Les Fleurs du mal - Charles Baudelaire - ebook
Kategoria: Poezja i dramat Język: francuski Rok wydania: 1857

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Charles Baudelaire

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Opis ebooka Les Fleurs du mal - Charles Baudelaire

Ouvre majeure de Charles Baudelaire, le recueil de poemes Les Fleurs du mal, intégrant la quasi-totalité de la production poétique de l’auteur depuis 1840, est publié le 23 juin 1857. C’est l’une des ouvres les plus importantes de la poésie moderne, empreinte d’une nouvelle esthétique ou la beauté et le sublime surgissent, grâce au langage poétique, de la réalité la plus triviale et qui exerça une influence considérable sur Arthur Rimbaud et Stéphane Mallarmé.

Opinie o ebooku Les Fleurs du mal - Charles Baudelaire

Fragment ebooka Les Fleurs du mal - Charles Baudelaire

A Propos

Au lecteur
Partie 1 - Spleen et idéal
Bénédiction
L’Albatros
Élévation
Correspondances
J’aime le souvenir de ces époques nues
Les Phares
La Muse malade
La Muse vénale
Le Mauvais Moine
A Propos Baudelaire:

Charles Pierre Baudelaire (April 9, 1821 – August 31, 1867) was an influential nineteenth century French poet. He was also a critic and translator. Source: Wikipedia

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Au Poete impeccable

Au parfait magicien es lettres françaises

A mon tres-cher et tres-vénéré

Maître et ami

Théophile Gautier

Avec les sentiments

De la plus profonde humilité

Je dédie

Ces Fleurs maladives

C.B.


Au lecteur

La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,

Occupent nos esprits et travaillent nos corps,

Et nous alimentons nos aimables remords,

Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

 

Nos péchés sont tetus, nos repentirs sont lâches ;

Nous nous faisons payer grassement nos aveux,

Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,

Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

 

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste

Qui berce longuement notre esprit enchanté,

Et le riche métal de notre volonté

Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

 

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !

Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;

Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,

Sans horreur, a travers des ténebres qui puent.

 

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange

Le sein martyrisé d'une antique catin,

Nous volons au passage un plaisir clandestin

Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

 

Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,

Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,

Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons

Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

 

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,

N'ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins

Le canevas banal de nos piteux destins,

C'est que notre âme, hélas ! n'est pas assez hardie.

 

Mais parmi les chacals, les pantheres, les lices,

Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,

Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,

Dans la ménagerie infâme de nos vices,

 

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !

Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,

Il ferait volontiers de la terre un débris

Et dans un bâillement avalerait le monde ;

 

C'est l'Ennui ! L'oeil chargé d'un pleur involontaire,

Il reve d'échafauds en fumant son houka.

Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,

– Hypocrite lecteur,– mon semblable,– mon frere !


Partie 1
Spleen et idéal


Bénédiction

Lorsque, par un décret des puissances supremes,

Le Poete apparaît en ce monde ennuyé,

Sa mere épouvantée et pleine de blasphemes

Crispe ses poings vers Dieu, qui la prend en pitié :

 

« Ah ! que n'ai je mis bas tout un noud de viperes,

Plutôt que de nourrir cette dérision !

Maudite soit la nuit aux plaisirs éphémeres

Ou mon ventre a conçu mon expiation !

 

Puisque tu m'as choisie entre toutes les femmes

Pour etre le dégout de mon triste mari,

Et que je ne puis pas rejeter dans les flammes,

Comme un billet d'amour, ce monstre rabougri,

 

Je ferai rejaillir ta haine qui m'accable

Sur l'instrument maudit de tes méchancetés,

Et je tordrai si bien cet arbre misérable,

Qu'il ne pourra pousser ses boutons empestés ! »

 

Elle ravale ainsi l'écume de sa haine,

Et, ne comprenant pas les desseins éternels,

Elle-meme prépare au fond de la Géhenne

Les buchers consacrés aux crimes maternels.

 

Pourtant, sous la tutelle invisible d'un Ange,

L'Enfant déshérité s'enivre de soleil

Et dans tout ce qu'il boit et dans tout ce qu'il mange

Retrouve l'ambroisie et le nectar vermeil.

 

II joue avec le vent, cause avec le nuage,

Et s'enivre en chantant du chemin de la croix ;

Et l'Esprit qui le suit dans son pelerinage

Pleure de le voir gai comme un oiseau des bois.

 

Tous ceux qu'il veut aimer l'observent avec crainte,

Ou bien, s'enhardissant de sa tranquillité,

Cherchent a qui saura lui tirer une plainte,

Et font sur lui l'essai de leur férocité.

