Mémoires de Vidocq - Tome I - Eugène-François Vidocq - ebook
Kategoria: Literatura faktu, reportaże, biografie Język: francuski Rok wydania: 1828

Mémoires de Vidocq - Tome I darmowy ebook

Eugène-François Vidocq

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Opis ebooka Mémoires de Vidocq - Tome I - Eugène-François Vidocq

Mémoires de Vidocq, chef de la police de sureté jusqu’en 1827 Aujourd’hui propriétaire et fabricant de papier a Saint-Mandé

Opinie o ebooku Mémoires de Vidocq - Tome I - Eugène-François Vidocq

Fragment ebooka Mémoires de Vidocq - Tome I - Eugène-François Vidocq

A Propos

VIDOCQ – AU LECTEUR

A Propos Vidocq:

Aventurier, voleur, bagnard, puis indicateur de police, il devient chef de la brigade de la Sureté parisienne en 1811. En 1827, Vidocq démissionne de ses fonctions de chef de la Sureté. Il s'installe a Saint-Mandé, pres de Paris, et crée une petite usine de papier. Il invente le papier infalsifiable. En 1828, il publie des Mémoires qui connaissent un grand succes, et qui inspirent notamment a Honoré de Balzac son personnage de Vautrin. Ruiné par son affaire d'usine de papier, il occupe a nouveau durant sept mois le poste de chef de la sureté en 1832, puis quitte définitivement le service public et fonde en 1833 le Bureau de renseignements pour le commerce, la premiere agence de détective privée, qui fournit aux commerçants, moyennant finance, des services de renseignement et de surveillance économique, ainsi que des informations sur les conjoints volages.

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Le plus grand fléau, est l’homme qui provoque.

Quand il n’y a point de provocateurs, ce sont les forts qui commettent les crimes, parce que ce ne sont que les forts qui les conçoivent. En police, il vaut mieux ne pas faire d’affaire que d’en créer.

Mémoires, tome 1.


VIDOCQ – AU LECTEUR

Ce fut au mois de janvier 1828 que je terminai ces Mémoires, dont je voulais diriger moi-meme la publication. Malheureusement, dans le courant de février, je me cassai le bras droit, et comme il était fracturé en cinq endroits différents, il fut question de me le couper ; pendant plus de six semaines, mes jours furent en péril, j’étais en proie a d’horribles souffrances. Dans cette cruelle situation, je n’étais guere en état de relire mon manuscrit, et d’y mettre ce qu’on appelle la derniere main : cependant j’avais vendu, et le libraire était pressé de publier ; il offrit de me donner un réviseur, et, trompé par la recommandation d’un écrivain honorablement connu dans la littérature, pour faire un travail qu’en toute autre circonstance je n’eusse confié a personne, il me présenta l’un de ces prétendus hommes de lettres dont l’intrépide jactance cache la nullité, et qui n’ont d’autre vocation que le besoin d’argent. Ce prétendu homme de lettres exaltait beaucoup trop son propre mérite, pour que je n’éprouvasse pas quelque répugnance a l’accepter, mais il avait derriere lui une caution respectable, il était désigné par un littérateur distingué. J’écartai des préventions peut-etre injustes, et je consentis a etre suppléé en attendant ma guérison. Le suppléant devait immédiatement prendre connaissance du manuscrit ; il le parcourut, et apres un examen superficiel, afin de se faire valoir, il ne manqua pas d’affirmer, suivant l’usage, qu’il, avait beaucoup a revoir et a corriger ; le libraire, suivant l’usage encore, le crut sur parole ; on réussit a me persuader dans le meme sens, et, comme tant d’autres, qui ne s’en vantent pas, j’eus un teinturier.

Certes, il avait beaucoup a reprendre dans mon style : j’ignorais les convenances et les formes littéraires, mais j’étais habitué a un ordre logique, je savais l’inconvénient des répétitions de mots, et si je n’étais pas grammairien comme Vaugelas, soit routine, soit bonheur, j’avais presque toujours l’avantage d’éviter les fautes de français. Vidocq écrivant avec cette correction était peut-etre une invraisemblance aux yeux de mon censeur, c’est ce que je ne sais pas : mais voici le fait :

Au mois de juillet dernier, j’allai a Douai pour faire entériner des lettres de grâces qui m’avaient été accordées en 1818. A mon retour, je demandai en communication les feuilles imprimées de mes Mémoires, et comme ma réintégration dans les droits de citoyen ne me laissait plus redouter aucune rigueur arbitraire de la part de l’autorité, je me proposai de refondre dans mon manuscrit tout ce qui est relatif a la police, afin de le compléter par des révélations dont je m’étais jusqu’alors abstenu.

