Les Veillées du hameau pres de Dikanka - Tome I - Nikolai Gogol - ebook
Kategoria: Humanistyka Język: francuski Rok wydania: 1831

Les Veillées du hameau pres de Dikanka - Tome I darmowy ebook

Nikolai Gogol

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Opis ebooka Les Veillées du hameau pres de Dikanka - Tome I - Nikolai Gogol

Ces nouvelles peuvent apparaître comme les gammes de l'artiste, avant les chefs d’ouvre qui viendront ensuite - « Le Révizor » et « Les Âmes mortes ». Un theme semble unifier une majorité de ces textes : les superstitions du peuple ukrainien. Mais les tonalités sont tres diverses : comédie burlesque pour « La Foire de Sorochinietz », « La Nuit de Noël », « Le Terrain ensorcelé » - histoire un peu reveuse de revenants pour « La Nuit de mai » - scenes d’horreur dans « La Lettre perdue », « L’effroyable vengeance ». Le tout sous-tendu par le combat du bien et du mal, au milieu des sorciers, sorcieres et diables, sans oublier une pincée d’ironie. « Ivan Fedorovitch Schonka et sa tante » échappe a cette atmosphere surnaturelle et pourrait annoncer certaines histoires douces-ameres de Tchékhov. Ces nouvelles sont l’occasion d’un voyage dans les différentes couches de la société ukrainienne : Cosaques (Zaporogues ou autres), paysans, commerçants, Tziganes, Polonais, Tartares, petite noblesse…

Opinie o ebooku Les Veillées du hameau pres de Dikanka - Tome I - Nikolai Gogol

Fragment ebooka Les Veillées du hameau pres de Dikanka - Tome I - Nikolai Gogol

A Propos
GOGOL – ET LES VEILLÉES DU HAMEAU
A Propos Gogol:

Nikolai Vasilievich Gogol (April 1, 1809 — March 4, 1852) was a Russian-language writer of Ukrainian origin. Although his early works were heavily influenced by his Ukrainian heritage and upbringing, he wrote in Russian and his works belong to the tradition of Russian literature. The novel Dead Souls (1842), the play Revizor (1836, 1842), and the short story The Overcoat (1842) count among his masterpieces. Source: Wikipedia

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GOGOL – ET LES VEILLÉES DU HAMEAU

I

 

« Tous, nous sommes sortis de la Capote de Gogol » disait Dostoievski, et la remarque s’appliquait si justement a lui-meme que les premieres ouvres du Nouveau Gogol, ainsi que le baptisait un fameux critique russe, semblent écrites par un Gogol ressuscité, ressurgi de ses cendres.

Les écrivains de l’école gogolienne jouissent depuis longtemps déja d’une renommée mondiale, alors que Gogol lui-meme est jusqu’a présent trop peu connu hors de sa patrie. Je dis bien jusqu’a présent, parce que cet auteur est fatalement appelé a susciter un intéret plus grand. En effet, la personnalité dramatique de Gogol, tissée de contradictions d’une finesse extreme, et son talent, si fertile également en contrastes, sont tels qu’il suffit d’aborder Gogol pour ne plus pouvoir s’en détacher, l’oublier, le bannir de ses pensées ; et l’on ne cesse plus de rire avec lui de cette allégresse lumineuse qui lui est propre, de froncer les sourcils devant ses grimaces, de verser ces memes larmes qu’il qualifiait de jamais vues en ce monde et de partager ses tortures et sa peine.

Or, la curiosité a l’égard de Gogol, chef de toute l’école réaliste russe, devra se manifester, des que l’on commencera a connaître réellement la littérature de son pays. Des maintenant, l’on entend citer de plus en plus fréquemment son nom, bien qu’encore vide de toute sa substance, son nom toujours étranger, et pour l’heure incompréhensible. L’énigme de Gogol reste a poser, et le lecteur occidental ne se doute pas pour l’instant que Gogol est peut-etre bien l’un des génies les plus grands de la Russie, sinon de l’univers entier.

