Flatland - Edwin Abbott Abbott - ebook
Kategoria: Obyczajowe i romanse Język: francuski Rok wydania: 1884

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Opis ebooka Flatland - Edwin Abbott Abbott

Flatland est une allégorie, écrite en 1884, ou l'auteur, Edwin Abbott Abbott, donne vie aux dimensions géométriques, le point, la ligne et les figures planes, avant d'en arriver a faire découvrir l'univers des volumes par un carré. Cette allégorie n'est pas sans rappeler la sortie de la caverne, voire le cheminement de Don Quichotte, l'hidalgo de Cervantes.

Opinie o ebooku Flatland - Edwin Abbott Abbott

Fragment ebooka Flatland - Edwin Abbott Abbott

A Propos

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR A LA DEUXIEME ÉDITION RÉVISÉE, 1884
Partie 1 - Flatland
Chapitre 1 - De la Nature de Flatland
Chapitre 2 - Du Climat et des Maisons de Flatland

A Propos Abbott:

Edwin Abbott Abbott (December 20, 1838 – October 12, 1926), English schoolmaster and theologian, is best known as the author of the mathematical satire and religious allegory Flatland (1884). Abbott was the eldest son of Edwin Abbott (1808–1882), headmaster of the Philological School, Marylebone, and his wife, Jane Abbott (1806–1882). His parents were first cousins. He was educated at the City of London School and at St John's College, Cambridge, where he took the highest honours in classics, mathematics and theology, and became fellow of his college. In 1862 he took orders. After holding masterships at King Edward's School, Birmingham, and at Clifton College, he succeeded G. F. Mortimer as headmaster of the City of London School in 1865 at the early age of twenty-six. He was Hulsean lecturer in 1876. He retired in 1889, and devoted himself to literary and theological pursuits. Dr. Abbott's liberal inclinations in theology were prominent both in his educational views and in his books. His Shakespearian Grammar (1870) is a permanent contribution to English philology. In 1885 he published a life of Francis Bacon. His theological writings include three anonymously published religious romances - Philochristus (1878), Onesimus (1882), and Sitanus (1906). More weighty contributions are the anonymous theological discussion The Kernel and the Husk (1886), Philomythus (1891), his book The Anglican Career of Cardinal Newman (1892), and his article "The Gospels" in the ninth edition of the Encyclopadia Britannica, embodying a critical view which caused considerable stir in the English theological world. He also wrote St Thomas of Canterbury, his Death and Miracles (1898), Johannine Vocabulary (1905), Johannine Grammar (1906). Flatland was published in 1884. Source: Wikipedia

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Aux habitants de l'ESPACE EN GÉNÉRAL

et a H. C. en particulier

Cette Ouvre est Dédiée

Par un Humble Carré Originaire du Pays des Deux Dimensions

Dans l'Espoir que

Tout comme lui-meme a été Initié aux Mysteres des TROIS Dimensions

Alors qu'il en connaissait SEULEMENT DEUX

Ainsi les Citoyens de cette Céleste Région

Éleveront de plus en plus leurs aspirations

Vers les Secrets de la QUATRIEME, de la CINQUIEME ou meme de la SIXIEME Dimension

Contribuant ainsi

Au Développement de l'IMAGINATION

Et peut-etre au progres

de cette Qualité excellente et rare qu'est la MODESTIE

Au sein des Races Supérieures

de l'HUMANITÉ SOLIDE.


