Histoires de scoops en Belgique - Patrick Haumont - ebook

Histoires de scoops en Belgique ebook

Patrick Haumont

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Opis

Journaliste en Belgique depuis plus de 25 ans, l’auteur a accumulé les rencontres et les souvenirs intimes, tantôt surréalistes, tantôt émouvants.

Après avoir rencontré de nombreuses personnalités, comme les membres de notre famille royale ou nos plus grands sportifs (Eddy Merckx, David Goffin ou Justine Henin), après avoir interviewé des « people » issus d’univers différents tels qu’Arthur Ashe, Bill Gates ou encore notre Jean-Claude Van Damme national, Patrick Haumont a dressé de multiples portraits, des plus tendres aux plus surprenants.
L’auteur revient sur son parcours de journaliste et sur les grands événements médiatiques qu’il a couverts au cours de sa carrière : des confidences du Prince Philippe sur son rôle de père aux coulisses du tennis belge, en passant par le récit incroyable de la publication des photos de Dutroux en prison, vous redécouvrirez avec étonnement comment il a défrayé la chronique.

Une plongée inédite dans les coulisses du journalisme belge.

EXTRAIT

« Patrick Haumont », annoncé-je comme je le fais toujours, comme si quelqu’un d’autre allait décrocher mon téléphone portable. Je suis, je dois bien l’avouer, concentré sur tout autre chose que la conversation qui s’amorce. C’est donc dans une sorte de brouillard que j’entends la réponse de mon interlocuteur.
« C’est Jean-Claude Van Damme, ici. »
Moi : « Oui oui, c’est cela, dis, je suis en train de faire une manœuvre, donc, ta blague, tu la gardes et tu me rappelles plus tard. »
Et je raccroche, me gare, et monte chez moi.
Le GSM sonne à nouveau.
« Patrick Haumont » (ben oui).
« Jean-Claude Van Damme, vous m’avez envoyé un fax… »
Mon franc tombe ! Évidemment que je lui ai envoyé un fax, pas plus tard qu’il y a deux jours. Mais je ne pensais pas qu’il me téléphonerait lui-même. Avec tout ce que l’on dit de lui, j’étais persuadé que sa secrétaire, son manager, son porteur d’eau, son entraîneur physique ou n’importe qui d’autre, reprendrait contact avec moi.
Je n’imaginais évidemment pas que Jean-Claude Himself, JCVD en personne, allait composer mon numéro de GSM et me parler, à moi, en direct, comme s’il s’agissait d’une personne normale. D’un quidam, d’un interlocuteur lambda. D’un homme, quoi.
Ben si.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Né en 1961, Patrick Haumont a travaillé pour La Libre Belgique, La Dernière Heure, Vers l’Avenir, Le Soir et Paris Match Belgique. Il est maintenant rédacteur en chef de la télévision locale Antenne Centre Télévision.

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Patrick Haumont

Histoires de scoops en Belgique

Remerciements

À mon père, qui m’a guidé toute sa vie et au-delà,

À ma mère, toujours là pour ses enfants, Yolande, Pascal et moi,

À mon épouse Sabine, première lectrice et merveilleuse supportrice,

À mon fils Bernard, deuxième lecteur, philosophe et toujours de bons conseils,

À mon fils Édouard, à qui je serai heureux de présenter cet ouvrage,

À mon amie Vanessa, troisième lectrice et bobette éternelle,

À mon ami Christofe, qui sait que tout cela n’est pas le plus important,

À Dominique Monami, avec laquelle je continue de traverser l’histoire du tennis belge avec une complicité amicale d’une rare intensité,

À Michel Vanderstocken, qui a été le premier à croire en moi,

À Jean-Paul Duchâteau qui, si différent de moi, a osé,

À la dream team du sport de La Libre (Renaud, Matthias, David, Bruno, Christophe, Hugues et les autres),

À la fabuleuse équipe belge de La Libre Match (Élodie, Nicolas, Olivier, Frédéric, Emmanuelle, Roger, Ronald, Michel, Christophe, Jean et tous les autres)

À Philippe Laloux, qui m’a repêché et soutenu,

À Christine Hanquet et Yves Simon, deux collègues devenus amis même si l’on se voit peu,

À Franz Lemaire, ex-secrétaire général de l’AFT, pour les franches conversations,

À Pierre Delahaye et Cécile Parent, de l’AFT, qui m’ont fait confiance,

À tous les joueurs de tennis, de Sandra Wasserman à Ysaline Bonaventure, de Bart Wuyts à Kimmer Coppejans, de Filip Dewulf à David Goffin, de Bernard Boileau à Michèle Gurdal, de Patrick Hombergen à Justine Henin, qui ont toujours, je pense, compris que, si j’étais parfois sévère, j’étais surtout passionné,

Merci à Benoit Amez de m’avoir contacté pour écrire ce livre,

Merci aux Éditions Jourdan,

Merci à vous, lecteurs.

Préface

Merveilleux métier, étonnant milieu (euphémisme)

Après 30 ans de journalisme, je pense pouvoir le dire.

Non, je pense devoir le dire : j’adore ce métier, mais j’ai beaucoup de difficulté à en apprécier le milieu. Et je pense d’ailleurs qu’il me le rend bien.

