité de mes obligations professionnelles, alors que je percevais plus de 8000 euros mensuels tout en dépensant moitié moins qu’en France. Je trouvais donc l’entreprise fort sympathique et quelque peu dans l’esprit qui me caractérise, à savoir un nouveau challenge qui n’est pas pour me déplaire. Serai-je capable de noircir un deuxième volume sans la hargne du désespéré, mais en combatif qui vomit ses couleuvres avalées consciencieusement et avec application ?

Je n’avais plus la même flamme certes, mais je m’étais tellement passionné pour ce premier exercice que j’en éprouvais le besoin de monter le niveau de difficulté. En effet, je dois avouer que j’avais été surpris par la facilité avec laquelle j’avais pu raconter et décrire l’épisode malheureux dont j’avais été le personnage principal puis les différentes contraintes que subissait la Police depuis une bonne trentaine d’années.

Aussi bien les recommandations de quelques personnes dépourvues d’intérêt que les derniers événements politiques et sociaux m’incitaient finalement à me jeter une nouvelle fois à l’eau. Une eau bien plus froide tant cette épreuve devait me forcer à solliciter plus encore les quelques neurones qui n’avaient pas dépéri après trois ans d’inactivité. Quand on vous dit que le chômage tue... On entrait dorénavant dans la catégorie dite « essai », alors que le premier bouquin n’avait été qu’un pur « témoignage » agrémenté de quelques réflexions pragmatiques et techniques d’un vieux flic dégoûté du système et des hommes. Enfin des hommes, des individus censés exercer une profession regroupant un certain nombre de qualités et valeurs que bien d’autres corporations nous envient. J’avais eu droit à un beau feu d’artifice final de bassesse et de médiocrité pour lequel je me devais quand même de raconter les derniers déroulements et l’issue. On n’aura guère évolué des bas-fonds intellectuels et moraux dans lesquels semble se complaire l’élite policière qui nous commande. Chargée de se protéger, elle excelle dans la fuite en avant consolidée par un système verrouillé et faussement bienveillant. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

C’est en essayant de décrypter, comme beaucoup, la crise des Gilets jaunes que je saisissais l’occasion d’y voir très modestement, un parallèle, en tout cas le miroir grossissant des crises populaires, la mienne, les leurs, de tous, de cette société française en pleine période d’hystérie. Nombreux sont les points communs entre les tracas quotidiens, les problématiques dénoncées par chacun et l’ensemble des revendications de cette troupe populaire, apolitique et transpartisane, en tout cas lors des premiers mois.

J’y voyais donc le sujet, le fil conducteur et les éléments d’écriture qui pourraient alimenter ce second livre. Ce qui finissait de me convaincre de sortir de cet ennui destructeur, de cette névrose, pour les convertir en réflexions écrites et structurées. Alors, on ne va pas se la jouer intello, je vous le dis tout de suite. On va faire simple et honnête. Existe-t-il dans la Police des motifs à rejoindre les Gilets jaunes ? Les thèmes évoqués sont-ils de nature à rassembler les policiers derrière la bannière jaune ? On va reprendre quelques-unes des revendications, les mettre en parallèle avec certaines des contraintes policières, les coller les unes aux autres, les comparer, les jauger et les analyser modestement.

Une première partie, consacrée au résumé des derniers événements administratifs et judiciaires me concernant, avant de ruisseler sur l’une des crises sociales les plus inédites, incroyables et surprenantes de la cinquième république. Alors que des parallèles existent avec la Police, son fonctionnement, son emploi, ses doctrines et son évolution. Pourquoi n’a-t-elle pas rejoint les Gilets jaunes ? Plusieurs pistes de réflexion me viennent à l’esprit, il me fallait les coucher sur le papier.

