Le Sang vert - Maurice Limat - ebook

Le Sang vert ebook

Maurice Limat

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Opis

Embarquez à bord du Nevermore en direction d’une Nouvelle Terre, mais à vos risques et périls...Sélectionnés pour leurs qualités morales et physiques afin de peupler une nouvelle Terre, Liane, Génio et bien d’autres, voyagent à bord du Nevermore, un vaisseau spatial qui voyage presque à la vitesse de la lumière. La routine et l’ennui s’installe jusqu’à ce que leur chemin croise celui d’une comète radioactive. La descente aux enfers commence et c’est l’hécatombe parmi les passagers. A l’arrivée, un seul survivant, mais à quel prix ? Son corps se transforme, sa peau prend l’allure de l’écorce, son sang celui de la sève et la durée de sa vie s’allonge... pour très longtemps.Que vont découvrir, ceux qui après tant d’années, vont à leur tour poser leurs pieds sur cette planète ?Un roman d’anticipation à la fois angoissant et poétique qui vous tiendra en haleine !EXTRAIT— Jamais plus…Le front au hublot Liane contemplait l’étendue noire où les astres piquetaient leurs gemmes, fixes comme des regards de statues.Et l’expression désabusée s’était exhalée de son cœur. Sans s’en rendre compte, elle avait dû parler tout haut. Elle n’entendait pas, dans le couloir de l’astronef, le pas de Génio, le vrombissement incessant rongeant tous les bruits. Et puis le revêtement de plastique permettait de s’approcher en silence.Un bras viril glissa le long de la taille de la jeune femme. Instinctivement, elle sursauta et se rassura en le reconnaissant :— Pourquoi ces soupirs, chérie ? Te voilà mélancolique…Il était grand, solide. Ses cheveux noirs et abondants de Latin se plantaient assez bas sur le front, lui donnant une impression de rudesse démentant la grâce des traits. Il souriait, confiant dans la réussite de l’expédition, étrange prospection interstellaire qui devait trouver son couronnement dans toute une série de mariages.Liane leva vers lui ses beaux yeux clairs, un peu tristes dans le visage rosé. Elle ne dit rien, puis appuya sa chevelure dorée contre l’épaule puissante.— Nevermore… Jamais plus… Pourquoi avoir ainsi baptisé notre navire ?A PROPOS DE L’AUTEURMaurice Limat est né le 23 septembre 1914 à Paris et mort le 21 janvier 2002 à Sèvres. Écrivain, ses genres de prédilection sont la science-fiction, les romans policiers et d'espionnage.Sa production est particulièrement abondante et polymorphe. Il fut publié avant-guerre par la maison d'édition Ferenczi & fils, puis principalement au Fleuve noir – dont il était l'un des piliers – pour ses œuvres de science-fiction, ainsi qu’à la Société des Éditions Générales pour ses romans d'espionnage. Féru d'occultisme, il s'est aussi essayé au fantastique, au théâtre et à la poésie.Il a publié des romans sous divers pseudonymes, notamment Maurice Lionel, Maurice d'Escrignelles, Lionel Rey et Lionel Rex.

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Romans

collection dirigée par Alfu

Maurice Limat

Le Sang vert

Edition revue par l’auteur

1963

Encrageédition

© 2003

ISBN 978-2-36058-947-0

Première partie Nevermore

_________________________________

Chapitre 1

— Jamais plus…

Le front au hublot Liane contemplait l’étendue noire où les astres piquetaient leurs gemmes, fixes comme des regards de statues.

Et l’expression désabusée s’était exhalée de son cœur. Sans s’en rendre compte, elle avait dû parler tout haut. Elle n’entendait pas, dans le couloir de l’astronef, le pas de Génio, le vrombissement incessant rongeant tous les bruits. Et puis le revêtement de plastique permettait de s’approcher en silence.

