Le Bacille - Arnould Galopin - ebook
Kategoria: Sensacja, thriller, horror Język: francuski Rok wydania: 1928

Ebooka przeczytasz na:

e-czytniku EPUB
tablecie EPUB
smartfonie EPUB
komputerze EPUB
Czytaj w chmurze®
w aplikacjach Legimi.
Dlaczego warto?

Pobierz fragment dostosowany na:

Opis ebooka Le Bacille - Arnould Galopin

Martial Procas est un scientifique reconnu, spécialiste des microbes pathogenes. De plus il est beau et le tout-Paris, en particulier féminin, accourt a ses conférences universitaires. Un jour, une belle Américaine attire son regard et il tombe éperdument amoureux de cette femme qui se révele une aventuriere et le quitte quelques semaines a peine apres leur mariage. Quand il s'en rend compte, Procas est victime d'une crise tres grave, un cas de cyanose du a un rétrécissement de l'artere pulmonaire. Procas prend une teinte bleue qui ne le quittera plus. Des lors, victime de la haine de ses semblables, il doit fuir car «rien n'était impressionnant comme cette face qui semblait celle d'un cadavre en décomposition et qui était cependant éclairée par deux yeux jeunes ou se lisaient la douleur de vivre encore et l'exaspération de ne plus compter parmi les vivants...». Notre héros vit un calvaire, ne trouve de paix nulle part. Le jour ou un ignoble boucher tue le chien de Martial, son seul réconfort, il décide de se venger...

Opinie o ebooku Le Bacille - Arnould Galopin

Fragment ebooka Le Bacille - Arnould Galopin

A Propos

Chapitre 1

A Propos Galopin:

Arnould Galopin, né a Marbeuf en Normandie le 9 février 1863 et mort a Paris le 9 décembre 1934, est un écrivain français, officier de la Légion d'honneur, auteur d'ouvrages pour la jeunesse, de romans de science-fiction et de romans policiers.

Copyright: This work is available for countries where copyright is Life+70.
Note: This book is brought to you by Feedbooks
http://www.feedbooks.com
Strictly for personal use, do not use this file for commercial purposes.

 

A la mémoire de mon pere

Le Docteur AUGUSTIN GALOPIN,

Professeur de physiologie, éleve de Claude Bernard.

A. G.

 

Il allait chancelant, comme un enfant, lugubre,

Comme un fou… Devant lui la foule au loin s’ouvrait…

Léon Dierx.


Chapitre 1

 

Il venait brusquement d’apparaître au coin de la rue et s’avançait d’un air las, le menton sur la poitrine, le visage enfoui dans un grand cache-nez de laine noire.

Une femme qui faillit le heurter poussa un cri perçant et s’enfuit, affolée…

Presque au meme instant, de tous côtés, s’éleverent des exclamations confuses :

– Lui… encore lui !…

– Oh ! l’horreur !…

– Le monstre !…

Il y eut une longue rumeur, un mouvement de recul et instinctivement tous les visages se détournerent.

Pendant quelques secondes, il demeura immobile, fixant sur ceux qui l’entouraient deux yeux jaunes, humides et luisants, puis il poussa un long soupir et se remit en marche lentement… sous les huées…

Au moment ou il passait pres d’un hangar en démolition, quelqu’un lui lança un plâtras qui s’émietta sur ses talons en un nuage de poussiere blanche, et un gamin s’enhardit jusqu’a lui tirer son pardessus.

L’homme se retourna et regarda l’enfant qui, terrifié, resta cloué sur place, bouche bée, les doigts ouverts.

La foule s’était amassée, surexcitée, tumultueuse.

– Si nous n’étions pas arrivés, il l’aurait certainement frappé, dit une femme avec un geste de menace.

– Bien sur, reprit une autre… Tenez, pas plus tard qu’avant-hier, il a couru apres mon petit, meme qu’en rentrant chez nous le pauvre gosse a été pris de convulsions… Il avait eu comme qui dirait « les sangs tournés ».

– Mais pourquoi ne l’enferme-t-on pas ?… On a bien enfermé le mendiant de l’avenue d’Orléans, vous savez, celui qui avait la figure brulée et deux trous rouges a la place des yeux.

– C’est vrai tout de meme… pourtant il n’était pas aussi laid que celui-ci… et puis il ne bougeait jamais de place… il se tenait toujours devant la porte des Enfants-Assistés… Ceux qui ne voulaient pas le voir n’avaient qu’a passer de l’autre côté du trottoir… tandis que cet individu-la on le rencontre partout.

– Il habite sans doute le quartier ? interrogea quelqu’un.

– Oui… tout pres d’ici… a côté du marchand de fourrages, dans la petite maison qui fait le coin du passage Tenaille.

– Il faudra bien qu’on nous en débarrasse, grogna un vieux monsieur affligé d’un tic, en ponctuant sa phrase d’un coup de canne et d’un clignement d’oil.

– Le commissaire a dit qu’il n’y pouvait rien.

