Eriphyle - Voltaire - ebook

Eriphyle ebook

Voltaire

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Opis

Extrait : HERMOGIDE. Tous les chefs sont d'accord, et dans ce jour tranquille, Argos attend un roi de la main d'Eriphyle : Nous verrons si le sort, qui m'outrage et me nuit, De vingt ans de travaux m'arrachera le fruit. EUPHORBE. A ce terme fatal Eriphyle amenée, Ne peut plus reculer son second hyménée ; Argos l'en sollicite, et la vois de nos dieux Soutient la voix du peuple et parle avec nos vœux."À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN : Les éditions LIGARAN proposent des versions numériques de grands classiques de la littérature ainsi que des livres rares, dans les domaines suivants : • Fiction : roman, poésie, théâtre, jeunesse, policier, libertin. • Non fiction : histoire, essais, biographies, pratiques.

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EAN : 9782335097726

©Ligaran 2015

Avertissement pour la présente édition

Pour faire suite à Brutus, Voltaire commença immédiatement deux tragédies : la Mort de César et Ériphyle. La première, écrite dans le même sens que Brutus, fut gardée longtemps en portefeuille. Ce qui paraît avoir déterminé Voltaire à composer la seconde, c’est le désir d’introduire un spectre sur la scène française. L’effet produit à Londres par le fantôme du père d’Hamlet l’avait vivement frappé. Il espérait obtenir une impression pareille avec l’ombre d’Amphiaraüs ; mais le théâtre était alors occupé, comme on sait, par une jeunesse brillante et chamarrée, et il était impossible qu’une apparition fantastique produisît quelque illusion au milieu de tout ce beau monde.

Ériphyle fut d’abord représentée chez Mme de Fontaine-Martel par des acteurs de société ; elle gagna son procès devant ce public de salon. Elle parut sur le vrai théâtre le vendredi 7 mars 1732 et réussit passablement. Dans sa nouveauté, elle eut douze représentations dont sept avant Pâques. La recette de la première fut de 3 910 livres. La recette de la dernière de la reprise après Pâques fut de 602 liv. 10 s.

Avertissement des éditeurs de Kehl

Cette pièce fut jouée avec succès en 1732, quoique l’ombre d’Amphiaraüs et les cris d’Ériphyle immolée par son fils ne pussent produire d’effet sur un théâtre alors rempli de spectateurs. Malgré ce succès, M. de Voltaire, plus difficile que ses critiques, vit tous les défauts d’Ériphyle ; il retira la pièce, ne voulut point la donner au public, et fit Sémiramis.

Nous donnons Ériphyle d’après un manuscrit trouvé dans les papiers de M. de Voltaire. Il ne peut y avoir d’autres variantes dans cette tragédie que les changements faits par l’auteur entre les représentations. Nous en avons rassemblé les principales, d’après les copies les plus correctes.

On a indiqué par des astérisques * les vers d’Ériphyle que M. de Voltaire a placés dans d’autres tragédies.

Personnages

ÉRIPHYLE : reine d’Argos, veuve d’Amphiaraüs.

ALCMÉON : jeune guerrier, fils inconnu d’Amphiaraüs et d’Ériphyle.

HERMOGIDE : prince du sang royal d’Argos.

THÉANDRE : vieillard qui a élevé Alcméon et dont il est cru le père.

POLÉMON : officier de la maison de la reine.

ZÉLONIDE : confidente de la reine.

EUPHORBE : confident d’Hermogide.

L’OMBRE D’AMPHIARAÜS.

CHŒUR D’ARGIENS.

PRÊTRES DU TEMPLE.

SOLDATS D’ALCMÉON.

SOLDATS D’HERMOGIDE.

La scène est à Argos, dans le parvis qui sépare le temple de Jupiter et le palais de la reine.