Créateur du réalisme russe, illustre fondateur, avec Pouchkine, de la nouvelle littérature russe… On imagine aussitôt une carriere d’écrivain longue et prospere, marchant de pair avec la stabilisation de la vie nationale, des normes sociales, avec cette peinture sereinement objective de la Russie gogolienne – l’expression est d’usage courant. Fut-elle longue, cette carriere ? Gogol a vécu en tout et pour tout quarante-trois ans, et en tant qu’écrivain, au sens strict du mot, infiniment moins, de sept a huit ans. Les manuels de littérature mentionnent ces dates extremes de sa biographie : 1809, date de sa naissance, dans un petit hameau de la région de Poltava, et 1852, année de sa fin douloureuse a Moscou, combustion lente au début, puis a plein feu. Mais ces bornes, 1809-1852, se sont trouvées trop écartées encore pour limiter son activité d’écrivain. Avant 1829, Gogol se préparait surtout (uniquement en imagination, cela va de soi) a devenir un grand homme d’État, une sorte de Messie russe, et ce n’est qu’a cette date – il avait donc effectivement vingt ans – qu’il prit la plume. A partir de 1837, il mena une lutte acharnée, exténuante et sans espoir, double lutte, a la fois contreson talent qui ne consentait pas a se plier aux fins qu’il lui assignait, et pour ce talent, impuissant a se manifester, asphyxié au milieu de toutes les contradictions ou cette âme maladive sombrait chaque jour davantage.

Ces contradictions avaient de tout temps existé chez lui, des les années de la petite enfance et constituaient une partie intégrante de sa nature. Il mariait une certaine étroitesse d’esprit a une pensée de flamme, prompte aux essors ; une gaîté insouciante, puérile, l’aptitude a rire et a faire rire les autres alternaient avec des acces d’une « mélancolie noire » de l’espece la plus cruelle, meurtriere de sa vie et de son âme. Le solide sens pratique, la sagacité de l’homme retors et intéressé faisaient tres bon ménage avec une propension illimitée a bâtir des châteaux en Espagne ; la folie des grandeurs, la confiance en soi, comme en une sorte d’etre a part, élu de Dieu, une superbe diabolique cédaient brusquement la place a un mépris de soi-meme, a une humilité, excessifs au meme degré. Sur ce dernier point du reste il n’y avait pas de contradiction particuliere ; en réalité, l’humilité de Gogol était « plutôt de l’orgueil », et procédait de l’orgueil. Il se faisait de lui-meme une si haute idée, il exigeait de lui, en tant qu’élu de Dieu, des qualités tellement élevées que son etre réel n’arrivait pas a s’en contenter, et qu’il s’estimait en somme indigne de soi.

Des contradictions écartelerent également Gogol écrivain. Innombrables, mais d’une nature spéciale, dégénérant par la suite en manies d’ordre psychique, elles se ramenaient essentiellement a ce fait, qu’aspirant au bien et a la perfection, revant de beauté céleste, sans tache, il ne voyait rien que groins de porcs et gueules grimaçantes. Dans de pareilles conditions, il était difficile de décrire autre chose que groins et hures. Or Gogol aurait voulu, aurait passionnément souhaité, et ce vain désir le mettait au supplice, etre un tout autre écrivain, devenir cet homme de lettres fortuné,qui « outre les caracteres ennuyeux, déplaisants, saisissants de par la tristesse de leur réalité, aborde aussi des caracteres représentant tout ce qu’il y a de digne dans la personne humaine…

» Battant des mains, tous se précipitent a sa suite et se ruent derriere son char de triomphateur. Il n’a point d’égal au monde : il est Dieu. »

Et tout de suite, parlant de lui-meme il ajoute :

« Tout autre est le lot de l’écrivain. Celui-la fait surgir et rend palpables des visions qui défilent constamment sous ses yeux, mais échappent a l’indifférent ; s’enfonce dans le bourbier infect et bouleversant, des bagatelles stupides qui alourdissent notre existence ; sonde les arcanes des caracteres distants et froids, cousus de pieces et de lambeaux, des caracteres gris et quotidiens qui encombrent notre voie commune. Pour tout dire, l’écrivain ressemble a un sculpteur inexorable qui taillerait nos vices dans la pierre, d’une main ferme, en bas-relief, et les rendrait évidents a tous.