PRÉFACE DE L'ÉDITEUR A LA DEUXIEME ÉDITION RÉVISÉE, 1884

Si mon pauvre ami de Flatland jouissait encore de la vigueur intellectuelle qui était sienne au moment ou il entreprit de composer ces Mémoires, je n'aurais pas besoin de me substituer a lui pour rédiger cette préface dans laquelle il désire, tout d'abord, remercier ses lecteurs et critiques de Spaceland, notre Pays de l'Espace, dont la bienveillante attention a rendu nécessaire, plus rapidement qu'il n'était prévu, une deuxieme édition de son ouvre ; ensuite demander que l'on veuille bien excuser certaines erreurs et fautes de typographie (dont il n'est cependant pas entierement responsable) ; enfin corriger un ou deux malentendus. Mais il n'est plus le Carré d'antan. Des années de détention, et le fardeau encore plus lourd a supporter des sarcasmes et de l'incrédulité générale, ajoutés au vieillissement naturel de ses facultés mentales, ont effacé de son esprit bon nombre d'idées et de concepts, ainsi qu'une grande partie de la terminologie qu'il avait acquis pendant son séjour chez nous. Aussi m'a-t-il demandé de répondre a sa place a deux objections, de nature intellectuelle pour la premiere et morale pour la seconde.

Voici la premiere : un habitant de Flatland, lorsqu'il se trouve devant une Ligne, voit quelque chose qui doit lui sembler non seulement long, mais aussi épais (l'objet contemplé ne serait pas visible s'il n'avait pas une certaine épaisseur) ; et par conséquent il devrait reconnaître (selon ces critiques) que ses compatriotes ne sont pas seulement longs et larges mais également épais (quoique dans une tres faible mesure) ou encore hauts. Cette objection est plausible et paraît presque irréfutable pour un habitant de Spaceland au point que, lorsqu'on me la fit pour la premiere fois, j'avoue que je ne sus y répondre. Mais mon pauvre ami l'a fait, lui, et d'une façon qui me semble tout a fait satisfaisante.

« J'admets », me dit-il lorsque je lui mentionnai cette objection, « j'admets que votre critique a raison en ce qui concerne les faits, mais je conteste ses conclusions. Il est vrai que nous avons a Flatland une Troisieme Dimension, inconnue de nous, que l'on pourrait appeler « hauteur », tout comme vous avez, chez vous, a Spaceland, une Quatrieme Dimension, pour laquelle vous ne possédez pas encore, de nom mais que j'appellerai « extra-hauteur ». Moi-meme – qui ai eu le privilege de séjourner a Spaceland et de comprendre pendant vingt-quatre heures la signification du terme « hauteur » – je reste perplexe a présent devant cette notion et je ne peux plus la saisir ni par le sens de la vue, ni par le raisonnement ; elle nécessite de ma part un acte de foi.

« La raison en est évidente. L'idée de dimension implique une direction, implique une possibilité de mesure, implique le plus et le moins. Or, toutes nos lignes sont également et infinitésimalement épaisses (ou hautes, comme vous préférez) ; par conséquent, elles n'ont rien qui puisse orienter notre esprit vers l'image de cette Dimension. Le « micrometre » le plus « délicat » – dont l'usage a été suggéré trop hâtivement par l'un de vos critiques – ne nous servirait de rien : car nous ne saurions ni que mesurer, ni dans quelle direction le faire. Lorsque nous nous trouvons devant une Ligne, nous voyons quelque chose qui est long et brillant ; l'éclat, tout autant que la longueur, est nécessaire a l'existence d'une Ligne ; si l'éclat s'évanouit, la Ligne disparaît. Voila pourquoi tous mes amis de Flatland – lorsque je leur parle de cette Dimension inconnue qui, pourtant, est visible d'une certaine maniere dans une Ligne – me répondent : « Ah, vous voulez parler de l'éclat. » Et quand je réplique : « Non, c'est a une véritable Dimension que je fais allusion », ils me rétorquent : « Alors mesurez-la ou dites-nous dans quelle direction elle s'étend. » Ce qui me réduit au silence, car je ne peux faire ni l'un ni l'autre. Hier encore, lorsque le Cercle Supreme (autrement dit, notre Grand Pretre) est venu visiter la Prison d'État et qu'il m'a rendu sa septieme visite annuelle, en me demandant pour la septieme fois si je me sentais mieux, j'ai essayé de lui prouver qu'il était non seulement long et large mais également « haut », bien qu'il ne le sut pas. Que m'a-t-il répondu ?