J’adore le journalisme d’autant qu’il m’a permis de réaliser tous mes rêves de gosse.

J’ai rencontré, en tête à tête, en conférence de presse ou en situation, nombre de sportifs qui m’ont captivé, certains que j’ai idolâtrés : Eddy Merckx, Arthur Ashe, Andre Agassi, Mike Powell, Carl Lewis, Merlene Ottey, Boris Becker, John Mc Enroe, Yannick Noah, Justine Henin, Kim Clijsters, David Goffin, Dominique Monami, Eden Hazard, etc.

J’ai eu le grand bonheur de couvrir deux Jeux olympiques (Atlanta et Sydney), j’ai été dans tous les Grand Chelem tennistiques, j’ai géré l’Euro 2000 pour La Libre Belgique, la Coupe du Monde 2014 et la Coupe d’Europe 2016 pour Antenne Centre télévision et, fin 2015, j’ai eu la chance de vivre de l’intérieur la finale de la Coupe Davis entre la Belgique et la Grande-Bretagne, une finale qui s’est tenue à Gand, la ville de mon père.

J’ai, je pense, eu la chance de faire tout ce qu’il était possible de faire, du moins dans mes domaines de prédilection.

Après un début de carrière dans le journalisme sportif, on m’a donné la possibilité d’entrer dans le monde des people et des grands reportages en me confiant la rédaction en chef de La Libre Match, l’édition belge de Paris Match. Je m’en veux d’ailleurs à ce sujet de n’avoir jamais remercié suffisamment feu Jean-Paul Duchâteau, rédacteur en chef de La Libre Belgique, qui avait osé me faire confiance.

Après Match, je suis retourné à La Libre comme rédacteur en chef adjoint où certains de mes collègues n’ont jamais compris comment un « sportif » non diplômé universitaire pouvait faire partie de la rédaction en chef d’un journal dit sérieux… Le milieu, toujours…

Depuis que j’ai quitté La Libre, je suis rédac chef de la télévision locale Antenne Centre Télévision où j’ai la preuve de ce dont je ne doutais pas : la locale est bien plus difficile que la nationale ou l’internationale. À l’internationale, quoi qu’en pensent certains, vous ne rencontrez quasiment JAMAIS ceux sur lesquels vous vous répandez.

À la nationale, cela arrive de temps en temps.

À la locale, c’est quotidien. Vous critiquez un bourgmestre que vous rencontrez le soir même.

La locale et la sportive sont d’ailleurs identiques. Et je suis fier d’avoir commencé ma carrière en sports et de la terminer (pas tout de suite, tout de même), en locale. J’en profite d’ailleurs pour crier mon respect à tous les journalistes sportifs ou locaux qui, non seulement, doivent sans cesse marcher sur des œufs fragiles pour exercer leur métier tout en se battant sans cesse avec leurs collègues qui pensent avoir réussi parce qu’ils traitent des sujets dits importants. Ainsi, pour prendre un exemple personnel, il est plus facile de critiquer Serena Williams que Justine Henin. Car Justine lira votre papier, pas Serena.

Mais passons.

Ce métier m’a aussi permis de me forger une amitié solide avec Dominique Monami. Une amitié construite sur la pleine confiance, avant sa carrière internationale, pendant celle-ci et plus encore après. On s’étonnera peut-être d’ailleurs du fait que je ne consacre aucun chapitre à la première joueuse belge étant entrée dans le Top 10 mondial, mais notre relation amicale est trop personnelle pour être couchée sur le papier.

Le journalisme vous offre aussi des opportunités incroyables. Parmi celles-ci, le fait de pouvoir rencontrer des personnages impressionnants. Comme Sœur Emmanuelle ou Arthur Ashe, qui ont réellement influencé ma vie. Ou de croiser des hommes ou femmes que l’on croit irréels : un ancien président des États-Unis, le concepteur de Windows, le recordman mondial du saut en longueur, Jean-Claude Van Damme.

Le journalisme est un métier merveilleux.

Et il m’a donné tout ce dont je rêvais.

Mais, je le redis, le journalisme a généré un milieu dans lequel je ne me suis jamais réellement bien senti. J’y ai des amis sincères, qui se reconnaîtront, mais je reste persuadé que la plupart d’entre nous, dont moi, pensent être intouchables et détenir la vérité. C’est difficilement supportable.

Les organisations qui sont a priori chargées de nous contrôler sont loin de répondre à mes aspirations et le corporatisme de mon métier me donne parfois (souvent) envie de le déserter.

Mais l’objet de ce livre n’est pas là.

En fait, le seul objet de ce livre est de vous confier des souvenirs. Des souvenirs de rencontres. Des souvenirs de moments particuliers (comme celui qui m’a fait « prendre possession » des photos de Marc Dutroux en prison), des souvenirs de surprises divines ou de moments étonnants.

Mais, comme tous les souvenirs, ils sont ce qu’ils sont. Ils sont ma vérité, ma réalité. Les dates, les propos, les faits sont ce qu’ils sont dans ma mémoire. Il y a sans doute quelques erreurs de calendrier, quelques erreurs factuelles. Mais peu importe. Le fond est réel d’autant que certains des chapitres qui suivent ont été composés avec des parties d’articles publiés tout au long de mes trente ans de carrière.

