Physiologie du créancier et du débiteur - Maurice Alhoy - ebook

Physiologie du créancier et du débiteur ebook

Maurice Alhoy

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Opis

extrait : "Au départ de la vie de jeune homme, quand un matin, au réveil, on se trouve tête-à-tête avec le déficit du budget mensuel, que la bourse n'a plus sa douce voix métallique, et que le tiroir du secrétaire ne renferme que les lettres plus ou moins pastorales de la famille, à qui demander appui ?"

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EAN : 9782335030181

©Ligaran 2015

Épigraphes non illustrées

QUI SERVIRONT DE PRÉFACE.

– Monsieur, je voudrais bien savoir quand vous me payerez ?

– Vous êtes un drôle bien curieux.

Feu le prince de Talleyrand.

 

Emprunter, c’est presque mendier ; mais emprunter sans rendre, c’est presque voler.

Un humoriste.

 

Tu peux m’emprisonner, ô fortune ennemie !

Mais me faire payer, parbleu, je t’en défie !

Regnard.

 

…… Mais rendez donc l’argent.

Racine.

 

Si votre débiteur éprouve de la gêne, attendez qu’il soit plus aisé. Si vous lui remettez sa dette, ce sera plus méritoire pour vous…

Koran, traduit par Kazimirski.

 

Prêter, c’est compromettre son arpent et risquer son ami.

Anonyme.

 

L’or est une chimère.

Scribe.

 

Parisiens… le papier timbré vous dévore !

Feu Fournier Verneuil

 

J’nai qu’un sou.

Romieu, préfet de la Dordogne.

CHAPITRE PREMIERLa première affaire

Au départ de la vie de jeune homme, quand un matin, au réveil, on se trouve tête-à-tête avec le déficit au budget mensuel, que la bourse n’a plus sa douce voix métallique, et que le tiroir du secrétaire ne renferme que les lettres plus ou moins pastorales de la famille, à qui demander appui ?

Que de débutants dans l’emploi d’Enfant prodigue regrettent alors la fiction des bonnes fées qui, à la voix du pauvre, apparaissaient sous la figure d’un petit oiseau bleu protecteur, ou sous la forme d’une fleur d’églantier, dont le calice se transformait en corne d’abondance !

De nos jours, la Providence a détrôné les fées, les djins ; elle a le monopole des talismans ; c’est à elle qu’il faut en appeler, aux heures de tristesse et de disette.

Au novice qui rêve un premier emprunt, elle apparaît sous la forme oblongue d’une feuille de papier timbré, ou sous les traits plus matériels d’un enchanteur que les procureurs du roi s’obstinent à qualifier du nom d’usurier ; ce magicien tient à la main une légende :

mot sacramentel plus puissant que tous les ternies cabalistiques, plus fécond que toutes les pratiques de l’alchimie.

– Jeune homme, dit l’enchanteur, que vous faut-il ?

– De l’argent.

– Je vous donnerai de l’or, pourvu que vous payiez le change.

– Je payerai tout ce que vous voudrez. Que faut-il faire ?

– Prendre votre plume pour écrire un mot… un seul mot.

– Accepté.

– C’est précisément ce mot-là que je vous demande ; il s’agit de cette formule mise ici en travers, c’est plus orthodoxe.

– À présent, dit l’enchanteur, qu’à partir de ce moment nous appellerons le capitaliste, à présent je vais marier mon style au vôtre.

Et il ajoute ces formules barbares qui ne peuvent être traduites que par les Champollion de la Bourse : Il vous plaira payer par cette seule de change et à mon ordre ta somme de……… que vous avez reçue et que passerai sans autre avis de votre serviteur.

– Quel grimoire ! dit le jeune homme.

Et il tend son chapeau, et les pièces d’or tombent dans son feutre avec la profusion du métal qui s’échappe du balancier du monnayeur.

– Jeune homme, dit le prêteur, dans quatre-vingt-dix jours vous me reverrez, et si vous ne faites pas honneur au pacte du remboursement, j’aurai acquis le droit de vous mettre en cage.

– Connu.

– Adieu, jeune homme ; quand vous aurez besoin d’argent :

Appelez-moi, je reviendrai.

comme dit la romance que chante ma fille, sur un piano à queue d’Érard, que je vous vendrai à crédit, quand vous voudrez.

– Tout de suite.

– Jeune homme, nous mordons trop vite aux propositions ; payons d’abord le premier effet, et après, votre crédit n’aura plus de bornes.

