L’Éducation Sentimentale - Gustave Flaubert - ebook
Kategoria: Obyczajowe i romanse Język: francuski Rok wydania: 1869

L’Éducation Sentimentale darmowy ebook

Gustave Flaubert

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Opis ebooka L’Éducation Sentimentale - Gustave Flaubert

L’Éducation Sentimentale, histoire d’un jeune homme est un roman écrit par Gustave Flaubert, et publié en 1869. Le cour du récit est tiré du roman de Sainte-Beuve : Volupté, qu’Honoré de Balzac avait déja traité et d’une certaine maniere réécrit avec le Lys dans la vallée. Le roman de Flaubert reprend le meme sujet selon des regles narratives entierement neuves, réinventant le roman d'apprentissage pour lui donner une profondeur et une acuité jamais atteinte.

Opinie o ebooku L’Éducation Sentimentale - Gustave Flaubert

Fragment ebooka L’Éducation Sentimentale - Gustave Flaubert

A Propos
Partie 1
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
A Propos Flaubert:

Gustave Flaubert (December 12, 1821 – May 8, 1880) was a French novelist who is counted among the greatest Western novelists. He is known especially for his first published novel, Madame Bovary (1857), and for his scrupulous devotion to his art and style, best exemplified by his endless search for "le mot juste" ("the precise word"). Source: Wikipedia

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Chapitre 1

 

Le 15 septembre 1840, vers six heures du matin, la Ville-de-Montereau, pres de partir, fumait a gros tourbillons devant le quai Saint-Bernard.

Des gens arrivaient hors d’haleine ; des barriques, des câbles, des corbeilles de linge genaient la circulation ; les matelots ne répondaient a personne ; on se heurtait ; les colis montaient entre les deux tambours, et le tapage s’absorbait dans le bruissement de la vapeur, qui, s’échappant par des plaques de tôle, enveloppait tout d’une nuée blanchâtre, tandis que la cloche, a l’avant, tintait sans discontinuer.

Enfin le navire partit ; et les deux berges, peuplées de magasins, de chantiers et d’usines, filerent comme deux larges rubans que l’on déroule.

Un jeune homme de dix-huit ans, a longs cheveux et qui tenait un album sous son bras, restait aupres du gouvernail, immobile. A travers le brouillard, il contemplait des clochers, des édifices dont il ne savait pas les noms ; puis il embrassa, dans un dernier coup d’oeil, l’île Saint-Louis, la Cité, Notre-Dame ; et bientôt, Paris disparaissant, il poussa un grand soupir.

M. Frédéric Moreau , nouvellement reçu bachelier, s’en retournait a Nogent-sur-Seine, ou il devait languir pendant deux mois, avant d’aller faire son droit. Sa mere, avec la somme indispensable, l’avait envoyé au Havre voir un oncle, dont elle espérait, pour lui, l’héritage ; il en était revenu la veille seulement ; et il se dédommageait de ne pouvoir séjourner dans la capitale, en regagnant sa province par la route la plus longue.

Le tumulte s’apaisait ; tous avaient pris leur place ; quelques-uns, debout, se chauffaient autour de la machine, et la cheminée crachait avec un râle lent et rythmique son panache de fumée noire ; des gouttelettes de rosée coulaient sur les cuivres ; le pont tremblait sous une petite vibration intérieure, et les deux roues, tournant rapidement, battaient l’eau.

La riviere était bordée par des greves de sable. On rencontrait des trains de bois qui se mettaient a onduler sous le remous des vagues, ou bien, dans un bateau sans voiles, un homme assis pechait ; puis les brumes errantes se fondirent, le soleil parut, la colline qui suivait a droite le cours de la Seine peu a peu s’abaissa, et il en surgit une autre, plus proche, sur la rive opposée.

Des arbres la couronnaient parmi des maisons basses couvertes de toits a l’italienne. Elles avaient des jardins en pente que divisaient des murs neufs, des grilles de fer, des gazons, des serres chaudes, et des vases de géraniums, espacés régulierement sur des terrasses ou l’on pouvait s’accouder. Plus d’un, en apercevant ces coquettes résidences, si tranquilles, enviait d’en etre le propriétaire, pour vivre la jusqu’a la fin de ses jours, avec un bon billard, une chaloupe, une femme ou quelque autre reve. Le plaisir tout nouveau d’une excursion maritime facilitait les épanchements. Déja les farceurs commençaient leurs plaisanteries. Beaucoup chantaient. On était gai. Il se versait des petits verres.

Frédéric pensait a la chambre qu’il occuperait la-bas, au plan d’un drame, a des sujets de tableaux, a des passions futures. Il trouvait que le bonheur mérité par l’excellence de son âme tardait a venir. Il se déclama des vers mélancoliques ; il marchait sur le pont a pas rapides ; il s’avança jusqu’au bout, du côté de la cloche ; — et, dans un cercle de passagers et de matelots, il vit un monsieur qui contait des galanteries a une paysanne, tout en lui maniant la croix d’or qu’elle portait sur la poitrine. C’était un gaillard d’une quarantaine d’années, a cheveux crépus. Sa taille robuste emplissait une jaquette de velours noir, deux émeraudes brillaient a sa chemise de batiste, et son large pantalon blanc tombait sur d’étranges bottes rouges, en cuir de Russie, rehaussées de dessins bleus.

La présence de Frédéric ne le dérangea pas. Il se tourna vers lui plusieurs fois, en l’interpellant par des clins d’oeil ; ensuite il offrit des cigares a tous ceux qui l’entouraient. Mais, ennuyé de cette compagnie, sans doute, il alla se mettre plus loin. Frédéric le suivit.

La conversation roula d’abord sur les différentes especes de tabacs, puis, tout naturellement, sur les femmes. Le monsieur en bottes rouges donna des conseils au jeune homme ; il exposait des théories, narrait des anecdotes, se citait lui-meme en exemple, débitant tout cela d’un ton paterne, avec une ingénuité de corruption divertissante.

Il était républicain ; il avait voyagé, il connaissait l’intérieur des théâtres, des restaurants, des journaux, et tous les artistes célebres. qu’il appelait familierement par leurs prénoms ; Frédéric lui confia bientôt ses projets ; il les encouragea.

Mais il s’interrompit pour observer le tuyau de la cheminée, puis il marmotta vite un long calcul, afin de savoir « combien chaque coup de piston, a tant de fois par minute, devait, etc. » — Et, la somme trouvée, il admira beaucoup le paysage. Il se disait heureux d’etre échappé aux affaires.

Frédéric éprouvait un certain respect pour lui, et ne résista pas a l’envie de savoir son nom. L’inconnu répondit tout d’une haleine :

« Jacques Arnoux propriétaire de l’Art industriel, boulevard Montmartre. »

Un domestique ayant un galon d’or a la casquette vint lui dire :

« Si Monsieur voulait descendre ? Mademoiselle pleure. »

Il disparut.