Un bras viril glissa le long de la taille de la jeune femme. Instinctivement, elle sursauta et se rassura en le reconnaissant :

— Pourquoi ces soupirs, chérie ? Te voilà mélancolique…

Il était grand, solide. Ses cheveux noirs et abondants de Latin se plantaient assez bas sur le front, lui donnant une impression de rudesse démentant la grâce des traits. Il souriait, confiant dans la réussite de l’expédition, étrange prospection interstellaire qui devait trouver son couronnement dans toute une série de mariages.

Liane leva vers lui ses beaux yeux clairs, un peu tristes dans le visage rosé. Elle ne dit rien, puis appuya sa chevelure dorée contre l’épaule puissante.

— Nevermore… Jamais plus… Pourquoi avoir ainsi baptisé notre navire ?

Il rit, largement, puissamment, et elle sentit résonner contre son visage la large poitrine de Génio :

— Voilà bien des pensées tardives ! Nous avons quitté la Terre il y a… on ne sait même plus… Le soleil, notre Soleil, est si loin que nous risquons de ne jamais revoir sa lumière. C’est bien à cause de cette éventualité que l’astronef a été appeléNevermore. Un défi… Mais tu savais tout cela, et à quoi tu t’engageais en prenant place à bord. Marfa… Et Jehanne… Et Carmen et Maggie le savaient elles aussi. Jusqu’à présent, elles se sont comportées en filles raisonnables et aucune n’a jamais piqué de crise de nerfs en prétendant se faire ramener à la vieille Terre. Ce n’est pas toi qui vas commencer…

Il la serra un peu plus fort, avec une tendresse qui évoquait celle qu’on prodigue aux enfants chagrinés :

— Et puis tu es avec moi, Liane. Quelle que soit la planète que nos techniciens, psychologues, biologistes et autres détermineront pour y établir la Nouvelle-Terre, c’est avec moi que tu vivras. Et les enfants qui naîtront seront nos enfants. Nos fils…

Liane ne le regarda pas. Tout en demeurant serrée contre lui, elle laissait errer son regard au-delà du hublot, vers cette immensité que, depuis des mois en durée terrestre elle avait appris à contempler, à aimer, à craindre aussi un peu.

— Oui, Génio, murmura Liane. Je suis avec toi. Comme Marfa est avec Petrus. Jehanne avec Wolfram. Carmen avec Marc et Maggie avec Nat. Nous avons été sélectionnés, moralement et physiquement, mais surtout physiquement il faut bien le dire, pour faire souche sur cette colonie idéale qui s’appellera la Nouvelle-Terre. Tu ne trouves pas que nous sommes un peu des cobayes ? Non… Ce n’est pas cela. Mais quelque chose comme ces animaux ou ces graines qu’on emporte d’un monde à l’autre pour voir s’ils y prolifèrent, ou s’ils germent…

— Mon trésor, il fallait émettre ces belles réflexions avant de t’embarquer. Etant donné que nous filons, presque aussi vite que la lumière, dans la constellation de la Vierge, et que cette immense étoile que tu peux apercevoir se nomme l’Epi, il me paraît difficile — et superflu — d’épiloguer sur ces choses. Nous marchons, voilà tout. Par les tunnels sub-spatiaux, nous avons franchi en quelques semaines une distance que les plus rapides avions supra-luminiques ne parcouraient qu’en un nombre respectable de siècles. L’avenir est à nous. Tu ne m’aimes donc plus ?

— Oh ! Génio…

— Une planète à nous ! Imagine cela. Un monde neuf, tout neuf. Une vie entière sur un univers vierge. Toi et moi… et pas de vieux… plus d’histoires stupides de la Terre et des planètes vétustes. Rien que des couples aussi jeunes que nous, et pas de moutards insupportables… sinon les nôtres…

Il rit encore. Mais Liane demeurait rêveuse.

— Qu’est-ce que c’est que cette étoile, là-bas ?

— Là-bas ? Ah ! tu es bien une femme… « Cette étoile là-bas » En plein espace… Parmi des milliards et des milliards de soleils… Comment veux-tu que je te dise ?

— Tu m’as montré l’Epi…

— Une étoile qui, de la Terre, est de première grandeur à vue, demeure forcément de grande dimension quand on s’en approche… de façon toute relative d’ailleurs. C’est l’Epi que tu vois.