Attention, j’ai bien dit modestement, au niveau terrain de jeux, pas perché dans les étoiles ! Ici, pas de production gratuite de raisonnements fumeux, intellectuellement et culturellement tordus, compliqués, en somme inaccessibles. On ne se la pète pas, une démonstration cérébrale d’un simple Français. Halte-là, les idéologies et constructions manipulatrices nauséabondes, utopiques ou dévastatrices sorties des cervelles polluées de l’intelligentsia aristocratique, mais loin du ressenti populaire ou de l’expérience de terrain. On va parler concret, ce que l’on constate, ce qu’on ne comprend pas, pourquoi nous a-t-on emmené là ? Je n’ai pas de solutions, encore que dénoncer les dérives d’une certaine machination consiste en partie à produire les solutions inscrites dans l’énoncé, c’est évident. Il me faut les détailler pour bien expliquer l’inexplicable, l’incompréhension en fait. Vaste programme, et quelle ambition... On verra à la fin si j’ai rempli mes objectifs de ne pas ennuyer le lecteur, au mieux de l’intéresser. S’il se reconnaît dans le verbiage et les énoncés d’un flic et enquêteur de terrain, j’aurai atteint mon Graal philosophique et intellectuel. Bon allez, on se calme, on y va...

I

PRÉPARATION ET SORTIE DE

« La Police M’a Tué »

1 - Pitoyables

Je précise à tout bon lecteur qui se respecte qu’il serait souhaitable d’avoir lu ce fameux premier livre, pour bien intégrer la suite. Mais je ne vous y oblige pas, comme vous voudrez, vous êtes prévenus. Non ce n’est pas commercial, logique, tout bêtement. Je n’ai pas la prétention de savoir écrire, au point de résumer mon premier témoignage de 300 pages, sans indisposer mes premiers lecteurs, ou laisser les nouveaux dans un effort intellectuel imposé par la méconnaissance des sujets et thématiques abordés. Après tout, z’ont qu’à acheter le premier... et merde alors.

J’errais dans mon bureau, dans les couloirs, auprès de mes collègues sympas, préférés ou disposés à partager le café ou les commentaires de l’actualité nationale et sportive. Je n’assistais plus aux réunions insipides du matin, vides de sens et d’objets, lénifiantes et tellement représentatives de la philosophie policière bordelaise des années 2016 et 2017. John Dalton et son petit frère Jo avaient fini par imposer leur attentisme aux jeunes collègues dépassés, aux Officiers serviles qui le leur rendaient bien.

Cela ne m’intéressait plus, ce n’était plus mon monde. Je me serais retrouvé au milieu de la crasse, de la petitesse d’esprit et de l’inutilité portée aux nues. Aucun regret et je m’en portais très bien. Je mettais de côté les Brigadiers Chefs et autres Majors, jeunes chefs de groupe qui n’y pouvaient rien et subissaient ces parodies de réunionnite aiguë, sans saveur et sans autre objectif que de conforter et sublimer la parole divine de la hiérarchie, trop lointaine du métier de flic et des préoccupations de la population en matière de sécurité.

On attendait que je m’en aille, mais devant l’absence de perspectives de la part de cette administration vérolée et inhumaine, je devais continuer à expier mes fautes. Aucune de mes demandes de mutation ne trouvait grâce à leurs yeux, trop âgé, trop sulfureux, trop caractériel, trop tout... Enfin je pense, personne n’est venu me le dire.

Je ne voulais plus faire partie de ce système prônant la médiocrité et la flatterie. Qu’est-ce que j’étais bien, j’écrivais ce premier bouquin tranquillement, mais avec une foi inébranlable, à l’image de certains dossiers judiciaires, sûr de mon fait. Une mission, un challenge, un sacerdoce que je m’étais imposé pour tuer l’ennui afin de le rendre plus doucereux, plus délicieux. Une heure et demie par jour d’écriture pendant deux mois me suffisait à rendre un vomi thérapo-psycholo instructif à peu près présentable aux éditeurs qui voudraient bien le lire. Quelques semaines supplémentaires pour le peaufinage, l’accouchement était prêt après les retouches finales du correcteur professionnel de l’éditeur.

