L'Homme Moïse et la religion monothéiste de Sigmund Freud - Encyclopaedia Universalis - ebook

L'Homme Moïse et la religion monothéiste de Sigmund Freud ebook

Encyclopaedia Universalis

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Bienvenue dans la collection Les Fiches de lecture d’Universalis

Cet ouvrage de Sigmund Freud fut publié en 1939 simultanément en allemand à Amsterdam sous le titre Der Mann Moses und die monotheistische Religion.

Une fiche de lecture spécialement conçue pour le numérique, pour tout savoir sur L'Homme Moïse et la religion monothéiste de Sigmund Freud

Chaque fiche de lecture présente une œuvre clé de la littérature ou de la pensée. Cette présentation est couplée avec un article de synthèse sur l’auteur de l’œuvre.

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ISBN : 9782852295759

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Ce volume présente des notices sur des œuvres clés de la littérature ou de la pensée autour d’un thème, ici L'Homme Moïse et la religion monothéiste, Sigmund Freud (Les Fiches de lecture d'Universalis).

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L’HOMME MOÏSE ET LA RELIGION MONOTHÉISTE, Sigmund Freud (Fiche de lecture)

Cet ouvrage de Sigmund Freud fut publié en 1939 simultanément en allemand à Amsterdam sous le titre Der Mann Moses und die monotheistische Religion. Drei Abhandlungen, et à Londres en anglais, traduit par Katherine Jones sous le titre Moses and Monotheism.Livre de l’exil, il paraît quelques mois avant la mort de Freud et s’inscrit dans la suite logique de Totem et Tabou qu’il approfondit et complète : ce qui fait la force d’une religion, ce n’est pas sa vérité matérielle mais sa vérité historique ; c’est le retour du refoulé qui confère à toute religion sa puissance contraignante ; les processus qui opèrent sur les peuples sont analogues à ceux qui opèrent sur la subjectivité individuelle, la formation d’une religion étant analogue à celle d’une névrose.

• Élaboration

Le 30 septembre 1934 Freud annonce à Arnold Zweig qu’il a écrit quelque chose qui l’a tellement occupé que tout le reste est passé au second plan : « En face des nouvelles persécutions, on se demande de nouveau comment le Juif est devenu ce qu’il est et pourquoi il s’est attiré cette haine éternelle. Je trouvais bientôt la formule. Moïse a créé le Juif... » Mais ce texte est destiné à rester secret. Freud pense en effet que sa publication pourrait ébranler l’Église autrichienne, dernier rempart à ses yeux contre le nazisme, et risque de provoquer une interdiction de la psychanalyse à Vienne. Mais ce travail va le poursuivre comme une âme en peine. Il fera l’objet de diverses réécritures et de deux publications partielles dans la revue Imago en 1937 : « Moïse, un Égyptien ? » et « Si Moïse fut un Égyptien ». Exilé à Londres en 1938, Freud réélabore la partie la plus importante de son travail, « Moïse, son peuple et la religion monothéiste », et publie l’ensemble des trois textes sous le titre L’Homme Moïse et la religion monothéiste. Trois essais.

La construction freudienne de la préhistoire du peuple juif prend appui sur les travaux des historiens – et en particulier sur ceux d’Ernst Sellin, historien spécialiste de la Bible appartenant à l’école exégétique allemande, qui avançait que Moïse avait été assassiné au cours d’un soulèvement de son peuple –, mais aussi sur le texte biblique marqué de contradictions, d’illogismes et de lacunes, qui sont pour l’analyste Freud autant de traces d’éléments censurés à reconstruire. Il avance ses hypothèses pas à pas ; entre doutes et certitudes, entre contradictions et répétitions, le texte freudien trace un chemin prudent et rigoureux. Le meurtre de Moïse et son désaveu sont la pièce principale de la construction freudienne : événement traumatique, ce meurtre provoque le refoulement de l’enseignement de Moïse qui va ensuite peu à peu faire retour ; son désaveu constitue, selon Freud, l’une des racines de l’antisémitisme. Freud fait l’hypothèse d’une fondation en trois temps de la religion juive : après la mort d’Akhenaton, Moïse, un Égyptien de haut rang, fuit l’Égypte avec des tribus sémites auxquelles il transmet la religion monothéiste et hautement spiritualisée d’Aton. Environ deux générations après le meurtre de Moïse, ces tribus s’unissent à d’autres et adoptent, selon les historiens contemporains de Freud, la religion polythéiste et barbare de Yahvé, démon des volcans. Mais la doctrine mosaïque refoulée fera retour au cours des siècles par la voix des prophètes et s’imposera au peuple.

• Portée de l’œuvre

L’Homme Moïse... n’est pas seulement la construction d’une préhistoire effacée, mais aussi l’analyse des motifs de sa falsification et du procès d’écriture (effacements, substitutions et déplacements de lettres) par lequel fut fixée la légende de Moïse ; enfin Freud y donne à lire l’histoire, entre Vienne et Londres, de son propre travail d’écriture dont il n’a pas voulu effacer les traces dans ces années 1934-1939 où le destin du peuple juif, le destin de la psychanalyse et le destin de L’Homme Moïse... furent intimement mêlés.

Ce livre a suscité des interprétations et commentaires multiples, parfois violents et extravagants. Trois orientations se dessinent : des ouvrages plutôt écrits dans une perspective historienne (Yosef Hayim Yerushalmi ; Jan Assmann), des interprétations portant plutôt sur la personne de Freud (Marthe Robert ; Ilse Grubrich-Simitis), enfin des travaux portant plutôt sur la question de l’écriture, de la trace, de l’archive (Michel de Certeau ; Jacques Derrida ; Brigitte Lemérer, François Balmès et Solal Rabinovitch).