Ces souvenirs sont les miens et j’avais envie de les partager. Parce qu’ils m’ont marqué, parce qu’ils m’ont troublé, parce qu’ils m’ont embarrassé, parce qu’ils m’ont, pour certains, permis d’entrer en contact avec des personnalités exceptionnelles.

Ces souvenirs sont une (petite) partie de ma vie.

Dans un premier temps, je les ai partagés avec mon épouse Sabine, mon fils aîné Bernard et, pour une partie, mon amie Vanessa. Qu’ils soient ici remerciés pour leurs conseils, leur aide. Qu’ils sachent aussi qu’ils auront droit à une soirée spéciale pour m’avoir supporté.

Je peux le dire maintenant ; je suis ravi de partager ces souvenirs avec vous.

Chapitre 1 JCVD et le 11 septembre 2001

Juin 2001. Un vendredi, je pense. J’arrive devant chez moi, juste en face de la poste de Binche et, miracle, je trouve une place de parking. Je commence les manœuvres quand mon GSM sonne. À l’époque, je n’ai pas encore de mains libres, ni d’oreillette. Je décroche tant bien que mal, colle l’ustensile à mon oreille, casse mon cou pour qu’il ne tombe pas et tente dans le même temps d’éviter une camionnette dont le chauffeur est manifestement pressé de rejoindre ses pénates.

« Patrick Haumont », annoncé-je comme je le fais toujours, comme si quelqu’un d’autre allait décrocher mon téléphone portable. Je suis, je dois bien l’avouer, concentré sur tout autre chose que la conversation qui s’amorce. C’est donc dans une sorte de brouillard que j’entends la réponse de mon interlocuteur. 

« C’est Jean-Claude Van Damme, ici. »

Moi : « Oui oui, c’est cela, dis, je suis en train de faire une manœuvre, donc, ta blague, tu la gardes et tu me rappelles plus tard. »

Et je raccroche, me gare, et monte chez moi.

Le GSM sonne à nouveau.

« Patrick Haumont » (ben oui).

« Jean-Claude Van Damme, vous m’avez envoyé un fax… »

Mon franc tombe ! Évidemment que je lui ai envoyé un fax, pas plus tard qu’il y a deux jours. Mais je ne pensais pas qu’il me téléphonerait lui-même. Avec tout ce que l’on dit de lui, j’étais persuadé que sa secrétaire, son manager, son porteur d’eau, son entraîneur physique ou n’importe qui d’autre, reprendrait contact avec moi.

Je n’imaginais évidemment pas que Jean-Claude Himself, JCVD en personne, allait composer mon numéro de GSM et me parler, à moi, en direct, comme s’il s’agissait d’une personne normale. D’un quidam, d’un interlocuteur lambda. D’un homme, quoi.

Ben si.

Il me parle. En français (et uniquement en français). Et nous convenons d’un rendez-vous, quelques semaines plus tard, à Knokke-le-Zoute.

Mais je m’emballe, je m’emballe. Il me faut resituer maintenant le contexte. En mai 2001, à ma plus grande surprise et alors que j’étais chef des sports de La Libre Belgique, mon rédacteur en chef de l’époque, le regretté Jean-Paul Duchâteau, me propose de prendre la rédaction en chef de Paris Match Belgique que le Groupe IPM – La Libre, la DH – va éditer en y incorporant un certain nombre de pages belges.

Pourquoi moi ?

« Parce que, me dit-il, avec ton caractère, je sais que tu pourras tenir tête aux Français »

Quinze ans plus tard, je ne sais toujours pas si je dois prendre cette remarque comme un compliment.

Bref.

En quelques semaines, je constitue ma minuscule équipe en prévision du premier numéro qui doit sortir le 14 septembre suivant, soit le 14 septembre 2001. Vu de juin 2001, cette date n’a rien de particulier, ni de très sexy. Au contraire, même, puisque l’on sera en pleine rentrée scolaire. Il est donc nécessaire, histoire d’avoir une cover à la hauteur de la réputation de Match, de trouver un people belge dont la renommée internationale est indéniable.

À l’époque, Jean-Claude Van Damme est encore l’un des plus grands vendeurs de cassettes et DVD au monde. Qui plus est, ses dernières sorties surréalistes sur les plateaux télé ont fait de lui une sorte d’icône improbable de la pop culture. Improbable, mais terriblement attachante.

Très vite, les responsables belges et français de Match s’accordent pour estimer que le choix de Van Damme est le bon. On me charge donc de réaliser un entretien exclusif avec THE STAR. Qui sera aussi la vedette de la soirée de lancement, programmée le... 12 septembre (2001) dans un hôtel cossu jouxtant les bureaux de La Libre Match (nouveau nom de l’édition belge de Paris Match).

C’est donc chargé de ces deux nobles missions – un entretien exclusif et une invitation à la soirée – que j’ai envoyé le fax à Jean-Claude Van Damme. Ce fameux fax qui me vaut quelques jours plus tard ce coup de téléphone insolite en face de la poste de Binche.