À peine le prêteur est-il hors la porte, que l’emprunteur tombe en extase devant ses capitaux. C’est presque un rêve que cette fortune subite ; il la palpe, il la fait sonner, la roule sur elle-même, puis il la morcelle, la fractionne, la divise : de l’or dans ses tiroirs, de l’or dans ses poches de droite et de gauche, de l’or dans sa bourse, et, par esprit de prévoyance, quelques pièces sont jetées au hasard et sans être comptées dans les cendres du foyer.

Un jour le dissipateur sera heureux de les retrouver ; il se fera un passe-temps de leur recherche, une espérance, puis une joie de leur découverte.

Quand le Pactole de l’emprunt s’est écoulé dans les divers canaux que le jeune homme vient de lui ouvrir, il donne un souvenir de reconnaissance à la magie du mot accepté.

Il comprend tout ce que cette formule laconique donne de poésie à l’existence et de valeur à l’espèce humaine.

Ce fut une grande pensée que celle d’avoir monnayé le corps de l’homme, et d’avoir pour ainsi dire mobilisé ses membres.

Avoir un corps à mettre en gage, c’est avoir des lingots à mettre à la fonte.

Les nègres sont vraiment bien étonnants de ne pas vouloir rester marchandise !

C’est qu’ils ne comprennent pas bien la question : M. Granier de Cassagnac les convertira.

Je n’ai pas le moindre patrimoine à concéder, pas de rentes à déléguer, pas une motte de terre à hypothéquer, je demande de l’argent !

On répond : – Mettez votre corps en nantissement.

Je réponds : – Accepté, et je signe… et tous les biens de la terre, toutes les joies de la vie roulent sur moi comme l’avalanche.

Oh ! vive la traite des corps !… vivent les législateurs qui ont inventé la lettre de change ! ils ont rétabli la balance du droit naturel ! ils ont trouvé la solution du fameux problème de l’égalité absolue.

On a pétitionné beaucoup contre cet ordre de choses. Folie ! Cette opposition ne peut venir que de Satan, à qui le prêteur d’argent fait concurrence. Le diable craint pour son commerce ; on a bien moins d’occasions de lui vendre son âme, depuis qu’on peut vendre ailleurs son corps !

Et le jeune homme qui a devant lui quatre-vingt-neuf belles nuits à franchir avant d’arriver au jour de l’échéance, pousse un cri de joie, et, faisant de la formule du pacte commercial son mot d’ordre favori, son cri de ralliement, il répond à toutes les séductions de la vie, à tous les appels, aux fêtes, à l’orgie…

–Accepté ! accepté !

CHAPITRE IILes affaires de jeunes gens

Un jeune homme comme il faut porte en lui-même, une fois parvenu à l’âge de vingt ans, un capital dont il n’a jamais touché les intérêts, et dont il est de toute justice que la société lui tienne compte.

Eh quoi ! les inscriptions de rente, les actions de la banque, les coupons d’omnibus, tous les capitaux enfin produisent des intérêts ; et vous refuseriez d’en payer à mon capital d’homme ?…

Vous êtes des fripons !

Or, voici comment j’établis mon compte :

Ma mère me porte neuf mois dans son sein ; pendant ce laps de temps elle a des fantaisies plus ou moins coûteuses, et qu’en taxant au plus bas je puis évaluer à3,000 fr.Je viens au monde : les frais d’accoucheur, les frais de garde, le baptême, etc., etc. 500La nourrice pendant deux années, y compris l’impôt du savon, du sucre et des premières dents2,500Me voilà sevré. Pendant six ans je grandis et je me développe à l’ombre du foyer paternel : on me gâte, on me passe tous mes caprices ; à 500 fr. par an il ne faut pas en avoir beaucoup. Ci3,000On me met en pension ; j’y reste huit ans. Le lazaret universitaire coûte 1,200 fr. par an9,600Viennent les maîtres dits d’agréments : pendant six ans je racle avec un archet les cordes d’un violon ou je meurtris les touches d’un piano. Formé à l’art de perforer mon semblable, j’apprends la danse nationale du carnaval, en ayant soin de rester sur la lisière qui sépare le gracieux de l’échevelé… le tout pour 1,500 fr. par an. C’est pour rien9,000Je fais mon droit : le prix de mon inscription, l’achat des livres indispensables, la pension que mon âge et ma position réclament, 2,400 fr. par an. Pendant trois ans7,200Montant de mon capital34,800 fr.