Les Sours Vatard - Joris-Karl Huysmans - ebook
Kategoria: Obyczajowe i romanse Język: francuski Rok wydania: 1879

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Joris-Karl Huysmans

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Opinie o ebooku Les Sours Vatard - Joris-Karl Huysmans

Fragment ebooka Les Sours Vatard - Joris-Karl Huysmans

A Propos
Chapitre 1
A Propos Huysmans:

Charles-Marie-Georges Huysmans (February 5, 1848 – May 12, 1907) was a French novelist who published his works as Joris-Karl Huysmans; he is most famous for the novel A rebours. His style is remarkable for its idiosyncratic use of the French language, wide-ranging vocabulary, wealth of detailed and sensuous description, and biting, satirical wit. The novels are also noteworthy for their encyclopaedic documentation, ranging from the catalogue of decadent Latin authors in A rebours to the discussion of the symbology of Christian architecture in La Cathédrale. Huysmans' work expresses a disgust with modern life and a deep pessimism, which led the author first to the philosophy of Arthur Schopenhauer then to the teachings of the Catholic Church.

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Chapitre 1

 

Deux heures du matin sonnerent.

Céline fit a sa soeur cette inepte plaisanterie qui consiste a placer son doigt pres du nez d'une personne endormie et a la réveiller brusquement. Désirée frappa sa narine gauche contre l'index de Céline. - Que c'est bete! cria-t-elle.

Les femmes se tordirent.

- Allons, mesdames, un peu de silence, hasarda la contre-maître.

L'on entendit comme un long bourdonnement que traversa soudain la flute d'un rire, puis deux voix claironnerent, soutenues par le ronronnement des presses, une chanson patriotique. Les gosiers des hommes, gosiers saccagés par le trois-six, tonnerent également, trouant de leur toux rauque les cris greles des filles:

"Il est mort, soldat stoique,

il est mort pour la républi-ique!"

- Allons, mesdames, un peu de silence, hasarda la contre-maître.

La presse haleta et mugit plus fort, les massiquots grincerent, les couteaux de bois firent entendre leur sifflement doux sur le papier; les petits bancs qui tombent, les ballots qu'on jette sur la table, retentirent, interrompus par le jet vibrant des gaz, par le bourdon du poele. Des rires fuserent d'un bout de l'atelier a l'autre, s'éteignirent, puis reprirent en un long roulement.

- Mesdames, mesdames! Un peu de silence! hasarda la contre-maître.

Ça, de gros rhumes grondaient, la, des joies dégingandées s'étouffaient a braire, ça et la, des raclements, des roulades de gorges déchiraient la tempete qui allait croissant.

Dans un coin, un rire aigu sautilla, seul, dansant au-dessus du tumulte. Il y eut un instant de répit. Un chat en chaleur miaula furieusement, puis une voix larmoyante s'éleva:

- Mesdames, je vous ai respectées, toute la nuit!

Le coup de tonnerre d'une énorme pile qui s'écroule coupa net l'engueulée du choeur qui huait la femme. Personne n'avait reçu la pile sur la tete. Les chansons reprirent.

- Voyons, mesdames, mesdames, un peu de silence! Supplia la contre-maître.

Alors, dans un crescendo immense, quarante femmes crierent: la paie! La paie! Puis elles rattraperent le fausset de l'une d'elles, une voix pointue qui allait se piquer dans le plafond:

"Ayez pitié de ma souffran-an-ance

Allez soldats, passez votre chemin!

Dans cette auberge - on ne verse du vin (bis)

Qu'aux enfants de la France!"

Les plioirs frappaient les tables, les litres passaient d'une bouche a l'autre, suintant la salive et le vin; une ouvriere, debout, voulait regagner sa place, ses compagnes lui écraserent le ventre avec les dossiers de leurs chaises. Une fille se moucha, sonnant comme d'une trompette; une bouteille se brisa le bec au rebord d'une table, le petit bleu coula sur les robes, deux femmes vomirent, l'une contre l'autre, des injures de poissardes, on les retint par leurs chignons et par leurs loques; mais elles se tordaient et aboyaient, le menton en avant et les dents sorties, bavant, se ruant, les bras en l'air, la fosse des aisselles a jour sous la chemise craquée.

Il y eut encore un moment de répit et l'on n'entendit plus que le tapotement sourd des assembleurs dans l'autre piece.

Les brocheuses avaient des voix de mirlitons crevés; elles râlaient.

L'une d'elles lança alors cette stupide question qui revenait comme une ritournelle quand personne n'avait plus rien a dire:

- Mademoiselle Élisabeth, qu'est-ce que votre coeur désire?

Une autre se leva, pesamment, fourgonna dans le poele, et, saisie par la chaleur, resta courbée en deux, les paupieres remuées, la bouche grande ouverte devant le trou qui flambait.

On râpait a cet instant:

"Mais que les branche

Soient toutes blanches,

Ou qu'au printemps verdisse le gazon,

Rose, je t'aime

Toujours de meme,

Car en amour il n'est pas de saison!"

