Expédition nocturne autour de ma chambre - Xavier de Maistre - ebook
Kategoria: Styl życia Język: francuski Rok wydania: 1825

Expédition nocturne autour de ma chambre darmowy ebook

Xavier de Maistre

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Opinie o ebooku Expédition nocturne autour de ma chambre - Xavier de Maistre

Fragment ebooka Expédition nocturne autour de ma chambre - Xavier de Maistre

A Propos
Préface
Chapitre 1
A Propos Maistre:

Né dans une famille de l'aristocratie savoisienne, Xavier de Maistre est le frere du philosophe contre-révolutionnaire Joseph de Maistre. Il émigre en Russie lorsque la France occupe la Savoie en 1792, et s'installe a Saint-Pétersbourg. Il vit d'abord sous la protection du général Souvorov, mais ce dernier ayant été disgracié, il survit grâce a la peinture, et ses paysages connaissent un certain succes. Sa situation change avec l'arrivée a Saint-Pétersbourg de son frere, envoyé extraordinaire du roi de Sardaigne : Xavier est nommé directeur de la bibliotheque et du musée de l'Amirauté en 1805. Par la suite, il sert dans l'armée, parvient au grade de général, et combat notamment lors de la guerre du Caucase. A l'occasion de l'édition française de son livre La Jeune Sibérienne (1825) il fit un long voyage a Paris et en Savoie, lors duqel il découvrit qu'il était plus connu qu'il ne le pensait. Le poete Alphonse de Lamartine lui dédia en 1826, "Le Retour", une épître en vers qui lui est entierement consacrée. Il y évoque au passage son lien de parenté avec lui, par sa sour Césarine, morte en 1824 et qui avait épousé Xavier de Vignet, neveu de Xavier de Maistre. Faisant l'éloge de son parent, il assure que son génie lui vaudra une gloire durable de génération en génération. Source: Wikipedia

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Préface

Xavier de Maistre.

Né a Chambéry en 1763, Xavier de Maistre appartenait a une famille de magistrats. Son pere était président du Sénat de Savoie et son frere Joseph fut membre de la meme assemblée jusqu’a l’invasion du pays par les Français. Xavier choisit le métier des armes. Officier sarde, il ne voulut point servir le conquérant français. Lorsqu’en 1802 son frere fut nommé par Victor-Emmanuel 1er, ambassadeur a Saint-Pétersbourg, Xavier le suivit en Russie et s’engagea dans l’armée du Tsar. Il participa comme officier aux campagnes du Caucase et de Perse, puis il s’établit dans la capitale russe, qu’il ne quitta plus, sinon pour faire un voyage en France, quelques années avant sa mort. C’est a Saint-Pétersbourg en effet, que Xavier mourut, en 1852.

L’ouvre de Xavier de Maistre n’est pas tres abondante, mais elle est d’une clarté, d’un esprit essentiellement français. Chacun de ses courts ouvrages : Voyage autour de ma chambre (1794), Le Lépreux de la cité d’Aoste (1811), Les Prisonniers du Caucase et La Jeune Sibérienne (1825), l’Expédition nocturne autour de ma chambre, sont des petits chefs-d’ouvre de style, de simplicité et de naturel.

Les circonstances dans lesquelles Xavier de Maistre se mit a écrire sont assez curieuses. Officier, en garnison dans la petite ville d’Alexandrie, en Italie, une malencontreuse affaire de duel le fit mettre aux arrets pendant plusieurs jours. Le jeune officier accepta la punition avec philosophie. Ne pouvant quitter sa chambre, il se plut a passer en revue les objets qui l’entouraient, notant les réflexions que ceux-ci lui inspiraient, les souvenirs que chacun évoquait en son esprit. Il confia le cahier contenant cette série d’impressions a son frere, lequel avait acquis déja a cette époque une enviable renommée grâce a la publication de ses Lettres d’un royaliste savoisien. Le comte Joseph de Maistre trouva l’essai de son cadet, original et d’une réelle valeur littéraire. A l’insu de son frere, il décida de le faire éditer. Ainsi, Xavier eut la surprise et la grande satisfaction de relire son ouvrage sous la forme d’un volume imprimé !

On ne pourrait donner sur l’ouvre de Xavier de Maistre, une appréciation plus concise et plus juste que celle de MM. Joseph Bédier et Paul Hazard dans leur « Histoire de la littérature française » : « Xavier eut en partage, écrivent ces auteurs, l’observation fine et délicate, l’humour, une sensibilité toujours distinguée : toutes qualités aimables, dont se pare ce charmant Voyage autour de ma chambre qui a fondé sa réputation. Il savait jouer nonchalamment avec les idées et les sentiments et inviter le lecteur a participer lui-meme a ce jeu. Il n’était pas tres profond, bien qu’il ne manquât pas d’humanité ; mais dans le domaine intermédiaire entre les émotions superficielles et les passions obscures de l’âme, il était roi. »

Ne terminons pas ce bref aperçu biographique, sans épingler ce mot charmant de Xavier de Maistre, qui eut toujours une profonde admiration pour son illustre aîné, l’auteur des « Soirées de Saint-Pétersbourg », « du Pape », et des « Considérations sur la France » : « Mon frere et moi, nous étions comme les deux aiguilles d’une montre : il était la grande, j’était la petite ; mais nous marquions la meme heure, quoique d’une maniere différente ».

