Ex-instit sous prozac - Anne-Colette Couturier - ebook

Ex-instit sous prozac ebook

Anne-Colette Couturier

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Opis

Fille de professeurs, c’est pleine d’enthousiasme et de conviction qu’Anne-Colette Couturier se destine au métier d’institutrice.Elle en est persuadée, c’est sa vocation ! Et ce ne sont pas quelques années d’IUFM abstraites ni les collègues désabusées et aigries qui la décourageront, qu’à cela ne tienne ! Confrontée à la réalité de son métier, forcée de sourire et dire amen à toutes les aberrations du système, Mme Couturier ne se laisse pas démonter. Elle est consciencieuse et bien décidée à exercer son métier de tout cœur, du mieux qu’elle peut.Le témoignage sans concession d’une enseignante enrôlée malgré elle dans une guerre destructrice contre le politiquement correct et les aberrations des théoriciens, le harcèlement au travail, l’ingérence de parents d’enfants rois ... A la recherche de vérité, de justice ou tout simplement d’écoute, elle n’a trouvé qu’un mur. Ce récit autobiographique n’est pas que la négation de ce que le métier d’enseignant est devenu, c’est aussi l’affirmation personnelle de ne pas vouloir cautionner cette dégradation du statut, des pensées, des pratiques. Tous les faits et paroles retranscrits sont authentiques, ni tronqués, ni édulcorés. Bienvenue dans l’univers des instits où l’ordonnance de Prozac est recommandée.Un récit autobiographique d'une institutrice motivée qui doit faire face à la réalité impitoyable de son métier !EXTRAITPremière année d’IUFM : chouette, je vais apprendre à être maîtresse ! Eh bien non, je dois potasser les grands pontes et pédagogues en vogue, Piaget, Dolto, Meirieu, Montessori et autres théoriciens… Quoi ? L’élève est au centre du système éducatif aujourd’hui, ce n’est plus le savoir ? Voilà, je n’ai pas vu la première marche et je tombe de haut. Évaporé le métier de mémé Camille, de papi, de mamie, de papa et de maman : ce n’est plus du tout ce qu’on m’avait annoncé.Dans ces cas-là, on se dit qu’on va faire plaisir aux gens qu’on a en face de soi, on va sourire et dire « oui oui bien sûr », ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Alors on patiente et on apprend l’hypocrisie, on accepte l’ABERRATION.À PROPOS DE L'AUTEURNée dans les années soixante-dix dans une famille d’enseignants, Anne-Colette Couturier est mariée et mère de deux enfants. Originaire du sud de la France, elle a exercé en tant qu’institutrice depuis les années quatre-vingt-dix jusqu’à récemment après un parcours scolaire exemplaire inspiré par sa vocation et une licence en langues.

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Anne-Colette Couturier

Ex-instit sous prozac

À mes parents et tous ceux qui m’ont soutenue.

Préface

Ce livre est l’histoire de ma carrière d’enseignante, du début à sa fin.

C’est un récit autobiographique d’une tranche de vie.

Ce livre est, je l’espère, une psychothérapie.

Ce livre est pour moi, la société actuelle dans ce qu’elle a de plus sordide.

Ce livre est un cri ultime contre l’injustice et le mépris, cri de colère.

Je n’y parle pas des bons moments, des belles rencontres, des choses positives qui me sont arrivées dans mon métier, pourtant il y en a eu, heureusement.

Je n’ai pas voulu montrer le bon côté de la profession car je n’ai plus la foi nécessaire pour en parler. Je ne conseille pas d’exercer ce métier, malgré tous les avantages que l’on peut y trouver.

Ce livre est juste la relation de mon expérience en fonction de mon caractère et de mes principes, il me permet d’insister sur les aberrations que j’ai pu voir et dont j’ai subi souvent les conséquences.

Le lecteur, qu’il soit parent, enseignant ou autre, pourra profiter de cet éclairage qui saurait être apporté, malheureusement, par bien d’autres professeurs des écoles.

Les origines

Je représente la quatrième génération d’enseignants dans ma famille… Toute une culture, une éducation inculquées depuis ma plus tendre enfance.

J’aurais dû me méfier : Camille, mon aïeule, a fini aliénée. « Bah, les aléas de la vie, me suis-je dit, ou bien une histoire de gènes un peu défaillants dans cette branche de ma famille… » Était-ce un signe ?