Un coup de fil transatlantique entre le très grand JCVD et P. H…

Une conversation en fait on ne peut plus simple, qui fixe donc un rendez-vous au Zoute. La rencontre a lieu courant juillet. Je l’ai préparée avec son papa, sa maman, au coin d’une terrasse, sur la célèbre Avenue Lippens, non loin de la place M’as-tu vu, bien connue des habitués zoutistes (ou zoutois, c’est selon). L’entretien, me disent monsieur et madame Van Damme, se fera dans l’appartement que le fiston leur a offert, situé à quelques mètres de là.

Viennent le jour J et l’heure H.

Je dois bien dire que, sans être tendu, je suis un rien anxieux, car je n’ai pas du tout envie de tomber dans la caricature que les télés belges et, surtout, françaises, nous servent à longueur d’année. Je veux un JCVD simple et francophone, pas ce personnage excentrique, qui joue un peu trop à mon goût avec son nouveau statut.

Les présentations se passent de manière très simple, dans le salon spacieux de cet appartement non ostentatoire. Il y a juste un peu trop de monde. Un photographe, son assistant, l’épouse, un ou deux enfants, le manager et quelques autres personnes que ma mémoire n’a pas enregistrées. Qu’ils me pardonnent. Après quelques minutes, je me rends compte que si le public reste, Jean-Claude Van Damme risque de jouer son personnage. Je lui propose alors de nous isoler. Il comprend ma demande et congédie poliment les autres personnes. Seul le photographe reste, mais pas pour longtemps.

Commence alors l’entretien. Une demi-heure. Pas trop de mot d’anglais ou de franglais. Une heure. Toujours principalement en français. Il y a bien de temps en temps un dérapage, un mot bizarre, de son invention, il y a bien quelques termes anglais, mais pas plus que de raison. On sent qu’il ne le fait pas par jeu, mais plus parce qu’il pense autant en français qu’en anglais.

Après une heure et quart, il se lève. Je me dis qu’il estime que c’est bon, qu’il a assez donné de son temps. Ce que je comprendrais parfaitement. Mais pas du tout.

« Dis, tu n’as pas faim ou soif, toi ? »

Moi, interloqué, car j’ai déjà réalisé de très nombreuses interviews de gens connus (surtout des sportifs) et il est très rare qu’ils proposent à boire ou à manger.

« Euh, si, soif, peut-être, un peu. »

Lui : « mais si, tu as soif, tu parles avec moi depuis une heure et quart. Et il faut que tu manges un fruit, aussi. C’est bon un fruit. »

Je mangerai donc un fruit (ce que je ne fais que rarement), en sa compagnie. Étrange souvenir que ce moment de silence entre une méga star internationale qui mange son fruit (une pomme, je crois) de la manière la plus simple qui soit et qui, surtout, a pensé à son interlocuteur. Moi, quoi.

Le fruit et l’eau ingurgités, on se replonge dans l’interview qui se terminera une demi-heure plus tard. Toujours peu de mots d’anglais, de franglais, de son invention. Sauf un petit échange qui se fera en anglais, parce que, je pense, il a oublié que j’étais francophone. Son français est parfait avec, il est vrai, un petit accent américain. Ses propos sont cohérents, aussi, à des années-lumière de ce qu’il s’amuse à proposer à mes collègues de la télé française où on le voyait beaucoup. Apparitions sur lesquelles il a un avis tranché.

« Cela, c’est du visuel. L’attention et la visualité, cela n’a rien à voir. L’attention, c’est quelque chose que les gens demandent. C’est de l’affection. Il y a des gens qui réussissent dans la vie pour remplir leur ego, pour avoir du mérite et de la reconnaissance. Après quelques années, les choses changent. La visualité, c’est quand tu fais ton travail d’acteur et tu comprends que ce n’est pas l’attention qui compte, mais ton travail d’acteur. »

Et alors que j’évoque avec lui la disparité entre son naturel et ses dialogues qui, eux, paraissent parfois surnaturels, ses yeux se mouillent et il laisse parler son cœur.

Morceaux choisis.

« J’ai quitté la Belgique à l’âge de 19 ans et j’ai fait le tour du monde. J’ai une vieille soul (âme). J’ai vu beaucoup de choses difficiles et quand tu vois des malheurs comme cela, quand tu vois que des gosses qui vont mourir ne rêvent que d’une chose – passer une journée avec moi avant de mourir – tu te dis que, eux aussi, ils ont une conversation surnaturelle, car ils sont proches de la mort. Alors, devant des émissions comme celle d’Ardisson, je n’ai pas envie de rester sur leurs ondes de conneries, car ils ne savent pas ce qu’ils ont comme chance dans la vie. La chance d’avoir une vie tellement belle, généreuse, pulpeuse, adorable. Les gens n’ont pas tous subi ce que j’ai subi dans la vie. Au début, j’ai fort souffert. Alors, parfois, je m’égare. J’ai un ami qui m’a dit, avant ton interview, de m’excuser par rapport à mon expression “Be aware”. Mais non, pourquoi je m’excuserais ? Je m’excuserais de quoi ? L’erreur est normale. S’il y a une erreur. Elle est où l’erreur ? Respirer, c’est une erreur ? Parfois, les conversations sont difficiles, mais les gens ne savent pas comme c’est compliqué pour moi de parler en français. 