L’Art industriel était un établissement hybride, comprenant un journal de peinture et un magasin de tableaux. Frédéric avait vu ce titre-la, plusieurs fois, a l’étalage du libraire de son pays natal, sur d’immenses prospectus, ou le nom de Jacques Arnoux se développait magistralement.

Le soleil dardait d’aplomb, en faisant reluire les gabillots de fer autour des mâts, les plaques du bastingage et la surface de l’eau ; elle se coupait a la proue en deux sillons, qui se déroulaient jusqu’au bord des prairies. A chaque détour de la riviere, on retrouvait le meme rideau de peupliers pâles. La campagne était toute vide. Il y avait dans le ciel de petits nuages blancs arretés, — et l’ennui, vaguement répandu, semblait alanguir la marche du bateau et rendre l’aspect des voyageurs plus insignifiant encore.

A part quelques bourgeois, aux Premieres, c’étaient des ouvriers, des gens de boutique avec leurs femmes et leurs enfants. Comme on avait coutume alors de se vetir sordidement en voyage, presque tous portaient de vieilles calottes grecques ou des chapeaux déteints, de maigres habits noirs, râpés par le frottement du bureau, ou des redingotes ouvrant la capsule de leurs boutons pour avoir trop servi au magasin ; ça et la, quelque gilet a châle laissait voir une chemise de calicot, maculée de café ; des épingles de chrysocale piquaient des cravates en lambeaux ; des sous-pieds cousus retenaient des chaussons de lisiere ; deux ou trois gredins qui tenaient des bambous a ganse de cuir lançaient des regards obliques, et des peres de famille ouvraient de gros yeux, en faisant des questions. Ils causaient debout, ou bien accroupis sur leurs bagages ; d’autres dormaient dans des coins ; plusieurs mangeaient. Le pont était sali par des écales de noix, des bouts de cigares, des pelures de poires, des détritus de charcuterie apportée dans du papier ; trois ébénistes, en blouse, stationnaient devant la cantine ; un joueur de harpe en haillons se reposait, accoudé sur son instrument ; on entendait par intervalles le bruit du charbon de terre dans le fourneau, un éclat de voix, un rire ; — et le capitaine, sur la passerelle, marchait d’un tambour a l’autre, sans s’arreter. Frédéric, pour rejoindre sa place, poussa la grille des Premieres, dérangea deux chasseurs avec leurs chiens.

Ce fut comme une apparition :

Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l’éblouissement que lui envoyerent ses yeux. En meme temps qu’il passait, elle leva la tete ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du meme côté, il la regarda.

Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent, derriere elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient tres bas et semblaient presser amoureusement l’ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait a plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l’air bleu.

Comme elle gardait la meme attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa manoeuvre ; puis il se planta tout pres de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d’observer une chaloupe sur la riviere.

Jamais il n’avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumiere traversait. Il considérait son panier a ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu’elle avait portées, les gens qu’elle fréquentait ; et le désir de la possession physique meme disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n’avait pas de limites.

Une négresse, coiffée d’un foulard, se présenta, en tenant par la main une petite fille, déja grande. L’enfant, dont les yeux roulaient des larmes, venait de s’éveiller. Elle la prit sur ses genoux. « Mademoiselle n’était pas sage, quoiqu’elle eut sept ans bientôt ; sa mere ne l’aimerait plus ; on lui pardonnait trop ses caprices. » Et Frédéric se réjouissait d’entendre ces choses, comme s’il eut fait une découverte, une acquisition.

Il la supposait d’origine andalouse, créole peut-etre ; elle avait ramené des îles cette négresse avec elle ?

Cependant, un long châle a bandes violettes était placé derriere son dos, sur le bordage de cuivre. Elle avait du, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s’en couvrir les pieds, dormir dedans ! Mais, entraîné par les franges, il glissait peu a peu, il allait tomber dans l’eau, Frédéric fit un bond et le rattrapa. Elle lui dit :

« Je vous remercie, monsieur. »

Leurs yeux se rencontrerent.

« Ma femme, es-tu prete ? » cria le sieur Arnoux, apparaissant dans le capot de l’escalier.

Mlle Marthe courut vers lui, et, cramponnée a son cou, elle tirait ses moustaches. Les sons d’une harpe retentirent, elle voulut voir la musique ; et bientôt le joueur d’instrument, amené par la négresse, entra dans les Premieres. Arnoux le reconnut pour un ancien modele ; il le tutoya, ce qui surprit les assistants. Enfin le harpiste rejeta ses longs cheveux derriere ses épaules, étendit les bras et se mit a jouer.

C’était une romance orientale, ou il était question de poignards, de fleurs et d’étoiles. L’homme en haillons chantait cela d’une voix mordante ; les battements de la machine coupaient la mélodie a fausse mesure ; il pinçait plus fort : les cordes vibraient, et leurs sons métalliques semblaient exhaler des sanglots, et comme la plainte d’un amour orgueilleux et vaincu. Des deux côtés de la riviere, des bois s’inclinaient jusqu’au bord de l’eau ; un courant d’air frais passait ; Mme Arnoux regardait au loin d’une maniere vague. Quand la musique s’arreta, elle remua les paupieres plusieurs fois, comme si elle sortait d’un songe.

Le harpiste s’approcha d’eux, humblement. Pendant qu’Arnoux cherchait de la monnaie, Frédéric allongea vers la casquette sa main fermée, et, l’ouvrant avec pudeur, il y déposa un louis d’or. Ce n’était pas la vanité qui Je poussait a faire cette aumône devant elle, mais une pensée de bénédiction ou il l’associait, un mouvement de coeur presque religieux.

Arnoux, en lui montrant le chemin, l’engagea cordialement a descendre. Frédéric affirma qu’il venait de déjeuner ; il se mourait de faim, au contraire ; et il ne possédait plus un centime au fond de sa bourse.

Ensuite il songea qu’il avait bien le droit, comme un autre, de se tenir dans la chambre.

Autour des tables rondes, des bourgeois mangeaient, un garçon de café circulait ; M. et Mme Arnoux étaient dans le fond, a droite ; il s’assit sur la longue banquette de velours, ayant ramassé un journal qui se trouvait la.

Ils devaient, a Montereau, prendre la diligence de Châlons. Leur voyage en Suisse durerait un mois. Mme Arnoux blâma son mari de sa faiblesse pour son enfant. Il chuchota dans son oreille, une gracieuseté, sans doute, car elle sourit. Puis il se dérangea pour fermer derriere son cou le rideau de la fenetre.

Le plafond, bas et tout blanc, rabattait une lumiere crue. Frédéric, en face, distinguait l’ombre de ses cils. Elle trempait ses levres dans son verre, cassait un peu de croute entre ses doigts ; le médaillon de lapis-lazuli, attaché par une chaînette d’or a son poignet, de temps a autre sonnait contre son assiette. Ceux qui étaient la, pourtant, n’avaient pas l’air de la remarquer.

Quelquefois, par les hublots, on voyait glisser le flanc d’une barque qui accostait le navire pour prendre ou déposer des voyageurs. Les gens attablés se penchaient aux ouvertures et nommaient les pays riverains.