Mon enfance a été choyée, je ne peux pas dire le contraire. Fille unique, chouchoutée en toute occasion car longtemps attendue, je n’ai manqué de rien. Parents enseignants, évidemment.

Je vous passe une jeunesse studieuse, obéissante, travailleuse, isolée mais heureuse et équilibrée.

Je voyais au quotidien la relation que mes parents avaient avec leur métier : ma mère, enseignante en maternelle, était toujours disponible pour moi et pour toutes les tâches ménagères ; je ne me souviens pas qu’elle ait un jour ramené du travail à la maison ou fait tout un tapage à propos d’un éventuel souci au boulot. Mon père, lui, était prof de français, histoire et géographie en collège. Parfois, il corrigeait des copies à la maison, oui, mais son travail n’était pas du tout non plus chronophage. Bref, mes parents étaient deux véritables fonctionnaires comme on peut souvent l’imaginer : horaires top, vacances top, salaire top… avec, en prime, des anecdotes rigolotes sur certains cancres de la classe parfois.

Bercée dans cet environnement, quoi de plus naturel pour moi que de vouloir enseigner à mon tour ? Je l’envisageais bien : plein d’avantages dans ce métier, un statut respectable, une image agréable, une identité qui collait à mon envie de transmettre des connaissances. Plus j’avançais en âge, plus je comprenais que les enjeux étaient importants : la sécurité de l’emploi, la facilité de la vie de famille…

Je serais donc enseignante et m’en donnerais les moyens.

Au lycée, trois matières m’ont passionnée : l’anglais, la philo, la biologie. J’ai choisi la filière qui serait la plus facile pour moi pour avoir un bac +3 me permettant d’accéder (à l’époque) à l’IUFM.

Après avoir obtenu mon bac A1 (toujours à l’époque) avec mention TB (oui j’en suis encore contente car j’ai bossé comme une tarée !), je suis donc partie en fac d’anglais.

J’ai appris une montagne de choses sur la langue anglaise et la civilisation anglophone, malheureusement, cela ne m’a jamais servi à rien et ma mémoire de poisson rouge n’a pas retenu grand-chose de tout ça.

Il faut dire qu’à l’époque j’hésitais un peu entre devenir prof d’anglais ou instit. Mais, très vite, je me suis dit que je n’allais pas supporter les comportements de pré-ados boutonneux qui avaient dépassé l’âge du respect de l’enseignant. Du coup, je préférai opter pour l’âge tendre de l’enfance où tout enseignement peut être rendu merveilleux aux yeux de ces êtres baignés d’innocence…

Voilà. Les origines du choix de ma carrière étaient donc lovées dans mes gènes, dans mon admiration sans faille pour ce métier, dans la représentation si simple qui m’en avait été donnée par mes parents, dans ma motivation naïve. Ma vocation d’enseignante était déjà née lorsque j’avais donné par-ci par-là des cours de soutien à des collégiens pour me faire de l’argent de poche.

Ma voie était toute tracée, la jeune fille candide et joyeuse que j’étais se sentait prête à entrer sur le marché du travail.

La pseudo formation au concours

Pourquoi doit-on avoir un bac +3 (et maintenant +5 !) pour être enseignant ? Je ne sais toujours pas répondre à cette question. Veut-on retarder l’entrée dans le métier ?

Ce qui est certain, c’est que mes parents n’ont pas eu besoin de faire autant d’études et que les miennes ne m’ont pas servi dans mon métier. ABERRATION !

Pour entrer dans le saint des saints qu’est l’Institut universitaire de formation des maîtres, excusez du peu, il faut passer un concours. Ce dernier porte-t-il sur le métier futur ? Que nenni, évidemment, c’est un concours basé sur des maths et du français niveau collège, le moyen de recrutement le plus con que l’on connaisse. ABERRATION !

Première année d’IUFM : chouette, je vais apprendre à être maîtresse ! Eh bien non, je dois potasser les grands pontes et pédagogues en vogue, Piaget, Dolto, Meirieu, Montessori et autres théoriciens… Quoi ? L’élève est au centre du système éducatif aujourd’hui, ce n’est plus le savoir ? Voilà, je n’ai pas vu la première marche et je tombe de haut. Évaporé le métier de mémé Camille, de papi, de mamie, de papa et de maman : ce n’est plus du tout ce qu’on m’avait annoncé.