….

L’immortalité existe dans la pensée, dans le souvenir, dans la mémoire, dans la sensibilité, dans l’amour. Si tu es amoureux d’une femme qui t’adore et que tu meurs, cette femme continuera à te faire exister dans ses pensées.

La création, c’est la chose la plus belle au monde. Créer un amour, une amitié, un business, une nouvelle aventure, un nouveau papier, une nouvelle question. La création suprême, c’est de faire un enfant. Quand j’ai fait mon premier enfant, j’étais trop jeune, je ne me rendais pas compte de la magnificence de cet acte. Maintenant, je comprends ce qu’est la vie.

Être heureux ce n’est pas toujours positif. On peut être heureux du côté négatif, car si on n’a jamais de peine, on ne peut pas comprendre ce qu’est la joie. Il faut être un peu malheureux pour savoir ce qu’est le bonheur. C’est triste à dire, mais c’est pour cela que je suis très fort.

Je suis terriblement impulsif. C’est comme si j’étais une lance à incendie. Il y a un jet d’eau qui est terrible et je n’arrive pas à fermer le robinet. Tout part. Donc je dois toucher les bonnes targets (cibles). Mais bon, je ne sais pas changer, je suis né comme cela. Mais va-t’en expliquer à un mec de la rue que Van Damme commence à comprendre ses propres enzymes. Qu’est-ce que tu veux que le mec te dise ? Par contre, tu mets un prof de Harvard en face de moi et il va me comprendre. Il va me dire que je suis normal.

Mais il faut bien te rendre compte que ce n’est pas évident de comprendre qui je suis en une heure ou deux. Je prends par exemple mon expression “Be aware”. Qu’est-ce que je voulais dire par là ? Be aware, c’est être ouvert vers le monde, sentir le monde. C’est comme si je n’avais pas d’yeux, pas d’oreilles, mais que je sentais ce qui allait se passer. Si je peux être aware en étant aveugle, imaginez ce que je serais capable de faire en ayant les oreilles et les yeux ouverts. Être aware, cela vous donne une sensation fantastique de la vie, du vent, du froid. C’est formidable. Vous savez ce qui se passe. Être aware est la chose la plus importante de la vie. C’est la vie. »

Il y a plusieurs manières de lire ces extraits. En partant du principe que JCVD dit n’importe quoi. Ou au contraire en prenant la peine d’oublier le personnage. Cette deuxième option n’est sans doute possible que lorsqu’on a eu la chance de croiser l’homme derrière la star. Elle est pour moi la seule option possible.

Direction un restaurant connu de Knokke. Pas pour manger, mais pour réaliser quelques clichés, dont, évidemment, la cover du premier numéro de La Libre Match. Premier numéro prévu, je le rappelle, le 14 septembre 2001.

La rencontre se termine, on se donne rendez-vous pour le 12 à midi, afin de peaufiner la soirée. Je lui tends la main, il la prend, m’attire vers lui, et me fait une accolade virile comme si j’étais un proche ou un vieux pote. Un moment intense, dont le souvenir photographique trône encore sur mon bureau virtuel.

Les semaines passent, le numéro 0 reçoit l’aval des éditions Hachette. Nous nous plongeons donc dans le numéro 1.

Au menu belge, entre autres : la Une et l’interview exclusive de JCVD, un reportage sur les extrémistes flamands et d’autres sujets divers. En même temps que le premier numéro, on peaufine aussi la soirée qui réunira des personnalités françaises et belges issues du monde politique, des médias, des sports, de la culture. Une bien belle brochette de vedettes de tous bords qui devraient illuminer de leur présence cette soirée festive…

Date de la soirée, juste pour rappel : le 12 septembre.

Lundi 10 septembre. La petite équipe de La Libre Match est sur les charbons ardents. Pas que l’actualité soit particulièrement chaude, mais elle se sait attendue au tournant – moi en premier – et veut faire en sorte que tout soit parfait. Que Belges et Français soient satisfaits, ce qui n’est jamais simple, leurs visions étant parfois, disons, contradictoires.

Lundi minuit, tout est quasi fini, le bouclage étant fixé au mardi 12 heures. Nous dormons peu, nous nous levons tôt. Et nous terminons dans les temps. J’invite bien logiquement toute mon équipe à manger. Un apéro, ou deux. Nous trinquons à la santé du bébé. Dans mes quelques mots de remerciements aux troupes, je m’entends encore dire : « le numéro 1 est bien ficelé, mais j’ai un léger goût de trop peu. Il manque une actu forte qui aurait montré notre capacité à réagir rapidement. »

Nous sommes le 11 septembre 2001 midi.

Le déjeuner terminé, je remonte dans mon bureau. Le seul de l’étage à être doté d’une télévision. Qui est branchée, mais en sourdine. Je n’ai donc pas le son et je suis concentré sur quelques détails de la soirée du lendemain. Je lève la tête. Je vois un avion qui s’écrase dans une tour. Je suis à peine surpris, persuadé qu’il s’agit d’un film de fiction ou d’un documentaire x ou y. Je reste tout de même fixé à l’écran, car les images sont particulièrement belles.

