L'Homme qui rit de Victor Hugo - Encyclopaedia Universalis - ebook

L'Homme qui rit de Victor Hugo ebook

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Commencé à Bruxelles le 21 juillet 1866, continué à Guernesey, puis achevé à Bruxelles le 23 août 1868, L’Homme qui rit est la dernière grande œuvre d’exil de Victor Hugo (1802-1885).

Une fiche de lecture spécialement conçue pour le numérique, pour tout savoir sur L'Homme qui rit de Victor Hugo

Chaque fiche de lecture présente une œuvre clé de la littérature ou de la pensée. Cette présentation est couplée avec un article de synthèse sur l’auteur de l’œuvre.

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ISBN : 9782852294868

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Ce volume présente des notices sur des œuvres clés de la littérature ou de la pensée autour d’un thème, ici L'Homme qui rit, Victor Hugo (Les Fiches de lecture d'Universalis).

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L’HOMME QUI RIT, Victor Hugo (Fiche de lecture)

Commencé à Bruxelles le 21 juillet 1866, continué à Guernesey, puis achevé à Bruxelles le 23 août 1868, L’Homme qui rit est la dernière grande œuvre d’exil de Victor Hugo (1802-1885). Sa rédaction, souvent interrompue, est marquée par le double deuil qui frappe l’auteur en 1868 : Georges, son petit-fils, et sa femme, Adèle. Nul doute qu’il ait exercé une influence sur le sens du roman et développé sa dimension métaphysique, notamment avec la conception de la mort comme transfiguration. Cette dimension est en partie cause de l’échec que l’ouvrage rencontra à sa parution : « J’ai voulu abuser du roman, concluait Hugo ; j’ai voulu en faire une épopée. J’ai voulu forcer le lecteur à penser à chaque ligne. De là une sorte de colère du public contre moi. »

• Un roman-univers

Un soir de janvier 1690, un jeune garçon est abandonné au bas de la falaise de Portland. La troupe qui l’accompagnait s’embarque sur un bateau qui, peu après, fait naufrage. Avant de périr, les fuyards consignent l’aveu de leurs crimes sur un parchemin glissé dans une gourde qu’ils jettent à la mer. Errant sur la presqu’île, le garçon découvre, dans les bras raidis du cadavre d’une jeune femme, une petite fille qu’il emmène. Les enfants trouvent refuge dans la roulotte d’Ursus, médecin, philosophe, bonimenteur et ventriloque qui sillonne les routes en compagnie d’Homo, un loup apprivoisé. Au matin, Ursus s’aperçoit que la petite fille, qu’il a baptisée Dea, est aveugle et que le garçon, Gwynplaine, a été sciemment défiguré : son visage est barré d’un rire immobile et perpétuel.

Quinze années passent. Les enfants ont grandi et s’aiment d’une passion pure : « Une seule femme sur la terre voyait Gwynplaine et c’était cette aveugle. » Celui-ci, attraction des spectacles montés par Ursus, attire les foules londoniennes. Un de ses admirateurs est Tom-Jim-Jack, un noble déguisé en marin qui est en réalité lord Derry-Moir, le fils naturel de lord Clancharlie, mort en exil, dont il a hérité les titres et la fortune. Il doit épouser la belle duchesse Josiane, sœur de la reine Anne, qui vient à son tour voir sur scène l’homme qui rit, s’en éprend et lui donne rendez-vous.

Mais Gwynplaine est arrêté par la police, au grand effroi d’Ursus. En fait, la gourde jadis jetée à la mer a été retrouvée. Les documents qu’elle contient prouvent que Gwynplaine, enlevé à sa naissance par les comprachicos, vagabonds trafiquants d’enfants, est le fils légitime et donc l’héritier direct de lord Clancharlie : cette révélation fait le jeu de Barkipheldro, personnage influent de la cour, qui a résolu la perte de Josiane. Rétabli dans ses droits, Gwynplaine est enfermé dans son nouveau palais où il surprend, à moitié nue, la duchesse ; celle-ci va se donner à lui quand une lettre de la reine lui enjoint d’épouser le nouveau lord : elle le repousse, n’ayant plus de désir pour un futur mari. Intronisé parmi ses pairs, l’ancien saltimbanque entreprend de les haranguer en se faisant l’avocat de tous les miséreux. Mais ce discours prononcé par un étrange « masque de chair » ne rencontre que l’hilarité. Il s’enfuit et cherche à regagner la roulotte d’Ursus, en vain : ce dernier a reçu l’ordre de quitter le pays. Désespéré, il songe à se noyer quand Homo le retrouve et le conduit auprès de celle qu’il aime et a failli trahir. Le bonheur brutal des retrouvailles est fatal à Dea. Pour la rejoindre dans la mort, Gwynplaine se jette dans la mer.