Dans ces cas-là, on se dit qu’on va faire plaisir aux gens qu’on a en face de soi, on va sourire et dire « oui oui bien sûr », ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Alors on patiente et on apprend l’hypocrisie, on accepte l’ABERRATION.

Alors cette année-là, on épluche par exemple des copies d’élèves : on passe des heures à se demander pourquoi cet élève Duchmoll a fait cette erreur à cet endroit-là et comment on peut au mieux l’aider pour qu’il progresse, ce qui impose un travail conséquent qui exclut la future réalité de 30 incompréhensions différentes dans une vraie classe. J’accepte l’ABERRATION.

Bien sûr, on doit savoir rédiger parfaitement une fiche de préparation : prérequis (ce que les élèves savent déjà), place dans la progression, compétences travaillées (issues des programmes), objectifs, matériel, durée, organisation spatiale (ça se passe où et comment dans la classe ?), organisation de travail (individuel, binôme, groupe, classe entière ?), supports utilisés, consigne de passation, étayage éventuel en fonction des questions et difficultés des élèves qu’on aura au préalable envisagées, etc., etc. Tout ce boulot doit être fait, nous dit-on, pour chaque séance d’apprentissage, soit environ trente minutes ! Donc, en gros, cinq ou six fiches de prép. par jour pour un niveau. Si tu as trois niveaux dans ta classe, ça fait bien sûr quinze ou dix-huit hé hé… Ben voyons… J’accepte l’ABERRATION.

Et moi, naïve : mais on va quand même voir si on sait gérer une classe non ? On va tout de même nous évaluer pour savoir si l’on est pédagogue ou pas ? Non et non. ABERRATION !

Donc, après avoir appris tout un jargon pseudo-intello-politiquement correct, après avoir travaillé sur de l’inutile et côtoyé des vraies classes sur des mini-durées (et seulement en observation !), me voici non reçue au concours de professeur des écoles, sur liste d’attente au cas où il y aurait besoin de remplaçants dans l’académie.

Ce besoin de remplacement étant déjà d’actualité alors, me voici parachutée dans un autre département, concours généreusement offert cette fois-ci pour occuper un poste de remplaçante en octobre 1999.

Voilà. J’étais enfin instit. Finies les formations inutiles faites par les théoriciens sans relation avec la pratique de classe, finies les aberrations, le vrai métier allait commencer et j’y ferais ce qui me semblerait bon, ce qui correspondrait au mieux à l’image tant idéalisée que j’en avais.

Chouette, je vais apprendre à être instit… sur le terrain.

Instit remplaçante « bouche-trou »

Déménagement rapide pour avoir un logement chez l’habitant, dans un département limitrophe du mien mais à deux heures ou deux heures trente de route.

Formation ? Oui, bien sûr, deux jours durant lesquels on nous dit « Bon courage ! » en nous calant tous les programmes de l’école primaire version papier sous le bras. Voilà.

Cette année a été difficile mais tellement enrichissante…

J’étais rattachée à une école primaire de cinq ou six classes où seuls un ou deux enseignants avaient la politesse de remarquer ma présence lorsque j’étais là : premier apprentissage, le collègue n’est pas forcément sympa !

Heureusement, j’étais bien souvent ailleurs… Je pense avoir enseigné cette année-là à tous les niveaux, dans quarante ou cinquante patelins différents. Maternelle, élémentaire, SEGPA, classe unique, tout y est passé. J’ai pu côtoyer toutes les tranches d’âge, tout type d’école et tout type de collègue.

Difficile mais positif.

Quelques exemples de difficultés d’abord…

Pas de GPS à l’époque ! On se balade avec son cartable et la carte Michelin sur le siège passager, on se repère comme on peut dans un département inconnu aux petites routes très sinueuses…

On évite donc les accidents de la route en semaine, quand on se dépêche d’aller travailler (en général, les Inspections départementales appellent le remplaçant dix minutes avant l’heure pour se rendre à parfois 40 ou 50 kilomètres…), on évite aussi les biches qui traversent les routes, tard le soir, quand on rentre en week-end dans son vrai chez-soi…

On est appelé sur des remplacements en maternelle : alors quand on a 22 ans, découvrir la morve, le pipi-caca, les pleurs, les lacets et j’en passe, on n’est pas forcément prêt… IUFM où es-tu ?

