L'Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde - Robert Louis Stevenson - ebook
Kategoria: Sensacja, thriller, horror Język: francuski Rok wydania: 1885

L'Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde darmowy ebook

Robert Louis Stevenson

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Opis ebooka L'Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde - Robert Louis Stevenson

Conte l'histoire d'un avoué, Charles Utterson, qui enquete sur le lien étrange entre Edward Hyde et le médecin Henry Jekyll. Le Docteur Jekyll, un philanthrope obsédé par sa double personnalité, met au point une drogue pour séparer son bon côté de son mauvais, mais c'est ce côté-la qui, nuit apres nuit, finalement prendra le dessus et le transformera en monstrueux Mister Hyde.

Opinie o ebooku L'Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde - Robert Louis Stevenson

Fragment ebooka L'Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde - Robert Louis Stevenson

A Propos
Chapitre 1 - A propos d’une porte

A Propos Stevenson:

Robert Louis (Balfour) Stevenson (November 13, 1850–December 3, 1894), was a Scottish novelist, poet, and travel writer, and a leading representative of Neo-romanticism in English literature. He was the man who "seemed to pick the right word up on the point of his pen, like a man playing spillikins", as G. K. Chesterton put it. He was also greatly admired by many authors, including Jorge Luis Borges, Ernest Hemingway, Rudyard Kipling and Vladimir Nabokov. Most modernist writers dismissed him, however, because he was popular and did not write within their narrow definition of literature. It is only recently that critics have begun to look beyond Stevenson's popularity and allow him a place in the canon. Source: Wikipedia

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Chapitre 1 A propos d’une porte

M. Utterson le notaire était un homme d’une mine renfrognée, qui ne s’éclairait jamais d’un sourire ; il était d’une conversation froide, chiche et embarrassée ; peu porté au sentiment ; et pourtant cet homme grand, maigre, décrépit et triste, plaisait a sa façon. Dans les réunions amicales, et quand le vin était a son gout, quelque chose d’éminemment bienveillant jaillissait de son regard ; quelque chose qui a la vérité ne se faisait jamais jour en paroles, mais qui s’exprimait non seulement par ce muet symbole de la physionomie d’apres-dîner, mais plus fréquemment et avec plus de force par les actes de sa vie. Austere envers lui-meme, il buvait du gin quand il était seul pour réfréner son gout des bons crus ; et bien qu’il aimât le théâtre, il n’y avait pas mis les pieds depuis vingt ans. Mais il avait pour les autres une indulgence a toute épreuve ; et il s’émerveillait parfois, presque avec envie, de l’intensité de désir réclamée par leurs déreglements ; et en dernier ressort, inclinait a les secourir plutôt qu’a les blâmer. « Je penche vers l’hérésie des cainites, lui arrivait-il de dire pédamment. Je laisse mes freres aller au diable a leur propre façon. » En vertu de cette originalité, c’était fréquemment son lot d’etre la derniere relation avouable et la derniere bonne influence dans la vie d’hommes en voie de perdition. Et a l’égard de ceux-la, aussi longtemps qu’ils fréquentaient son logis, il ne montrait jamais l’ombre d’une modification dans sa maniere d’etre.

Sans doute que cet héroisme ne coutait guere a M. Utterson ; car il était aussi peu démonstratif que possible, et ses amitiés memes semblaient fondées pareillement sur une bienveillance universelle. C’est une preuve de modestie que de recevoir tout formé, des mains du hasard, le cercle de ses amitiés. Telle était la méthode du notaire, il avait pour amis les gens de sa parenté ou ceux qu’il connaissait depuis le plus longtemps ; ses liaisons, comme le lierre, devaient leur croissance au temps, et ne réclamaient de leur objet aucune qualité spéciale. De la, sans doute, le lien qui l’unissait a M. Richard Enfield son parent éloigné, un vrai Londonien honorablement connu. C’était pour la plupart des gens une énigme de se demander quel attrait ces deux-la pouvaient voir l’un en l’autre, ou quel intéret commun ils avaient pu se découvrir. Au dire de ceux qui les rencontraient faisant leur promenade dominicale, ils n’échangeaient pas un mot, avaient l’air de s’ennuyer prodigieusement, et accueillaient avec un soulagement visible la rencontre d’un ami. Malgré cela, tous deux faisaient le plus grand cas de ces sorties, qu’ils estimaient le plus beau fleuron de chaque semaine, et pour en jouir avec régularité il leur arrivait, non seulement de renoncer a d’autres occasions de plaisir, mais meme de rester sourds a l’appel des affaires.