– Oh ! par exemple, nous verrons bien… oui, nous verrons… A la fin, c’est scandaleux, vraiment cela ne peut durer…

* *

*

L’homme était déja loin. Sa longue silhouette voutée s’était fondue peu a peu dans la luminosité pâle du crépuscule, et longtemps apres qu’il eut disparu, la foule demeura encore groupée sur le trottoir, maudissant cet inconnu, dont la breve apparition l’avait si étrangement remuée.

* *

*

Depuis environ un mois qu’il s’était fixé a Montrouge, celui que l’on appelait « l’Horreur » sortait régulierement, a la tombée de la nuit, comme les chauves-souris ; il prenait les rues désertes, rasait timidement les maisons, cherchant le plus possible a se dissimuler dans l’ombre. La premiere fois qu’on l’avait aperçu, il avait provoqué un sentiment de curiosité inquiete, une sorte d’indéfinissable malaise comme on en éprouve a la vue de quelque chose d’étrange, d’anormal, qui épouvante et déconcerte. Puis, a la longue, la crainte avait fait place a l’aversion, l’aversion au dégout. On avait peur de cet homme et on le détestait tout a la fois parce qu’il troublait la quiétude des gens paisibles et s’obstinait a vivre de la vie de tout le monde, quand il semblait condamné par la nature a mener l’existence des anciens lépreux. Pour un peu, on eut exigé qu’il se couvrît la tete d’un voile et s’annonçât d’un grincement de crécelle.

Il était devenu une sorte d’ennemi public ; une rage sourde grondait a son approche et, sans les sergents de ville, peut-etre l’eut-on lynché, tant était forte la haine de tous contre cet homme auquel on ne pouvait cependant reprocher que sa laideur. Il y a de ces miseres physiologiques qui surexcitent les nerfs et qui, apres avoir donné le frisson, finissent par horripiler. Elles deviennent une obsession et, a leur vue, au lieu d’une exclamation de pitié, c’est un cri de fureur qui s’échappe, car le moderne altruisme s’accommode mal de certaines complications et n’entend pas etre soumis a trop rude épreuve. Il est entendu que chacun aime son prochain, est quelquefois disposé a le secourir et a le consoler, a condition toutefois que ce prochain ne force pas les cours a des dévouements trop héroiques.

* *

*

La nuit était tout a fait venue quand « l’Horreur » réintégra son antre, une petite construction de deux étages, a la façade lézardée, aux volets disjoints, située presque en bordure de l’avenue du Maine.

Cette masure qui, a gauche, était protégée contre l’écroulement par des poutres vermoulues, s’adossait sur la droite a un hangar sous lequel on apercevait des bottes de paille et de foin symétriquement étagées. Une cour intérieure faisait communiquer le hangar avec cette pauvre maison, mais, depuis que celle-ci était habitée, on avait édifié a la hâte une sorte de cloison formée de planches disparates et a demi pourries que reliait entre elles par le haut une traverse de sapin toute neuve. Deux fenetres donnant sur la cour avaient été condamnées au moyen de tasseaux et l’on voyait encore la marque noire des volets contre la muraille.

La bicoque appartenait a un marchand de fourrages voisin ; elle était abandonnée depuis quelque temps et son propriétaire avait résolu de la démolir, quand un homme d’une cinquantaine d’années, qui se disait médecin, était, un jour, venu la louer et avait meme signé un bail de trois ans.

– C’est pour un de mes amis, avait-il dit… un savant qui désire etre tranquille…

Il avait fait mettre sur la quittance le nom de Martial Procas, avait payé un an d’avance et s’en était allé.

Deux jours apres, une grande tapissiere s’arretait devant la masure et les déménageurs ne tardaient pas a encombrer le trottoir de meubles dépareillés, de paquets, de ballots et d’une infinité d’objets et d’instruments bizarres, tels qu’on en voit dans les laboratoires : cornues rebondies, retortes au bec recourbé, cloches évasées par le bas, matras a col étroit, sphériques et ovoides, aludels piriformes lutés avec de l’argile, et emboîtés les uns dans les autres… Puis ce fut une profusion d’éprouvettes, de tubes coudés, de tubes en U, de coupelles, de creusets, de flacons, de filtres, d’eudiometres et de siphons.

Les passants intrigués s’arretaient devant un tel amas de choses mystérieuses et regardaient d’un oil méfiant cet envahissement de verrerie.

Enfin, les déménageurs tirerent encore de la voiture deux fourneaux de cuivre, un petit lit de fer, une armoire normande, un divan rouge en velours de lin fané, quelques chaises, une horloge a coffre, une grande table de chene qui ressemblait a un établi… et ce fut tout.

Les hommes attendaient qu’on vînt leur indiquer ou il fallait placer tout cela, et comme le locataire ne se montrait pas, ils allerent s’installer chez un marchand de vin, apres avoir recommandé a un gosse de les prévenir « des que le paroissien arriverait ».