On est appelé sur des remplacements en CM2 en juin : ah les pré-ados ! Ou plutôt quoi ? Des pré-ados à 10 ans ? Si, c’est pourtant ça… Bon c’est vrai que l’école était classée ZEP mais quand même, quand un élève menace de crever vos pneus (car il a repéré votre voiture) parce qu’il ne veut pas lire Pagnol ou faire un exo de maths, c’est moyennement bien perçu. Puis, quand ce même élève sort de la classe en disant « Je me casse de cette école de merde ! », on est un peu démuni… Je me souviens avoir fait appel à un collègue pour surveiller ma classe alors que je tentais de ramener l’élève récalcitrant, plus grand et plus fort que moi, à l’intérieur… Il me semble qu’on a finalement dû s’y mettre à deux pour le raisonner et le faire rentrer « physiquement » dans la classe…

Certains jours sont bouleversés par des découvertes de maladies : on se retrouve dans une classe inconnue après une demi-heure de cours avec un élève qui fait subitement une crise d’asthme énorme mais on ne sait pas ce qu’est une crise d’asthme… Ou bien, lors d’un remplacement en maternelle, on découvre que oui, cette petite fille de 3 ans a ses règles et doit donc mettre des protections, c’est une maladie très rare… Sans parler de l’élève handicapé qui a la maladie des os de verre… Merci ô bel IUFM de m’avoir préparée à tout ça !

Bien sûr, la difficulté la plus redoutée est la classe où l’instit titulaire absent n’a rien laissé pour vous : aucune trame de travail, pas de cahier journal (LE livre de bord du prof), rien, que tchi… Là, on improvise, on cherche efficacement des points de repère dans les cahiers des élèves et hop, en avant Guingamp !

Des difficultés inattendues se présentent aussi : appelée en remplacement dans une classe unique plusieurs jours, je me souviens avoir passé des journées usantes… Trois niveaux dans la classe, aucun temps de répit. Je les fais travailler, je les surveille en récréation, je les re-fais travailler, je dois – oh surprise ! – les surveiller à la cantine, puis à nouveau dans la cour et on finit la journée ainsi, sans aucun temps mort…

Et ces cantines, mon Dieu ces cantines ! Quand on est remplaçant, on mange souvent à la cantine, malheureusement… Bruit, bruit, bruit et toujours bruit, sifflet parfois, cris, bruit, bruit… Tout instit doit avoir des oreilles en béton, ou des boules Quies, au choix.

Le relationnel peut également être très compliqué quand on est remplaçant… Généralement ignoré par les collègues de l’école où l’on effectue ce remplacement, le dialogue pédagogique dont on a besoin n’est, du coup, pas là. On découvre AVS (Aide à la Vie Scolaire, personnes en contrat précaire sans formation devant encadrer et aider des élèves handicapés) et ATSEM (le plus souvent, il s’agit d’une employée de mairie qui n’a pas le concours d’ATSEM) et, ne connaissant pas trop leur rôle, on essaie de travailler avec eux… Ou alors, on remplace une directrice en arrêt maladie mais elle se pointe quand même dans sa classe pendant les heures de cours et vient vous donner des conseils ou vous critiquer…

Enfin, une des plus grosses difficultés a été pour moi une désillusion sur l’éducation donnée aux enfants d’aujourd’hui par leurs parents. Je n’étais pas préparée à autant d’insolence, de désobéissance, de vulgarité langagière, de violence… Non, les enfants n’ont pas changé, comme disent certains, leur éducation oui. Les parents démissionnaires, je les ai pris en pleine poire dès le début. Je suis cette fois-ci tombée de très haut, je n’ai pas loupé la marche je suis carrément tombée sur le palier du dessous…

Bref, passons aux points positifs…

Les élèves, évidemment, la gestion de classe, les dialogues, cette terrible envie qu’on a de les intéresser, de les motiver, de les surprendre… On découvre sa propre pédagogie et on découvre l’enfant. La psychologie de l’enfant, on l’apprend à ce moment-là, pas dans des bouquins. Elle est enrichie bien sûr quand, plus tard, on a soi-même des enfants, mais ce contact avec tous les âges du primaire est essentiel.