À trois ans de la retraite, je me retrouvais dans une inutilité totale pour une liberté incroyable. Il faut bien dire que l’inertie d’une administration passive car coupable de ses propres turpitudes me rendait la tâche facile, trop facile. Je savourais l’attitude de mes Dalton, du moins ce qu’il en restait, John, Jo et la Ma. William étant parti dans le Limousin pour faire semblant, Averell avait poursuivi sa transparence dans le Poitou tandis que Jack avait terminé son œuvre destructrice en bénéficiant d’une retraite imméritée.

À la lecture des conclusions de l’IGPN, John se mettait de nouveau à fanfaronner m’indiquant... euh... ben en fait pas grand-chose, juste histoire de dire que l’administration rayonnait dans toute sa splendeur et son autorité. Les voies de recours étaient épuisées selon lui, je pourrai être dorénavant sanctionné. Ma note annuelle avait fort logiquement baissé, ils étaient tombés dans le piège, j’étais totalement intransférable. Ils allaient devoir me supporter complètement, tout le temps, jusqu’à la fin programmée par mes soins.

Vous m’avez humilié, vous vous êtes attaqué à ma dignité, vous avez détruit ce que j’avais patiemment construit depuis 30 ans ! Vous avez voulu me combattre, je vais vous en donner pour votre argent ! Vous allez cauchemarder, je vous le promets, je ne vous lâcherai pas. Je vais vous mettre au défi, je vais vous mettre devant vos propres tourments, vos erreurs, que dis-je vos bêtises, votre connerie érigée en totem, votre suffisance et vos certitudes. Vous faites du corporatisme de classe, de la solidarité élitiste, je serai votre opposant et votre victime tutélaire. Quel bonheur, vous m’avez offert une fin de vie administrative convenable, propre et légitime. Un de ces combats qu’on ne peut éviter car ce serait se renier. Vous cracher dessus, vous dégueuler vous-même, c’est une excellente perspective puisque tout était foutu. Il m’aurait fallu briser tous les miroirs et toutes les glaces, que je ne puisse plus jamais me regarder.

Vous vous croyez sortis d’affaire car l’IGPN vous a absous comme prévu. Mais il m’a donné des munitions supplémentaires, au contraire. Au lieu de pondre un rapport circonstancié maniant le vice, la logique et les devoirs de chacun, il a chié un amas de conclusions lénifiantes, évitant toute responsabilité, surfant sur la seule question à laquelle il ne devait pas répondre. Il n’y a pas de harcèlement, bon, OK, certes, toutefois, néanmoins, oui donc, ah c’est tout ! Ah oui, on m’avait dit qu’ils étaient cons dans certaines de leurs enquêtes, mais je ne pensais pas à ce point. Bon, donc j’ai déposé plainte au pénal, sans aucun espoir, juste histoire de leur mettre la pression, à ces prétentieux.

Je savais bien, connaissant parfaitement le fonctionnement de la justice, qu’en transférant la question sur le plan judiciaire j’allais emmerder cette institution déjà empêtrée dans ses propres contradictions. Le harcèlement étant une infraction « politique », pour faire plaisir à certains courants de pensée dits progressifs, elle emmerde tous les tribunaux de Navarre et un peu de France aussi. Ce sont des salades à régler en interne autour d’une table, mais pour ça, il faut de l’intelligence et du courage. C’est donc pour cela que ça atterrit au tribunal, car ces deux dernières qualités sont excessivement rares ; effectivement, je comprends mieux donc.

Je m’efforçais de déposer plainte le temps que le livre sorte, qu’il se soit suffisamment installé dans le paysage bordelais, voire national, espérais-je. Je n’avais toujours aucune réponse de la fameuse DRH de la Direction centrale de la Sécurité Publique, vous savez les quatre personnages caricaturaux, débordants d’empathie et d’humanisme, qui s’étaient visiblement chargés de trouver une solution administrative à cet imbroglio créé, produit et construit par cette hiérarchie solidaire dans le minable et le tordu. Je n’aurai jamais aucune réponse, ce qui tendrait à prouver, si je ne m’abuse mon cher Sherlock, la confirmation que ces services sont là pour s’autoentretenir, survivent par la seule force qu’ils ont de déclencher une problématique dont ils seraient les seuls à trouver la solution. Il faut bien entretenir le système, des carrières en dépendent.