Liane se détacha un peu de lui et appuya son petit nez sur le hublot.

— Je ne crois pas, dit-elle.

Génio regarda mieux :

— Tiens, c’est vrai, constata-t-il. On distingue nettement l’Epi. Mais cela…

Il demeura un instant en observation. Son visage changea un peu :

— C’est curieux. Il semble que… tu ne trouves pas, Liane, que cette étoile n’est pas fixe ?

Liane demeura silencieuse une minute avant de confirmer :

— Il me semble en effet… C’est peut-être une illusion d’optique… Ou alors un mirage de l’espace… Le lieutenant Parox nous a parlé de ces choses, l’autre jour. Ces effets qui paraissent dans le vide et que personne n’a jamais réussi à expliquer…

Ils demeurèrent un instant à regarder le point lumineux, légèrement impressionnés, se demandant s’ils ne se trouvaient pas devant un de ces mystères auxquels avait fait allusion le lieutenant Parox, commandant en second duNevermore.

Ce n’était pas le fanal d’un astronef, ni certainement un des innombrables soleils de la Galaxie. Un météore ? Mais un météore ne brille qu’en se frottant à l’atmosphère d’une planète. En plein ciel, il n’apparaît qu’à courte distance, et tel qu’il est en réalité, un caillou, un roc, ou un monde minéral, mais sans fulgurance particulière.

Intrigués, les deux fiancés de l’espace se dirigèrent vers une autre partie du navire spatial. Ils voulaient en avoir le cœur net et pensaient non sans raison que les postes d’observation du bord avaient déjà détecté le phénomène.

Comme ils pénétraient dans une des salles réservées au séjour des passagers, un essaim de jeunes et jolies filles entoura soudain le couple.

Il y avait là la blonde Jehanne et la rousse Carmen, l’étincelante Maggie et la piquante Marfa. Elles riaient et criaient toutes à la fois, survoltées par la nouvelle qu’elles croyaient leur annoncer :

— Enfin ! Il va se passer quelque chose.

— On s’ennuie tellement, sur ceNevermore.

— On va avoir un beau spectacle. Quelque chose d’inouï !

— Une attraction ! Nous n’avons pas été gâtés, depuis notre départ de la Terre.

— Plains-toi ! Tu as aperçu la Lune. Et Mars… Et Uranus… Et puis…

— Tu ne te souviens même plus des noms des planètes…

— En tout cas ce sera formidable !

Elles jetaient tout cela en vrac, étourdissant Liane et Génio. Lui, de sa haute stature, dominait la joyeuse équipe. Il tonna soudain :

— Silence, les filles ! Et expliquez-vous. Mais l’une après l’autre, pour l’amour du ciel…

— On va rencontrer quelque chose, cria Marfa.

— Une chose qui court dans l’espace, renchérit Jehanne.

— Et qui va croiser notre route, renforça Carmen.

Avant que Maggie ait pu ajouter son mot, Génio coupa :

— Bon. Eh bien, Liane et moi sommes au courant. Voilà. Nous avons vu la « chose » comme vous dites. Pas la peine de nous étourdir avec vos histoires !

Il y eut un « Ah ! » général de désappointement. Enfin, on réussit à savoir que le lieutenant Parox, toujours enclin à communiquer aimablement avec les passagers, les avait avertis de la rencontre d’un élément rarissime dans la Galaxie : une comète.

— Une comète, s’écria Génio. Mais une comète laisse une traînée lumineuse derrière elle… ou même devant, comme cela se produit plus rarement. Et nous n’avons pas vu cela, Liane et moi.

— Le lieutenant nous a dit qu’en effet les observateurs ont pris tout d’abord ce point de lumière pour une nova, une étoile subitement enflammée. Mais les détecteurs électroniques ont déterminé la nature du corps errant, dont la visibilité depuis le navire est déficiente. On ne peut, de notre position, observer convenablement la queue de la comète. Mais il paraît que c’en est une.