Brigitte LEMÉRER

Bibliographie
S. FREUD,Der Mann Moses und die monotheistische Religion. Drei Abhandlungen, Allert de Lange, Amsterdam, 1939 ; L’Homme Moïse et la religion monothéiste, trad. C. Heim, Gallimard, Paris, 1986 ; S. FREUD & A. ZWEIG,Briefwechsel, Fischer, Francfort-sur-le-Main, 1968 ; Correspondance 1927-1939, trad. L. Weibel, Gallimard, 1973.
Études
J. ASSMANN, Moses the Egyptian. The Memory of Egypt in Western Monotheism, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 1997 (Moïse l’Égyptien, trad. L. Bernardi, Aubier, Paris, 2001)F. BALMÈS, B. LEMÉRER & S. RABINOVITCH, Freud et Moïse : écritures du père, 3 vol., Érès, Ramonville-Saint-Agne, 1997M. DE CERTEAU, L’Écriture de l’histoire, Gallimard, 1975J. DERRIDA, Mal d’archive : une impression freudienne, Galilée, Paris, 1995I. GRUBRICH-SIMITIS, Freuds Moses Studie als Tagtraum. Ein biographischer Essay, Weinheim, 1991M. ROBERT, D’Œdipe à Moïse, Calmann-Lévy, Paris, 1974E. SELLIN, Moses und seine Bedeutung für die israelitisch-jüdische Religionsgeschichte, Leipzig, 1922Y. H. YERUSHALMI, Freud’s Moses : Judaism Terminable and Interminable, Yale University Press, New Haven, 1991 (Le Moïse de Freud. Judaïsme terminable et interminable, trad. J. Carnaud, Gallimard, Paris, 1993).

FREUD SIGMUND (1856-1939)

Introduction

Sigmund Freud est l’un des savants qui ont le plus marqué la pensée du XXe siècle. Parti d’une recherche sur l’étiologie des névroses, il a créé une œuvre qui déborde largement le domaine de la pathologie pour couvrir de nombreux secteurs du savoir, en particulier ceux qu’on groupe aujourd’hui sous le nom de sciences humaines. La théorie freudienne s’applique à l’homme normal comme au sujet malade ; elle décrit l’organisation de l’appareil psychique en s’appuyant principalement sur la notion d’inconscient, notion tout empirique, très différente de celle des philosophes, qui permet de définir la psyché dans ses rapports obscurs avec l’instinct (Trieb). Freud a dû lutter de longues années pour imposer cette idée d’un vaste espace mental soustrait à la conscience de l’individu, où cependant les souvenirs refoulés et les désirs interdits restent éternellement actifs. Longtemps seul pour affronter la résistance malveillante des milieux savants et du public, il comparait volontiers sa situation à celle de Copernic et de Darwin, qui, pour avoir humilié l’homme en lui montrant sa place dans l’ordre naturel des choses, s’étaient eux aussi attiré la haine et les sarcasmes des esprits conformistes. Il est vrai qu’après la publication de son livre majeur, Die Traumdeutung (La Science des rêves, Paris, 1926, ou, selon une version plus récente, L’Interprétation des rêves, Paris, 1967), il put peu à peu sortir de l’isolement, de sorte que, aidé de quelques disciples enthousiastes, il parvint à jeter les bases d’un véritable mouvement. Mais la paix ne lui fut pas accordée pour autant : il lui restait à se battre au-dehors comme au-dedans pour faire accepter chacune des conséquences de ses découvertes, puis pour préserver l’intégrité et le sens de sa doctrine. Admiré, aimé, raillé, trahi souvent par ceux-là mêmes qui s’étaient les premiers attachés à ses pas, il est demeuré intraitable sur cette portion de vérité qu’il avait conscience d’apporter à l’homme de son temps. Et c’est sans aucun doute à ce qu’il appelait lui-même son courage intellectuel qu’il doit d’avoir été l’un de ceux qui ont le plus fait pour abolir l’ancien régime de la pensée.

1. Le Freud d’avant Freud

• La sphère familiale

Né à Freiberg, en Moravie, d’une famille de commerçants juifs aisés dont la situation sociale s’était dégradée, Sigmund Freud avait cinq ans lorsque ses parents se fixèrent à Vienne, où il passa presque toute sa vie (il y serait sans doute resté jusqu’à sa mort, n’eût été l’arrivée du nazisme qui, en 1938, le contraignit à l’exil) Il a lui-même souligné les deux données de sa biographie qui lui paraissaient propres, sinon à expliquer l’extraordinaire aventure de ses découvertes, du moins à éclairer les dispositions particulières de son esprit : ses origines juives et la structure remarquable du milieu familial dans lequel il avait grandi. De son judaïsme, il pensait tenir un jugement critique libre d’idées préconçues et de préjugés, ainsi que l’habitude de faire front à l’hostilité de la « majorité compacte ». Quant à sa situation de famille, le remariage du père avec une femme à peine plus âgée que le fils aîné du premier lit accusait sans aucun doute pour Sigmund Freud enfant le schéma affectif fondamental qu’il a décrit plus tard sous le nom de complexe d’Œdipe. Quoi qu’il en soit, du reste, du rôle qu’a pu jouer dans la genèse de ses idées ce rapprochement inhabituel de deux générations – son frère aîné aurait pu être l’époux de sa mère, tandis que son père était isolé par l’âge dans une sphère anormalement reculée –, le fait est que Jakob et Amalia Freud, vus par le fils génial qui fit sur eux la plus périlleuse des expériences intérieures, sont devenus les personnages exemplaires du drame secret de la famille humaine, où, à chaque génération, l’homme engage son destin.

• Les années d’apprentissage