Arnoux se plaignait de la cuisine : il se récria considérablement devant l’addition, et il la fit réduire. Puis il emmena le jeune homme a l’avant du bateau pour boire des grogs. Mais Frédéric s’en retourna bientôt sous la tente, ou Mme Arnoux était revenue. Elle lisait un mince volume a couverture grise. Les deux coins de sa bouche se relevaient par moments, et un éclair de plaisir illuminait son front. Il jalousa celui qui avait inventé ces choses dont elle paraissait occupée. Plus il la contemplait, plus il sentait entre elle et lui se creuser des abîmes. Il songeait qu’il faudrait la quitter tout a l’heure, irrévocablement, sans en avoir arraché une parole, sans lui laisser meme un souvenir !

Une plaine s’étendait a droite ; a gauche un herbage allait doucement rejoindre une colline, ou l’on apercevait des vignobles, des noyers, un moulin dans la verdure, et des petits chemins au-dela, formant des zigzags sur la roche blanche qui touchait au bord du ciel. Quel bonheur de monter côte a côte, le bras autour de sa taille, pendant que sa robe balayerait les feuilles jaunies, en écoutant sa voix, sous le rayonnement de ses yeux ! Le bateau pouvait s’arreter, ils n’avaient qu’a descendre ; et cette chose bien simple n’était pas plus facile, cependant, que de remuer le soleil !

Un peu plus loin, on découvrit un château, a toit pointu, avec des tourelles carrées. Un parterre de fleurs s’étalait devant sa façade ; et des avenues s’enfonçaient, comme des voutes noires, sous les hauts tilleuls. Il se la figura passant au bord des charmilles. A ce moment, une jeune dame et un jeune homme se montrerent sur le perron, entre les caisses d’orangers. Puis tout disparut.

La petite fille jouait autour de lui. Frédéric voulut la baiser. Elle se cacha derriere sa bonne ; sa mere la gronda de n’etre pas aimable pour le monsieur qui avait sauvé son châle. Etait-ce une ouverture indirecte ?

« Va-t-elle enfin me parler ? » se demandait-il.

Le temps pressait. Comment obtenir une invitation chez Arnoux ? Et il n’imagina rien de mieux que de lui faire remarquer la couleur de l’automne, en ajoutant :

« Voila bientôt l’hiver, la saison des bals et des dîners ! »

Mais Arnoux était tout occupé de ses bagages. La côte de Surville apparut, les deux ponts se rapprochaient, on longea une corderie, ensuite une rangée de maisons basses ; il y avait, en dessous, des marmites de goudron, des éclats de bois ; et des gamins couraient sur le sable, en faisant la roue. Frédéric reconnut un homme avec un gilet a manches, il lui cria :

« Dépeche-toi. »

On arrivait. Il chercha péniblement Arnoux dans la foule des passagers, et l’autre répondit en lui serrant la main :

« Au plaisir, cher monsieur ! »

Quand il fut sur le quai, Frédéric se retourna. Elle était pres du gouvernail, debout. Il lui envoya un regard ou il avait tâché de mettre toute son âme comme s’il n’eut rien fait, elle demeura immobile. Puis, sans égard aux salutations de son domestique :

« Pourquoi n’as-tu pas amené la voiture jusqu’ici ? »

Le bonhomme s’excusait.

« Quel maladroit ! Donne-moi de l’argent ! » Et il alla manger dans une auberge.

Un quart d’heure apres, il eut envie d’entrer comme par hasard dans la cour des diligences. Il la verrait encore, peut-etre ?

« A quoi bon ? » se dit-il.

Et l’américaine l’emporta. Les deux chevaux n’appartenaient pas a sa mere. Elle avait emprunté celui de M. Chambrion, le receveur, pour l’atteler aupres du sien. Isidore, parti la veille, s’était reposé a Bray jusqu’au soir et avait couché a Montereau, si bien que les betes rafraîchies trottaient lestement.

Des champs moissonnés se prolongeaient a n’en plus finir. Deux lignes d’arbres bordaient la route, les tas de cailloux se succédaient ; et peu a peu, Villeneuve-Saint-Georges, Ablon, Châtillon, Corbeil et les autres pays, tout son voyage lui revint a la mémoire, d’une façon si nette qu’il distinguait maintenant des détails nouveaux, des particularités plus intimes ; sous le dernier volant de sa robe, son pied passait dans une mince bottine en soie, de couleur marron ; la tente de coutil formait un large dais sur sa tete, et les petits glands rouges de la bordure tremblaient a la brise, perpétuellement.

Elle ressemblait aux femmes des livres romantiques. Il n’aurait voulu rien ajouter, rien retrancher a sa personne. L’univers venait tout a coup de s’élargir. Elle était le point lumineux ou l’ensemble des choses convergeait ; et, bercé par le mouvement de la voiture, les paupieres a demi closes, le regard dans les nuages, il s’abandonnait a une joie reveuse et infinie.

A Bray, il n’attendit pas qu’on eut donné l’avoine, il alla devant, sur la route, tout seul. Arnoux l’avait appelée « Marie ! » Il cria tres haut « Marie ! » Sa voix se perdit dans l’air.

Une large couleur de pourpre enflammait le ciel a l’occident. De grosses meules de blé, qui se levaient au milieu des chaumes, projetaient des ombres géantes. Un chien se mit a aboyer dans une ferme, au loin. Il frissonna, pris d’une inquiétude sans cause.

Quand Isidore l’eut rejoint, il se plaça sur le siege pour conduire. Sa défaillance était passée. Il était bien résolu a s’introduire, n’importe comment, chez les Arnoux, et a se lier avec eux. Leur maison devait etre amusante, Arnoux lui plaisait d’ailleurs ; puis, qui sait ? Alors, un flot de sang lui monta au visage : ses tempes bourdonnaient, il fit claquer son fouet, secoua les renes, et il menait les chevaux tel train, que le vieux cocher répétait :

« Doucement ! doucement vous les rendrez poussifs. »

Peu a peu Frédéric se calma, et il écouta parler son domestique.

On attendait Monsieur avec grande impatience. Mlle Louise avait pleuré pour partir dans la voiture.

« Qu’est-ce donc, Mlle Louise ?

— La petite a M. Roque, vous savez ?

— Ah ! j’oubliais ! » répliqua Frédéric, négligemment.

Cependant, les deux chevaux n’en pouvaient plus. Ils boitaient l’un et l’autre ; et neuf heures sonnaient a Saint-Laurent lorsqu’il arriva sur la place d’Armes, devant la maison de sa mere. Cette maison, spacieuse, avec un jardin donnant sur la campagne, ajoutait a la considération de Mme Moreau, qui était la personne du pays la plus respectée.