» Longtemps encore, docile au commandement d’une autorité qui m’échappe, il me faudra donner la main a ces héros étranges, scruter l’univers immense de la vie emportée dans un tourbillon, l’observer a travers un rire que je découvre a tous et des larmes que je cache… »

Aux approches de 1840, Gogol, s’imagine qu’il est encore loin, ce temps, mais croit qu’il finira par éclore, ce temps ou « le redoutable ouragan de l’inspiration jaillit d’une source différente, naît d’une tete environnée d’une terreur panique et d’éclairs, le temps ou l’on pressent dans un frémissement inquiet le majestueux tonnerre des paroles nouvelles. »

D’année en année, Gogol ressent avec une urgence croissante le besoin mystique de paroles nouvelles, et d’autres images, le besoin d’une profonde beauté intérieure. Il attend, espere, prie, adjure, le tout en pure perte : le don s’octroie, mais ne s’arrache pas de force. Et son propre don, son véritable talent, Gogol l’enfouit dans la terre.

Le premier réaliste authentique de la Russie, créateur de l’école réaliste russe… Il est facile de se présenter un peintre réaliste, assis devant son chevalet, quelque part a l’orée d’un bois et s’attachant a dessiner, a copier chaque courbe d’un pétale sur un arbre. Il est tout aussi facile de se faire une idée de l’écrivain réaliste inscrivant sur son calepin, ou dans sa mémoire (tel fut, plus tard, le procédé de Tourgueniev) l’expression du regard, les sourires, le visage des passants qu’il croise, leurs gestes, leurs paroles, leurs actes, en s’efforçant de pénétrer dans les arcanes de leur mécanisme moral, puis de reproduire le tout dans son ouvre, peinture artistique de la vie. Facile enfin de se figurer l’écrivain copiant de la sorte son modele… Comme il ressemble peu, cet écrivain imaginaire, a Gogol, auteur réaliste aussi, mais pas observateur calme et impartial, mais bien un reveur imaginistequi combine divers éléments, mais ne peint pas d’apres nature.

Paradoxe encore plus fort – tout en lui est paradoxal et contradictoire – ce réaliste craint comme le feu le réalisme dans l’art. Pour écrire, il fuit, aussi loin que possible de son modele, et sa fuite est consciente, il n’agit point a l’instar du poete décrit par Pouchkine qui, sauvage et ténébreux, plein de sons et de trouble, va chercher refuge au bord des vagues désertes, dans les bois bruissants. Tout effet réaliste, par trop réaliste, lui paraît un sacrilege, un pas en dehors des frontieres de l’art. Ainsi dans la nouvelle le Portrait, un peintre sans fortune achete un tableau ancien chez un marchand de bric-a-brac :

« C’était un vieillard au teint bronzé, aux pommettes saillantes, l’air souffrant de consomption. Il semblait que ses traits avaient été fixés au moment précis d’un réflexe convulsif et ils n’évoquaient point une force nordique. Le Midi brasillant restait empreint sur ce visage. Le personnage était drapé d’un ample costume oriental… Ses yeux surtout étaient extraordinaires. »

Le peintre emporta le tableau chez lui « et soudain un frisson le saisit et il pâlit. Se détachant de la toile posée verticalement, le visage de quelqu’un, tordu par une convulsion le toisait ; deux regards terribles étaient directement braqués sur lui…

» Il se mit en devoir d’examiner la peinture de pres et de la nettoyer… Le visage entier était presque rendu a la vie et les yeux le scrutaient d’une telle façon qu’il finit par sursauter et, rompant de quelques pas, il murmura d’une voix qui trahissait la stupeur :

– Il regarde, il regarde avec des yeux humains.

»… Ceci n’était déja plus de l’art : ceci allait jusqu’a détruire l’harmonie du portrait lui-meme ; c’étaient des yeux humains ! On pouvait les croire arrachés a un etre vivant pour etre placés ici. Des lors, il n’était plus question de cette jouissance élevée qui vous envahit entierement l’âme a l’examen de l’ouvre d’un artiste, quelque affreux que puisse etre l’objet choisi pour modele. On éprouvait ici on ne sait quelle sensation morbide, angoissante.