Jehanne et Carmen discutaient à l’envi pour savoir si c’était là un présage favorable ou au contraire, maléfique. Les vieilles superstitions planétaires, dont on croyait qu’elles devaient disparaître depuis trois siècles, avec les échanges interstellaires, avaient au contraire engendré de nouvelles légendes, les gens de l’espace, malgré leur science et leur haute technique, demeurant sous l’impression de nombreux mystères, de choses inexplicables, qui ramenaient les terreurs ancestrales.

— Où sont les garçons ? demanda Génio.

Wolfram, Petrus, Marc et Nat étaient à la piscine du bord. ils s’entraînaient tous en vue des efforts qu’ils auraient à fournir dès que la Nouvelle-Terre serait choisie par les savants du bord. En effet, ils devaient se préparer à devenir des pionniers, et à nourrir et peut-être défendre leurs femmes, ainsi que leurs futurs enfants. La bonne forme physique leur semblait indispensable.

On décida d’aller les prévenir. Les cinq couples constituaient l’embryon du monde neuf que les sages du Martervénux 1voulaient créer, si loin du système solaire qu’aucun lien n’existerait plus entre ces deux univers. De hautes raisons religieuses et morales étaient à l’origine de ce projet, la confédération des planètes étant désolée par les querelles millénaires que la conquête de l’espace n’avait pas freinées, bien au contraire.

Mais, alors que Génio et Liane, et les quatre jeunes filles, se dirigeaient vers les salles de sport, une sirène résonna soudain, lugubrement, à travers l’immensité de l’astronef.

Et toute la membrure du vaisseau de l’espace, croiseur converti en paquebot pour les nécessités de la mission humano-scientifique, se mit à vibrer sur un mode lancinant, qui pénétrait les organismes, mettait les nerfs à vif et engendrait aussitôt une insupportable migraine.

Génio et les cinq femmes se regardaient. Ils s’étaient arrêtés. Ils ne savaient plus que faire.

Ce signal, c’était la première fois qu’on le leur faisait entendre depuis l’appareillage. Ils savaient ce qu’il signifiait. Carmen claquait des dents. Jehanne et Marfa avaient les larmes aux yeux.

Maggie murmura :

— Ah ! Cela fait mal. C’est atroce !

Liane, instinctivement, s’était jetée contre la poitrine de Génio, lequel se sentait blêmir et voulait garder la face devant les filles.

Des matelots passaient en courant. On voulut vainement les interroger, et d’ailleurs ils n’avaient pas le temps de parler. Ils ne devaient sans doute pas savoir encore en quoi consistait le danger. Et Génio fit remarquer à une réflexion de Maggie que ce n’était pas le moment d’aller interviewer le lieutenant Parox, leur oracle habituel. Il devait déjà être en train de converser avec le commandant sur les mesures à prendre.

En tumulte, Marc, Wolfram, Nat et Petrus accouraient. Ils sortaient de la piscine et s’habillaient en courant. Ils cherchaient leurs fiancées, et eux aussi paraissaient affolés.

— Vous savez quelque chose ? leur jeta Génio, tandis que les futures respectives rejoignaient leurs compagnons.

— Oui, dit Nat. Nous venons de voir le docteur Ferlot. Le Nevermore va rencontrer — fait inouï dans l’espace — une comète inconnue et qui n’a pas été signalée. Et les contrôles sont déjà formels. Ce soleil vagabond émet des radiations. Tout porte à croire que ces radiations sont extrêmement nocives. Si le commandant ne réussit pas à nous faire faire tout de suite un plongeon sub-spatial, nous serons saisis dans son rayonnement. Et nous serons tous perdus…

Chapitre 2

La sirène ne cessait pas. Son grincement se poursuivrait en permanence pendant tout le temps que l’astronef serait en danger. Ce procédé, qui grignotait les nerfs selon l’expression de ceux qui l’avaient créé, avait l’avantage de tenir les gens en éveil. Et dans l’espace, un astronef est un tout, qui doit faire bloc en cas de péril, hommes et navire.