Elle sortait d’une vieille famille de gentilshommes, éteinte maintenant. Son mari, un plébéien que ses parents lui avaient fait épouser, était mort d’un coup d’épée, pendant sa grossesse, en lui laissant une fortune compromise. Elle recevait trois fois la semaine et donnait de temps a autre un beau dîner. Mais le nombre des bougies était calculé d’avance, et elle attendait impatiemment ses fermages. Cette gene, dissimulée comme un vice, la rendait sérieuse. Cependant, sa vertu s’exerçait sans étalage de pruderie, sans aigreur. Ses moindres charités semblaient de grandes aumônes. On la consultait sur le choix des domestiques, l’éducation des jeunes filles, l’art des confitures, et Monseigneur descendait chez elle dans ses tournées épiscopales.

Mme Moreau nourrissait une haute ambition pour son fils. Elle n’aimait pas a entendre blâmer le Gouvernement, par une sorte de prudence anticipée. Il aurait besoin de protections d’abord ; puis, grâce a ses moyens, il deviendrait conseiller d’Etat, ambassadeur, ministre. Ses triomphes au college de Sens légitimaient cet orgueil il avait remporté le prix d’honneur.

Quand il entra dans le salon, tous se leverent a grand bruit, on l’embrassa ; et avec les fauteuils et les chaises on fit un large demi-cercle autour de la cheminée. M. Gamblin lui demanda immédiatement son opinion sur Mme Lafargel. Ce proces. la fureur de l’époque, ne manqua pas d’amener une discussion violente ; Mme Moreau l’arreta, au regret toutefois de M. Gamblin ; il la jugeait utile pour le jeune homme, en sa qualité de futur jurisconsulte, et il sortit du salon, piqué.

Rien ne devait surprendre dans un ami du pere Roque A propos du pere Roque, on parla de M. Dambreuse, qui venait d’acquérir le domaine de la Fortelle. Mais le Percepteur avait entraîné Frédéric a l’écart, pour savoir ce qu’il pensait du dernier ouvrage de M. Guizot. Tous désiraient connaître ses affaires ; et Mme Benoît s’y prit adroitement en s’informant de son oncle. Comment allait ce bon parent ? Il ne donnait plus de ses nouvelles. N’avait-il pas un arriere-cousin en Amérique ?

La cuisiniere annonça que le potage de Monsieur était servi. On se retira, par discrétion. Puis, des qu’ils furent seuls, dans la salle, sa mere lui dit, a voix basse :

« Eh bien ? »

Le vieillard l’avait reçu tres cordialement, mais sans montrer ses intentions.

Mme Moreau soupira.

« Ou est-elle, a présent ? » songeait-il.

La diligence roulait, et, enveloppée dans le châle sans doute, elle appuyait contre le drap du coupé sa belle tete endormie.

Ils montaient dans leurs chambres quand un garçon du Cygne de la Croix apporta un billet.

« Qu’est-ce donc ?

— C’est Deslauriers qui a besoin de moi , dit-il.

— Ah ! ton camarade ! » fit Mme Moreau avec un ricanement de mépris. « L’heure est bien choisie, vraiment ! »

Frédéric hésitait. Mais l’amitié fut plus forte. Il prit son chapeau.

« Au moins, ne sois pas longtemps ! » lui dit sa mere.


Chapitre 2

 

Le pere de Charles Deslauriers, ancien capitaine de ligne, démissionnaire en 1818, était revenu se marier a Nogent, et, avec l’argent de la dot, avait acheté une charge d’huissier, suffisant a peine pour le faire vivre. Aigri par de longues injustices, souffrant de ses vieilles blessures, et toujours regrettant l’Empereur, il dégorgeait sur son entourage les coleres qui l’étouffaient. Peu d’enfants furent plus battus que son fils. Le gamin ne cédait pas, malgré les coups. Sa mere, quand elle tâchait de s’interposer, était rudoyée comme lui. Enfin le Capitaine le plaça dans son étude, et tout le long du jour, il le tenait courbé sur son pupitre a copier des actes, ce qui lui rendit l’épaule droite visiblement plus forte que l’autre.

En 1833, d’apres l’invitation de M. le président, le Capitaine vendit son étude. Sa femme mourut d’un cancer. Il alla vivre a Dijon ; ensuite il s’établit marchand d’hommes a Troyes ; et, ayant obtenu pour Charles une demi-bourse, le mit au college de Sens, ou Frédéric le reconnut. Mais l’un avait douze ans, l’autre quinze ; d’ailleurs, mille différences de caractere et d’origine les séparaient.

Frédéric possédait dans sa commode toutes sortes de provisions, des choses recherchées, un nécessaire de toilette, par exemple. Il aimait a dormir tard le matin, a regarder les hirondelles, a lire des pieces de théâtre, et, regrettant les douceurs de la maison, il trouvait rude la vie de college.

Elle semblait bonne au fils de l’huissier. Il travaillait si bien, qu’au bout de la seconde année, il passa dans la classe de Troisieme. Cependant, a cause de sa pauvreté, ou de son humeur querelleuse, une sourde malveillance l’entourait. Mais un domestique, une fois, l’ayant appelé enfant de gueux, en pleine cour des Moyens, il lui sauta a la gorge et l’aurait tué, sans trois maîtres d’études qui intervinrent. Frédéric, emporté d’admiration, le serra dans ses bras. A partir de ce jour, l’intimité fut complete. L’affection d’un grand, sans doute, flatta la vanité du petit, et l’autre accepta comme un bonheur ce dévouement qui s’offrait.

Son pere, pendant les vacances, le laissait au college. Une traduction de Platon ouverte par hasard l’enthousiasma. Alors il s’éprit d’études métaphysiques ; et ses progres furent rapides, car il les abordait avec des forces jeunes et dans l’orgueil d’une intelligence qui s’affranchit ; Jouffroy, Cousin, Laromiguiere, Malebranche, les Ecossais, tout ce que la bibliotheque contenait, y passa. Il avait eu besoin d’en voler la clef, pour se procurer des livres.

Les distractions de Frédéric étaient moins sérieuses. Il dessina dans la rue des Trois-Rois la généalogie du Christ, sculptée sur un poteau, puis le portail de la cathédrale. Apres les drames moyen âge, il entama les mémoires : Froissart, Comines, Pierre de l’Estoile, Brantôme.

Les images que ces lectures amenaient a son esprit l’obsédaient si fort, qu’il éprouvait le besoin de les reproduire. Il ambitionnait d’etre un jour le Walter Scott de la France. Deslauriers méditait un vaste systeme de philosophie, qui aurait les applications les plus lointaines.

Ils causaient de tout cela, pendant les récréations, dans la cour, en face de l’inscription morale peinte sous l’horloge ; ils en chuchotaient dans la chapelle, a la barbe de saint Louis ; ils en revaient dans le dortoir, d’ou l’on domine un cimetiere. Les jours de promenade, ils se rangeaient derriere les autres, et ils parlaient interminablement.

Ils parlaient de ce qu’ils feraient plus tard, quand ils seraient sortis du college. D’abord, ils entreprendraient un grand voyage avec l’argent que Frédéric préleverait sur sa fortune, a sa majorité. Puis ils reviendraient a Paris, ils travailleraient ensemble, ne se quitteraient pas ; — et, comme délassement a leurs travaux, ils auraient des amours de princesses dans des boudoirs de satin, ou de fulgurantes orgies avec des courtisanes illustres. Des doutes succédaient a leurs emportements d’espoir. Apres des crises de gaieté verbeuse, ils tombaient dans des silences profonds.

