Zaire - Voltaire - ebook
Kategoria: Poezja i dramat Język: francuski Rok wydania: 1732

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Opis ebooka Zaire - Voltaire

Zaire est une piece de théâtre (tragédie) de Voltaire, écrite en 1732 et représentée a la Comédie-Française le 13 aout 1732. Certains historiens de la littérature considerent cette piece comme une adaptation libre d'Othello au théâtre par Voltaire. La piece évoque les memes themes, c'est-a-dire la jalousie et la tolérance.

Opinie o ebooku Zaire - Voltaire

Fragment ebooka Zaire - Voltaire

A Propos
Partie 1
Scene I

A Propos Voltaire:

François-Marie Arouet (21 November 1694 – 30 May 1778), better known by the pen name Voltaire, was a French Enlightenment writer, essayist, deist and philosopher known for his wit, philosophical sport, and defense of civil liberties, including freedom of religion and the right to a fair trial. He was an outspoken supporter of social reform despite strict censorship laws in France and harsh penalties for those who broke them. A satirical polemicist, he frequently made use of his works to criticize Christian Church dogma and the French institutions of his day. Source: Wikipedia

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Scene I

Je ne m'attendais pas, jeune et belle Zaire, 
Aux nouveaux sentiments que ce lieu vous inspire. 
Quel espoir si flatteur, ou quels heureux destins 
De vos jours ténébreux ont fait des jours sereins?
La paix de votre coeur augmente avec vos charmes. 
Cet éclat de vos yeux n'est plus terni de larmes; 
Vous ne les tournez plus vers ces heureux climats 
Ou ce brave Français devait guider nos pas! 
Vous ne me parlez plus de ces belles contrées 
Ou d'un peuple poli les femmes adorées 
Reçoivent cet encens que l'on doit a vos yeux; 
Compagnes d'un époux et reines en tous lieux, 
Libres sans déshonneur, et sages sans contrainte, 
Et ne devant jamais leurs vertus a la crainte! 
Ne soupirez-vous plus pour cette liberté? 
Le sérail d'un soudan, sa triste austérité, 
Ce nom d'esclave enfin, n'ont-ils rien qui vous gene? 
Préférez-vous Solyme aux rives de la Seine? 

On ne peut désirer ce qu'on ne connaît pas. 
Sur les bords du Jourdain le ciel fixa nos pas. 
Au sérail des soudans des l'enfance enfermée, 
Chaque jour ma raison s'y voit accoutumée. 
Le reste de la terre, anéanti pour moi, 
M'abandonne au soudan qui nous tient sous sa loi: 
Je ne connais que lui, sa gloire, sa puissance 
Vivre sous Orosmane est ma seule espérance; 
Le reste est un vain songe. 

                                       Avez-vous oublié 
Ce généreux Français, dont la tendre amitié 
Nous promit si souvent de rompre notre chaîne? 
Combien nous admirions son audace hautaine! 
Quelle gloire il acquit dans ces tristes combats 
Perdus par les chrétiens sous les murs de Damas! 
Orosmane vainqueur, admirant son courage, 
Le laissa sur sa foi partir de ce rivage. 
Nous l'attendons encor; sa générosité 
Devait payer le prix de notre liberté: 
N'en aurions-nous conçu qu'une vaine espérance? 

Peut-etre sa promesse a passé sa puissance. 
Depuis plus de deux ans il n'est point revenu. 
Un étranger, Fatime, un captif inconnu, 
Promet beaucoup, tient peu, permet a son courage 
Des serments indiscrets pour sortir d'esclavage. 
Il devait délivrer dix chevaliers chrétiens, 
Venir rompre leurs fers, ou reprendre les siens: 
J'admirai trop en lui cet inutile zele; 
Il n'y faut plus penser. 

                                      Mais s'il était fidele, 
S'il revenait enfin dégager ses serments, 
Ne voudriez-vous pas?…  

                                    Fatime, il n'est plus temps. 
Tout est changé…  

                        Comment? que prétendez-vous dire? 

Va, c'est trop te celer le destin de Zaire; 
Le secret du soudan doit encor se cacher; 
Mais mon coeur dans le tien se plaît a s'épancher. 
Depuis pres de trois mois, qu'avec d'autres captives 
On te fit du Jourdain abandonner les rives, 
Le ciel, pour terminer les malheurs de nos jours, 
D'une main plus puissante a choisi le secours. 
Ce superbe Orosmane…  

                                    Eh bien! 

                                               Ce soudan meme, 
Ce vainqueur des chrétiens… chere Fatime… il m'aime…  
Tu rougis… je t'entends… garde-toi de penser 
Qu'a briguer ses soupirs je puisse m'abaisser; 
Que d'un maître absolu la superbe tendresse 
M'offre l'honneur honteux du rang de sa maîtresse, 
Et que j'essuie enfin l'outrage et le danger 
Du malheureux éclat d'un amour passager. 
Cette fierté qu'en nous soutient la modestie, 
Dans mon coeur a ce point ne s'est pas démentie. 
Plutôt que jusque-la j'abaisse mon orgueil, 
Je verrais sans pâlir les fers et le cercueil. 
Je m'en vais t'étonner; son superbe courage 
A mes faibles appas présente un pur hommage: 
Parmi tous ces objets a lui plaire empressés, 
J'ai fixé ses regards a moi seule adressés; 
Et l'hymen, confondant leurs intrigues fatales, 
Me soumettra bientôt son coeur et mes rivales. 