Mais il faut croire que le « paroissien », comme ils l’appelaient, ne semblait guere pressé d’occuper sa nouvelle demeure, car il ne fit son apparition qu’au moment ou l’on commençait a allumer les réverberes.

Bien que l’on fut en mai et qu’il fît une chaleur lourde, il arriva dans un fiacre fermé, un de ces fiacres archaiques, comme on en rencontre encore la nuit, dans la cour des gares, et qui sont conduits par des sexagénaires rubiconds et malpropres. Apres avoir payé le cocher, il rabattit sur ses yeux son chapeau de feutre noir, mit une main devant son visage et s’engouffra rapidement dans le vestibule de la maison. On eut dit, a le voir, un homme qui venait d’etre soudainement frappé et qui, étourdi par le coup, s’enfuyait pour échapper a un ennemi invisible.

Les déménageurs prévenus parurent en grommelant, la démarche lourde et chaloupante.

– Ah ! c’est pas malheureux ! fit l’un.

– Ce type-la se paie décidément not’tete ! dit un autre. Attends un peu, on va lui ranger sa verrerie et proprement encore. Si y a de la casse, tant pis, ça s’ra pas d’not’faute puisqu’y fait nuit.

Du vestibule, une voix s’éleva, seche, un peu nasillarde :

– Mes amis, ne cassez rien, je vous en prie. Il y aura un bon pourboire.

Les déménageurs se regarderent et se mirent a rire betement, en se poussant du coude.

Le chef d’équipe, un grand gaillard aux bras tatoués, coiffé d’un bonnet rouge, répondit avec un accent traînant de faubourien :

– Soyez tranquille, bourgeois. On aura soin de votre vaisselle. Du moment qu’il y a un bon pourboire, ça va. Allons les gars ! Commençons par les meubles. Apres on s’appuiera la verrerie.

Et avec des gestes dont ils s’efforçaient d’atténuer la brusquerie, les hommes chargerent sur leurs épaules le pauvre mobilier qui s’étalait pele-mele dans la rue.

Cela prit un quart d’heure a peine… puis ils « attaquerent » la verrerie, mettant a ce travail un soin méticuleux qu’ils exagéraient d’une maniere ridicule.

Cependant, le locataire ne s’était pas encore montré. Dissimulé dans une chambre du premier étage, il interrogeait rapidement chaque fois qu’il entendait craquer les marches :

– Que montez-vous la ?

– Le lit…

– Bien… au premier… dans la piece de gauche.

Quelques instants apres, il demandait encore :

– Qu’apportez-vous, maintenant ?

– Des bibelots de verre.

– Dans la salle de droite, en bas, au rez-de-chaussée.

Tantôt sa voix semblait toute proche, tantôt elle venait un peu assourdie du fond d’une piece ou d’un corridor et jamais les déménageurs ne pouvaient apercevoir celui qui leur parlait… Quand ils approchaient de l’endroit ou devait se trouver ce singulier individu, ils entendaient un rapide glissement, voyaient une ombre qui frôlait les murs et disparaissait derriere une porte… Un d’entre eux, qui était chaussé d’espadrilles, parvint cependant a dépister « le paroissien » ; mais celui-ci, surpris, tourna brusquement le dos, et se tint dans un angle, légerement baissé, comme s’il arrangeait quelque chose.

Quand tout fut monté, placé, fixé, l’homme demanda encore :

– Et mes microscopes ? Je ne les vois pas…

– Quoi qu’y dit ? fit l’un des déménageurs.

– J’sais pas, répondit son camarade… j’crois qu’y d’mande ses « misroscopes ».

– Ils sont dans une caisse de bois noir… reprit l’homme invisible, sans sortir du coin ou il s’était tapi.

– Ah ! oui… j’vois c’que c’est… on va vous monter ça, bourgeois… fit le chef d’équipe… La caisse est restée en bas dans le vestibule… Pardon ! excuse ! on l’avait oubliée…

On entendit alors tinter des pieces de monnaie, puis le locataire annonça :

– Je dépose votre argent sur la cheminée de la chambre de droite.

Les déménageurs s’avancerent rapidement, mais quand ils arriverent, l’homme avait disparu…

Le chef compta l’argent, fit entendre un claquement de langue significatif, puis dit, en saluant ironiquement :

– Le compte y est… et largement… Merci bien, patron, et au revoir !… Non… j’peux pas dire ça, puisque j’vous ai pas vu… mais c’est égal, vous etes bien bon tout d’meme… Allons ! a une autre fois !

Il y eut dans l’escalier un bruit de souliers ferrés, des trébuchements sonores, puis la porte se referma bruyamment.

L’homme écouta quelques instants, immobile, en haut de l’escalier.

Quand il fut bien sur que les déménageurs étaient partis, il descendit tres vite, poussa le verrou de la porte d’entrée, alluma une bougie, puis se jetant sur le vieux divan rouge qui gisait au milieu d’un affreux fouillis, il se prit la tete entre les mains et se mit a sangloter…