Les soirs d’été, quand ils avaient marché longtemps par les chemins pierreux au bord des vignes, ou sur la grande route en pleine campagne, et que les blés ondulaient au soleil, tandis que des senteurs d’angélique passaient dans l’air, une sorte d’étouffement les prenait, et ils s’étendaient sur le dos, étourdis, enivrés. Les autres, en manches de chemise, jouaient aux barres ou faisaient partir des cerfs-volants. Le pion les appelait. On s’en revenait, en suivant les jardins que traversaient de petits ruisseaux, puis les boulevards ombragés par les vieux murs ; les rues désertes sonnaient sous leurs pas ; la grille s’ouvrait, on remontait l’escalier ; et ils étaient tristes comme apres de grandes débauches.

M. le censeur prétendait qu’ils s’exaltaient mutuellement. Cependant, si Frédéric travailla dans les hautes classes, ce fut par les exhortations de son ami ; et, aux vacances de 1837, il l’emmena chez sa mere.

Le jeune homme déplut a Mme Moreau. Il mangea extraordinairement, il refusa d’assister le dimanche aux offices, il tenait des discours républicains ; enfin, elle crut savoir qu’il avait conduit son fils dans des lieux déshonnetes. On surveilla leurs relations. Ils ne s’en aimerent que davantage ; et les adieux furent pénibles, quand Deslauriers, l’année suivante, partit du college, pour étudier le droit a Paris.

Frédéric comptait bien l’y rejoindre. lis ne s’étaient pas vus depuis deux ans ; et, leurs embrassades étant finies, ils allerent sur les ponts afin de causer plus a l’aise.

Le Capitaine, qui tenait maintenant un billard a Villenauxe, s’était fâché rouge lorsque son fils avait réclamé ses comptes de tutelle, et meme lui avait coupé les vivres, tout net. Mais comme il voulait concourir plus tard pour une chaire de professeur a l’Ecole et qu’il n’avait pas d’argent, Deslauriers acceptait a Troyes une place de maître clerc chez un avoué. A force de privations, il économiserait quatre mille francs ; et, s’il ne devait rien toucher de la succession maternelle, il aurait toujours de quoi travailler librement, pendant trois années, en attendant une position. Il fallait donc abandonner leur vieux projet de vivre ensemble dans la Capitale, pour le présent du moins.

Frédéric baissa la tete. C’était le premier de ses reves qui s’écroulait.

« Console-toi », dit le fils du capitaine, « la vie est longue : nous sommes jeunes. Je te rejoindrai ! N’y pense plus ! »

Il le secouait par les mains, et, pour le distraire, lui fit des questions sur son voyage.

Frédéric n’eut pas grand’chose a narrer. Mais, au souvenir de Mme Arnoux, son chagrin s’évanouit. Il ne paria pas d’elle, retenu par une pudeur. Il s’étendit en revanche sur Arnoux, rapportant ses discours, ses manieres, ses relations ; et Deslauriers l’engagea fortement a cultiver cette connaissance.

Frédéric, dans ces derniers temps n’avait rien écrit ses opinions littéraires étaient changées : il estimait pardessus tout la passion ; Werther, René, Frank, Lara, Lélia et d’autres plus médiocres l’enthousiasmaient presque également. Quelquefois la musique lui semblait seule capable d’exprimer ses troubles intérieurs ; alors, il revait des symphonies ; ou bien la surface des choses l’appréhendait, et il voulait peindre. Il avait composé des vers, pourtant ; Deslauriers les trouva fort beaux, mais sans demander une autre piece.

Quant a lui, il ne donnait plus dans la métaphysique. L’économie sociale et la Révolution française le préoccupaient. C’était, a présent, un grand diable de vingt-deux ans, maigre, avec une large bouche, l’air résolu. Il portait, ce soir-la, un mauvais paletot de lasting ; et ses souliers étaient blancs de poussiere, car il avait fait la route de Villenauxe a pied, expres pour voir Frédéric.

Isidore les aborda. Madame priait Monsieur de revenir, et, craignant qu’il n’eut froid, elle lui envoyait son manteau.

« Reste donc ! » dit Deslauriers.

Et ils continuerent a se promener d’un bout a l’autre des deux ponts qui s’appuient sur l’île étroite, formée par le canal et la riviere.

Quand ils allaient du côté de Nogent, ils avaient, en face, un pâté de maisons s’inclinant quelque peu ; a droite, l’église apparaissait derriere les moulins de bois dont les vannes étaient fermées ; et, a gauche les haies d’arbustes, le long de la rive, terminaient des jardins, que l’on distinguait a peine. Mais, du côté de Paris, la grande route descendait en ligne droite, et des prairies se perdaient au loin, dans les vapeurs de la nuit. Elle était silencieuse et d’une clarté blanchâtre. Des odeurs de feuillage humide montaient jusqu’a eux ; la chute de la prise d’eau, cent pas plus loin, murmurait, avec ce gros bruit doux que font les ondes dans les ténebres.

Deslauriers s’arreta, et il dit :

« Ces bonnes gens qui dorment tranquilles, c’est drôle ! Patience ! un nouveau 89 se prépare ! On est las de constitutions, de chartes, de subtilités, de mensonges ! Ah ! si j’avais un journal ou une tribune, comme je vous secouerais tout cela ! Mais, pour entreprendre n’importe quoi, il faut de l’argent ! Quelle malédiction que d’etre le fils d’un cabaretier et de perdre sa jeunesse a la quete de son pain ! »

Il baissa la tete, se mordit les levres, et il grelottait sous son vetement mince.

Frédéric lui jeta la moitié de son manteau sur les épaules. Ils s’en envelopperent tous deux ; et, se tenant par la taille, ils marchaient dessous, côte a côte.

« Comment veux-tu que je vive la-bas, sans toi ? » disait Frédéric. L’amertume de son ami avait ramené sa tristesse. « J’aurais fait quelque chose avec une femme qui m’eut aimé… Pourquoi ris-tu ? L’amour est la pâture et comme l’atmosphere du génie. Les émotions extraordinaires produisent les oeuvres sublimes. Quant a chercher celle qu’il me faudrait, j’y renonce ! D’ailleurs, si jamais je la trouve, elle me repoussera. Je suis de la race des déshérités, et je m’éteindrai avec un trésor qui était de strass ou de diamant, je n’en sais rien. »

L’ombre de quelqu’un s’allongea sur les pavés, en meme temps qu’ils entendirent ces mots :

« Serviteur, messieurs ! »

Celui qui les prononçait était un petit homme, habillé d’une ample redingote brune, et coiffé d’une casquette laissant paraître sous la visiere un nez pointu .

« M. Roque ? dit Frédéric.

— Lui-meme ! » reprit la voix.

Le Nogentais justifia sa présence en contant qu’il revenait d’inspecter ses pieges a loup, dans son jardin, au bord de l’eau.

