Contes et légendes des pays de l'Inde - Aux origines du monde - ebook

Contes et légendes des pays de l'Inde ebook

Aux origines du monde

0,0
55,00 zł

Opis

Un florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'imaginaire des pays de l'IndeLes grands savants du XIXe siècle étaient convaincus que tous les mythes et les contes ont vu le jour en Inde et sont arrivés en Europe dans un passé immémorial. Cette passion pour le patrimoine mythologique de l'une des plus anciennes civilisations du monde ne s'est jamais démentie. Maurice Coyaud [...] reprend quelques grands mythes de Veda et de Ramayana [...] Mais son objectif principal est de faire connaître l'extrême diversité des mythes et des contes d'origine racontés encore au XXe siècle aux quatre coins de cet énorme sous-continent que représente l'Inde. L'univers fabuleux regorge de toutes sortes de démons, de fées et d'autres créatures fantastiques qui ne manquent aucune occasion de se mêler de la vie des humains. Ainsi, les fées péri ne sont jamais très loin et complotent volontiers des tours pour permettre aux pauvres de se nourrir grâce à une marmite magique et faire fuir les méchants richards qui aimeraient bien s'en emparer. Qui d'autre que la fille des serpents serait à même d'aider le beau prince à trouver un léopard doré, un serpent doré et un singe doré dansant ensemble, pour accéder au trône du radja ? Les contes indiens racontent volontiers les ruses des humains qui les aident à vaincre les diables les plus futés. En effet, seule la très rusée femme tamoule peut prendre le dessus sur le démon brahmarakshasa, en lui imposant une tâche trop difficile : le plus astucieux des diables s'avère incapable de rendre bien droit un cheveu frisé de la femme tamoule.À PROPOS DE LA COLLECTION« Aux origines du monde » (à partir de 12 ans) permet de découvrir des contes et légendes variés qui permettent de comprendre comment chaque culture explique la création du monde et les phénomènes les plus quotidiens. L’objectif de cette collection est de faire découvrir au plus grand nombre des contes traditionnels du monde entier, inédits ou peu connus en France. Et par le biais du conte, s’amuser, frissonner, s’évader… mais aussi apprendre, approcher de nouvelles cultures, s’émerveiller de la sagesse (ou de la malice !) populaire.DANS LA MÊME COLLECTION• Contes et légendes de France• Contes et légendes de la Chine• Contes et légendes du Burkina-Faso• Contes et légendes d'Allemagne, de Suisse et d'Autriche• Contes et récits des Mayas

Ebooka przeczytasz w aplikacjach Legimi lub dowolnej aplikacji obsługującej format:

EPUB

Liczba stron: 147




Avant-propos

L’origine du monde en Inde est explicitée dans les textes classiques en sanskrit, les Veda, le Ramayana, et divers textes classiques traduits en langues européennes, et commentés depuis le dix neuvième siècle. Par exemple, le fameux récit du chacal bleu, pour lequel existent de nombreuses versions ; de même le conte sur la nature divine de l’homme. Nous utilisons les ouvrages classiques de Louis Renou, et ceux, plus récents, de Charles Malamoud en français et de Roberto Calasso en italien. De nombreux textes provenant de peuples tibéto-birmans de l’Assam, mais aussi d’Odisha (Orissa avant 2011) au Nord-Est de l’Inde, ainsi que des récits racontés dans le Centre du pays ont été recueillis par Verrier Elwin. Nous en avons choisi quelques-uns illustrant des traditions non reprises dans les Veda.

Les contes traduits du hindi proviennent d’une collection publiée à Chennai (Madras) de livres illustrés pour enfants. Il en existe des versions en anglais. Ils proviennent de divers pays de l’Union indienne qui compte 35 États et territoires et 398 langues officiellement répertoriées. D’autres contes sont tirés de l’anthologie publiée par Attippat Ramanujan en 1991, à partir de monographies et recueils publiés antérieurement par des folkloristes indiens.

Quelques indications pour mieux comprendre l’Inde.

Les contes ne font pas état du système dit « des castes » caractéristique de l’Inde. Cela est d’autant plus sensible que les contes originaires de l’Assam étaient contés par des peuples tibéto-birmans, proches du Tibet, et totalement étrangers à l’hindouisme. D’ailleurs, il est question dans un de ces contes, de lamas, moines bouddhistes tibétains, et il y est également fait allusion à Lhassa.