J’emmerdais la Justice en me constituant partie civile pour harcèlement, mais il me fallait en passer par là, d’un point de vue stratégique, et aussi pour tester le système en vrai, en direct. Je me doutais qu’elle ne montrerait pas un enthousiasme débordant. Je ne pensais pas qu’elle manifesterait finalement un entêtement dans l’inaction. La Justice n’aime pas ce genre de plainte en constitution de partie civile. Elle se pense déjugée, défiée. Pensez-vous, comment ose-t-il ? Il y a déjà eu une enquête préliminaire (celle de l’IGPN), le Procureur a tranché, il n’y a pas matière à poursuivre. Effectivement, après une enquête orientée, bienveillante et virtuelle de ce service plus prompt à sévir sur la flicaille, on ne peut pas donner tort au Parquet. Sauf que les dés sont pipés dès le départ.

La Justice n’aime pas cette incrimination, disais-je, car il s’agit d’une infraction politico-sociétale inventée pour faire plaisir à des courants idéologiques, féministes notamment. Même si elle répond à une certaine demande plus liée aux mœurs et aux comportements sociaux – tout à fait légitime pour cette partie –, la plupart des harcèlements, quand ils existent réellement, devraient être traités en interne, au sein de l’entreprise et plus encore dans l’administration. Les errements des ressources humaines de ces entités n’étant plus à démontrer, on désigne la justice pour se substituer aux responsabilités de leurs décideurs et décisionnaires. Que cette société est bien malade ! Recourir à une justice surchargée pour pallier les manquements humanistes et relationnels des rapports professionnels. Je ne peux que donner raison aux Magistrats.

Et pour prouver leur résistance à percer cet abcès, cette salade interne à la Police, on me réclamait 1000 euros de caution, quand même. Je me dépêchais toutefois de régler rubis sur l’ongle. Six mois plus tard, n’ayant pas la moindre information, je me décidais à retirer la plainte, alors que nous étions fin mai 2018. Rien n’avait été fait. En pourrissant le dossier, ils espéraient ce retrait, je leur en donnais quitus.

Entretemps, comme prévu, La Police M’a Tué paraissait début avril 2018. Je m’étais amusé à entretenir un suspens à deux balles en indiquant sur Facebook sous forme de compte à rebours qu’une bombe exploserait sous peu.

Le jour J, je mettais en ligne une petite vidéo présentant le livre et son contenu. Rapidement l’information traversa le microcosme policier bordelais, plus que je ne m’y attendais puisqu’à mon arrivée le lendemain au bureau, on m’avisait qu’une réunion se déroulait à ce sujet. Mais chut, rien ne venait perturber mon nouveau quotidien. Je passais de l’Inspecteur Gadget à Enid BLYTON, dans une tranquillité suave et une sérénité inattendue. Pas de convocation, pas de demande d’explication, encore moins de remontrance...

Personne ne venait aux nouvelles, aucun membre de la Kommandantur n’osait m’approcher de peur d’attraper le virus Ebola. J’étais vraiment peinard, il m’arrivait même d’aider mes collègues quand le besoin policier s’en ressentait. Je gardais le contact judiciaire grâce aux permanences du week-end, comme raconté lors du premier livre. Quelques collègues étaient agréablement surpris, je n’oserais dire ravis. Voir un Commandant mettre la main à la pâte quand le débordement d’affaires déferlait, ou lorsque je m’occupais du ravitaillement afin de réunir tout le monde à une heure convenable pour partager un repas du midi. On me gratifiait d’un « j’étais le seul à faire cela ». Si en plus je laissais quelques prétentieux regrets, je n’allais pas m’en priver. D’autant que c’était dans ma nature et dans l’évolution des mœurs policiers, comme expliqué toujours dans le premier livre. On ne servait plus à grand-chose, si ce n’est pour un contrôle, une surveillance, du bon caporalisme pour un Commandant, quelle progression. Alors, si l’on ne sort pas de ce rôle dorénavant dévolu par l’administration, et comme expliqué auparavant, on s’emmerde rapidement et grossièrement, vulgairement. On tombe dans ce qu’il y a de plus débile et de plus abject dans les rapports humains, on régresse, on adopte les codes d’il y a cinquante ans, on recule et beaucoup s’y complaisent.