- Mesdames, un peu de si…

Sept heures sonnerent, interrompant la phrase de la contre-maître. - Sept heures, dit une voix, l'homme que j'aime est dans la paillasse!

Alors, l'atelier reprit une nouvelle force et lamentablement hurla: la paie! La paie!

Un monsieur sortit d'un petit cabinet, attenant a la grande salle, et appela: Madame Eugénie Voblat! - Des acclamations coururent - Ah! Enfin! Ce n'est pas trop tôt! On va donc toucher son poignon! Et les mains battirent, les yeux étincelerent, tandis que les chaises gémissaient sous le galop des croupes.

La femme Voblat, un roulis de chairs molles, un monstre ignoblement gras, traversa les tables, bousculée et ahurie par tous les voyous femelles qui se pendaient a son caraco; elle se dégagea, griffant au hasard les nez, et, perdant ses jupes, elle entra dans le bureau du patron. Elle partit criant: a ton tour, Angele!

La nuit prenait fin. Les ouvrieres étaient brisées par la fatigue, éculées par les sommes, la tete dans les poings. Celles qui avaient touché leur argent s'enfuirent. La paie allait s'alentissant. Le patron appelait une femme et une autre venait. - Madame Teston! - Y est pas! - Qui prend son argent? Et une amie de l'absente accourait et demandait en meme temps son compte, puis c'étaient des réclamations forcenées, des discussions entetées pour un sou, des ténacités de sauvage s'obstinant a ne pas comprendre. - La couture était par trop mal payée! Le pauvre peuple était pas heureux! C'était l'éternelle requete: ô m'ssieu! Vous ne pourriez pas me donner de la petite monnaie avec des sous? C'étaient les doigts engourdis qui laissent échapper ce qu'ils tiennent, et l'aplatissement d'un corps sur le plancher, le râble en saillie, les mains traînant dans la poussiere a la recherche de l'argent tombé.

Les brocheuses se grouperent vis-a-vis de la caisse pres de la machine a eau; il y en avait d'accotées contre les piles qui remuaient des faces blemes comme des tetes de veaux, d'autres, enlacées aux colonnes de la presse, se renversaient en arriere, se chatouillant pour se réveiller, laissant entrevoir sous leurs jupes relevées des bas sales et mal tirés, des bottines armées de clous. Seule, dans son coin, la contre-maître soufflait, épelant des chiffres, les additionnant avec un crayon mouillé de salive, regardant, atterrée, l'écroulement des filles sur le parquet.

L'atelier offrait alors le spectacle d'une morgue. Un tombereau de jupons semblait avoir été vidé, en un tas, et il y avait comme un grouillement de membres sous ce paquet de hardes. - La paie allait s'alentissant. - Les ouvrieres qui restaient encore défirent leurs manchettes de lustrine, se lisserent les cheveux avec du crachat, se rigolant a voir une petite qui somnolait, perdue, vautrée dans des rognures, tripotant avec son petit doigt la gelée d'un baquet de colle.

Le jour parut, - La contre-maître éteignit les becs de gaz, et au travers des vitrages grillés et empoicrés par le ruissellement des pluies, un soleil pâle d'hiver, une aube d'une blancheur sinistre s'épandit sur les grappes étagées des femmes, éclairant des joues blafardes, des bouts de langues qui badigeonnaient de temps en temps le coin crotté des bouches. -Cahin, caha, les brocheuses disparaissaient; il n'en resta bientôt plus que deux, une petiote qui souffrait d'un incurable mal de dents, et une grande déhanchée qui cherchait ses puces et suçait une larme de sang pointant a sa levre gercée.

On ouvrit les vasistas pour renouveler l'air.

Une buée lourde planait au-dessus de la salle; une insupportable odeur de houille et de gaz, de sueur de femmes dont les dessous sont sales, une senteur forte de chevres qui auraient gigoté au soleil, se melaient aux émanations putrides de la charcuterie et du vin, a l'âcre pissat du chat, a la puanteur rude des latrines, a la fadeur des papiers mouillés et des baquets de colle.

La contre-maître rangea les chaises jetées au hasard, sur le flanc, sur le dos, les jambes en l'air, leurs tripes de paille blonde se dressant en tire-bouchon ou fuyant en meches par le trou du ventre. Elle empila sur des tréteaux la cohue des tabourets.

Neuf heures sonnerent.

Le soleil se décidait a murir. Il allait, fonçant a mesure la rougeur de son orbe. - La danse de la poussiere dans un rayon de jour commença, tournoyant en spirale, du plancher aux vitres. - La lumiere sauta, jaillit, éclaboussa de plus larges gouttes le plancher et les tables, alluma d'un point tremblant le col d'une carafe et la panse d'un seau, incendia de sa braise rouge le coeur d'une pivoine qui s'épanouit, frémissante, dans son pot d'eau trouble, creva enfin en une large ondée d'or sur les piles des papiers qui éclaterent avec leur blancheur crue sur la suie des murs!