Au poste de commandement, le maître du bord, un homme de soixante ans portant le titre envié de commodore des étoiles après d’innombrables voyages spatiaux et de hauts titres militaires dans les guerres stellaires, se penchait sur une table où les contrôles électroniques amenaient leurs renseignements sous forme concrète.

Des voyants clignotaient, de légères tonalités musicales montaient, de petits écrans montraient des courbes flottantes et des points mouvants. Des chiffres s’inscrivaient, en coloris vifs, et au centre, sur un écran discoïdal plus vaste que les autres, on voyait, en reliefcolor, l’image de la « chose ».

Le lieutenant Parox et le professeur Garance, chef de la mission scientifique, se penchaient auprès de lui.

Tout était clair, sans ambages. Une comète miniature évoluait sous leurs yeux, reflet de l’autre, la vraie. Ils savaient son poids, sa composition, la puissance de ses radiations comme la nature de celles-ci. Ils n’en ignoraient ni la vitesse, ni la direction, ni les coordonnées, qu’ils pouvaient comparer avec les éléments déterminant la marche de leur navire.

Et la plongée sub-spatiale était déjà impossible.

Un navire de l’espace ne devient pas un subspatio comme un submersible flottant sur un océan aqueux se transforme, quasi instantanément, en bathyscaphe. Pour immerger le sous-marin dans l’élément liquide, il suffit d’obstruer les issues communiquant avec l’extérieur, de faire jouer les ballasts, et les lois de la pesanteur et de la pression font le reste.

La descente de l’espace au sub-espace est plus délicate.

Ce domaine est encore mal connu s’il est quelquefois utilisé, ce qui est indispensable pour contourner les formidables distances qui se chiffrent en années-lumière. Il est donc d’autant plus dangereux.

Un commandant de cosmonef qui y lance son navire doit le confier aux pilotes-robots, les humains étant sujets au vertige au moment où le vaisseau du ciel se met à tourner sur lui-même, à une allure insensée, pour se métamorphoser en gyroscope et, ainsi, « vriller » littéralement l’espace afin de franchir la frontière entre les deux infinis.

L’astronef devient, sur-le-champ, un véritable microcosme. Il engendre ses propres lois physiques pendant un court instant. Il échappe au mouvement universel, bouscule la gravitation, ignore la pesanteur. Etant un objet autonome qui n’est soumis à aucune attraction planétaire, et sur la paroi duquel ne frotte aucune atmosphère, il lui est loisible d’atteindre dans le mouvement giratoire une vitesse qui peut égaler celle de la lumière.

A un certain moment, ultra-bref, et équivalant à peu de chose près à la durée vitale d’une particule atomique, sa masse devient infinie, c’est-à-dire à la fois aussi grande que l’univers et aussi infime qu’un point, défini géométriquement, sans les trois dimensions conditionnant le Cosmos.

Le cosmonef ainsi traité échappe à l’espace, pénètre dans le sub-espace et en ressort dans le même milliardième de seconde.

La grande découverte n’a pas été de se pencher sur un tel problème, dont la solution est enfantine, mais bien de pouvoir utiliser le passage pour faire reparaître l’astronef dans la région galactique choisie par le commandant du bord.

Les savants du Martervénux y sont parvenus, avec l’aide, il faut le dire, des Centauriens, leurs proches voisins, premiers interstellaires rencontrés après un voyage de près de cinq années dans le ciel, les astronefs ne marchant alors que de façon intermittente à la vitesse luminique.

La plongée sub-spatiale devenant théoriquement praticable, encore fallait-il pouvoir y soumettre, non seulement le cosmonef, mais encore son équipage. Et il était hors de doute que les passagers d’un tel gyroscope, ainsi traités pendant quelques secondes — avant et après le passage — fussent devenus fous s’ils avaient survécu.

On a dû se résigner à utiliser les pilotes-robots. Et, à chaque plongée, on plonge tous les vivants du bord, passagers et matelots, dans un sommeil hypnotique de brève durée.