Quel ne fut pas mon étonnement, lorsqu’a la lecture du premier volume et d’une partie du second, je m’aperçus que ma rédaction avait été entierement changée, et qu’a une narration dans laquelle se retrouvaient a chaque instant, les saillies, la vivacité et l’énergie de mon caractere, on en avait substitué une autre, tout a fait dépourvue de vie, de couleur et de rapidité. Sauf quelques altérations, les faits étaient bien les memes, mais tout ce qu’il y avait de fortuit, d’involontaire, de spontané dans les vicissitudes d’une carriere orageuse, ne s’y présentait plus que comme une longue préméditation du mal. L’empire de la nécessité était soigneusement dissimulé ; j’étais en quelque sorte le Cartouche de l’époque, ou plutôt un autre compere Matthieu, n’ayant ni sensibilité, ni conscience, ni regrets, ni repentir. Pour comble de disgrâce, la seule intention qui put justifier quelques aveux d’une sincérité peu commune, devenait imperceptible, je n’étais plus qu’un éhonté qui, accoutumé a ne plus rougir, joint a l’immoralité de certaines actions, celle de se complaire a les raconter. Pour me déconsidérer sous d’autres rapports, on me pretait encore un langage d’une trivialité que rien ne rachete. De bonne foi, je me sentais intérieurement humilié de ce que la presse avait reproduit des détails que je n’aurais pas manqué de faire disparaître, si je n’avais pas compté sur la révision d’un homme de gout. J’étais choqué de cette multitude de locutions vicieuses, de tournures fatigantes, de phrases prolixes, dans lesquelles l’oreille n’est pas plus ménagée que le bon sens et la syntaxe. Il ne m’était pas concevable qu’avec une telle absence de talent, on s’aveuglât au point de prendre la qualité d’homme de lettres. Mais bientôt des soupçons s’éleverent dans mon esprit, et a la suppression de quelques noms que j’étais surpris de ne plus trouver (celui de mon successeur, Coco-Lacour, par exemple), je crus reconnaître le doigt d’une police émérite et les traces d’une transaction a laquelle on s’était bien gardé de nous initier, le libraire et moi. Vraisemblablement le parti Delavau et Franchet, informé du fatal accident qui m’empechait de surveiller par moi-meme une publication qui doit l’inquiéter, avait profité de la circonstance pour faire rédiger mes Mémoires d’une maniere a paralyser d’avance l’effet de révélations dont il n’aura pas a s’applaudir. Toutes les conjectures étaient permises ; je n’accusai avec certitude que l’incapacité de mon correcteur, et comme, sans vanité, j’étais plus satisfait de ma prose que de la sienne, je le priai de se dispenser de continuer son travail.

Il semblerait qu’alors il n’eut point d’objection a faire ; mais devait-il se départir de sa mission ? il opposa un marché et un commencement d’exécution, en vertu duquel il s’attribuait le droit de me mutiler bon gré malgré, et de m’accommoder jusqu’au bout a sa fantaisie, a moins qu’il ne me plut de lui allouer une indemnité. J’aurais pu a plus juste titre lui demander des dommages et intérets ; mais ou il n’y a ni bien ni honneur a quoi sert une réclamation de ce genre ? Pour ne pas perdre de temps en débats inutiles, je rachetai mon manuscrit, et j’en payai la rançon sous certaines réserves que je fis in petto.

Des ce moment, je pris la résolution d’anéantir les pages dans lesquelles ma vie et les diverses aventures dont elle se compose étaient offertes sans excuse. Une lacération complete était le plus sur moyen de déjouer une intrigue dont il était facile d’apercevoir le but ; mais un premier volume était pret, et déja le second était en bon train ; une suppression totale eut été un sacrifice trop considérable pour le libraire : d’un autre côté, par un des plus coupables abus de confiance, le forban qui nous avait fait contribuer, trafiquant d’un exemplaire soustrait frauduleusement, vendait mes Mémoires a Londres, et insérés par extraits dans les journaux ils revenaient bientôt a Paris, ou ils étaient donnés comme des traductions. Le vol était audacieux ; je ne balançai pas a en nommer l’auteur. J’aurais pu le poursuivre ; son action ne restera pas impunie. En attendant, j’ai pensé qu’il était bon d’aller au plus pressé, c’est-a-dire de sauver la spéculation du libraire, en ne souffrant pas qu’il soit devancé, et qu’un larcin inoui dans les fastes de la librairie parvienne a ses dernieres conséquences ; il fallait une considération de ce genre, pour que je me décidasse a immoler mon amour-propre : c’est parce qu’elle a été toute puissante sur moi, que, dans un intéret contraire au mien, et pour satisfaire a l’impatience du public, j’accepte aujourd’hui, comme mienne, une rédaction que j’avais d’abord le dessein de répudier. Dans ce texte, tout est conforme a la vérité ; seulement le vrai, en ce qui me concerne, est dit avec trop peu de ménagements et sans aucune des précautions qu’exigeait une confession générale, d’apres laquelle chacun est appelé a me juger. Le principal défaut est dans une disposition malveillante, dont je puis seul avoir a me plaindre. Quelques rectifications m’ont paru indispensables, je les ai faites. Ceci explique la différence de ton dont on pourra etre frappé en comparant entre elles quelques portions de ces Mémoires ; mais, a partir de mon admission parmi les corsaires de Boulogne, on se convaincra facilement que je n’ai plus d’interprete ; personne ne s’est immiscé ni ne s’immiscera désormais dans la tâche que je me suis imposée de dévoiler au public tout ce qui peut l’intéresser ; je parle et je parlerai sans réserve, sans restriction, et avec toute la franchise d’un homme qui n’a plus de craintes, et qui, enfin rentré dans la plénitude des droits dont il fut injustement privé, aspire a les exercer dans toute leur étendue. Que si l’on concevait quelques doutes sur la réalité de cette intention, il me suffirait de renvoyer le lecteur au dernier chapitre de mon second volume, ou il acquerrait déja la preuve que j’ai la volonté et la force de tenir parole.