Candide, ou l'Optimisme - Voltaire - ebook
Kategoria: Obyczajowe i romanse Język: francuski Rok wydania: 1759

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Voltaire

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Opis ebooka Candide, ou l'Optimisme - Voltaire

Candide, ou l’Optimisme est un conte philosophique de Voltaire paru a Geneve en janvier 1759. Il a été réédité vingt fois du vivant de l’auteur (plus de cinquante aujourd’hui) ce qui en fait un des plus grands succes littéraires français. Anonyme en 1759, Candide est attribué a un certain « Monsieur le Docteur Ralph » en 1761, a la suite du remaniement du texte par Voltaire. Ce titre ronflant donne tout de suite le ton au lecteur qui pourrait hésiter sur le genre de l’ouvrage : conte ou essai ? Art mineur ou art noble ? L’auteur prend, des les premieres lignes, position contre la noblesse aux titres bien plus ronflants que celui-ci. Et que dire du nom du soi-disant docteur Ralph ? Rien de plus qu’une onomatopée qui ne laisse aucun doute sur le ton de cette ouvre (voir Thunder-Ten-Tronckh, le château de la situation initiale). Cette ouvre si ironique des les premieres lignes, ne laisse aucun doute sur l’origine de l’auteur, qui ne pouvait faire partie que des Lumieres. Et de la a pense

Opinie o ebooku Candide, ou l'Optimisme - Voltaire

Fragment ebooka Candide, ou l'Optimisme - Voltaire

A Propos
Chapitre 1 - Comment Candide fut élevé dans un beau château, et comment il fut chassé d’icelui.
Chapitre 2 - Ce que devint Candide parmi les Bulgares.
Chapitre 3 - Comment Candide se sauva d’entre les Bulgares, et ce qu’il devint.

A Propos Voltaire:

François-Marie Arouet (21 November 1694 – 30 May 1778), better known by the pen name Voltaire, was a French Enlightenment writer, essayist, deist and philosopher known for his wit, philosophical sport, and defense of civil liberties, including freedom of religion and the right to a fair trial. He was an outspoken supporter of social reform despite strict censorship laws in France and harsh penalties for those who broke them. A satirical polemicist, he frequently made use of his works to criticize Christian Church dogma and the French institutions of his day. Source: Wikipedia

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Chapitre 1 Comment Candide fut élevé dans un beau château, et comment il fut chassé d’icelui.

Il y avait en Vestphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon a qui la nature avait donné les moeurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le jugement assez droit, avec l’esprit le plus simple; c’est, je crois, pour cette raison qu’on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison soupçonnaient qu’il était fils de la soeur de monsieur le baron et d’un bon et honnete gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais épouser parce qu’il n’avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l’injure du temps. 

Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Vestphalie, car son château avait une porte et des fenetres. Sa grande salle meme était ornée d’une tapisserie. Tous les chiens de ses basses-cours composaient une meute dans le besoin; ses palefreniers étaient ses piqueurs; le vicaire du village était son grand aumônier. Ils l’appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il faisait des contes. 

Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s’attirait par la une tres grande considération, et faisait les honneurs de la maison avec une dignité qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse, appétissante. Le fils du baron paraissait en tout digne de son pere. Le précepteur Pangloss était l’oracle de la maison, et le petit Candide écoutait ses leçons avec toute la bonne foi de son âge et de son caractere. 

Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolo-nigologie. Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles. 

« Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent etre autrement: car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour etre chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour etre taillées, et pour en faire des châteaux, aussi monseigneur a un tres beau château; le plus grand baron de la province doit etre le mieux logé; et, les cochons étant faits pour etre mangés, nous mangeons du porc toute l’année: par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise; il fallait dire que tout est au mieux. » 

Candide écoutait attentivement, et croyait innocemment; car il trouvait Mlle Cunégonde extremement belle, quoiqu’il ne prît jamais la hardiesse de le lui dire. Il concluait qu’apres le bonheur d’etre né baron de Thunder-ten-tronckh, le second degré de bonheur était d’etre Mlle Cunégonde; le troisieme, de la voir tous les jours; et le quatrieme, d’entendre maître Pangloss, le plus grand philosophe de la province, et par conséquent de toute la terre. 

Un jour, Cunégonde, en se promenant aupres du château, dans le petit bois qu’on appelait parc, vit entre des broussailles le docteur Pangloss qui donnait une leçon de physique expérimentale a la femme de chambre de sa mere, petite brune tres jolie et tres docile. Comme Mlle Cunégonde avait beaucoup de dispositions pour les sciences, elle observa, sans souffler, les expériences réitérées dont elle fut témoin; elle vit clairement la raison suffisante du docteur, les effets et les causes, et s’en retourna tout agitée, toute pensive, toute remplie du désir d’etre savante, songeant qu’elle pourrait bien etre la raison suffisante du jeune Candide, qui pouvait aussi etre la sienne. 