– D’ou cela vient-il ? se demanda malgré lui le peintre, car enfin, nous avons pourtant affaire ici a quelque chose pris d’apres nature, une nature vivante ; d’ou vient des lors ce sentiment étrange et désagréable a la fois ? Serait-ce que l’imitation servile, a la lettre, est déja en soi un délit, et semble un cri, rien qu’un cri, un son sans harmonie ? Ou bien est-ce qu’en s’attaquant au sujet, sans la moindre passion, avec une totale indifférence, en dehors de toute sympathie avec lui, il se présentera inévitablement dans son unique et affreuse réalité, sans l’auréole d’une certaine pensée inaccessible aux sens, mais voilée sous chaque détail, il se présentera avec ce réalisme qui se découvre a celui qui, désireux de concevoir le secret d’un parfait animal humain, s’arme d’un scalpel pour le disséquer jusqu’aux entrailles et n’a plus sous les yeux qu’un homme répugnant ? »

Ses contes et nouvelles de Petite-Russie, Gogol les écrivit a Saint-Pétersbourg, loin de son Ukraine natale et moins encore d’apres ses propres souvenirs que d’apres des matériaux que lui aurait communiqués sa mere. C’est a Pétersbourg aussi que fut créée la comédie immortelle, le Revizor, satire de la province russe que Gogol ne connaissait pas du tout et ne pouvait d’ailleurs connaître, pour la raison qu’il n’y a jamais vécu. C’est dans cette meme capitale qu’il commença aussi les Âmes Mortes, épopée grandiose – du moins d’apres le dessein – de la province russe. Commencée a Pétersbourg, a l’époque ou le génie de l’auteur atteignait son plein épanouissement, la création de l’ouvre se poursuivit dans le « beau lointain ». Gogol passa en effet les quinze dernieres années de sa vie a l’étranger, le plus souvent a Rome, et considérait qu’il lui fallait de toute nécessité vivre hors de Russie pour écrire sur son pays. Seuls, les contes et nouvelles pétersbourgeois – La Capote en tete – ont été écrits sur place, avec pour theme l’existence quotidienne des petits fonctionnaires que l’auteur eut réellement l’occasion d’observer.

Dans de telles conditions, comment se fait-il que ce reveur qui, selon le mot qu’il a maintes fois répété, ne pouvait décrire que ce qui existait en lui, et qui éprouvait la nécessité d’imaginer (et non de voir !)les qualités a quelque catégorie qu’elles appartinssent, ait pu donner naissance a un écrivain réaliste ? C’est ce qu’il fut pourtant et il se trouve que ces critiques qui lui donnerent ce titre, en prenant la Russie de son imagination pour la Russie authentique du temps de Nicolas Ier et antérieure a l’abolition du servage, ont donné par hasard dans le mille. Ils se sont trompés bien sur, en recevant le grossissement des couleurs, l’exagération, la manie de stéréotyper, une création synthétique pour un portrait exact, pour une épreuve photographique. Mais s’ils se sont trompés tous, non seulement ceux qui vinrent bien apres lui, mais aussi ses contemporains, il faut donc qu’il ait été un écrivain réaliste. Et qui donc ne trompa-t-il pas par son réalisme, lui qui souffrait tant de la façon excessive dont il calomniait la Russie ! Meme un esprit réaliste aussi sobre ou aussi peu enclin a se laisser duper par des faux-semblants artistiques que l’empereur Nicolas Ier quitta, l’air sombre, le théâtre apres la premiere représentation du Revizor en disant :

« Chacun en a pris pour son grade, mais le plus soigné c’est encore moi ! »

Gogol a pu donner le change meme a Pouchkine, et l’on n’ira tout de meme pas prétendre que Pouchkine ne connaissait pas sa Russie ! Y avait-il quelque chose en ce pays de caché pour Pouchkine ? Quelqu’un pouvait-il découvrir en Russie quoi que ce fut ignoré de ce grand poete ? Il n’en est pas moins vrai qu’apres la lecture par Gogol des premiers chapitres des Âmes Mortes, Pouchkine tomba dans une songerie amere et s’écria :