Néanmoins, en ce qui concerne les contes vraiment indiens (hindouistes), il convient de préciser que les trois varna « couleurs », ordres : brahmanes, kshatriya (« guerriers ») vaishya (« commerçants ») (correspondant à ceux qui existaient en France sous l’Ancien régime : clergé, noblesse et tiers-état) ne sont pas, à proprement parler, des castes, un mot qui traduirait jati. En effet, en plus des trois ordres, il y a les shudra ou « hors-castes », comprenant par exemple les artisans, paysans, etc. Et c’est dans ce quatrième groupe que se trouvent les jati, castes au sens propre, au nombre de 2.500 environ (parmi lesquels on compte les tanneurs, cordonniers, blanchisseurs, etc.) et ceux qui vivent dans des tribus. Exemples de jati :

– bhangi (rebaptisés valmiki) : vidangeurs ;

– mang : fabriquants de paniers et cordes

– mali et kachhi : maraîchers (OBC : Other Backward Classes, « autres classes défavorisées ») ;

– chamar : artisans du cuir (scheduled castes « castes répertoriées », par exemple, dans l’industrie de la chaussure à Agra, dans l’Uttar Pradesh) ;

– dusadh : gardiens de cochons (Uttar Pradesh, Bihar) ;

– gadariya : éleveurs d’ovins ;

– nais : barbiers ;

– nishad (mallah, kewat) : bateliers ;

– khatik : bouchers découpeurs.

En plus des other backward classes, on compte aussi des most backward et extremely backward classes ou EBC (« les classes les plus opprimées »)1.

Le « Purusha sukta » du Rig Veda propose une génération des ordres (classes) antiques d’après le corps humain :

– de la bouche proviennent les brahmanes ;

– des bras les kshatriya ;

– des mains les artisans vaysya ;

– des pieds les paysans shudra, etc.

Dès une époque ancienne, les relations entre le brahmane et le roi Kshatriya sont fixées. Tandis que le brahmane est spirituellement suprême, il est matériellement dépendant ; le roi est matériellement le maître, mais spirituellement subordonné. Un rapport semblable distingue les trois « fins humaines » dharma, artha, kâma, « devoir, profit et plaisir » qui sont hiérarchisées. L’analogie avec la hiérarchie des varna est évidente : dharma – brahmanes ; artha – kshatriya, kâma : les autres.

Dans le présent recueil, sont représentées quelques castes : des cordonniers chamar, des lutteurs koushti, des cuisiniers bavarci, des devins, des vidangeurs valmiki.

1 À ce propos, on peut consulter les analyses suivantes : Louis Dumont, Homo hierarchicus, Paris, Gallimard, 1966 ; Christophe Jaffrelot, Inde : la démocratie par la caste, 1885-2005. Paris, Fayard, 2005 ; et aussi Maurice Coyaud, Œillets d’Inde, Paris, P.A.F. 2008, p. 144.

Ciel et Terre

La terre est une femme, le ciel un homme

Sedi c’est la Terre ; Melo c’est le Ciel. La terre est une femme ; le ciel un homme. Ils étaient mariés, quand Sedi-Diyor, un des plus grands parmi les Wiyus, saisit le ciel, et le rossa si bien qu’il s’enfuit bien haut dans le ciel, laissant la terre en bas. Celle-ci donna naissance à deux filles. Mais elle était bien triste de ne plus voir son mari. Par conséquent, Sedi-Diyor trouva une nourrice pour ses bébés.

Quand les fillettes furent assez grandes pour marcher, elles se mirent à luire ; leur lumière se renforçait de jour en jour. Après un moment, la nourrice mourut ; Sedi-Diyor l’enterra. Les fillettes pleurèrent sa perte, comme celle de leur mère. Elles pleurèrent tant qu’elles en moururent. La lumière qu’elles projetaient disparut aussi.

Voilà qu’il faisait bien sombre derechef. Les Wiyus, les hommes et les bêtes avaient peur. Les Wiyus déterrèrent le cadavre de la nourrice et virent qu’il était tout pourri. Tout sauf les yeux. Ils virent que les yeux, énormes, brillaient dans l’obscurité, et se virent reflétés dans ces yeux. Ils crurent avoir vu les enfants morts dans ces yeux. Ils les arrachèrent, les lavèrent dans une rivière durant cinq jours et cinq nuits, ils les firent briller encore davantage. Mais ils ne purent ôter les images de ces yeux qui les suivaient.