Ce fut au cours d’une de ces randonnées que le hasard les conduisit dans une petite rue détournée d’un quartier ouvrier de Londres. C’était ce qui s’appelle une petite rue tranquille, bien qu’elle charriât en semaine un trafic intense. Ses habitants, qui semblaient tous a leur aise, cultivaient a l’envi l’espoir de s’enrichir encore, et étalaient en embellissements le superflu de leurs gains ; de sorte que les devantures des boutiques, telles deux rangées d’accortes marchandes, offraient le long de cette artere un aspect engageant. Meme le dimanche, alors qu’elle voilait ses plus florissants appas et demeurait comparativement vide de circulation, cette rue faisait avec son terne voisinage un contraste brillant, comme un feu dans une foret ; et par ses volets repeints de frais, ses cuivres bien fourbis, sa propreté générale et son air de gaieté, elle attirait et charmait aussitôt le regard du passant.

A deux portes d’un coin, sur la gauche en allant vers l’est, l’entrée d’une cour interrompait l’alignement, et a cet endroit meme, la masse rébarbative d’un bâtiment projetait en saillie son pignon sur la rue. Haut d’un étage, sans fenetres, il n’offrait rien qu’une porte au rez-de-chaussée, et a l’étage la façade aveugle d’un mur décrépit. Il présentait dans tous ses détails les symptômes d’une négligence sordide et prolongée. La porte, dépourvue de sonnette ou de heurtoir, était écaillée et décolorée. Les vagabonds gîtaient dans l’embrasure et frottaient des allumettes sur les panneaux ; les enfants tenaient boutique sur le seuil ; un écolier avait essayé son canif sur les moulures ; et depuis pres d’une génération, personne n’était venu chasser ces indiscrets visiteurs ni réparer leurs déprédations.

M. Enfield et le notaire passaient de l’autre côté de la petite rue ; mais quand ils arriverent a hauteur de l’entrée, le premier leva sa canne et la désigna :

– Avez-vous déja remarqué cette porte ? demanda-t-il ; et quand son compagnon lui eut répondu par l’affirmative : Elle se rattache dans mon souvenir, ajouta-t-il, a une tres singuliere histoire.

– Vraiment ? fit M. Utterson, d’une voix légerement altérée. Et quelle était-elle ?