Le commodore savait qu’il ne pouvait réaliser tout cela. Il était déjà trop tard et ses contrôles attestaient que la force attractive de la comète, d’une masse équivalant à celle de l’Himalaya terrestre, agissait sur le navire, et eût faussé la « mise en toupie », expression de l’argot des cosmonautes pour désigner l’accélération prodigieuse du cosmonef avant l’entrée dans le sub-espace.

Parox murmura :

—Comment, par tous les diables du Cosmos, nos contrôles n’ont-ils pas réagi plus tôt ? Nous aurions pu détecter la comète, et plonger immédiatement.

— Probablement, riposta le commodore, parce que sa force radiante se fait sentir à grande distance. N’est-ce pas votre avis, Professeur ?

— Tout à fait d’accord, Commodore. Encore invisible et échappant à nos radio-radars, elle a dû déjà influencer nos contrôles, provoquant de minimes perturbations. Mais tout cela est déjà du passé. Le présent compte, et lui seul, Commodore…

Les deux officiers regardèrent le professeur Garance.

C’était un petit homme sec, aux cheveux très noirs, portant moustache et barbiche à la très ancienne mode de la Terre, ce qui lui donnait un petit air méphistophélique, qui divertissait fort les jeunes gens promis à la Nouvelle-Terre.

Mais, prestigieux biologiste, d’un caractère peu émotif, toujours sec et précis, il venait en quelque sorte de rappeler au commodore et à Parox que les explications, c’était très beau, seulement qu’il importait de sauver le navire.

Le commodore en fut quelque peu vexé mais eut le bon goût d’admettre que ce n’était pas le moment de se quereller comme des voisins de palier, même habitant le trente-huitième étage d’un building terrien.

— Vous admettrez, Professeur, que ne pouvant risquer mon navire dans le sub-espace, car je ne peux nous endormir tous en temps voulu et la comète fausserait les pilotes-robots, je n’ai que deux solutions. Ou la détruire — et leNevermorene possède pas les moyens techniques voulus — ou fuir. Soyez au moins rassuré sur ce point, la fuite est déjà entamée. Dès que le lieutenant Parox et moi-même avons été alertés, nous avons fait le nécessaire.

Le professeur se plia, très raide :

— Je vous en félicite, Commodore. Dans ce cas peut-être eut-il été inutile de faire sonner l’alarme. Nos passagers, et mes collègues, auraient été avertis… un peu plus tard…

Il eut un petit rire strident et bref :

— Des femmes… et des savants… Des jeunes gens impétueux… Pourquoi jeter tout ce monde dans une telle confidence ?

Le commodore et Parox échangèrent un regard qui en disait long. Il fallait admettre que Garance n’avait pas très bonne opinion ni des femmes, ni des jeunes hommes, ni de ses confrères. Et probablement professait-il pareille attitude à l’égard de l’humanité en général.

— Professeur, riposta aigrement le commodore, en ce qui concerne la bonne marche du navire et la discipline du bord, je suis seul juge.

Nouveau salut du professeur, qui faillit faire pouffer Parox.

Pourtant, il n’avait pas le cœur à rire. Il redoutait la suite des événements. LeNevermorefilait dans une région encore inexplorée par les Humanoïdes connus. On pouvait y trouver de nouvelles races, mais aussi des dangers inédits. La comète était sans doute de ceux-là.

La fuite était un moyen de salut. Mais l’officier en second savait que le commodore lui-même n’y croyait pas. Un coup d’œil au tableau permettait de voir que l’image du gigantesque météore grossissait à vue d’œil. Les voyants accéléraient leurs clignotements, les tonalités devenaient plus intenses. Les points mouvants, lumineux et sonores, étaient maintenant tous soumis à de légères perturbations. Des interférences devaient se produire.

Frappé, Parox murmura :

— Cette damnée comète doit posséder une radioactivité fantastique.

— Nous pourrons au moins l’étudier, dit le professeur. Ce sera toujours ça de gagné. Il peut s’agir de corps encore inconnus, et non prévus par Mendeleef, comme le platox des mines saturniennes et…

Il s’interrompit.