 

Dans le pain et le vin destinés a sa bouche

Ils melent de la cendre avec d'impurs crachats ;

Avec hypocrisie ils jettent ce qu'il touche,

Et s'accusent d'avoir mis leurs pieds dans ses pas.

 

Sa femme va criant sur les places publiques :

« Puisqu'il me trouve assez belle pour m'adorer,

Je ferai le métier des idoles antiques,

Et comme elles je veux me faire redorer ;

 

Et je me soulerai de nard, d'encens, de myrrhe,

De génuflexions, de viandes et de vins,

Pour savoir si je puis dans un cour qui m'admire

Usurper en riant les hommages divins !

 

Et, quand je m'ennuierai de ces farces impies,

Je poserai sur lui ma frele et forte main ;

Et mes ongles, pareils aux ongles des harpies,

Sauront jusqu'a son cour se frayer un chemin.

 

Comme un tout jeune oiseau qui tremble et qui palpite,

J'arracherai ce cour tout rouge de son sein,

Et, pour rassasier ma bete favorite

Je le lui jetterai par terre avec dédain ! »

 

Vers le Ciel, ou son oil voit un trône splendide,

Le Poete serein leve ses bras pieux

Et les vastes éclairs de son esprit lucide

Lui dérobent l'aspect des peuples furieux :

 

« Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance

Comme un divin remede a nos impuretés

Et comme la meilleure et la plus pure essence

Qui prépare les forts aux saintes voluptés !

 

Je sais que vous gardez une place au Poete

Dans les rangs bienheureux des saintes Légions,

Et que vous l'invitez a l'éternelle fete

Des Trônes, des Vertus, des Dominations.

 

Je sais que la douleur est la noblesse unique

Ou ne mordront jamais la terre et les enfers,

Et qu'il faut pour tresser ma couronne mystique

Imposer tous les temps et tous les univers.

 

Mais les bijoux perdus de l'antique Palmyre,

Les métaux inconnus, les perles de la mer,

Par votre main montés, ne pourraient pas suffire

A ce beau diademe éblouissant et clair ;

 

Car il ne sera fait que de pure lumiere,

Puisée au foyer saint des rayons primitifs,

Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entiere,

Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs ! »


L’Albatros

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner a côté d'eux.

 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguere si beau, qu'il est comique et laid !

L'un agace son bec avec un brule-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

 

Le Poete est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempete et se rit de l'archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empechent de marcher.


Élévation

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,

Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,

Par dela le soleil, par dela les éthers,

Par dela les confins des spheres étoilées,

 

Mon esprit, tu te meus avec agilité,

Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,

Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde

Avec une indicible et mâle volupté.

 

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;

Va te purifier dans l'air supérieur,

Et bois, comme une pure et divine liqueur,

Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

 

Derriere les ennuis et les vastes chagrins

Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,

Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse

S'élancer vers les champs lumineux et sereins ;

 

Celui dont les pensers, comme des alouettes,

Vers les cieux le matin prennent un libre essor,

– Qui plane sur la vie, et comprend sans effort

Le langage des fleurs et des choses muettes !


Correspondances

La Nature est un temple ou de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L'homme y passe a travers des forets de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers.

 

Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

 

II est des parfums frais comme des chairs d'enfants,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

– Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

 

Ayant l'expansion des choses infinies,

Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,

Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.


J’aime le souvenir de ces époques nues

J'aime le souvenir de ces époques nues,

Dont Phoebus se plaisait a dorer les statues.

Alors l'homme et la femme en leur agilité

Jouissaient sans mensonge et sans anxiété,

Et, le ciel amoureux leur caressant l'échine,

Exerçaient la santé de leur noble machine.

Cybele alors, fertile en produits généreux,

Ne trouvait point ses fils un poids trop onéreux,

Mais, louve au cour gonflé de tendresses communes

Abreuvait l'univers a ses tétines brunes.

L'homme, élégant, robuste et fort, avait le droit

D'etre fier des beautés qui le nommaient leur roi ;

Fruits purs de tout outrage et vierges de gerçures,

Dont la chair lisse et ferme appelait les morsures !

Le Poete aujourd'hui, quand il veut concevoir

Ces natives grandeurs, aux lieux ou se font voir

La nudité de l'homme et celle de la femme,

Sent un froid ténébreux envelopper son âme

Devant ce noir tableau plein d'épouvantement.

O monstruosités pleurant leur vetement !

O ridicules troncs ! torses dignes des masques !

O pauvres corps tordus, maigres, ventrus ou flasques,

Que le dieu de l'Utile, implacable et serein,

Enfants, emmaillota dans ses langes d'airain !

Et vous, femmes, hélas ! pâles comme des cierges,

Que ronge et que nourrit la débauche, et vous, vierges,

Du vice maternel traînant l'hérédité

Et toutes les hideurs de la fécondité !

