Fables - Livre II - Jean La Fontaine - ebook
Kategoria: Poezja i dramat Język: francuski Rok wydania: 1668

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Jean La Fontaine

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Opinie o ebooku Fables - Livre II - Jean La Fontaine

Fragment ebooka Fables - Livre II - Jean La Fontaine

A Propos
Contre ceux qui ont le gout difficile

A Propos La Fontaine:

Poete, fabuliste, moraliste, dramaturge, librettiste et romancier français. Ses fables constituent l'un des chefs d'oeuvre, universellement connu, de la littérature française.

Disponible sur Feedbooks La Fontaine:
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Contre ceux qui ont le gout difficile

 

Quand j’aurais en naissant reçu de Calliope

Les dons qu’a ses amants cette muse a promis,

Je les consacrerais aux mensonges d’Ésope :

Mais je ne crois pas si chéri du Parnasse

Que de savoir orner toutes ces fictions.

On peut donner du lustre a leurs inventions :

On le peut, je l’essaie : un plus savant le fasse.

Cependant jusqu’ici d’un langage nouveau

J’ai fait parler le loup et répondre l’agneau ;

J’ai passé plus avant : les arbres et les plantes

Sont devenus chez moi créatures parlantes.

Qui ne prendrait ceci pour un enchantement ?

« Vraiment, me diront nos critiques,

Vous parlez magnifiquement

De cinq ou six contes d’enfant »

Censeurs, en voulez-vous qui soient plus authentiques

Et d’un style plus haut ? En voici : « Les Troyens,

« Apres dix ans de guerre autour de leurs murailles,

« Avaient lassé les Grecs, qui par mille moyens,

« Par mille assauts, par cent batailles,

« N’avaient pu mettre a bout cette fiere cité,

« Quand un cheval de bois, par Minerve inventé,

« D’un rare et nouvel artifice,

« Dans ses énormes flancs reçut le sage Ulysse,

« Le vaillant Diomede, Ajax l’impétueux,

« Que ce colosse monstrueux

« Avec leurs escadrons devait porter dans Troie,

« Livrant a leur fureur ses dieux memes en proie :

« Stratageme inoui, qui des fabricateurs

« Paya la constance et la peine. »

« C’est assez, me dira quelqu’un de nos auteurs :

La période est longue, il faut reprendre haleine ;

Et puis votre cheval de bois,

Vos héros avec leurs phalanges,

Ce sont des contes plus étranges

Qu’un renard qui cajole un corbeau sur sa voix :

De plus il vous sied mal d’écrire en si haut style. »

Eh bien ! baissons d’un ton.

« La jalouse Amaryle

« Songeait a son Alcippe et croyait de ses soins

« N’avoir que ses moutons et son chien pour témoins.

« Tircis, qui l’aperçut, se glisse entre des saules ;

« Il entend la bergere adressant ces paroles

« Au doux zéphire, et le priant

« De les porter a son amant. »

« Je vous arrete a cette rime,

Dira mon censeur a l’instant ;

Je ne la tiens pas légitime.

Ni d’une assez grande vertu.

Remettez, pour le mieux, ces deux vers a la fonte. »

« Maudit censeur ! te tairas-tu ?

Ne saurai-je achever mon conte ?

C’est un dessein tres dangereux

Que d’entreprendre de te plaire. »

 

Les délicats sont malheureux :

Rien ne saurait les satisfaire.