Je résistais, je n’avais plus que ça à faire dans ces derniers combats. Ma fin était proche, je l’avais décidé ainsi ; j’allais de ce fait contempler leurs réactions après la sortie du bouquin. Ils allaient encore me surprendre dans leur bassesse et leur lâcheté. C’est incroyable d’avoir des fonctionnaires haut gradés d’un tel niveau de médiocrité. Trois ans que j’attends dans un bureau, invité à partir, mais sans aucune solution de départ, aucune offre, aucune perspective, forcé à expier mes fautes virtuelles, et pas une proposition ne me venait aux oreilles. Il me fallait frapper un grand coup afin que Paris soit tenu au courant. Le seul moyen d’aviser la capitale résidait dans la parution de ce premier livre. Force est de constater que cette administration ne compte aucun organisme, aucun relais, pas de référent pour dénoncer ou expliquer une problématique. Et on se demande pourquoi il y a autant de suicides ! On se moque du monde.

Dès lors, mes journées allaient enfin être comblées, presque remplies. Je pouvais orienter la promotion du livre et le vendre aisément. C’est ainsi qu’environ une centaine de collègues allaient entrer en contact avec moi et acheter l’ouvrage. Je prenais le temps de discuter avec chacun, cela me plaisait. Je réalisais les ventes directement dans mon bureau. L’éditeur me donnait la possibilité d’acheter mes livres et ainsi d’en faire commerce, indépendamment du réseau de distribution classique. Mais je reviendrai sur le thème du monde de l’édition, que je découvrais avec ses arcanes, ses petits secrets, ses habitudes et ses filières.

Si bien que je lui en prenais une première fournée de 90, abondée rapidement de 60 et enfin 30, pour mon compte personnel, histoire d’en avoir toujours sous le coude, durant les premières semaines.

Je vendais au bureau, à une majorité de collègues, sous le manteau. D’autres policiers, entrevus quelques fois ou simplement croisés, aussi bien que de parfaits inconnus se relayèrent pendant plus de deux mois. Même certains administratifs s’y mettaient. C’était un pur délice, d’une saveur toute nouvelle, mais très particulière. Je faisais l’article et je commerçais, veillant à maximiser mes performances, bonifier mes ventes et donner une visibilité au produit : un vrai « commercial ». Quand allaient-ils intervenir ? Ils étaient bien évidemment au courant, certains s’étaient probablement portés volontaires pour les aviser de ma nouvelle orientation professionnelle, dans l’enceinte du Commissariat, au vu et au su des patrons.

Ce n’est qu’au bout de deux mois que le sieur John Dalton me demandait de lui remettre mon arme et son chargeur. Ce que je fis sans barguigner. Puis, très rapidement, je fus convoqué chez le Médecin de l’Administration. Et oui, le problème créé par eux, dans toute sa composante, perdurait grâce à leurs propres responsabilités. Devant leur inaction coupable, il ne se règlerait jamais. Mais par contre, après deux mois de parution du livre, ils se rendaient compte qu’un suicide pouvait intervenir. Enfin plutôt, un éclair de lucidité avait traversé l’esprit de l’un d’entre eux. Enfin, un éclair d’alerte pour leur carrière. Rendez-vous compte, un suicide après la parution d’un livre ! Pas bon, ça...

La Police M’a Tué, mais c’est le titre du livre... il peut passer à l’acte. Avons-nous mis la procédure en route ? Non ? Vite. Il faut le désarmer et l’envoyer chez le toubib, on n’aura rien à se reprocher administrativement. Ouf, on est tranquille maintenant, la caste est protégée.