On apprend donc l’adaptation, et ça c’est bien : on s’adapte aux écoles, aux élèves, au fonctionnement du collègue remplacé… On voit ainsi tant de choses différentes que le résultat ne peut qu’être enrichissant : dans quelles écoles il y a une bonne ambiance, quels sont les manuels intéressants, quels sont les outils et matériels utiles, etc.

D’un point de vue touristique, le remplacement s’est révélé très positif pour moi car j’ai eu la chance de travailler dans une très belle région, ce n’est pas négligeable !

Enfin, l’ensemble des difficultés rencontrées et citées ci-dessus ont un caractère positif puisqu’elles nous montrent la réalité du métier, ce qui n’est pas le cas à l’IUFM… Cette année a donc été très formatrice.

À la fin de cette année, je n’avais pourtant pas fini ma « formation » théorique et devais réintégrer l’IUFM. J’avais trouvé une collègue dans la même situation que moi : issue du département où j’avais été nommée en remplacement, elle avait pour sa part travaillé dans mon département d’origine : nous avons rédigé des courriers communs pour réintégrer (pour la durée d’un an seulement) nos départements respectifs. Cela aurait impliqué la rectification de deux noms sur des listes d’inscription des IUFM : c’était beaucoup trop compliqué !! Nous avons donc dû toutes deux rester dans les départements où nous avions été nommées, ce qui signifiait encore plus de trajet l’année suivante… Merci, ô grande administration pour ta souplesse permettant une vie de famille sereine !

La pseudo formation au métier

Deuxième année d’IUFM : chouette, je vais apprendre à être maîtresse ! Eh bien non… Oui, c’est vrai, ce ne sont plus deux ou trois stages d’observation mais deux ou trois stages en situation qui sont proposés cette année. Sur une durée de… ? Un mois à tout casser… ? « Deux s’condes… » comme dirait Muriel Robin.

Certains de mes congénères sortent, comme moi, d’une année de remplacement et chacun d’entre nous est vraiment choqué par le fossé, le précipice qui existe entre la formation octroyée et la réalité du métier. Cette année ne sera que soupirs et discussions houleuses et désillusionnées avec des profs qui ne savent plus ce qu’est la réalité de classe.

Lors de cette année, on apprend donc notamment à faire des programmations, des progressions, en fonction des programmes qui changent à chaque nouveau gouvernement. Ne serait-il pas plus simple de nous donner des programmations et des progressions pour que nous puissions ensuite les adapter en fonction de nos futurs besoins ? ? Ben non ! Est-ce qu’on dit à un apprenti cuisinier de faire un bœuf bourguignon sans lui donner ni ingrédients ni recette ? Non. C’est exactement ce que l’on nous demande de faire à l’IUFM voire plus tard dans le métier aussi. J’accepte l’ABERRATION.

Et le jargon… Ah ! Le jargon !! Entre les abréviations en veux-tu en voilà (n’importe quel enseignant sait ce qu’est un RRS, une CAPD, un DASEN, une CTSD, un PPMS, un PAI, une ZEP, un REP, un PPS, un PPAP ou PPRE, un RASED, un AVS, un EVS, un IMF ou PIUMF, un DAO, un PAO, un ZIL, un BD, un PEDT, le RNE de l’école, un CPC, le LSU, ONDE, ARENA, l’ENT, OTP, l’OCCE, etc.) et le bagage langagier snobinard dont on nous abreuve (évaluation diagnostique, évaluation formative, évaluation sommative, surcharge cognitive, zone proximale de développement…), on est vraiment téléporté sur la planète irréaliste « IUFM »… J’accepte l’ABERRATION.

Par contre, il faut rédiger un mémoire dont la note comptera dans les épreuves du concours final. Tiens, encore un concours ! Comme je suis réjouie…

Je ne me souviens vraiment pas de ce concours, je sais juste que je n’étais pas fière de mon mémoire qui portait sur l’importance du jeu dans les apprentissages mathématiques ; moi-même je trouvais ce dossier inutile, c’est dire…

J’ai brûlé toutes mes années d’IUFM quelques années plus tard, oui monsieur le ministre, brûlé ! Chez moi ! Tout !