Les Wiyus demandèrent à un charpentier de découper ces yeux avec soin, d’enlever les reflets, qui se révélèrent être les enfants décédés. Ils nommèrent l’une des fillettes Sedi-Irkong-Bomong et l’autre Sedi-Irkong-Bong. Ils les enfermèrent, sans les laisser sortir de leur maison.

Mais un jour, l’aînée, Bomong, se vêtit de vêtements bariolés, avec bien des ornements. Elle sortit toute belle pour se balader dans le vaste monde. Comme elle sortait de la maison, tout devint lumineux : ce fut le jour. Elle traversa les collines, et ne revint pas.

Après assez longtemps, sa sœur Bong partit à sa recherche, suivant les traces de ses pas. Mais quand elle sortit de la demeure, la lumière fut si forte, qu’elle brisa les rochers, fana les arbres ; les humains s’évanouirent à cause de la chaleur.

Les Wiyus, hommes et bêtes, tinrent conseil, et décidèrent que la seule chose à faire était de tuer une des sœurs. Ils rechignaient à le faire, délibérèrent un bon bout de temps, mais finalement, une grenouille alla s’asseoir sur le sentier, attendant, l’arc à la main, que la fillette arrive. Alors, Bong arriva toute pimpante, brillante. La grenouille lui décocha une flèche sur chaque côté, et elle mourut. Dès lors, il ne fit plus si chaud, la lumière ne fut plus si éblouissante. Les arbres reverdirent ; les humains se remirent au travail. Mais le corps de la fille restait là où il était tombé. Alors rappliqua Kirte, un Wiyu en forme de rat. Il traîna sur son dos le corps de la jeune fille jusque chez Bomong. Alors qu’il cheminait, il chut, et c’est pourquoi de nos jours, les pattes du rat sont tordues.

Mais il se releva et parvint à un cours d’eau où Bomong était supposée passer. Il lui montra le cadavre de sa sœur. Elle fondit en larmes, pensant qu’elle aussi serait tuée. Elle enfila un sentier inconnu, et s’assit, avec une large pierre sur la tête. Assombri par la pierre, le monde s’obscurcit.

Sur ce, Wiyus, humains et bêtes eurent très peur, et partirent en quête de lumière. Longtemps, leur quête resta vaine. Finalement, Nginu-Botte attrapa un rat, un oiseau sauvage, un coq, et les envoya chercher Bomong. Le coq partit le premier, mais le poids de ses testicules l’empêchait de marcher. Il rencontra Banjibanman, et lui fit part de ses ennuis. Il se coupa les organes et voulut les jeter au loin. En vain. Ses testicules se cachèrent à l’intérieur de son corps. C’est pourquoi les testicules de coq ne sont pas visibles. Les testicules de coq devinrent ver de terre.

Le coq continua sa route et enfin trouva Bomong ; il lui demanda de revenir. Elle répondit :

– Non ! Ils ont tué ma sœur et ils vont me tuer. Dis-leur que je reviendrai seulement s’ils font revivre ma sœur !

Le coq revint et rapporta ces propos à Nginu-Botte. Il trouva un charpentier, qui façonna le corps de Bong, lui insufflant la vie. Quand Bomong entendit dire que sa sœur était de nouveau en vie, elle ôta la pierre qui couvrait sa tête, et se dressa. Le jour revint ; le coq cria cocorico ; l’oiseau sauvage chanta pengopengo ; le rat glapit taktaktaktak. Tous furent heureux de la lumière et de la chaleur.

La fabrication de la terre et du ciel

Jadis, avant la création de la terre et du ciel, Zongma, un géant, eut deux fils, Nipu et Nili. Des êtres informes : ni humains, ni animaux, ni rochers. Après plusieurs ères, Nili fit la terre ; Nipu fit le ciel.

La terre était très grosse, et Nipu plaça dessus le ciel comme un couvercle. Mais le couvercle était trop petit. Nipu dit à son frère :

– Rétrécis un peu la terre, afin que le couvercle puisse s’y adapter.