« Et vous voila de retour dans nos pays ? Tres bien ! j’ai appris cela par ma fillette. La santé est toujours bonne, j’espere ? Vous ne partez pas encore ? »

Et il s’en alla, rebuté, sans doute, par l’accueil de Frédéric.

Mme Moreau, en effet, ne le fréquentait pas ; le pere Roque vivait en concubinage avec sa bonne, et on le considérait fort peu, bien qu’il fut le croupier d’élections, le régisseur de M. Dambreuse.

« Le banquier qui demeure rue d’Anjou ? » reprit Deslauriers. « Sais-tu ce que tu devrais faire, mon brave ? »

Isidore les interrompit encore une fois. Il avait ordre de ramener Frédéric, définitivement. Madame s’inquiétait, de son absence.

« Bien, bien ! on y va », dit Deslauriers ; « il ne découchera pas. »

Et, le domestique étant parti :

« Tu devrais prier ce vieux de t’introduire chez les Dambreuse ; rien n’est utile comme de fréquenter une maison riche ! Puisque tu as un habit noir et des gants blancs, profites-en ! Il faut que tu ailles dans ce monde la ! Tu m’y meneras plus tard. Un homme a millions, pense donc ! Arrange-toi pour lui plaire, et a sa femme aussi. Deviens son amant ! »

Frédéric se récriait.

« Mais je te dis la des choses classiques, il me semble ? Rappelle-toi Rastignac dans la Comédie humaine ! Tu réussiras, j’en suis sur ! »

Frédéric avait tant de confiance en Deslauriers, qu’il se sentit ébranlé, et oubliant Mme Arnoux, ou la comprenant dans la prédiction faite sur l’autre, il ne put s’empecher de sourire.

Le clerc ajouta :

« Dernier conseil : passe tes examens ! Un titre est toujours bon ; et lâche-moi franchement tes poetes catholiques et sataniques, aussi avancés en philosophie qu’on l’était au XIIe siecle. Ton désespoir est bete. De tres grands particuliers ont eu des commencements plus difficiles, a commencer par Mirabeau. D’ailleurs, notre séparation ne sera pas si longue. Je ferai rendre gorge a mon filou de pere. Il est temps que je m’en retourne, adieu ! — As-tu cent sous pour que je paye mon dîner ? »

Frédéric lui donna dix francs, le reste de la somme prise le matin a Isidore.

Cependant a vingt toises des ponts, sur la rive gauche, une lumiere brillait dans la lucarne d’une maison basse.

Deslauriers l’aperçut. Alors, il dit emphatiquement, tout en retirant son chapeau :

« Vénus, reine des cieux, serviteur ! Mais la Pénurie est la mere de la Sagesse. Nous a-t-on assez calomniés pour ça, miséricorde ! »

Cette allusion a une aventure commune les mit en joie. Ils riaient tres haut, dans les rues.

Puis, ayant soldé sa dépense a l’auberge, Deslauriers reconduisit Frédéric jusqu’au carrefour de l’Hôtel-Dieu ; — et, apres une longue étreinte, les deux amis se séparerent.


Chapitre 3

 

Deux mois plus tard, Frédéric, débarqué un matin rue Coq-Héron, songea immédiatement a faire sa grande visite.

Le hasard l’avait servi. Le pere Roque était venu lui apporter un rouleau de papiers, en le priant de les remettre lui-meme chez M. Dambreuse ; et il accompagnait l’envoi d’un billet décacheté, ou il présentait son jeune compatriote.

Mme Moreau parut surprise de cette démarche. Frédéric dissimula le plaisir qu’elle lui causait.

M. Dambreuse s’appelait de son vrai nom le comte d’Ambreuse ; mais, des 1825, abandonnant peu a peu sa noblesse et son parti, il s’était tourné vers l’industrie ; et, l’oreille dans tous les bureaux, la main dans toutes les entreprises, a l’affut des bonnes occasions, subtil comme un Grec et laborieux comme un Auvergnat, il avait amassé une fortune que l’on disait considérable ; de plus, il était officier de la Légion d’honneur, membre du conseil général de l’Aube, député, pair de France un de ces jours ; complaisant du reste, il fatiguait le ministre par ses demandes continuelles de secours, de croix, de bureaux de tabac ; et, dans ses bouderies contre le pouvoir, il inclinait au centre gauche. Sa femme, la jolie Mme Dambreuse, que citaient les journaux de modes, présidait les assemblées de charité. En cajolant les duchesses, elle apaisait les rancunes du noble faubourg et laissait croire que M. Dambreuse pouvait encore se repentir et rendre des services.

Le jeune homme était troublé en allant chez eux.

« J’aurais mieux fait de prendre mon habit. On m’invitera sans doute au bal pour la semaine prochaine ? Que va-t-on me dire ? »

L’aplomb lui revint en songeant que M. Dambreuse n’était qu’un bourgeois, et il sauta gaillardement de son cabriolet sur le trottoir de la rue d’Anjou.

Quand il eut poussé une des deux portes cocheres, il traversa la cour, gravit le perron et entra dans un vestibule pavé en marbre de couleur.

Un double escalier droit, avec un tapis rouge a baguettes de cuivre, s’appuyait contre les hautes murailles en stuc luisant. Il y avait, au bas des marches, un bananier dont les feuilles larges retombaient sur le velours de la rampe. Deux candélabres de bronze tenaient des globes de porcelaine suspendus a des chaînettes ; les soupiraux des caloriferes béants exhalaient un air lourd ; et l’on n’entendait que le tic-tac d’une grande horloge, dressée a l’autre bout du vestibule, sous une panoplie.

Un timbre sonna ; un valet parut, et introduisit Frédéric dans une petite piece, ou l’on distinguait deux coffres-forts, avec des casiers remplis de cartons. M. Dambreuse écrivait au milieu, sur un bureau a cylindre.

Il parcourut la lettre du pere Roque, ouvrit avec son canif la toile qui enfermait les papiers, et les examina.

De loin, a cause de sa taille mince, il pouvait sembler jeune encore. Mais ses rares cheveux blancs, ses membres débiles et surtout la pâleur extraordinaire de son visage, accusaient un tempérament délabré. Une énergie impitoyable reposait dans ses yeux glauques, plus froids que des yeux de verre. Il avait les pommettes saillantes, et des mains a articulations noueuses.

Enfin, s’étant levé, il adressa au jeune homme quelques questions sur des personnes de leur connaissance, sur Nogent, sur ses études ; puis il le congédia en s’inclinant. Frédéric sortit par un autre corridor, et se trouva dans le bas de la cour, aupres des remises.

Un coupé bleu, attelé d’un cheval noir, stationnait devant le perron. La portiere s’ouvrit, une dame y monta, et la voiture, avec un bruit sourd, se mit a rouler sur le sable.