– Eh bien, voici la chose, répliqua M. Enfield. C’était vers trois heures du matin, par une sombre nuit d’hiver. Je m’en retournais chez moi, d’un endroit au bout du monde, et mon chemin traversait une partie de la ville ou l’on ne rencontrait absolument que des réverberes. Les rues se succédaient, et tout le monde dormait… Les rues se succédaient, toutes illuminées comme pour une procession et toutes aussi désertes qu’une église… si bien que finalement j’en arrivai a cet état d’esprit du monsieur qui dresse l’oreille de plus en plus et commence d’aspirer a l’apparition d’un agent de police. Tout a coup je vis deux silhouettes, d’une part un petit homme qui d’un bon pas trottinait vers l’est, et de l’autre une fillette de peut-etre huit ou dix ans qui s’en venait par une rue transversale en courant de toutes ses forces. Eh bien, monsieur, arrivés au coin, tous deux se jeterent l’un contre l’autre, ce qui était assez naturel ; mais ensuite advint l’horrible de la chose, car l’homme foula froidement aux pieds le corps de la fillette et s’éloigna, la laissant sur le pavé, hurlante. Cela n’a l’air de rien a entendre raconter, mais c’était diabolique a voir. Ce n’était plus un homme que j’avais devant moi, c’était je ne sais quel monstre satanique et impitoyable. J’appelai a l’aide, me mis a courir, saisis au collet notre citoyen, et le ramenai aupres de la fillette hurlante qu’entourait déja un petit rassemblement. Il garda un parfait sang-froid et ne tenta aucune résistance, mais me décocha un regard si atroce que je me sentis inondé d’une sueur froide. Les gens qui avaient surgi étaient les parents memes de la petite ; et presque aussitôt on vit paraître le docteur, chez qui elle avait été envoyée. En somme, la fillette, au dire du morticole, avait eu plus de peur que de mal ; et on eut pu croire que les choses en resteraient la. Mais il se produisit un phénomene singulier. J’avais pris en aversion a premiere vue notre citoyen. Les parents de la petite aussi, comme il était trop naturel. Mais ce qui me frappa ce fut la conduite du docteur. C’était le classique praticien routinier, d’âge et de caractere indéterminé, doué d’un fort accent d’Édimbourg, et sentimental a peu pres autant qu’une cornemuse. Eh bien, monsieur, il en fut de lui comme de nous autres tous : a chaque fois qu’il jetait les yeux sur mon prisonnier, je voyais le morticole se crisper et pâlir d’une envie de le tuer. Je devinai sa pensée, de meme qu’il devina la mienne, et comme on ne tue pas ainsi les gens, nous fîmes ce qui en approchait le plus. Nous déclarâmes a l’individu qu’il ne dépendait que de nous de provoquer avec cet accident un scandale tel que son nom serait abominé d’un bout a l’autre de Londres. S’il avait des amis ou de la réputation, nous nous chargions de les lui faire perdre. Et pendant tout le temps que nous fumes a le retourner sur le gril, nous avions fort a faire pour écarter de lui les femmes, qui étaient comme des harpies en fureur. Jamais je n’ai vu pareille réunion de faces haineuses. Au milieu d’elles se tenait l’individu, affectant un sang-froid sinistre et ricaneur ; il avait peur aussi, je le voyais bien, mais il montrait bonne contenance, monsieur, comme un véritable démon. Il nous dit : « Si vous tenez a faire un drame de cet incident, je suis évidemment a votre merci. Tout gentleman ne demande qu’a éviter le scandale. Fixez votre chiffre. » Eh bien, nous le taxâmes a cent livres, destinées aux parents de la fillette. D’évidence il était tenté de se rebiffer, mais nous avions tous un air qui promettait du vilain, et il finit par céder. Il lui fallut alors se procurer l’argent ; et ou croyez-vous qu’il nous conduisit ? Tout simplement a cet endroit ou il y a la porte. Il tira de sa poche une clef, entra, et revint bientôt, muni de quelque dix livres en or et d’un cheque pour le surplus, sur la banque Coutts, libellé payable au porteur et signé d’un nom que je ne puis vous dire, bien qu’il constitue l’un des points essentiels de mon histoire ; mais c’était un nom honorablement connu et souvent imprimé. Le chiffre était salé, mais la signature valait pour plus que cela, a condition toutefois qu’elle fut authentique. Je pris la liberté de faire observer a notre citoyen que tout son procédé me paraissait peu vraisemblable, et que, dans la vie réelle, on ne pénetre pas a quatre heures du matin par une porte de cave pour en ressortir avec un cheque d’autrui valant pres de cent livres. Mais d’un ton tout a fait dégagé et railleur, il me répondit : « Soyez sans crainte, je ne vous quitterai pas jusqu’a l’ouverture de la banque et je toucherai le cheque moi-meme. » Nous nous en allâmes donc tous, le docteur, le pere de l’enfant, notre homme et moi, passer le reste de la nuit dans mon appartement ; et le matin venu, apres avoir déjeuné, nous nous rendîmes en chour a la banque. Je présentai le cheque moi-meme, en disant que j’avais toutes raisons de le croire faux. Pas du tout. Le cheque était régulier.

M. Utterson émit un clappement de langue désapprobateur.

– Je vois que vous pensez comme moi, reprit M. Enfield. Oui, c’est une fâcheuse histoire. Car notre homme était un individu avec qui nul ne voudrait avoir rien de commun, un vraiment sinistre individu, et la personne au contraire qui tira le cheque est la fleur meme des convenances, une célébrité en outre, et (qui pis est) l’un de ces citoyens qui font, comme ils disent, le bien. Chantage, je suppose, un honnete homme qui paye sans y regarder pour quelque fredaine de jeunesse. Quoique cette hypothese meme, voyez-vous, soit loin de tout expliquer, ajouta-t-il.

Et sur ces mots il tomba dans une profonde reverie.

Il en fut tiré par M. Utterson, qui lui demandait assez brusquement :

– Et vous ne savez pas si le tireur du cheque habite la ?