R. Oppitz


Chapitre 1

 

Pour jeter quelque intéret sur la nouvelle chambre dans laquelle j'ai fait une expédition nocturne, je dois apprendre aux curieux comment elle m'était tombée en partage. Continuellement distrait de mes occupations dans la maison bruyante que j'habitais, je me proposais depuis longtemps de me procurer dans le voisinage une retraite plus solitaire, lorsqu'un jour, en parcourant une notice biographique sur M. de Buffon, j'y lus que cet homme célebre avait choisi dans ses jardins un pavillon isolé, qui ne contenait aucun autre meuble qu un fauteuil et le bureau sur lequel il écrivait, ni aucun autre ouvrage que le manuscrit auquel il travaillait.

Les chimeres dont je m'occupe offrent tant de disparate avec les travaux immortels de M. de Buffon, que la pensée de l'imiter, meme en ce point, ne me serait sans doute jamais venue a l'esprit sans un accident qui m'y détermina. Un domestique, en ôtant la poussiere des meubles, crut en voir beaucoup sur un tableau peint au pastel que je venais de terminer, et l'essuya si bien avec un linge, qu'il parvint en effet a le débarrasser de toute la poussiere que j'y avais arrangée avec beaucoup de soin. Apres m'etre mis fort en colere contre cet homme, qui était absent, et ne lui avoir rien dit quand il revint, suivant mon habitude, je me mis aussitôt en campagne, et je rentrai chez moi avec la clef d'une petite chambre que j'avais louée au cinquieme étage dans la rue de la Providence. J'y fis transporter dans la meme journée les matériaux de mes occupations favorites, et j'y passai dans la suite la plus grande partie de mon temps, a l'abri du fracas domestique et des nettoyeurs de tableaux. Les heures s'écoulaient pour moi comme des minutes dans ce réduit isolé, et plus d'une fois mes reveries m'y ont fait oublier l'heure du dîner.

O douce solitude ! j'ai connu les charmes dont tu enivres tes amants. Malheur a celui qui ne peut etre seul un jour de sa vie sans éprouver le tourment de l'ennui, et qui préfere, s'il le faut, converser avec des sots plutôt qu'avec lui-meme !

Je l'avouerai toutefois, j'aime la solitude dans les grandes villes ; mais, a moins d'y etre forcé par quelque circonstance grave, comme un voyage autour de ma chambre, je ne veux etre ermite que le matin : le soir, j'aime a revoir les faces humaines. Les inconvénients de la vie sociale et ceux de la solitude se détruisent ainsi mutuellement, et ces deux modes d'existence s'embellissent l'un par l'autre.

Cependant l'inconstance et la fatalité des choses de ce monde sont telles, que la vivacité meme des plaisirs dont je jouissais dans ma nouvelle demeure aurait du me faire prévoir combien ils seraient de courte durée. La Révolution française, qui débordait de toutes parts, venaient de surmonter les Alpes et se précipitait sur l'Italie. Je fus entraîné par la premiere vague jusqu'a Bologne. Je gardai mon ermitage, dans lequel je fis transporter tous mes meubles, jusqu'a des temps plus heureux. J'étais depuis quelques années sans patrie, j'appris un beau matin que j'étais sans emploi. Apres une année passée tout entiere a voir des hommes et des choses que je n'aimais guere, et a désirer des choses et des hommes que je ne voyais plus, je revins a Turin. Il fallait prendre un parti. Je sortis de l'auberge de la Bonne Femme, ou j'étais débarqué, dans l'intention de rendre la petite chambre au propriétaire et de me défaire de mes meubles.

En rentrant dans mon ermitage, j'éprouvai des sensations difficiles a décrire : tout y avait conservé l'ordre ; c'est-a-dire le désordre dans lequel je l'avais laissé : les meubles entassés contre les murs avaient été mis a l'abri de la poussiere par la hauteur du gîte ; mes plumes étaient encore dans l'encrier desséché, et je trouvai sur la table une lettre commencée.

Je suis encore chez moi, me dis-je avec une véritable satisfaction. Chaque objet me rappelait quelque événement de ma vie, et ma chambre était tapissée de souvenirs. Au lieu de retourner a l'auberge, je pris la résolution de passer la nuit au milieu de mes propriétés. J'envoyai prendre ma valise, et je fis en meme temps le projet de partir le lendemain, sans prendre congé ni conseil de personne, m'abandonnant sans réserve a la Providence.