Je monte le son. Et je comprends qu’il se passe quelque chose. Je prends mon téléphone fixe, j’appelle Élodie et Nicolas, mes bras droits.

« Venez, il se passe un truc dingue. »

Ils ne me croient pas. Sont persuadés que je surfe encore sur ma phrase « il manque une actu forte ».

« Non, sérieux, venez. »

Ils viennent. Suivis des graphistes, photographes et autres journalistes. Ils regardent. Bouche bée. Yeux hagards. Le téléphone sonne. C’est la France, évidemment.

« On arrête tout. »

Ben oui, on arrête tout. On ne va tout de même pas sortir La Libre Match avec JCVD en Une.

« On arrête tout ».

J’appelle l’imprimerie, qui avait déjà compris. Et nous attendons. D’interminables minutes, d’interminables heures. Je n’ai malheureusement – ou heureusement – pas la possibilité de laisser l’émotion me gagner. L’empathie, ce sera pour plus tard. Pas que nous ayons particulièrement beaucoup de travail, puisque c’est évidemment l’équipe parisienne qui va gérer la quasi-totalité du nouveau Match, mais bien parce que les réunions se succèdent à rythme soutenu. Il y a l’édition à gérer, bien entendu, mais aussi la soirée du lendemain. La faire ou ne pas la faire. L’annuler ou ne pas l’annuler. On décide de ne pas décider et de reporter la décision au lendemain matin.

Je reste dans mon bureau. Devant ma télévision. Je dis aux gars de rentrer chez eux, que je les appellerai si besoin. Et j’attends, les yeux scotchés sur l’écran, l’esprit ailleurs, le cerveau détruit. Je ne sais que faire et ne fais d’ailleurs rien. Ou pas grand-chose. Je vais sur internet, évidemment, je regarde, je lis. Mais je ne fais rien.

Que faire, d’ailleurs ?

Que dire ?

Qui appeler ?

Alors, seulement, vers 23 heures, je me laisse aller et je pleure. Pas à chaudes larmes, non. Je pleure l’émotion que les journalistes se refusent souvent. Je pleure la froideur de ce métier qui veut que, chaque fois qu’il y a un drame, nous soyons obligés de le cerner professionnellement et pas humainement. Je ne dis pas que nous ne le traitons pas humainement, je dis que l’on nous ne pouvons ne peut jamais, que l’on nous n’avons n’a pas le droit, que nous ne nous donnons pas le droit, de le vivre humainement. Mais, là, il est 23 heures, je ne peux plus rien changer à mon édition, gérée de toute façon par les Français. Et je me laisse aller.

Il y a peu, j’ai ressenti la même impression de relâchement. C’était en janvier 2015. Le soir du drame de Charlie Hebdo. Je présentais le Journal télévisé sur Antenne Centre Télévision. On avait fait une édition spéciale. À la fin du JT, alors que je rappelle l’information du jour, je n’ai pas pu retenir mes larmes, là non plus.

11 septembre 2001.

Je m’endors sur mon bureau, je rêve peu, ou pas. Ou je ne me souviens pas. Et je me réveille tout froissé. Les équipes reviennent. Les cahiers français sont arrivés. Magnifiquement terrifiants. On les envoie à l’imprimerie.

La journée sera particulière. Faites d’émotion, évidemment, mais aussi entrecoupée de différentes réunions de crise. À certains moments, nous décidons de l’annuler, à d’autres de la maintenir. Finalement, on la maintient.

Je fais connaître notre décision à Jean-Claude Van Damme. Il me fait parvenir un message.

Il ne viendra pas.

Il vit aux États-Unis et se sent incapable de venir faire la fête dans un tel moment de tristesse, de désolation. De violation de son deuxième pays. Il ne fanfaronne pas, il exprime ses sentiments. Et il envoie un message qui sera lu à la tribune.

Il ne s’agira pas d’une fête, loin de là.

Quinze ans plus tard, je me demande encore si c’était une bonne idée ou pas de la maintenir. Mais Paris Match, c’est le reflet de la vraie vie. Paris Match, ce sont les people, bien sûr, mais aussi et surtout les grands reportages. Paris Match, dès lors, pouvait-il faire sa vierge effarouchée suite à un drame d’une telle amplitude alors que, précisément, ce genre de drames constitue la moelle épinière de son histoire de poids et de chocs ?

Non ! Mais il ne s’agissait pas d’une fête. Tout au plus d’une soirée de lancement.

JCVD n’a pas fait la Une.

JCVD n’a pas assisté à la soirée.

Les deux premiers numéros de La Libre match sont encore et toujours en tête des meilleures ventes.

De loin.

De très loin.

De trop loin.

Lire en annexe 1 l’interview complète de JCVD.

Chapitre 2 L’histoire des photos de Marc Dutroux en prison

11 janvier 2004. À Binche. Un dimanche.

Après-midi, ce qui a son importance.

À Binche, capitale du Carnaval, les dimanches de janvier et février sont pour la plupart consacrés aux répétitions de batterie et aux soumonces. Six dimanches de fêtes au cours desquels les futurs Gilles et acteurs du Carnaval battent le pavé, en préparation des jours gras.