– Un endroit bien approprié, n’est-ce pas ? répliqua M. Enfield. Mais j’ai eu l’occasion de noter son adresse : il habite sur une place quelconque.

– Et vous n’avez jamais pris de renseignements… sur cet endroit ou il y a la porte ? reprit M. Utterson.

– Non, monsieur ; j’ai eu un scrupule. Je répugne beaucoup a poser des questions ; c’est la un genre qui rappelle trop le jour du Jugement. On lance une question, et c’est comme si on lançait une pierre. On est tranquillement assis au haut d’une montagne ; et la pierre déroule, qui en entraîne d’autres ; et pour finir, un sympathique vieillard (le dernier auquel on aurait pensé) reçoit l’avalanche sur le crâne au beau milieu de son jardin privé, et ses parents n’ont plus qu’a changer de nom. Non, monsieur, je m’en suis fait une regle : plus une histoire sent le louche, moins je m’informe.

– Une tres bonne regle, en effet, répliqua le notaire.

– Mais j’ai examiné l’endroit par moi-meme, continua M. Enfield. On dirait a peine une habitation. Il n’y a pas d’autre porte, et personne n’entre ni ne sort par celle-ci, sauf, a de longs intervalles, le citoyen de mon aventure. Il y a trois fenetres donnant sur la cour au premier étage, et pas une au rez-de-chaussée ; jamais ces fenetres ne s’ouvrent, mais leurs carreaux sont nettoyés. Et puis il y a une cheminée qui fume en général ; donc quelqu’un doit habiter la. Et encore ce n’est pas absolument certain, car les immeubles s’enchevetrent si bien autour de cette cour qu’il est difficile de dire ou l’un finit et ou l’autre commence.

Les deux amis firent de nouveau quelques pas en silence ; puis :

– Enfield, déclara M. Utterson, c’est une bonne regle que vous avez adoptée.

– Je le crois en effet, répliqua Enfield.

– Mais malgré cela, poursuivit le notaire, il y a une chose que je veux vous demander ; c’est le nom de l’homme qui a foulé aux pieds l’enfant.

– Ma foi, répondit Enfield, je ne vois pas quel mal cela pourrait faire de vous le dire. Cet homme se nommait Hyde.

– Hum, fit M. Utterson. Et quel est son aspect physique ?

– Il n’est pas facile a décrire. Il y a dans son extérieur quelque chose de faux ; quelque chose de désagréable, d’absolument odieux. Je n’ai jamais vu personne qui me fut aussi antipathique ; et cependant je sais a peine pourquoi. Il doit etre contrefait de quelque part ; il donne tout a fait l’impression d’avoir une difformité ; mais je n’en saurais préciser le siege. Cet homme a un air extraordinaire, et malgré cela je ne peux réellement indiquer en lui quelque chose qui sorte de la normale. Non, monsieur, j’y renonce ; je suis incapable de le décrire. Et ce n’est pas faute de mémoire ; car, en vérité, je me le représente comme s’il était la.

M. Utterson fit de nouveau quelques pas en silence et visiblement sous le poids d’une préoccupation. Il demanda enfin :

– Vous etes sur qu’il s’est servi d’une clef ?

– Mon cher monsieur… commença Enfield, au comble de la surprise.

– Oui je sais, dit Utterson, je sais que ma question doit vous sembler bizarre. Mais de fait, si je ne vous demande pas le nom de l’autre personnage, c’est parce que je le connais déja. Votre histoire, croyez-le bien, Richard, est allée a bonne adresse. Si vous avez été inexact en quelque détail, vous ferez mieux de le rectifier.

– Il me semble que vous auriez pu me prévenir, répliqua l’autre avec une pointe d’humeur. Mais j’ai été d’une exactitude pédantesque, comme vous dites. L’individu avait une clef, et qui plus est, il l’a encore. Je l’ai vu s’en servir, il n’y a pas huit jours.

M. Utterson poussa un profond soupir, mais s’abstint de tout commentaire ; et bientôt son cadet reprit :

– Voila une nouvelle leçon qui m’apprendra a me taire. Je rougis d’avoir eu la langue si longue. Convenons, voulez-vous, de ne plus jamais reparler de cette histoire.

– Bien volontiers, répondit le notaire. Voici ma main, Richard ; c’est promis.