Alors, Nili pétrit la terre afin de la rendre plus petite ; des montagnes surgirent. Ciel et terre acquirent la même taille, comme de nos jours.

L’origine du tonnerre, des éclairs et des séismes

Les enfants humains de Apuphulwa et de Muinini étaient un garçon, nommé Assanga, et une fille, Arangma. Une fois devenus pubères, ils cherchèrent des partenaires, et partirent chacun de leur côté. Bien qu’ils voyageassent séparément, ils se dirigèrent tous deux vers l’est montagneux. Le garçon alla vivre vers Kadamlo, la fille du côté de Kadampu. À cette époque, tout le monde vivait nu. Le garçon se confectionna un abri sous un arbre où ruchaient (c’est-à-dire créchaient) des abeilles. Ces abeilles volèrent du côté de Kadampu ; voyant là-bas, une fille assise solitaire, elles ressentirent une immense pitié, et délibérèrent du moyen de rapprocher les deux « jeunes ». Une des abeilles se posa sur le corps de la fille, et en préleva (butina) un bout de crasse. Avec ce butin, elle retourna auprès du garçon. Elle l’oignit de cette crasse. Aussitôt, le garçon forcit, et fut rempli de désir.

Alors, l’abeille, préleva un morceau de crasse sur le corps du garçon, s’envola vers la fille, et le posa sur elle. L’abeille la piqua, et la fille se sentit déborder de désir. Aussitôt, elle se trouva enceinte ; un bébé lui naquit au bout d’un certain temps.

La fille pensa : « Il doit bien y avoir un mâle dans les environs. Comment aurais-je pu devenir grosse autrement ? »

Elle partit à la recherche du mâle. Le garçon, de son côté, pensa : « Il doit bien exister une femme dans ces parages ; sinon, comment aurais-je pu être si excité ? » Il partit à sa recherche. Ils se rencontrèrent au sommet du mont situé entre Kadamlo et Kadampu. Sans se reconnaître, ils s’unirent, ignorant qu’ils étaient frère et sœur. Assanga et sa sœur vécurent comme mari et femme à la cime du mont ; mais au bout de quelque temps, la femme mourut.

Assanga chercha une autre femme, se dirigeant vers l’ouest. Après une longue marche, il rencontra une vieille femme qui n’avait qu’un œil, une demi-bouche, un bras unique, un seul sein et une seule jambe. Mais comme il n’y avait personne d’autre, il l’épousa. De cette femme naquit un rocher en premier, puis un garçon, qui était justement Haklum, celui qui tonne en plein jour.

Ensuite, elle donna naissance à Sakatung, le dieu de la mort ; quand il devint grand, il alla sous terre et provoqua des séismes de temps à autre.

Puis, il y eut un troisième enfant mâle, nommé Khawai, qui devint ensuite Abua, le dieu des eaux.

Encore un autre enfant, Chakmao, qui donna la pluie à la terre. À la fin, une fille naquit ; c’était la belle Halia, qui a peur des hommes et provoque des éclairs en plein jour.

L’origine de la terre

Au commencement, il n’y avait rien que de l’eau. Deux frères, Poling l’aîné et Tering le cadet, vivaient séparément dans l’eau, ignorant réciproquement leur existence. Tering avait la forme d’un gaur ; Poling ressemblait à un éléphant. Chacun pensait être seul au monde. Plusieurs années plus tard, ils déménagèrent dans d’anciennes eaux solitaires et se rencontrèrent. Poling dit :

– Qui es-tu ? D’où viens-tu ?

Ils ne devinrent pas amis, se querellèrent et enfin se tuèrent l’un l’autre.

La terre provint de la chair de Tering. Ses os donnèrent les arbres ; sa chevelure devint herbe.

Des os de Poling naquirent les rocs ; de sa chair les montagnes.

Le monde une fois formé de cette manière, Sedi-Melo naquit, et se mit à lui donner de l’ordre. D’abord, il l’aplatit d’un côté, il modela des collines de l’autre. Il créa des fleuves pour couler entre elles. Une fois sa tâche terminée, il vint en Assam. Tandis qu’il se reposait, il causa la création des Anglais.

Création de l’univers

Au commencement, la terre, Kujum-Chantu, était comme un être humain. Elle avait une tête, des membres et un énorme ventre gras. Les premiers hommes vivaient à la surface de son gros bide.