Frédéric, en meme temps qu’elle, arriva de l’autre côté, sous la porte cochere. L’espace n’étant pas assez large, il fut contraint d’attendre. La jeune femme, penchée en dehors du vasistas, parlait tout bas au concierge. Il n’apercevait que son dos, couvert d’une mante violette. Cependant, il plongeait dans l’intérieur de la voiture, tendue de reps bleu, avec des passementeries et des effilés de soie. Les vetements de la dame l’emplissaient ; il s’échappait de cette petite boîte capitonnée un parfum d’iris, et comme une vague senteur d’élégances féminines. Le cocher lâcha les renes, le cheval frôla la borne brusquement, et tout disparut.

Frédéric s’en revint a pied, en suivant les boulevards.

Il regrettait de n’avoir pu distinguer Mme Dambreuse.

Un peu plus haut que la rue Montmartre, un embarras de voitures lui fit tourner la tete ; et, de l’autre côté, en face, il lut sur une plaque de marbre :

JACQUES ARNOUX.

Comment n’avait-il pas songé a elle, plus tôt ? La faute venait de Deslauriers, et il s’avança vers la boutique, il n’entra pas, cependant ; il attendit qu’elle parut.

Les hautes glaces transparentes offraient aux regards, dans une disposition habile, des statuettes, des dessins, des gravures, des catalogues, des numéros de l’Art industriel ; et les prix de l’abonnement étaient répétés sur la porte, que décoraient a son milieu, les initiales de l’éditeur. On apercevait, contre les murs, de grands tableaux dont le vernis brillait, puis, dans le fond deux bahuts, chargés de porcelaines, de bronzes, de curiosités alléchantes ; un petit escalier les séparait, fermé dans le haut par une portiere de moquette ; et un lustre en vieux saxe, un tapis vert sur le plancher, avec une table en marqueterie, donnaient a cet intérieur plutôt l’apparence d’un salon que d’une boutique.

Frédéric faisait semblant d’examiner les dessins. Apres des hésitations infinies, il entra.

Un employé souleva la portiere, et répondit que Monsieur ne serait pas « au magasin » avant cinq heures. Mais si la commission pouvait se transmettre…

« Non ! je reviendrai », répliqua doucement Frédéric.

Les jours suivants furent employés a se chercher un logement ; et il se décida pour une chambre au second étage, dans un hôtel garni, rue Saint-Hyacinthe.

En portant sous son bras un buvard tout neuf, il se rendit a l’ouverture des cours. Trois cents jeunes gens, nu-tete, emplissaient un amphithéâtre ou un vieillard en robe rouge dissertait d’une voix monotone ; des plumes grinçaient sur le papier. Il retrouvait dans cette salle l’odeur poussiéreuse des classes, une chaire de forme pareille, le meme ennui ! Pendant quinze jours, il y retourna. Mais on n’était pas encore a l’article 3, qu’il avait lâché le Code civil, et il abandonna les Institutes a la Summa divisio personarum.

Les joies qu’il s’était promises n’arrivaient pas ; et, quand il eut épuisé un cabinet de lecture, parcouru les collections du Louvre, et plusieurs fois de suite été au spectacle, il tomba dans un désoeuvrement sans fond.

Mille choses nouvelles ajoutaient a sa tristesse. Il lui fallait compter son linge et subir le concierge, rustre a tournure d’infirmier, qui venait le matin retaper son lit, en sentant l’alcool et en grommelant. Son appartement, orné d’une pendule d’albâtre, lui déplaisait. Les cloisons étaient minces ; il entendait les étudiants faire du punch, rire, chanter.

Las de cette solitude, il rechercha un de ses anciens camarades nommé Baptiste Martinon ; et il le découvrit dans une pension bourgeoise de la rue Saint-Jacques, buchant sa procédure, devant un feu de charbon de terre.

En face de lui, une femme en robe d’indienne reprisait des chaussettes.

Martinon était ce qu’on appelle un fort bel homme grand, joufflu, la physionomie réguliere et des yeux bleuâtres a fleur de tete ; son pere, un gros cultivateur, le destinait a la magistrature, — et, voulant déja paraître sérieux, il portait sa barbe taillée en collier.

Comme les ennuis de Frédéric n’avaient point de cause raisonnable et qu’il ne pouvait arguer d’aucun malheur, Martinon ne comprit rien a ses lamentations sur l’existence. Lui, il allait tous les matins a l’Ecole, se promenait ensuite dans le Luxembourg, prenait le soir sa demi-tasse au café, et, avec quinze cents francs par an et l’amour de cette ouvriere, il se trouvait parfaitement heureux.

« Quel bonheur ! » exclama intérieurement Frédéric.

Il avait fait a l’Ecole une autre connaissance, celle de M. de Cisy, enfant de grande famille et qui semblait une demoiselle, a la gentillesse de ses manieres.

M. de Cisy s’occupait de dessin, aimait le gothique. Plusieurs fois ils allerent ensemble admirer la Sainte-Chapelle et Notre-Dame. Mais la distinction du jeune patricien recouvrait une intelligence des plus pauvres. Tout le surprenait ; il riait beaucoup a la moindre plaisanterie, et montrait une ingénuité si complete, que Frédéric le prit d’abord pour un farceur, et finalement le considéra comme un nigaud.

Les épanchements n’étaient donc possibles avec personne ; et il attendait toujours l’invitation des Dambreuse.

Au jour de l’an, il leur envoya des cartes de visite, mais il n’en reçut aucune.

Il était retourné a l’Art industriel.

Il y retourna une troisieme fois, et il vit enfin Arnoux qui se disputait au milieu de cinq a six personnes et répondit a peine a son salut ; Frédéric en fut blessé. Il n’en chercha pas moins comment parvenir jusqu’a elle.

Il eut d’abord l’idée de se présenter souvent, pour marchander des tableaux. Puis il songea a glisser dans la boîte du journal quelques articles « tres forts », ce qui amenerait des relations. Peut-etre valait-il mieux courir droit au but, déclarer son amour ? Alors, il composa une lettre de douze pages, pleine de mouvements lyriques et d’apostrophes ; mais il la déchira, et ne fit rien, ne tenta rien, — immobilisé par la peur de l’insucces.

Au-dessus de la boutique d’Arnoux, il y avait au premier étage trois fenetres, éclairées chaque soir. Des ombres circulaient par derriere, une surtout ; c’était la sienne ; — et il se dérangeait de tres loin pour regarder ces fenetres et contempler cette ombre.

Une négresse, qu’il croisa un jour dans les Tuileries tenant une petite fille par la main, lui rappela la négresse de Mme Arnoux. Elle devait y venir comme les autres ; toutes les fois qu’il traversait les Tuileries, son coeur battait, espérant la rencontrer. Les jours de soleil, il continuait sa promenade jusqu’au bout des Champs-Elysées.