 

Nous avons, il est vrai, nations corrompues,

Aux peuples anciens des beautés inconnues :

Des visages rongés par les chancres du cour,

Et comme qui dirait des beautés de langueur ;

Mais ces inventions de nos muses tardives

N'empecheront jamais les races maladives

De rendre a la jeunesse un hommage profond,

– A la sainte jeunesse, a l'air simple, au doux front,

A l'oil limpide et clair ainsi qu'une eau courante,

Et qui va répandant sur tout, insouciante

Comme l'azur du ciel, les oiseaux et les fleurs,

Ses parfums, ses chansons et ses douces chaleurs !


Les Phares

Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse,

Oreiller de chair fraîche ou l'on ne peut aimer,

Mais ou la vie afflue et s'agite sans cesse,

Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer ;

 

Léonard de Vinci, miroir profond et sombre,

Ou des anges charmants, avec un doux souris

Tout chargé de mystere, apparaissent a l'ombre

Des glaciers et des pins qui ferment leur pays ;

 

Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,

Et d'un grand crucifix décoré seulement,

Ou la priere en pleurs s'exhale des ordures,

Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement ;

 

Michel-Ange, lieu vague ou l'on voit des Hercules

Se meler a des Christs, et se lever tout droits

Des fantômes puissants qui dans les crépuscules

Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ;

 

Coleres de boxeur, impudences de faune,

Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,

Grand cour gonflé d'orgueil, homme débile et jaune,

Puget, mélancolique empereur des forçats ;

 

Watteau, ce carnaval ou bien des cours illustres,

Comme des papillons, errent en flamboyant,

Décors frais et légers éclairés par des lustres

Qui versent la folie a ce bal tournoyant ; jaune,

 

Goya, cauchemar plein de choses inconnues,

De fotus qu'on fait cuire au milieu des sabbats,

De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues,

Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ;

 

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,

Ombragé par un bois de sapins toujours vert,

Ou, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges

Passent, comme un soupir étouffé de Weber ;

 

Ces malédictions, ces blasphemes, ces plaintes,

Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,

Sont un écho redit par mille labyrinthes ;

C'est pour les cours mortels un divin opium !

 

C'est un cri répété par mille sentinelles,

Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;

C'est un phare allumé sur mille citadelles,

Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !

 

Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage

Que nous puissions donner de notre dignité

Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge

Et vient mourir au bord de votre éternité !


La Muse malade

Ma pauvre muse, hélas ! qu'as-tu donc ce matin?

Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes,

Et je vois tour a tour réfléchis sur ton teint

La folie et l'horreur, froides et taciturnes.

 

Le succube verdâtre et le rose lutin

T'ont-ils versé la peur et l'amour de leurs urnes?

Le cauchemar, d'un poing despotique et mutin

T'a-t-il noyée au fond d'un fabuleux Minturnes?

 

Je voudrais qu'exhalant l'odeur de la santé

Ton sein de pensers forts fut toujours fréquenté,

Et que ton sang chrétien coulât a flots rythmiques,

 

Comme les sons nombreux des syllabes antiques,

Ou regnent tour a tour le pere des chansons,

Phoebus, et le grand Pan, le seigneur des moissons.


La Muse vénale

O muse de mon cour, amante des palais,

Auras-tu, quand Janvier lâchera ses Borées,

Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,

Un tison pour chauffer tes deux pieds violets?

 

Ranimeras-tu donc tes épaules marbrées

Aux nocturnes rayons qui percent les volets?

Sentant ta bourse a sec autant que ton palais

Récolteras-tu l'or des voutes azurées?

 

II te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,

Comme un enfant de chour, jouer de l'encensoir,

Chanter des Te Deum auxquels tu ne crois guere,

 

Ou, saltimbanque a jeun, étaler tes appas

Et ton rire trempé de pleurs qu'on ne voit pas,

Pour faire épanouir la rate du vulgaire.


Le Mauvais Moine

Les cloîtres anciens sur leurs grandes murailles

Etalaient en tableaux la sainte Vérité,

Dont l'effet réchauffant les pieuses entrailles,

Tempérait la froideur de leur austérité.

 

En ces temps ou du Christ florissaient les semailles,

Plus d'un illustre moine, aujourd'hui peu cité,

Prenant pour atelier le champ des funérailles,

Glorifiait la Mort avec simplicité.

 

– Mon âme est un tombeau que, mauvais cénobite,

Depuis l'éternité je parcours et j'habite ;

Rien n'embellit les murs de ce cloître odieux.

 

O moine fainéant ! quand saurai-je donc faire

Du spectacle vivant de ma triste misere

Le travail de mes mains et l'amour de mes yeux?