Un jour, Kujum-Chantu pensa que si elle se levait, tous les habitants de son gros bedon tomberaient à terre et se tueraient. C’est pourquoi, par dévouement, et volontairement, elle mourut. Sa tête devint les neigeuses montagnes. Ses vertèbres devinrent les collines. Sa poitrine devint la vallée où vivent les Apa-Tanis. Son cou fut l’origine de la région nord des Tagins. Ses fesses devinrent la plaine de l’Assam. Comme ses fesses étaient pleines de graisse, l’Assam a une terre fertile. Les yeux de Kujum-Chantu devinrent soleil et lune. De sa bouche naquit Kujum-Popi, qui envoya soleil et lune briller dans le ciel.

Origine des éclipses

Hindu et Hingar donnèrent naissance à Hindu-Doini et à Hingar-Pol. L’aîné Doini fut le soleil. Par ailleurs, Mochu-Pada, le Wiyu, avait deux fils. Un jour, ils allèrent voir le soleil, qui les fit mourir de chaud. Mochu-Pada Wiyu, furieux, alla pour le tuer avec son arc et ses flèches. Mais au moment où il avait atteint le chemin de la maison solaire, Doini le soleil était déjà passé. C’est Pol la lune qui apparut.

À cette époque, la lune était brûlante autant que le soleil. Mochu-Pada la prit pour le soleil, et lui tira une flèche dans un œil. Depuis lors, sa lumière a pâli et fraîchi.

Hingar-Pol, en rage, dit :

– Que t’ai-je fait pour que tu me frappes de ta flèche ?

Le Wiyu se montra désolé et dit :

– Quand tu grandiras, tu rajeuniras.

C’est pourquoi la lune est tantôt jeune, tantôt vieille.

Mochu-Pada appela Tame pour attraper le soleil et le lui amener. Tame l’attrapa mais le soleil s’échappa. Et ainsi de suite. Tame rattrape le soleil, mais celui-ci s’échappe toujours à la fin : c’est l’origine des éclipses.

Soleil, Lune et Vent

Soleil, Lune et Vent allèrent dîner chez leur oncle et tante Tonnerre et Éclair. Leur mère (une étoile lointaine) attendit seule le retour de ses mômes. Or, Soleil et Vent étaient goinfres et égoïstes. Ils jouirent du grand festin préparé pour eux. Ils ne songèrent pas à en emporter la moindre miette pour leur mère. Mais la douce Lune y avait songé. Elle avait soustrait une portion de chaque plat afin de la rapporter à sa mère. Quand ses trois enfants furent de retour à la maison, leur maman leur demanda :

– Qu’avez-vous rapporté ?

Seule la Lune montra à sa maman les rations rapportées. La mère-étoile se tourna vers Soleil et lui dit :

– Comme tu n’as pensé qu’à te goinfrer sans penser à ta maman, sois maudit ! Tu seras brûlant, et haï de tous.

Voilà pourquoi le soleil est si chaud de nos jours. À Vent, elle dit :

– Tu as oublié ta maman tandis que tu banquetais ; eh bien sois maudit : tu souffleras et dessécheras tous les vivants, qui te fuiront !

À Lune, elle dit :

– Tu t’es souvenue de ta maman ; tu seras donc toujours fraîche, calme et claire. Tout le monde bénira tes beaux rayons.

Homme

L’origine des organes internes

Aux premiers temps de la création, le corps des hommes et des animaux était vide et ne pouvait conserver aucune nourriture. Un jour, le dieu Sankasur et sa femme, la déesse Sirbang, invitèrent tous les êtres vivants à un grand festin. Hélas, ils s’aperçurent qu’aucun invité ne parvenait à digérer la moindre bouchée des plats proposés !

– Comment remédier à cela ? réfléchit Sankasur.

Puis, il s’adressa à sa femme :

– Donne-moi la corde qui te sert de ceinture.

Aussitôt, il enroula la corde sur elle-même à maintes et maintes reprises et l’introduisit dans le ventre de l’homme pour former son estomac. Il arracha ensuite sept feuilles des branches de l’arbre karowan-sok et s’en servit pour façonner son foie. Les feuilles et les fleurs de l’arbre takla