Ce jour-là, fort de mon appartenance à la société de Gilles les Incorruptibles, j’étais donc dans les rues de Binche, sous les yeux de centaines, voire de milliers de témoins. Vous vous demandez sans doute pourquoi je vous raconte cela dans un chapitre consacré aux photos de Marc Dutroux. Vous comprendrez plus tard.

Février. 2004, toujours.

Un coup de téléphone, numéro inconnu. Je décroche.

« Patrick Haumont »

« Monsieur Haumont ?Vous êtes bien le rédacteur en chef de La Libre Match ? »

« Exact, à qui ai-je l’honneur ? ».

« Ce sont vos collègues parisiens qui me demandent de vous appeler. Je ne peux pas vous dire mon nom, mais je dispose d’une série de photos de Marc Dutroux dans sa prison d’Arlon. Peuvent-elles vous intéresser ? »

« Oui bien entendu qu’elles pourraient m’intéresser et mes collègues français m’ont en effet parlé de vous, mais je ne discute pas de cela au téléphone. Il faudrait que nous puissions nous rencontrer. »

« Impossible que nous nous rencontrions », me dit alors mon interlocuteur.

« Dans ce cas, nos discussions s’arrêtent-là. Vous pensez bien qu’il est nécessaire que nous nous rencontrions, que vous me montriez les photos. Ce n’est qu’après que je pourrai vous dire si, oui ou non, je veux ou non les publier et à quelles conditions. »

L’homme – car c’était un homme – me dit alors qu’il va réfléchir et qu’il me rappelle.

Quelques jours plus tôt, les Français m’avaient en effet prévenu que j’allais recevoir ce coup de fil. Le « contact » les avait appelés, mais ils l’avaient aiguillé vers moi. Ils voulaient que je gère l’affaire, mais sans discuter moi-même des conditions éventuelles de l’obtention des photos. Pour faire court : je devais rencontrer la personne, vérifier l’authenticité des photos, m’assurer de leur intérêt. Mais, dès qu’il s’agirait de parler argent, je devais passer la main à la France. Ce qui m’arrangeait assez bien.

Un peu plus tard dans l’après-midi, le contact me téléphone à nouveau.

« J’ai réfléchi et je comprends votre demande. Il est normal que vous voyiez les photos. Je vous propose que nous nous rencontrions jeudi prochain, dans le parking du shopping de Namur, en face de la gare. À telle heure. »

« Pas de problème. Comment vous reconnaîtrai-je ? »

« Ne vous inquiétez pas pour cela, moi, je vous reconnaîtrai. »

Avant d’en venir à cette première rencontre rocambolesque, il est indispensable que je resitue l’époque. Nous sommes donc en début 2004. Dans tous les médias, belges surtout, mais aussi étrangers, on se prépare d’arrache-pied à ce qui est déjà appelé comme étant le procès du siècle. Marc Dutroux et consorts seront en effet jugés dès le 1er mars 2004 au palais de justice d’Arlon. La proximité de ce procès génère une excitation médiatique qui peut parfois être, je dois bien l’admettre, malsaine. D’autant que des DVD au contenu insoutenable circulent sous le manteau. Heureusement, seul un site ignoble diffusera quelques photos des autopsies des fillettes assassinées. Pour le reste, il s’est agi, surtout en Belgique, d’une concurrence relativement acceptable, mais néanmoins féroce.

Le 8 janvier de cette même année, La Libre Match, ainsi que l’un ou l’autre média belge, publiera les photos des différentes reconstitutions des enlèvements et séquestrations de Julie, Mélissa, An, Eefje, Sabine et Laetitia. La couverture de Match représentait Marc Dutroux descendant les escaliers de la cache de Marcinelle.

Pourquoi avoir publié ces photos de la reconstitution ? Je vous propose l’éditorial que j’ai écrit et publié dans ce numéro du 8 janvier 2004.

« Il fallait publier ces photos.

Insoutenables. C’est le premier mot qui vient à l’esprit quand on découvre les photos des différentes reconstitutions des enlèvements et séquestrations de Julie, Mélissa, An, Eefje, Sabine et Laetitia.

Insoutenables, car elles repassent le film épouvantable de ce qu’ont été les dernières semaines pour quatre de ces jeunes filles innocentes.

Insoutenables, car elles replongent ceux qui les observent dans l’horreur de ces mois terribles de 96 qui ont tant ébranlé notre pays.

Insoutenables, car elles démontrent le côté inhumain de la détention des victimes ainsi que l’atroce ingéniosité et la froideur insensée des Dutroux et consorts.

Insoutenables, enfin, car on imagine la douleur qu’ont dû ressentir les parents des victimes lorsque, à la réception du dossier de l’affaire, ils ont découvert – ou redécouvert – ces images évoquant le destin tragique de leurs filles bien-aimées.

Pourquoi, dès lors, publier de telles photos ?

Pourquoi ne pas les laisser au fond de leur carton et les dissimuler aux yeux du plus grand nombre ?

Pourquoi rouvrir les cicatrices ayant généré cette marche blanche pleine d’espoir ?

Cette question, nous nous la sommes bien évidemment posée. Comme chaque fois que des documents tragiques arrivent sur notre bureau.

Cette fois, plus encore qu’à d’autres occasions, la réponse nous est venue très rapidement.