« Dieu, comme elle est triste, notre Russie ! »

L’exclamation stupéfia l’auteur qui, rapportant l’impression produite sur Pouchkine ajouta cette observation :

« Pouchkine, si parfaitement au courant des choses russes, n’avait pas remarqué que tout cela n’était qu’une caricature, fruit de mon imagination. »

L’illusion de la réalité exacte et rendue avec précision ne découlait pas tant du sujet meme de la peinture, c’est-a-dire la vie réelle et quotidienne, que de la méthode, du procédé de la description : une maniere réaliste de reproduire minutieusement des détails connus de tous, et en tout cas d’une vérité authentique et indiscutable.

« On s’est livré a bien des commentaires sur mon compte, écrivait Gogol, on a analysé certains côtés de ma personnalité, mais on n’a point défini ce qu’il y a d’essentiel en moi. Pouchkine est le seul a l’avoir flairé. Il m’a dit de tout temps que pas un écrivain n’a possédé ce don d’étaler si nettement la trivialité de la vie, de savoir souligner avec une telle vigueur la platitude de l’homme moyen, de telle façon que ces menus riens qui d’ordinaire échappent a la vue, sautent brusquement et avec un relief énorme aux yeux de tous. Voila ma faculté principale, qui n’appartient qu’a moi seul, et qui de fait manque aux autres écrivains. »

Gogol dessine avec tant de netteté géniale tous les détails les plus insignifiants, sculpte avec une telle perfection l’image créée par son imagination, qu’elle provoque l’illusion complete de la réalité, – si meme elle ne paraît pas plus réelle que nature, parce que dans ce faux-semblant se trouvent soulignés ces menus détails de l’existence courante qui d’ordinaire échappent a la vue. Voila pourquoi, quelle qu’ait été dans ses ouvres la part de charge, d’imagination pure, d’invention, de la propension a stéréotyper, Gogol, avec son procédé réaliste d’écriture (et c’est bien la l’unique chose a compter comme « école » en matiere d’art) est comme la souche de cette tendance psychologico-réaliste dans la littérature russe, dont les meilleurs représentants ont été Tolstoi et Dostoievski.

Si courte qu’ait été l’activité créatrice de Gogol, elle se divise en trois périodes :

Période lyrique et romantique, ou période petite-russienne, avec les Veillées du hameau pres de Dikanka (et partiellement Mirgorod).

Période pouchkinienne et réaliste avec Mirgorod, les nouvelles, le Revizor, et le premier tome des Âmes Mortes.

Période de mysticisme religieux, ou le talent décline, période qui vit les essais d’achevement des Âmes Mortes, période des Extraits choisis de la Correspondance avec mes amis, des Réflexions sur la célébration du culte divin, etc.

A proprement parler, cette derniere phase est en marge de la littérature artistique et représente bien moins d’intéret en soi que d’utilité pour la compréhension de la tragédie morale de Gogol en tant qu’écrivain et en tant qu’homme.

La période centrale, pendant laquelle s’est le mieux révélée la maîtrise de son talent littéraire et qui offre le plus d’importance est la période pouchkinienne et réaliste. Nous la qualifions de pouchkinienne parce qu’elle se trouve en étroite liaison avec Pouchkine, si étroite meme que l’on est parfois tenté de croire que ce poete ne s’est pas borné a guider Gogol en lui indiquant cette route gogolienne qu’il a suivie – et dont il commença a s’écarter tout de suite apres la mort du grand lyrique, – qu’il ne s’est pas contenté de déterminer le caractere de son talent, mais bien qu’il a en quelque sorte créé Gogol.

Selon ses propres dires, Gogol faillit abandonner le métier littéraire apres les Veillées, mais comme il l’a raconté :

« … Pouchkine me contraignit a considérer la chose d’un oil sérieux. Il y avait déja longtemps qu’il me poussait a m’attaquer a un ouvrage de longue haleine, si bien qu’un beau jour, apres que je lui eusse donné lecture d’une breve esquisse de courtes scenes, il me dit :

– Avec une telle aptitude a deviner l’etre humain et a l’exhiber brusquement en quelques traits comme s’il était vivant, avec un pareil don, comment ne pas mettre en chantier une ouvre d’importance ? C’est tout simplement un péché !