Vos appas, vos vertus, sont dignes de ce prix; 
Mon coeur en est flatté plus qu'il n'en est surpris. 
Que vos félicités, s'il se peut, soient parfaites. 
Je me vois avec joie au rang de vos sujettes. 

Sois toujours mon égale, et goute mon bonheur: 
Avec toi partagé, je sens mieux sa douceur. 

Hélas! puisse le ciel souffrir cet hyménée! 
Puisse cette grandeur qui vous est destinée, 
Qu'on nomme si souvent du faux nom de bonheur, 
Ne point laisser de trouble au fond de votre coeur! 
N'est-il point en secret de frein qui vous retienne? 
Ne vous souvient-il plus que vous futes chrétienne? 

Ah! que dis-tu? pourquoi rappeler mes ennuis? 
Chere Fatime, hélas! sais-je ce que je suis? 
Le ciel m'a-t-il jamais permis de me connaître? 
Ne m'a-t-il pas caché le sang qui m'a fait naître? 

Nérestan, qui naquit non loin de ce séjour, 
Vous dit que d'un chrétien vous reçutes le jour. 
Que dis-je? cette croix qui sur vous fut trouvée, 
Parure de l'enfance, avec soin conservée, 
Ce signe des chrétiens, que l'art dérobe aux yeux 
Sous le brillant éclat d'un travail précieux; 
Cette croix, dont cent fois mes soins vous ont parée, 
Peut-etre entre vos mains est-elle demeurée 
Comme un gage secret de la fidélité 
Que vous deviez au Dieu que vous avez quitté. 

Je n'ai point d'autre preuve, et mon coeur qui s'ignore 
Peut-il admettre un dieu que mon amant abhorre? 
La coutume, la loi plia mes premiers ans 
A la religion des heureux musulmans. 
Je le vois trop les soins qu'on prend de notre enfance 
Forment nos sentiments, nos moeurs, notre croyance. 
J'eusse été pres du Gange esclave des faux dieux, 
Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux. 
L'instruction fait tout; et la main de nos peres 
Grave en nos faibles coeurs ces premiers caracteres 
Que l'exemple et le temps nous viennent retracer, 
Et que peut-etre en nous Dieu seul peut effacer. 
Prisonniere en ces lieux, tu n'y fus renfermée 
Que lorsque ta raison, par l'âge confirmée, 
Pour éclairer ta foi te pretait son flambeau: 
Pour moi, des Sarrasins esclave en mon berceau, 
La foi de nos chrétiens me fut trop tard connue. 
Contre elle cependant, loin d'etre prévenue, 
Cette croix, je l'avoue, a souvent malgré moi 
Saisi mon coeur surpris de respect et d'effroi: 
J'osais l'invoquer meme avant qu'en ma pensée 
D'Orosmane en secret l'image fut tracée. 
J'honore, je chéris ces charitables lois 
Dont ici Nérestan me parla tant de fois; 
Ces lois qui, de la terre écartant les miseres, 
Des humains attendris font un peuple de freres; 
Obligés de s'aimer, sans doute ils sont heureux. 

Pourquoi donc aujourd'hui vous déclarer contre eux? 
A la loi musulmane a jamais asservie, 
Vous allez des chrétiens devenir l'ennemie; 
Vous allez épouser leur superbe vainqueur. 

Qui lui refuserait le présent de son coeur?
De toute ma faiblesse il faut que je convienne; 
Peut-etre sans l'amour j'aurais été chrétienne; 
Peut-etre qu'a ta loi j'aurais sacrifié: 
Mais Orosmane m'aime, et j'ai tout oublié. 
Je ne vois qu'Orosmane, et mon âme enivrée 
Se remplit du bonheur de s'en voir adorée. 
Mets-toi devant les yeux sa grâce, ses exploits; 
Songe a ce bras puissant, vainqueur de tant de rois, 
A cet aimable front que la gloire environne: 
Je ne te parle point du sceptre qu'il me donne; 
Non, la reconnaissance est un faible retour, 
Un tribut offensant, trop peu fait pour l'amour. 
Mon coeur aime Orosmane, et non son diademe;
Chere Fatime, en lui je n'aime que lui-meme. 
Peut-etre j'en crois trop un penchant si flatteur; 
Mais si le ciel, sur lui déployant sa rigueur, 
Aux fers que j'ai portés eut condamné sa vie, 
Si le ciel sous mes lois eut rangé la Syrie, 
Ou mon amour me trompe, ou Zaire aujourd'hui 
Pour l'élever a soi descendrait jusqu'a lui. 

On marche vers ces lieux; sans doute c'est lui-meme. 

Mon coeur, qui le prévient, m'annonce ce que j'aime. 
Depuis deux jours, Fatime, absent de ce palais, 
Enfin son tendre amour le rend a mes souhaits.