Elle rencontra Candide en revenant au château, et rougit; Candide rougit aussi; elle lui dit bonjour d’une voix entrecoupée, et Candide lui parla sans savoir ce qu’il disait. Le lendemain apres le dîner, comme on sortait de table, Cunégonde et Candide se trouverent derriere un paravent; Cunégonde laissa tomber son mouchoir, Candide le ramassa, elle lui prit innocemment la main, le jeune homme baisa innocemment la main de la jeune demoiselle avec une vivacité, une sensibilité, une grâce toute particuliere; leurs bouches se rencontrerent, leurs yeux s’enflammerent, leurs genoux tremblerent, leurs mains s’égarerent. M. le baron de Thunder-ten-tronckh passa aupres du paravent, et voyant cette cause et cet effet, chassa Candide du château a grands coups de pied dans le derriere; Cunégonde s’évanouit; elle fut souffletée par madame la baronne des qu’elle fut revenue a elle-meme; et tout fut consterné dans le plus beau et le plus agréable des châteaux possibles. 

 


Chapitre 2 Ce que devint Candide parmi les Bulgares.

Candide, chassé du paradis terrestre, marcha longtemps sans savoir ou, pleurant, levant les yeux au ciel, les tournant souvent vers le plus beau des châteaux qui renfermait la plus belle des baronnettes; il se coucha sans souper au milieu des champs entre deux sillons; la neige tombait a gros flocons. Candide, tout transi, se traîna le lendemain vers la ville voisine, qui s’appelle Valdberghoff-trarbk-dikdorff, n’ayant point d’argent, mourant de faim et de lassitude. Il s’arreta tristement a la porte d’un cabaret. Deux hommes habillés de bleu le remarquerent: « Camarade, dit l’un, voila un jeune homme tres bien fait, et qui a la taille requise. » Ils s’avancerent vers Candide et le prierent a dîner tres civilement. « Messieurs, leur dit Candide avec une modestie charmante, vous me faites beaucoup d’honneur, mais je n’ai pas de quoi payer mon écot. — Ah! monsieur, lui dit un des bleus, les personnes de votre figure et de votre mérite ne payent jamais rien: n’avez-vous pas cinq pieds cinq pouces de haut? — Oui, messieurs, c’est ma taille, dit-il en faisant la révérence. — Ah! monsieur, mettez-vous a table; non seulement nous vous défrayerons, mais nous ne souffrirons jamais qu’un homme comme vous manque d’argent; les hommes ne sont faits que pour se secourir les uns les autres. — Vous avez raison, dit Candide: c’est ce que M. Pangloss m’a toujours dit, et je vois bien que tout est au mieux. » On le prie d’accepter quelques écus, il les prend et veut faire son billet; on n’en veut point, on se met a table: « N’aimez-vous pas tendrement?… — Oh! oui, répondit-il, j’aime tendrement Mlle Cunégonde. — Non, dit l’un de ces messieurs, nous vous demandons si vous n’aimez pas tendrement le roi des Bulgares. — Point du tout, dit-il, car je ne l’ai jamais vu. — Comment! c’est le plus charmant des rois, et il faut boire a sa santé. — Oh! tres volontiers, messieurs »; et il boit. « C’en est assez, lui dit-on, vous voila l’appui, le soutien, le défenseur, le héros des Bulgares; votre fortune est faite, et votre gloire est assurée. » On lui met sur-le-champ les fers aux pieds, et on le mene au régiment. On le fait tourner a droite, a gauche, hausser la baguette, remettre la baguette, coucher en joue, tirer, doubler le pas, et on lui donne trente coups de bâton; le lendemain il fait l’exercice un peu moins mal, et il ne reçoit que vingt coups; le surlendemain on ne lui en donne que dix, et il est regardé par ses camarades comme un prodige. 