La sirène, qui n’avait pas cessé de mêler sa voix continue au vrombissement des moteurs, venait de stopper net.

Et, aussitôt, elle reprenait, mais cette fois par intermittence, indiquant une variation dans le péril, ou peut-être quelque chose de nouveau.

Le commodore appuya, devant lui, sur un bouton. Le visage d’un matelot apparut sur un des petits écrans.

— Que se passe-t-il ? Expliquez-vous, Vagor.

— Commodore… un accident… L’eau de la piscine se répand…

— Tonnerre des étoiles ! Le préposé ?

— C’est Trins, Commodore. Il s’est rendu à la machinerie hydraulique pour procéder au vidage du bassin et à la reconversion de l’eau. Mais il ne réagit plus à nos appels.

— Un instant, je vous rappelle, dit le commodore.

Il fit jouer des boutons. L’écran s’obscurcit, mais se brancha aussitôt sur un autre point de l’astronef.

Le matelot Trins était un spécialiste hydraulique. Rien ne se perd, rien ne se crée, surtout pas à bord d’un astronef. La quantité d’eau emmagasinée d’une escale à l’autre demeure sensiblement constante, les techniciens de l’espace ayant depuis longtemps trouvé les moyens convenables pour récupérer tout élément aqueux utilisé, soit par la mécanique, soit par l’organisme. On pouvait ainsi remplir et vider la piscine à volonté, l’eau servant à d’autres usages avant d’être réemployée, si on le désirait, aux ablutions et à l’immersion, sinon à la natation, le bassin n’ayant que dix mètres sur quatre.

Sur l’écran le commodore, Parox et Garance regardaient.

Ils voyaient un département où de gigantesques percolateurs luisaient sous des spots diversement colorés. Des canalisations, des tubes, des conduites, s’enchevêtraient en un réseau inouï commandé par une armée de manettes et donnant sur une foule de robinets.

C’était le cœur hydraulique de l’astronef, dont Trins était le spécialiste.

Et les trois hommes voyaient Trins, étendu, inerte, face contre le plancher. Il ne bougeait pas et l’eau ruisselait sur son corps, l’eau du bassin qui, mal canalisée, commençait à rouler dans la machine. Le niveau montait à vue d’œil.

— Maudite comète, hurla le commodore. Trins va être noyé… Toute l’eau perdue… Nous sommes foutus si on ne parvient pas là-bas !

Son doigt faisait déjà réapparaître l’image parlante de Vagor :

— Un volontaire pour passer la piscine et atteindre la machinerie !

— La piscine est inondée, Commodore. Mais il y a déjà quelqu’un qui s’est dévoué, et qui va essayer d’y arriver.

Garance, Parox et le commodore évoquèrent instantanément le courage de l’homme qui se jetait à travers cette masse d’eau tumultueuse, échappée à travers toute une portion du navire, et qui risquait de le déséquilibrer.

— Son nom ? demanda le maître du bord.

— Ce n’est pas un matelot. C’est un de nos passagers. Génio.

Chapitre 3

Génio n’avait pas hésité. Sa nature sportive et généreuse l’y avait poussé. Et puis, il y avait Liane. Et tout homme, devant la femme qu’il aime, a la même réaction : il veut faire montre de ce qu’il y a de plus noble en lui.

L’équipe des futurs époux de l’espace venait à peine de recevoir les redoutables révélations du docteur Ferlot que l’alarme avait été donnée. Un véritable torrent avait envahi le couloir où Liane et Génio retrouvaient leurs compagnons. Tout de suite, on avait réalisé ce qui se passait.

Le volume d’eau, rigoureusement déterminé devait, après l’heure du bain, repasser dans les filtres pour reconversion. Et le fait de voir rouler brusquement des eaux bouillonnantes dans les couloirs d’un astronef suffit à faire mesurer l’étendue de la catastrophe.

Les filles criaient et s’affolaient. Les garçons cherchaient, naturellement à plastronner. Des matelots faisaient simplement leur devoir en les invitant à reculer, à gagner d’autres salles de l’astronef.