« Vous dites que je suis « haut » ; mesurez ma « hauteur » et je vous croirai. » Que pouvais-je faire ? Comment relever ce défi ? J'ai perdu contenance et il est reparti triomphant.

« Cela vous semble-t-il toujours étrange ? Dans ce cas, imaginez que vous vous trouviez dans une situation identique a la mienne. Supposez qu'une personne de la Quatrieme Dimension condescende a vous rendre visite et vous dise : « Chaque fois que vous ouvrez les yeux, vous voyez une Figure plane (qui a Deux Dimensions) et vous inférez un Solide (qui en a Trois) ; mais en réalité vous voyez aussi (bien que vous ne le sachiez pas) une Quatrieme Dimension, qui n'est ni la couleur, ni l'éclat, ni quoi que ce soit de semblable, mais une véritable Dimension, dont je ne peux cependant pas vous indiquer la direction et que vous n'avez pas la possibilité de mesurer. » Que répondriez-vous a ce visiteur ? Ne le feriez-vous pas enfermer ? Eh bien, tel est mon destin ; et nous agissons aussi naturellement, nous, habitants de Flatland, en condamnant a la détention perpétuelle un Carré coupable d'avoir preché la Troisieme Dimension, que vous, habitants de Spaceland, en expédiant dans vos geôles un Cube coupable d'avoir preché la Quatrieme Dimension. Hélas, combien l'humanité aveugle est prompte a persécuter et comme elle se ressemble d'une Dimension a l'autre ! Que nous soyons Points, Lignes, Carrés, Cubes ou Extra-Cubes, nous sommes tous enclins aux memes erreurs, tous esclaves de nos préjugés dimensionnels respectifs. Comme l'a dit l'un de vos Poetes :

« Un coup de pinceau de la Nature rend tous les mondes semblables[1] . »

Sur ce point, les arguments du Carré me paraissent incontestables. J'aimerais pouvoir dire de sa réponse a la seconde objection (d'ordre moral, celle-la) qu'elle est aussi claire et cohérente. On lui a reproché d'etre misogyne ; et comme cette critique lui est adressée, avec une certaine véhémence, par un Sexe que la Nature a mis dans une position de supériorité numérique a Spaceland, je serais heureux de pouvoir la réfuter, s'il m'était possible de le faire en toute honneteté. Mais le Carré est si peu habitué a notre terminologie morale que je ne lui rendrais pas justice si je transcrivais littéralement les arguments qu'il avance pour sa défense. En ma qualité d'interprete de sa pensée, et pour la résumer, je me bornerai a dire qu'a ce que j'ai compris il a changé d'avis, pendant ses sept années de détention, tant sur les Femmes que sur les Isoceles et les Classes Inférieures. A présent, il se rapproche personnellement des idées de la Sphere, selon laquelle (voir page 149) les Lignes Droites sont, sur bien des points importants supérieures aux Cercles. Mais, fidele a son rôle d'Historien, il s'est identifié (peut-etre trop étroitement) aux points de vue généralement adoptés par ses collegues de Flatland et (a ce qu'on lui a dit) meme par ceux de Spaceland, qui (jusqu'a une date tres récente) ont rarement jugé digne d'attention la destinée des femmes comme celle des masses et ne l'ont jamais sérieusement analysée.

Dans un passage encore plus obscur, il me demande de réfuter les tendances Circulaires ou aristocratiques que certains de ses critiques lui ont naturellement attribuées. Tout en rendant justice aux facultés intellectuelles qui ont permis a un petit nombre de Cercles de préserver pendant plusieurs générations leur suprématie sur l'immense multitude de leurs compatriotes, il croit que l'histoire de Flatland parle d'elle-meme, sans nécessiter de commentaires de sa part, et montre que les révolutions ne peuvent pas toujours etre étouffées dans le sang. Il pense aussi que la Nature, en condamnant les Cercles a l'infécondité, les a voués en définitive a l'échec.