Discours prononcé avant la représentation d’Ériphyle
Juges plus éclairés que ceux qui dans Atlhène
Firent naître et fleurir les lois de Melpomène,
Daignez encourager des jeux et des écrits
Qui de votre suffrage attendent tout leur prix.
De vos décisions le flambeau salutaire
Est le guide assuré qui mène à l’art de plaire.
En vain contre son juge un auteur mutiné
Vous accuse ou se plaint quand il est condamné ;
Un peu tumultueux, mais juste et respectable,
Ce tribunal est libre, et toujours équitable.
Si l’on vit quelquefois des écrits ennuyeux
Trouver par d’heureux traits grâce devant vos yeux,
Ils n’obtinrent jamais grâce en votre mémoire :
Applaudis sans mérite, ils sont restés sans gloire ;
Et vous vous empressez seulement à cueillir
Ces fleurs que vous sentez qu’un moment va flétrir.
D’un acteur quelquefois la séduisante adresse
D’un vers dur et sans grâce adoucit la rudesse ;
Des défauts embellis ne vous révoltent plus :
C’est Baron qu’on aimait, ce n’est pas Régulus.
Sous le nom de Couvreur, Constance a pu paraître ;
Le public est séduit ; mais alors il doit l’être,
Et, se livrant lui-même à ce charmant attrait,
Écoute avec plaisir ce qu’il lit à regret.
Souvent vous démêlez, dans un nouvel ouvrage,
De l’or faux et du vrai le trompeur assemblage :
On vous voit tour à tour applaudir, réprouver,
Et pardonner sa chute à qui peut s’élever.
Des sons fiers et hardis du théâtre tragique,
Paris court avec joie aux grâces du comique.
C’est là qu’il veut qu’on change et d’esprit et de ton :
Il se plaît au naïf, il s’égaie au bouffon ;
Mais il aime surtout qu’une main libre et sûre
Trace des mœurs du temps la riante peinture.
Ainsi dans ce sentier, avant lui peu battu,
Molière en se jouant conduit à la vertu.
Folâtrant quelquefois sous un habit grotesque,
Une muse descend au faux goût du burlesque :
On peut à ce caprice en passant s’abaisser,
Moins pour être applaudi que pour se délasser.
Heureux ces purs écrits que la sagesse anime,
Qui font rire l’esprit, qu’on aime et qu’on estime !
Tel est du Glorieux le chaste et sage auteur :
Dans ses vers épurés la vertu parle au cœur.
Voilà ce qui nous plaît, voilà ce qui nous touche ;
Et non ces froids bons mots dont l’honneur s’effarouche,
Insipide entretien des plus grossiers esprits,
Qui font naître à la fois le rire et le mépris.
Ah ! qu’à jamais la scène, ou sublime ou plaisante,
Soit des vertus du monde une école charmante !
Français, c’est dans ces lieux qu’on vous peint tour à tour
La grandeur des héros, les dangers de l’amour.
Souffrez que la terreur aujourd’hui reparaisse ;
Que d’Eschyle au tombeau l’audace ici renaisse.
Si l’on a trop osé, si dans nos faibles chants,
Sur des tons trop hardis nous montons nos accents,
Ne découragez point un effort téméraire.
Eh ! peut-on trop oser quand on cherche à vous plaire ?
Daignez-vous transporter dans ces temps, dans ces lieux,
Chez ces premiers humains vivant avec les dieux :
Et que votre raison se ramène à des fables
Que Sophocle et la Grèce ont rendu vénérables.
Vous n’aurez point ici ce poison si flatteur
Que la main de l’Amour apprête avec douceur.
Souvent dans l’art d’aimer Melpomène avilie,
Farda ses nobles traits du pinceau de Thalie.
On vit des courtisans, des héros déguisés,
Pousser de froids soupirs en madrigaux usés.
Non, ce n’est point ainsi qu’il est permis qu’on aime ;
L’amour n’est excusé que quand il est extrême.
Mais ne vous plairez-vous qu’aux fureurs des amants,
À leurs pleurs, à leur joie, à leurs emportements ?
N’est-il point d’autres coups pour ébranler une âme ?
Sans les flambeaux d’amour il est des traits de flamme,
Il est des sentiments, des vertus, des malheurs,
Qui d’un cœur élevé savent tirer des pleurs.
Aux sublimes accents des chantres de la Grèce
On s’attendrit en homme, on pleure sans faiblesse ;
Mais pour suivre les pas de ces premiers auteurs,
De ce spectacle utile illustres inventeurs,
Il faudrait pouvoir joindre, en sa fougue tragique,
L’élégance moderne avec la force antique.
D’un œil critique et juste il faut s’examiner,
Se corriger cent fois, ne se rien pardonner ;
Et soi-même avec fruit se jugeant par avance,
Par ses sévérités gagner votre indulgence.
Acte premier
Scène I

Hermogide, Euphorbe.

HERMOGIDE
Tous les chefs sont d’accord, et dans ce jour tranquille,
Argos attend un roi de la main d’Ériphyle ;
Nous verrons si le sort, qui m’outrage et me nuit,
De vingt ans de travaux m’arrachera le fruit.
EUPHORBE
À ce terme fatal Ériphyle amenée,
Ne peut plus reculer son second hyménée ;
Argos l’en sollicite, et la voix de nos dieux
Soutient la voix du peuple et parle avec nos vœux.
Chacun sait cet oracle et cet ordre suprême
Qu’Ériphyle autrefois a reçu des dieux même :
« Lorsqu’en un même jour deux rois seront vaincus,
Tes mains rallumeront le flambeau d’hyménée ;