Soucieux de soulager la conscience de mes supérieurs et respectueux de leurs avancements, je me rendais chez le Médecin à qui je vendais aussi un exemplaire du bouquin. Il fallait bien qu’il se tienne informé ce brave praticien ! Très sympa d’ailleurs, comme son autre collègue puisque je devais les rencontrer plusieurs fois, notamment dans le cadre des prolongations d’activité dès lors qu’on n’a pas atteint le quota de trimestres cotisés. On partageait les mêmes réflexions et analyses sur la gestion humaine catastrophique de cette administration par ses hiérarques. De la bêtise industrielle, provoquant des arrêts maladie (dépressions, burn-out), des conflits en pagaille reposants sur des coups de menton, des excès d’autorité, des difficultés plutôt que la recherche de solutions humaines, mesurées et compréhensives, n’excluant pas une certaine fermeté et un respect des valeurs tout de même.

Il me fallait passer par une expertise psychiatrique, c’était le processus normal. J’allais donc converser de nouveau avec un membre du corps médical, lequel m’apprit avoir lu le bouquin qu’il s’était fait prêter par le Médecin généraliste précédent. Une bonne discussion plus tard et je retournais au travail, fier d’avoir tranquillisé le parcours professionnel de mes supérieurs. On ne peut pas tout avoir, son émancipation personnelle ou le bonheur de ses chefs. Je n’ai pas eu le choix, trois ans à assouvir leurs vœux et leurs décisions, qu’elles aient été les plus absurdes et incohérentes ne rentrent pas en ligne de compte, je le rappelle.

Je ne serai jamais mis au courant des conclusions des experts médicaux, toutefois je poursuivais ma nouvelle carrière de commercial au sein même de l’institution policière. Cela m’enchantait, m’occupait et me permettait d’apprendre encore et encore. Vous verrez que ce n’est pas fini.

Je creusais Facebook et Twitter afin d’assurer la promotion du pauvre. J’avais bien compris qu’il faudrait en passer par là. Ce qui avait justifié mon inscription à ces deux réseaux sociaux quelques mois plus tôt.

Je participais à deux salons du livre et une séance dédicace très sympa dans une librairie girondine. Je multipliais les contacts journalistiques, médias et autres apprentis webmasters, chroniqueurs amateurs, télé web, radios libres... Je rentrais dans la partie marketing et j’étais quasiment seul, mais ça me plaisait. On y reviendra.

La hiérarchie me fit savoir quand même qu’une plainte avait été déposée contre moi pour Diffamations et Injures Publiques. J’acquiesçais, si ça pouvait faire de la pub pour le bouquin ! Allez-y, ne vous gênez pas, je vous en prie. J’ai dû égratigner votre ego, mais je ne vais pas vous abandonner maintenant, ne vous inquiétez pas. Allons-y pour un autre épisode judiciaire. Je venais de retirer ma plainte au pénal pour harcèlement devant l’immense torpeur de la Justice, j’allais enchaîner avec leurs doléances. Les pauvres, surnommés de chaque membre de la famille Dalton, ils se voyaient réduits à des personnages de bande dessinée sympathiques, indispensables, mais odieux, idiots et colériques. C’en était trop pour leur hégémonie intellectuelle et administrative. Nous étions vers la fin juin, soit deux mois et demi après la sortie de La Police M’a Tué, et quelque deux cent cinquante exemplaires vendus plus tard. Et puis enfin, on me faisait signer un Arrêté de suspension administrative à compter du 29 juin, sans aucune retenue de salaire. Pourquoi pas, payé pour être chez moi, c’est quand même embêtant, je ne pouvais plus faire la réclame au boulot. J’avais commencé à m’y habituer à ce nouveau job, c’était marrant et ça me plaisait. Vendre des livres, alimenter Facebook et Twitter, contacter les médias et autres centres d’intérêt... Tant pis, on ferait avec, et tout cela juste avant un week-end de permanence. Comme ils veulent, hein ? Ils me trouveront de fait un remplaçant obéissant, policé, inutile, obséquieux et prétentieux, ils ont le choix.