Il fallait publier ces photos pour resituer l’horreur.

Pour que l’on se souvienne que Marc Dutroux n’est pas uniquement un prisonnier qui se plaint de ses conditions de détention.

Qu’il n’est pas seulement ce barbu rusé et manipulateur.

Qu’il n’est pas qu’un accusé comme les autres, changeant d’avocat comme de chemises. Qu’il n’est pas, derrière ses lunettes, un homme policé.

Il fallait publier ces photos pour que la Belgique se rappelle, si besoin en était, que les récits des avocats, des juges et des gendarmes sont liés à des faits réels.

Que la cache que Dutroux avait aménagée était abjecte.

Que les conditions de vie des petites étaient inhumaines.

Que Martin, Lelièvre et Dutroux, s’ils ont toujours le statut de présumés innocents, ont bel et bien été des bourreaux d’enfants.

Il fallait publier ces photos pour que les plus jeunes sachent que ce qui s’est passé il y a 8 ans n’est pas né de l’imagination de leurs aînés.

Pour que les jeunes adolescents d’aujourd’hui, qui connaissent le nom de Dutroux, mais n’ont pas vécu l’ambiance lourde de 95 et 96, comprennent que le procès qui vient n’est pas comme les autres.

Il fallait publier ces photos en mémoire de ce qu’ont enduré ces petites et jeunes adolescentes qui sont devenues nos filles à tous.

Pour que l’on ne parle pas qu’en termes techniques de leurs souffrances.

Pour que leur tragique destin ne soit pas uniquement fait de mots et de rhétorique.

Il fallait publier ces photos parce que la réalité des faits est telle.

Insoutenable. »

Le jour même de la sortie de cette Libre Match numéro 122, les quotidiens dits sérieux sont partis dans une espèce de croisade moralisatrice, estimant que la publication de telles photos ne servait à rien. Mais, évidemment, comme ils le font souvent, les responsables de ces quotidiens ont publié des facsimilés desdites photos – comme cela, ils arrivaient également à gonfler leur audience – les jouxtant d’éditos du genre « il ne fallait pas publier ces photos… »

Mais passons.

Début 2004, donc, les esprits sont déjà entièrement tournés vers Arlon, la capitale de la province du Luxembourg. L’ambiance n’est pas aussi lourde qu’en 95 et 96, bien entendu, mais on sent déjà, trois mois avant le procès, que la tension ne cessera de croître. D’autant, et c’est important de le rappeler, que Marc Dutroux ne cesse de se plaindre de ses conditions de détention.

Nous voilà donc au Jour J, celui de la première vision des photos proposées. Je me rends donc à Namur, mais pas seul. J’ai demandé à Nicolas, mon bras droit, de m’accompagner. Deux avis valent mieux qu’un et j’avoue que je n’avais pas trop envie de me rendre seul à un rendez-vous de ce type.

On arrive dans le parking en question. On descend, je pense, au – 1. On sort de la voiture et on attend. Pas longtemps. Sort d’une voiture banale, un personnage qui ne l’est pas, banal. Mais alors là, pas du tout. Emmitouflé de la tête au pied, il vient vers moi. Je le regarde. Suis sidéré de constater que pas un seul centimètre de sa peau n’est visible. De son visage, je ne vois même pas les yeux dissimulés par des lunettes de soleil, le reste de la tête étant caché par un bonnet, une écharpe. Il porte aussi des gants. Bref, il est méconnaissable. Plus ou moins 1m80 de vêtements improbables.

« Monsieur Haumont ? »

« Ben oui, lui dis-je ajoutant tout de suite : vous vous rendez compte que nous sommes dans un parking qui est forcément surveillé par des caméras ? Votre accoutrement va faire croire aux policiers ou aux vigies que l’on est en train de dealer de la drogue, ou toute autre substance illégale. C’est vraiment prendre le risque de s’attirer des ennuis inutilement. »

Mon interlocuteur – c’est en effet un homme, unique certitude – ne se démonte pas et m’entraîne dans un coin du parking. Nous devons vraiment donner l’impression d’être une bande de petites frappes débiles qui préparent un coup fumeux… L’homme sort de sa poche un minuscule appareil photo digital. Nicolas et moi pouvons donc regarder les photos sur le mini-écran de l’appareil. Bien que la vision ne soit pas aisée, on se rend très rapidement compte que, manifestement, il s’agit bien des photos de Marc Dutroux, sans conteste en prison. En quelques minutes, nous prenons conscience que ces photos délivrent de réelles informations sur les conditions de détention de Dutroux.

Je reprends ma conversation.

« OK, ces photos représentent en effet ce que vous nous avez dit. Si vous trouvez un accord avec les Parisiens, nous devrions les publier dans quelques semaines. Mais, avant que vous ne commenciez à discuter, je dois vous mettre en garde. Sachez avant tout qu’il y a de fortes chances pour que la police découvre rapidement qui est l’auteur de ces photos. »

Lui : « Je n’ai jamais dit que c’était moi qui les avais prises, me coupe-t-il alors. »

Moi : « Je n’ai pas dit cela non plus, mais sachez simplement que si on découvre qui a pris les photos, il sera aisé pour la police de retrouver aussi celui qui les a mises sur le marché. »

Lui