Trois Contes - Gustave Flaubert - ebook
Kategoria: Humanistyka Język: francuski Rok wydania: 1877

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Gustave Flaubert

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Opinie o ebooku Trois Contes - Gustave Flaubert

Fragment ebooka Trois Contes - Gustave Flaubert

A Propos
Partie 1 - Un coeur simple
Chapitre 1
A Propos Flaubert:

Gustave Flaubert (December 12, 1821 – May 8, 1880) was a French novelist who is counted among the greatest Western novelists. He is known especially for his first published novel, Madame Bovary (1857), and for his scrupulous devotion to his art and style, best exemplified by his endless search for "le mot juste" ("the precise word"). Source: Wikipedia

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Partie 1
Un coeur simple


Chapitre 1

 

Pendant un demi-siecle, les bourgeoises de Pont l'Éveque envierent a Mme Aubain sa servante Félicité.

Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre, et resta fidele a sa maîtresse, qui cependant n'était pas une personne agréable.

Elle avait épousé un beau garçon sans fortune, mort au commencement de 1809, en lui laissant deux enfants tres jeunes avec une quantité de dettes. Alors elle vendit ses immeubles, sauf la ferme de Toucques et la ferme de Geffosses, dont les rentes montaient a cinq mille francs tout au plus, et elle quitta sa maison de Saint-Melaine pour en habiter une autre moins dispendieuse, ayant appartenu a ses ancetres et placée derriere les Halles.

Cette maison, revetue d'ardoises, se trouvait entre un passage et une ruelle aboutissant a la riviere. Elle avait intérieurement des différences de niveau qui faisaient trébucher. Un vestibule étroit séparait la cuisine de la salle ou Mme Aubain se tenait tout le long du jour, assise pres de la croisée dans un fauteuil de paille. Contre le lambris, peint en blanc, s'alignaient huit chaises d'acajou. Un vieux piano supportait, sous un barometre, un tas pyramidal de boîtes et de cartons. Deux bergeres de tapisserie flanquaient la cheminée en marbre jaune et de style Louis XV. La pendule, au milieu, représentait un temple de Vesta, et tout l'appartement sentait un peu le moisi, car le plancher était plus bas que le jardin.

Au premier étage, il y avait d'abord la chambre de « Madame », tres grande, tendue d'un papier a fleurs pâles, et contenant le portrait de « Monsieur » en costume de muscadin. Elle communiquait avec une chambre plus petite, ou l'on voyait deux couchettes d'enfants, sans matelas. Puis venait le salon, toujours fermé, et rempli de meubles recouverts d'un drap. Ensuite un corridor menait a un cabinet d'étude ; des livres et des paperasses garnissaient les rayons d'une bibliotheque entourant de ses trois côtés un large bureau de bois noir. Les deux panneaux en retour disparaissaient sous des dessins a la plume, des paysages a la gouache et des gravures d'Audran, souvenirs d'un temps meilleur et d'un luxe évanoui. Une lucarne au second étage éclairait la chambre de Félicité, ayant vue sur les prairies.

Elle se levait des l'aube, pour ne pas manquer la messe, et travaillait jusqu'au soir sans interruption ; puis, le dîner étant fini, la vaisselle en ordre et la porte bien close, elle enfouissait la buche sous les cendres et s'endormait devant l'âtre, son rosaire a la main. Personne, dans les marchandages, ne montrait plus d'entetement. Quant a la propreté, le poli de ses casseroles faisait le désespoir des autres servantes. Économe, elle mangeait avec lenteur, et recueillait du doigt sur la table les miettes de son pain, un pain de douze livres, cuit expres pour elle, et qui durait vingt jours.

En toute saison elle portait un mouchoir d'indienne fixé dans le dos par une épingle, un bonnet lui cachant les cheveux, des bas gris, un jupon rouge, et par-dessus sa camisole un tablier a bavette, comme les infirmieres d'hôpital.

Son visage était maigre et sa voix aiguë. A vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante. Des la cinquantaine, elle ne marqua plus aucun âge ; et, toujours silencieuse, la taille droite et les gestes mesurés, semblait une femme en bois, fonctionnant d'une maniere automatique.