La tapisserie de sainte Genevieve et de Jeanne d’Arc - Charles Péguy - ebook
Kategoria: Poezja i dramat Język: francuski Rok wydania: 1913

La tapisserie de sainte Genevieve et de Jeanne d’Arc darmowy ebook

Charles Péguy

(0)
0,00 zł
Do koszyka

Ebooka przeczytasz na:

e-czytniku EPUB
tablecie EPUB
smartfonie EPUB
komputerze EPUB
Czytaj w chmurze®
w aplikacjach Legimi.
Dlaczego warto?

Pobierz fragment dostosowany na:

Opinie o ebooku La tapisserie de sainte Genevieve et de Jeanne d’Arc - Charles Péguy

Fragment ebooka La tapisserie de sainte Genevieve et de Jeanne d’Arc - Charles Péguy

A Propos
Premier Jour
Deuxieme Jour
Troisieme Jour
Quatrieme Jour
Cinquieme Jour
Sixieme Jour

A Propos Péguy:

Charles Péguy, né le 7 janvier 1873 a Orléans (Loiret), mort le 5 septembre 1914 a Villeroy (Seine-et-Marne) était un écrivain, poete et essayiste français. Militant socialiste et dreyfusard, il revient au catholicisme en 1908 ; il fait paraître les Cahiers de la Quinzaine de 1900 a sa mort. Son ouvre comprend des recueils poétiques en vers libres (Le Porche du Mystere de la deuxieme vertu, 1912) et en vers réguliers (La Tapisserie de Notre-Dame, 1913) d'inspiration mystique, des essais ou il exprime ses préoccupations sociales et son rejet de la modernité (L'Argent, 1913), mais aussi des pieces de théâtre, notamment sur Jeanne d'Arc, un personnage historique auquel il reste toute sa vie profondément attaché. Source: Wikipedia

Disponible sur Feedbooks Péguy:
Copyright: This work is available for countries where copyright is Life+70 and in the USA.
Note: This book is brought to you by Feedbooks
http://www.feedbooks.com
Strictly for personal use, do not use this file for commercial purposes.

Premier Jour

POUR LE VENDREDI 3 JANVIER 1913
FETE DE SAINTE GENEVIEVE
QUATORZE CENT UNIEME ANNIVERSAIRE DE SA MORT

 
I

COMME elle avait gardé les moutons a Nanterre,
On la mit a garder un bien autre troupeau,
La plus énorme horde ou le loup et l’agneau
Aient jamais confondu leur commune misere.

Et comme elle veillait tous les soirs solitaire
Dans la cour de la ferme ou sur le bord de l’eau,
Du pied du meme saule et du meme bouleau
Elle veille aujourd’hui sur ce monstre de pierre.

Et quand le soir viendra qui fermera le jour,
C’est elle la caduque et l’antique bergere,
Qui ramassant Paris et tout son alentour

Conduira d’un pas ferme et d’une main légere
Pour la derniere fois dans la derniere cour
Le troupeau le plus vaste a la droite du pere.


Deuxieme Jour

 
II

COMME elle avait gardé les moutons a Nanterre
Et qu’on était content de son exactitude,
On mit sous sa houlette et son inquiétude
Le plus mouvant troupeau, mais le plus volontaire.

Et comme elle veillait devant le presbytere,
Dans les soirs et les soirs d’une longue habitude,
Elle veille aujourd’hui sur cette ingratitude,
Sur cette auberge énorme et sur ce phalanstere.

Et quand le soir viendra de toute plénitude,
C’est elle la savante et l’antique bergere,
Qui ramassant Paris dans sa sollicitude

Conduira d’un pas ferme et d’une main légere
Dans la cour de justice et de béatitude
Le troupeau le plus sage a la droite du pere.


Troisieme Jour

 
III

ELLE avait jusqu’au fond du plus secret hameau
La réputation dans toute Seine et Oise
Que jamais ni le loup ni le chercheur de noise
N’avaient pu lui ravir le plus chétif agneau.

Tout le monde savait de Limours a Pontoise
Et les vieux bateliers contaient au fil de l’eau
Qu’assise au pied du saule et du meme bouleau
Nul n’avait pu jouer cette humble villageoise.

Sainte qui rameniez tous les soirs au bercail
Le troupeau tout entier, diligente bergere,
Quand le monde et Paris viendront a fin de bail

Puissiez-vous d’un pas ferme et d’une main légere
Dans la derniere cour par le dernier portail
Ramener par la voute et le double vantail

Le troupeau tout entier a la droite du Pere.


Quatrieme Jour

POUR LE LUNDI 6 JANVIER 1913
JOUR DES ROIS
CINQ CENT UNIEME ANNIVERSAIRE
DE LA NAISSANCE DE JEANNE D’ARC

 
IV

COMME la vieille aieule au plus fort de son âge
Se réjouit de voir le tendre nourrisson,
L’enfant a la mamelle et le dernier besson
Recommencer la vie ainsi qu’un héritage ;

Elle en fait par avance un tres grand personnage,
Le plus hardi faucheur au temps de la moisson,
Le plus hardi chanteur au temps de la chanson
Qu’on aura jamais vu dans cet humble village :

Telle la vieille sainte éternellement sage
Connut ce que serait l’honneur de sa maison
Quand elle vit venir, habillée en garçon,

Bien prise en sa cuirasse et droite sur l’arçon,
Priant sur le pommeau de son estramaçon,
Apres neuf cent vingt ans la fille au dur corsage ;

Et qu’elle vit monter de dessus l’horizon,
Souple sur le cheval et le caparaçon,
La plus grande beauté de tout son parentage.


Cinquieme Jour

 
V

COMME la vieille aieule au fin fond de son âge
Se plaît a regarder sa plus arriere fille,
Naissante a l’autre bout de la longue famille,
Recommencer la vie ainsi qu’un héritage ;

Elle en fait par avance un tres grand personnage,
Fileuse, moissonneuse a la pleine faucille,
Le plus preste fuseau, la plus savante aiguille
Qu’on aura jamais vu dans ce simple village

Telle la vieille sainte éternellement sage,
Du bord de la montagne et de la double berge
Regardait s’avancer dans tout son équipage,

Dans un encadrement de cierge et de flamberge,
Et le casque remis aux mains du petit page,
La fille la plus sainte apres la sainte Vierge.


Sixieme Jour

 
VI

COMME Dieu ne fait rien que par miséricordes,
Il fallut qu’elle vît le royaume en lambeaux,
Et sa filleule ville embrasée aux flambeaux,
Et ravagée aux mains des plus sinistres hordes ;

Et les cours dévorés des plus basses discordes,
Et les morts poursuivis jusque dans les tombeaux,
Et cent mille Innocents exposés aux corbeaux,
Et les pendus tirant la langue au bout des cordes

Pour qu’elle vît fleurir la plus grande merveille
Que jamais Dieu le pere en sa simplicité
Aux jardins de sa grâce et de sa volonté
Ait fait jaillir par force et par nécessité ;

Apres neuf cent vingt ans de priere et de veille
Quand elle vit venir vers l’antique cité,
Gardant son cour intact en pleine adversité,
Masquant sous sa visiere une efficacité ;

Tenant tout un royaume en sa ténacité,
Vivant en plein mystere avec sagacité,
Mourant en plein martyre avec vivacité,

La fille de Lorraine a nulle autre pareille.