• Drame et poésie

Drame de l’âme, L’Homme qui rit est d’abord un roman d’initiation, celle d’un enfant abandonné dans le labyrinthe du monde, symbolisé tour à tour dans le récit par la presqu’île de Portland et par le palais d’Oxford. Peu à peu, grâce à l’éducation prodiguée par Ursus et à l’amour illuminant de Dea, il va trouver sa voie et sa vérité : la passion pure et non la pulsion charnelle, l’élévation spirituelle dans la chute et non la perte de soi dans l’ascension sociale.

Mais Gwynplaine ne cherche pas que son salut. Il est également investi d’une mission : être, auprès de ceux d’en haut, « celui qui vient des profondeurs » et faire entendre la voix des opprimés. Devant les lords incrédules, il prophétise les révolutions à venir : « Tremblez. Les incorruptibles solutions approchent [...] ; les paradis bâtis sur les enfers chancellent [...], ce qui est en haut penche, et ce qui est en bas s’entrouvre, l’ombre demande à devenir lumière [...] ; c’est le peuple qui vient vous dis-je, c’est l’homme qui monte, c’est la fin qui commence, c’est la rouge aurore de la catastrophe. » Au roman philosophique se superpose un roman politico-historique que Hugo songeait à inscrire dans une trilogie dont le second volet, consacré à la monarchie absolue, ne vit jamais le jour. L’Homme qui rit aurait ainsi été « ce livre où est peinte l’ancienne Angleterre, avant le livre où est peinte l’ancienne France qui aura pour conclusion la Révolution et sera intitulé : Quatrevingt-Treize ».

De si hautes ambitions n’ont jamais aidé à rendre populaire ce roman. De plus, à un texte complexe, surchargé d’intentions, s’ajoutent les défauts habituels de l’auteur : emphase, verbosité, hermétisme, recherche systématique d’érudition et de mots rares, formules péremptoires d’un créateur omniprésent et omnipotent. Reste que tout cela est balayé par un souffle formidable, une abondance d’admirables pages, où la fantaisie touche à l’onirisme. Le pendu goudronné sur la falaise, l’ourque jetée aux récifs, le loup Homo, les prouesses d’Ursus ventriloque et surtout Gwynplaine lui-même, condensé des figures les plus emblématiques de la mythologie hugolienne – Ruy Blas et Triboulet, Quasimodo et Danton – autant d’éléments qui ont fait qualifier de baroque, voire de surréaliste un roman qu’il importe de remettre à la toute première place, à l’instar de Claudel qui voyait « dans cet album de lithographies épiques et paniques le chef-d’œuvre du grand poète ».

Philippe DULAC

Bibliographie
V. HUGO, L’Homme qui rit, R. Borderie éd., Folio-Gallimard, 2002.
Études
P. ALBOUY, La Création mythologique chez Victor Hugo, José Corti, 1976 (rééd. 1985)L. CELLIER, Parcours initiatique, La Baconnière, Neuchâtel, et Presses universitaires de Grenoble, 1977.

HUGO VICTOR (1802-1885)

Introduction

Roman, critique, voyages, histoire dialoguent dans l’œuvre de Victor Hugo avec le lyrisme, l’épopée, le théâtre en un ensemble dont le « poète » a souvent proposé des articulations historiques, géographiques ou idéologiques plutôt qu’une périodisation. En règle générale, l’œuvre en prose a pour fonction de recueillir les éléments les plus secrets de l’œuvre poétique, de les composer en architectures prospectives ; plus neuve et plus audacieuse ainsi, elle peut servir de préface à toute la création hugolienne. Elle se distribue pourtant en trois masses : la mort de Léopoldine, en 1843, entre l’Académie (1841) et la Chambre des pairs (1845), marque une première rupture ; vers 1866-1868, c’est le tournant proprement historique et politique. Chacune de ces masses est caractérisée par la présence de romans ou quasi-romans (Han d’Islande, Bug-Jargal, Le Dernier Jour d’un condamné, Notre-Dame de Paris, Claude Gueux, pour la première ; Les Misérables, Les Travailleurs de la mer, pour la deuxième ; L’Homme qui rit et Quatrevingt-Treize, pour la troisième), de textes mêlés d’histoire, de politique et de voyages (pour l’essentiel, respectivement : Le Rhin  ; Choses vues et Paris  ; Actes et Paroles et Histoire d’un crime) et enfin d’essais critiques, qui se fondent avec l’histoire militante dans la troisième période, en une vue rétrospective qu’annonçaient déjà Littérature et philosophie mêlées dans la première période et la somme du William Shakespeare dans la deuxième. La poétique de l’œuvre en prose s’inscrit donc dans un espace à quatre dimensions : le romanesque, le voyage, la politique, la réflexion critique sur le génie. À côté de l’évolution biographique et historique, c’est le