Deux choses importantes me sont restées de cette année tout de même : le fait de se filmer en classe est très très enrichissant (technique à utiliser aussi quand votre mari est bourré pour lui prouver qu’il était ridicule). Deuxième chose restée gravée dans ma tête tout au long de ma carrière et qui m’a valu d’avoir une pensée politiquement incorrecte : « On ne doit pas s’adapter au rythme des élèves, ce sont les élèves qui s’adaptent à notre rythme », disait M. B., enseignant maître formateur (IMF à l’époque) en classe de CP. Il mettait minutieusement son discours en pratique, chronométrant ses enseignements avec rigueur et précision, un véritable horloger de l’enseignement à la pédagogie admirable. Merci à vous pour ce stage en responsabilité. J’espère que vous avez toujours la même exigence et les mêmes principes en tant qu’inspecteur aujourd’hui.

Titulaire !

Voilà. Titularisation en maternelle, ce qui me rebutait un peu à l’époque, n’ayant pas moi-même d’enfant et connaissant mal cette tranche d’âge…

Un joli petit village : j’ai réussi à y ramasser des cèpes sans me faire tirer dessus par les autochtones, n’ayant pas une plaque d’immatriculation conforme au département… J’ai aussi pu y trouver une jolie décoration pour la tombe de ma grand-mère décédée cette année-là… J’étais logée au-dessus de chez le dentiste et en face du bar où je pouvais parfois voir avec désolation un de mes élèves de 4 ou 5 ans accompagner son père dans ses beuveries.

Cette année a été tout sauf parfaite, d’un point de vue pédagogique ! J’avais des moyennes et grandes sections, j’ai fait de mon mieux, comme tout le monde en début de carrière : j’ai même amené mon lapin Paëlla pour faire participer les élèves à un élevage de classe…

J’ai surtout essayé de gérer les adultes de l’école finalement. Une femme directrice, son mari enseignant avec nous et une ATSEM pas très compétente. Voilà le genre de chose que j’ai toujours eu du mal à supporter : devoir travailler avec des gens qui ont des années d’expérience derrière eux et qui vous ralentissent dans votre travail. Mon ATSEM avait du mal à coller le travail des élèves dans les cahiers, ne savait pas elle-même faire le puzzle que je proposais aux élèves… bref, une horreur ! Je crois que j’ai dû lui en toucher deux mots, certainement de manière fort peu diplomate, et puis j’ai fait comprendre à la directrice que j’avais moins besoin de l’aide de cette ATSEM. Heureusement, nous avons beaucoup moins travaillé ensemble par la suite, après un léger clash entre le couple directrice-mari et moi.

J’ai de bons souvenirs de cette première année, même si j’étais loin de chez moi, même si elle était épuisante. Je me souviens très bien rentrer dans mon appartement après la classe, allumer la télévision et rester bouche bée devant n’importe quoi, n’essayant même pas de comprendre le programme que j’avais sous les yeux, me reposant… La maternelle est usante, très usante…

À la fin de l’année, j’ai compris que les classes maternelles ne me rebutaient plus autant et qu’elles pouvaient être intéressantes.

J’ai eu la grande surprise d’être énormément gâtée par les parents d’élèves qui m’ont offert foule de cadeaux pour mon départ : un appareil à raclette, un vase d’ornement façon amphore rempli de fleurs et j’en passe…

Car oui, je partais pour rentrer dans mon département d’origine, grâce à de la chance peut-être et du piston surtout : mon papa, en bon protecteur de sa fille unique, a fait des pieds et des mains auprès de gens haut placés pour que je revienne près de chez moi, près de chez lui aussi… Je connais tant de collègues qui ont dû attendre huit ou dix ans pour revenir dans leur département d’origine… J’ai honte et m’excuse auprès d’eux…

Je quittai donc mon poste de titulaire pour être re-titularisée, chez moi cette fois-ci.

Chez moi

Quel bonheur d’être chez soi !

Me voici dans une toute petite commune où il reste deux classes allant de la grande section au CM2. Je suis directrice par intérim de l’école et j’ai la classe de moyenne section (élève avec dérogation), grande section, CP et CE1 l’après-midi.

Cette année-là, je tombe enceinte, cette année-là je suis inspectée. Deux grands événements.