Des femmes, nonchalamment assises dans des caleches, et dont les voiles flottaient au vent, défilaient pres de lui, au pas ferme de leurs chevaux, avec un balancement insensible qui faisait craquer les cuirs vernis. Les voitures devenaient plus nombreuses, et, se ralentissant a partir du Rond-Point, elles occupaient toute la voie. Les crinieres étaient pres des crinieres, les lanternes pres des lanternes ; les étriers d’acier, les gourmettes d’argent, les boucles de cuivre, jetaient ça et la des points lumineux entre les culottes courtes, les gants blancs, et les fourrures qui retombaient sur le blason des portieres. Il se sentait comme perdu dans un monde lointain. Ses yeux erraient sur les tetes féminines ; et de vagues ressemblances amenaient a sa mémoire Mme Arnoux. Il se la figurait, au milieu des autres, dans un de ces petits coupés, pareils au coupé de Mme Dambreuse. — Mais le soleil se couchait, et le vent froid soulevait des tourbillons de poussiere. Les cochers baissaient le menton dans leurs cravates, les roues se mettaient a tourner plus vite, le macadam grinçait ; et tous les équipages descendaient au grand trot la longue avenue, en se frôlant, se dépassant, s’écartant les uns des autres, puis, sur la place de la Concorde, se dispersaient. Derriere les Tuileries, le ciel prenait la teinte des ardoises. Les arbres du jardin formaient deux masses énormes, violacées par le sommet. Les becs de gaz s’allumaient ; et la Seine, verdâtre dans toute son étendue, se déchirait en moires d’argent contre les piles des ponts.

Il allait dîner, moyennant quarante-trois sols le cachet, dans un restaurant, rue de la Harpe.

Il regardait avec dédain le vieux comptoir d’acajou, les serviettes tachées, l’argenterie crasseuse et les chapeaux suspendus contre la muraille. Ceux qui l’entouraient étaient des étudiants comme lui. Ils causaient de leurs professeurs, de leurs maîtresses. Il s’inquiétait bien des professeurs ! Est-ce qu’il avait une maîtresse ! Pour éviter leurs joies, il arrivait le plus tard possible. Des restes de nourriture couvraient toutes les tables. Les deux garçons fatigués dormaient dans des coins, et une odeur de cuisine. de quinquet et de tabac emplissait la salle déserte.

Puis il remontait lentement les rues. Les réverberes se balançaient, en faisant trembler sur la boue de longs reflets jaunâtres. Des ombres glissaient au bord des trottoirs, avec des parapluies. Le pavé était gras, la brume tombait, et il lui semblait que les ténebres humides, l’enveloppant, descendaient indéfiniment dans son coeur.

Un remords le prit. Il retourna aux cours. Mais comme il ne connaissait rien aux matieres élucidées, des choses tres simples l’embarrasserent.

Il se mit a écrire un roman intitulé : Sylvio, le fils du pecheur. La chose se passait a Venise. Le héros, c’était lui-meme ; l’héroine, Mme Arnoux. Elle s’appelait Antonia ; — et, pour l’avoir, il assassinait plusieurs gentilshommes, brulait une partie de la ville et chantait sous son balcon, ou palpitaient a la brise les rideaux en damas rouge du boulevard Montmartre. Les réminiscences trop nombreuses dont il s’aperçut le découragerent ; il n’alla pas plus loin, et son désoeuvrement redoubla.

Alors, il supplia Deslauriers de venir partager sa chambre. Ils s’arrangeraient pour vivre avec ses deux mille francs de pension ; tout valait mieux que cette existence intolérable. Deslauriers ne pouvait encore quitter Troyes. Il l’engageait a se distraire, et a fréquenter Sénécal.

Sénécal était un répétiteur de mathématiques, homme de forte tete et de convictions républicaines, un futur Saint-Just, disait le clerc. Frédéric avait monté trois fois ses cinq étages, sans en recevoir aucune visite. Il n’y retourna plus.

Il voulut s’amuser. Il se rendit aux bals de l’Opéra. Ces gaietés tumultueuses le glaçaient des la porte. D’ailleurs, il était retenu par la crainte d’un affront pécuniaire, s’imaginant qu’un souper avec un domino entraînait a des frais considérables, était une grosse aventure.

Il lui semblait, cependant, qu’on devait l’aimer ! Quelquefois, il se réveillait le coeur plein d’espérance, s’habillait soigneusement comme pour un rendez-vous, et il faisait dans Paris des courses interminables. A chaque femme qui marchait devant lui, ou qui s’avançait a sa rencontre, il se disait : « La voila ! » C’était, chaque fois, une déception nouvelle. L’idée de Mme Arnoux fortifiait ces convoitises. Il la trouverait peut-etre sur son chemin ; et il imaginait, pour l’aborder, des complications du hasard, des périls extraordinaires dont il la sauverait.

Ainsi les jours s’écoulaient, dans la répétition des memes ennuis et des habitudes contractées. Il feuilletait des brochures sous les arcades de l’Odéon, allait lire la Revue des Deux Mondes au café, entrait dans une salle du College de France, écoutait pendant une heure une leçon de chinois ou d’économie politique. Toutes les semaines, il écrivait longuement a Deslauriers, dînait de temps en temps avec Martinon, voyait quelquefois M. de Cisy.

Il loua un piano, et composa des valses allemandes.

Un soir, au théâtre du Palais-Royal, il aperçut, dans une loge d’avant-scene, Arnoux pres d’une femme. Etait-ce elle ? L’écran de taffetas vert, tiré au bord de la loge, masquait son visage. Enfin la toile se leva ; l’écran s’abattit. C’était une longue personne, de trente ans environ, fanée, et dont les grosses levres découvraient, en riant, des dents splendides. Elle causait familierement avec Arnoux et lui donnait des coups d’éventail sur les doigts. Puis une jeune fille blonde, les paupieres un peu rouges comme si elle venait de pleurer, s’assit entre eux. Arnoux resta des lors a demi penché sur son épaule, en lui tenant des discours qu’elle écoutait sans répondre. Frédéric s’ingéniait a découvrir la condition de ces femmes, modestement habillées de robes sombres, a cols plats rabattus.

A la fin du spectacle, il se précipita dans les couloirs. La foule les remplissait. Arnoux, devant lui, descendait l’escalier, marche a marche, donnant le bras aux deux femmes.

Tout a coup, un bec de gaz l’éclaira. Il avait un crepe a son chapeau. Elle était morte, peut-etre ? Cette idée tourmenta Frédéric si fortement, qu’il courut le lendemain a l’Art industriel, et, payant vite une des gravures étalées devant la montre, il demanda au garçon de boutique comment se portait M. Arnoux.

Le garçon répondit :

« Mais tres bien ! »

Frédéric ajouta en pâlissant :

« Et Madame ?

— Madame, aussi ! »

Frédéric oublia d’emporter sa gravure.

L’hiver se termina. Il fut moins triste au printemps, se mit a préparer son examen, et, l’ayant subi d’une façon médiocre, partit ensuite pour Nogent.

Il n’alla point a Troyes voir son ami, afin d’éviter les observations de sa mere. Puis, a la rentrée, il abandonna son logement et prit, sur le quai Napoléon, deux pieces, qu’il meubla. L’espoir d’une invitation chez les Dambreuse l’avait quitté ; sa grande passion pour Mme Arnoux commençait a s’éteindre.