Candide, tout stupéfait, ne démelait pas encore trop bien comment il était un héros. Il s’avisa un beau jour de printemps de s’aller promener, marchant tout droit devant lui, croyant que c’était un privilege de l’espece humaine, comme de l’espece animale, de se servir de ses jambes a son plaisir. Il n’eut pas fait deux lieues que voila quatre autres héros de six pieds qui l’atteignent, qui le lient, qui le menent dans un cachot. On lui demanda juridiquement ce qu’il aimait le mieux d’etre fustigé trente-six fois par tout le régiment, ou de recevoir a la fois douze balles de plomb dans la cervelle. Il eut beau dire que les volontés sont libres; et qu’il ne voulait ni l’un ni l’autre, il fallut faire un choix; il se détermina, en vertu du don de Dieu qu’on nomme liberté, a passer trente-six fois par les baguettes; il essuya deux promenades. Le régiment était composé de deux mille hommes; cela lui composa quatre mille coups de baguette, qui, depuis la nuque du cou jusqu’au cul, lui découvrirent les muscles et les nerfs. Comme on allait procéder a la troisieme course, Candide, n’en pouvant plus, demanda en grâce qu’on voulut bien avoir la bonté de lui casser la tete; il obtint cette faveur; on lui bande les yeux, on le fait mettre a genoux. Le roi des Bulgares passe dans ce moment, s’informe du crime du patient; et comme ce roi avait un grand génie, il comprit, par tout ce qu’il apprit de Candide, que c’était un jeune métaphysicien, fort ignorant des choses de ce monde, et il lui accorda sa grâce avec une clémence qui sera louée dans tous les journaux et dans tous les siecles. Un brave chirurgien guérit Candide en trois semaines avec les émollients enseignés par Dioscoride, Il avait déja un peu de peau et pouvait marcher, quand le roi des Bulgares livra bataille au roi des Abares. 

 


Chapitre 3 Comment Candide se sauva d’entre les Bulgares, et ce qu’il devint.

Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renverserent d’abord a peu pres six mille hommes de chaque côté; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf a dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baionnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se monter a une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroique. Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin; il était en cendres: c’était un village abare que les Bulgares avaient brulé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants a leurs mamelles sanglantes; la des filles éventrées apres avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs; d’autres, a demi brulées, criaient qu’on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre a côté de bras et de jambes coupés. 

Candide s’enfuit au plus vite dans un autre village: il appartenait a des Bulgares, et des héros abares l’avaient traité de meme. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants ou a travers des ruines, arriva enfin hors du théâtre de la guerre, portant quelques petites provisions dans son bissac, et n’oubliant jamais Mlle Cunégonde. Ses provisions lui manquerent quand il fut en Hollande; mais ayant entendu dire que tout le monde était riche dans ce pays-la, et qu’on y était chrétien, il ne douta pas qu’on ne le traitât aussi bien qu’il l’avait été dans le château de monsieur le baron avant qu’il en eut été chassé pour les beaux yeux de Mlle Cunégonde. 

Il demanda l’aumône a plusieurs graves personnages, qui lui répondirent tous que, s’il continuait a faire ce métier, on l’enfermerait dans une maison de correction pour lui apprendre a vivre. 

Il s’adressa ensuite a un homme qui venait de parler tout seul une heure de suite sur la charité dans une grande assemblée. Cet orateur, le regardant de travers, lui dit: « Que venez-vous faire ici? y etes-vous pour la bonne cause? — Il n’y a point d’effet sans cause, répondit modestement Candide, tout est enchaîné nécessairement et arrangé pour le mieux. Il a fallu que je fusse chassé d’aupres de Mlle Cunégonde, que j’aie passé par les baguettes, et il faut que je demande mon pain jusqu’a ce que je puisse en gagner; tout cela ne pouvait etre autrement. — Mon ami, lui dit l’orateur, croyez-vous que le pape soit l’Antéchrist? — Je ne l’avais pas encore entendu dire, répondit Candide; mais qu’il le soit ou qu’il ne le soit pas, je manque de pain. — Tu ne mérites pas d’en manger, dit l’autre; va, coquin, va, misérable, ne m’approche de ta vie. » La femme de l’orateur, ayant mis la tete a la fenetre et avisant un homme qui doutait que le pape fut antéchrist, lui répandit sur le chef un plein… O ciel! a quel exces se porte le zele de la religion dans les dames! 

Un homme qui n’avait point été baptisé, un bon anabaptiste, nommé Jacques, vit la maniere cruelle et ignominieuse dont on traitait ainsi un de ses freres, un etre a deux pieds sans plumes, qui avait une âme; il l’amena chez lui, le nettoya, lui donna du pain et de la biere, lui fit présent de deux florins, et voulut meme lui apprendre a travailler dans ses manufactures aux étoffes de Perse qu’on fabrique en Hollande. Candide, se prosternant presque devant lui, s’écriait: « Maître Pangloss me l’avait bien dit que tout est au mieux dans ce monde, car je suis infiniment plus touché de votre extreme générosité que de la dureté de ce monsieur a manteau noir et de madame son épouse. » 

Le lendemain, en se promenant, il rencontra un gueux tout couvert de pustules, les yeux morts, le bout du nez rongé, la bouche de travers, les dents noires, et parlant de la gorge, tourmenté d’une toux violente et crachant une dent a chaque effort.