» Et pour conclure, il me livra un sujet qu’il avait personnellement choisi, et dont il voulait lui-meme tirer quelque chose dans le genre d’un poeme, et qu’il n’aurait point consenti, comme il le disait, a céder a nul autre qu’a moi. C’était le sujet des Âmes Mortes. (L’idée du Revizorlui appartient également.) »

Ce n’est pas uniquement l’idée du Revizor qui revient a Pouchkine, celui-ci mit au point avec Gogol le plan de la comédie. En se bornant a dire que Pouchkine donna a Gogol le simple sujet des Âmes Mortes, on resterait également en deça de la vérité ; il ressort nettement des phrases suivantes de Gogol que l’illustre ami indiqua en outre la façon de traiter ce theme :

« Pouchkine estime que le sujet des Âmes Mortes est excellent pour moi, du fait qu’il me laisse toute liberté de parcourir avec mon héros la Russie d’un bout a l’autre, et d’en tirer une multitude de personnages des plus variés. »

Les deux ouvres capitales de Gogol, celles qui lui assurent le droit a l’immortalité – le Revizor et les Âmes Mortes – sont liées au nom de Pouchkine. Se rattache également a l’influence pouchkinienne la troisieme de ses ouvres par rang d’importance, la Capote, nouvelle dont procede la tendance humanitaire et réaliste de la littérature russe.

Jusqu’a un certain point, Akaki Akakiévitch, le pauvre fonctionnaire peu favorisé de Dieu et encore plus maltraité par ses semblables, qui ne vit que dans l’espoir de se payer une capote neuve, a été inspiré par la nouvelle pétersbourgeoise de Pouchkine, le Cavalier de Bronze, ou se rencontre pareillement un homme de rien, Eugene, que seul aide a végéter le souvenir de sa fiancée, de sa Parachka. Le destin brise le reve de ces deux etres, en sorte que la vie perd tout sens a leurs yeux, et leur esprit borné ne résiste pas au choc. Mais chez Pouchkine, cet Eugene, bien que les cochers le cinglent a coups de fouet, et que de méchants enfants lui lancent des cailloux, n’éveille pas autant de compassion qu’Akaki Akakiévitch, prototype de tous ces offensés et humiliés, revendiquant leur place au soleil, au meme titre que le reste des mortels. Ce n’est pas sans raison qu’un jeune homme, s’étant avisé de se joindre a ses camarades pour se moquer d’Akaki Akakiévitch :

« … longtemps par la suite, au milieu meme des plus folles minutes, se remémorait un pauvre here bas sur jambes, au front dégarni de cheveux, et qui disait ces mots qui lui allerent a l’âme :

– Laissez-moi tranquille ! Pourquoi me tourmentez-vous ?

» Et sous ces mots pathétiques d’autres résonnaient en écho : « Je suis ton frere !… »

Enfin, cette période se relie a Pouchkine par cette maniere réaliste dont il a été question plus haut et vers laquelle le grand poete russe a indubitablement aiguillé Gogol.

Cette maniere réaliste, cette flagellation satirique de la trivialité et de la mesquinerie, ce ton nouveau, le rire a travers les larmes, rire amer et larmes de fiel, rattachent l’une des tendances de Mirgorod a la période centrale de l’activité créatrice de Gogol. (Comment Ivan Ivanovitch se brouilla avec Ivan Nikiforovitch.) Un autre élément de Mirgorod (Vii) apparaît comme une suite immédiate des Veillées du Hameau pres de Dikanka, autrement dit, une continuation de la premiere période, la plus lumineuse, et en apparence, la moins mélancolique, la période lyrico-romantique et petite-russienne.

Nous allons nous arreter a celle-ci, en nous efforçant d’oublier pour un temps a quel point se révele parfois amere et morne la route de la vie, et « que l’on s’ennuie ici-bas, ami lecteur ! »