L’école est très vieille, haute de plafond, sans double-vitrage, annexée à la mairie. Elle est coincée entre la nationale et la voie ferrée, les conditions de travail y sont donc délicieuses ! La cour de l’école est séparée de la route par un tout petit muret et un étroit trottoir… Gros stress ! Un ballon qui sort par là et c’est la catastrophe possible… Un moment d’inattention et hop, un élève enjambe le muret et se fait écraser… De l’autre côté un haut grillage qui laisse voir les trains passer : nous sommes exactement à côté d’une courbe de la voie : la première fois que je l’ai vu, j’ai cru qu’il allait nous foncer dessus tellement il penchait dans le virage ! C’était hallucinant ! D’autant que, bien évidemment, le passage d’un train faisait vibrer à chaque fois dangereusement toutes les vitres de la classe, obligeant quiconque à se taire le temps que le monstre s’en aille… Un délice je vous dis…

Bien sûr, très peu de matériel dans cette école, que de vieux manuels et pas un sou pour racheter quoi que ce soit ! Nous n’étions pas la priorité de la municipalité : l’année suivante, une classe a fermé, puis c’est l’école qui a disparu.

Bref, me voilà donc en train d’utiliser Ratus comme je peux pour apprendre à lire à ces petites têtes infestées de poux, pour la plupart, gros comme des tiques. J’ouvre une parenthèse sur cette anecdote qui m’a choquée : une mère de famille ayant plusieurs filles dans l’école, fume dans sa voiture fenêtres fermées ; je lui ai dit toute l’année que ses filles avaient des poux, qu’il fallait les traiter ainsi que toute la famille, la literie, la voiture… Je lui ai même scotché un parasite dans le cahier de liaison de la gamine car j’étais excédée, tout comme plusieurs parents d’élèves… J’ai fait appel aux Pupilles de la nation pour avoir des produits gratuits, ai appelé l’Inspection (mon supérieur) pour savoir quoi faire… Eh bien rien n’y a fait, les poux ont été présents toute l’année, j’en ai moi-même attrapés ! « On ne peut pas exclure un élève comme ça », ai-je appris.

La conseillère pédagogique, Mme Conne-insensible-bourgeoise-mais-je-travaille-pour-justifier-ma-place, est venue me voir avant l’inspection pour me donner des « conseils » : ses ordres étaient d’oublier Ratus pour l’apprentissage de la lecture chez les CP et d’acheter Ribambelle LE super truc en vogue pour apprendre à lire… J’ai fait des grands sourires, ai dit « oui oui madame » pour qu’elle parte. N’importe quel bon enseignant peut apprendre à lire avec des supports merdiques, il suffit de savoir les utiliser, les détourner ou se servir ailleurs ; aucune méthode ne devrait être considérée meilleure qu’une autre, surtout quand on constate au préalable que l’illettrisme ne cesse de progresser lorsque mes moutons de collègues essaient de s’adapter aux trucs en vogue pour se faire bien voir de leur inspecteur…

Bref, une fois de plus, j’accepte l’ABERRATION et je me transforme en mouton : j’achète Ribambelle, un exemplaire de chaque livre de lecture et me voici partie dans des photocopies à n’en plus finir puisque je ne dispose pas d’assez d’argent pour acheter un livre à chaque élève.

L’inspectrice vient me voir. Je m’attends à ce qu’elle me pose des questions sur la direction d’école : lorsque je suis arrivée, il n’y avait rien, aucun papier concernant la direction et j’ai dû enquiquiner moult fois ma hiérarchie pour savoir comment organiser l’élection de délégués de parents, ou pour n’importe quelle tâche administrative, n’ayant pas envie de commettre un impair… Sur l’année, je pense que j’ai appelé à l’aide une centaine de fois au moins… Eh bien non, moi qui avais tout bien organisé niveau direction, bien rangé et fait les comptes, rien de rien. L’inspectrice se fiche totalement de cela. Bon. Je suis déçue. On fait des pieds et des mains pour coller à ce qui est demandé et ce n’est même pas regardé…

Par contre, elle est contente que j’utilise Ribambelle… je ris jaune.

L’inspection a toujours été la source d’un stress incommensurable chez moi : elle me met dans un état second, comme à l’oral du bac. C’est une véritable épreuve qui me fait très peur.

Qu’en ressort-il sur mon rapport d’inspection ?

Points négatifs :

1.Je n’ai pas vraiment de programmations… oui, je sais c’est mal, mais je ne peux pas dire à l’inspectrice que je n’ai pas envie d’en faire et que je m’en fous…

2.