« Je vois la », ajoute-t-il, « l'application d'une grande loi commune a tous les univers : tandis que la sagesse de l'homme croit ouvrer a un objectif, la sagesse de la Nature le contraint a travailler dans un autre but, tres différent et meilleur. » Quant au reste, il demande a ses lecteurs de ne pas supposer que tous les détails de la vie quotidienne a Flatland doivent nécessairement correspondre a ceux de Spaceland. Il espere toutefois que son ouvrage, considéré dans son ensemble, séduira l'imagination de certains habitants de Spaceland et amusera du moins ces esprits modestes et modérés qui – en parlant de choses importantes mais situées en dehors des limites de l'expérience – refusent de dire aussi bien « cela ne peut pas etre » que « cela est obligatoirement ainsi et nous savons tout ce qu'il y a a savoir la-dessus ».


Partie 1
Flatland


Chapitre 1 De la Nature de Flatland

« Prenez patience, car le monde est vaste et large. »

J'appelle notre monde Flatland (le Plat Pays), non point parce que nous le nommons ainsi, mais pour vous aider a mieux en saisir la nature, vous, mes heureux lecteurs, qui avez le privilege de vivre dans l'Espace.

Imaginez une immense feuille de papier sur laquelle des Lignes droites, des Triangles, des Carrés, des Pentagones, des Hexagones et d'autres Figures, au lieu de rester fixes a leur place, se déplacent librement sur ou a la surface, mais sans avoir la faculté de s'élever au-dessus ou de s'enfoncer au-dessous de cette surface, tout a fait comme des ombres – a cela pres qu'elles sont dures et ont des bords lumineux – et vous aurez une idée assez exacte de mon pays et de mes compatriotes. Hélas, il y a quelques années encore, j'aurais dit « de mon univers » : mais a présent mon esprit s'est ouvert a une conception plus haute des choses.

Vous vous rendrez compte immédiatement que, dans un pays semblable, il ne peut exister rien de ce que vous appelez « solide » ; toutefois vous supposerez, me semble-t-il, que nous sommes au moins a meme d'opérer visuellement une distinction entre ces Triangles, ces Carrés et ces autres Figures qui s'y déplacent, comme je vous l'ai décrit. Au contraire, nous ne pouvons rien percevoir de tel, au moins avec une netteté suffisante pour nous permettre de distinguer une Figure d'une autre. Nous ne voyons, nous ne pouvons voir que des Lignes Droites ; et je vais vous en démontrer sur-le-champ la raison.

Placez une piece de monnaie sur l'une de vos tables dans l'Espace ; et, en vous penchant dessus, observez-la. Elle vous apparaîtra sous la forme d'un cercle.

Mais, a présent, reculez vers le bord de la table en vous baissant progressivement (ce qui vous rapprochera de plus en plus des conditions dans lesquelles vivent les habitants de Flatland) et vous constaterez que, sous votre regard, la piece devient ovale ; enfin, quand vous aurez placé votre oil exactement au bord de la table (ce qui fera réellement de vous, pour ainsi dire, l'un de mes compatriotes), vous verrez que la piece a completement cessé de vous paraître ovale et qu'elle est devenue, a votre connaissance, une ligne droite.

Il en serait de meme si vous preniez pour objet de vos observations un Triangle, un Carré ou toute autre Figure découpée dans du carton. Regardez-la en vous plaçant de maniere que votre oil soit au bord de la table : vous verrez qu'elle cesse de vous apparaître sous la forme d'une Figure et qu'elle devient en apparence une Ligne Droite. Prenons pour exemple un Triangle équilatéral qui représente chez nous un Commerçant appartenant a la classe respectable. La figure 1 vous montre ce Commerçant tel que vous le verriez en vous penchant au-dessus de lui ; les figures 2 et 3 vous le montrent tel que vous le verriez si votre oil approchait du niveau de la table ou le rasait presque ; et si votre oil était exactement au niveau de la table (c'est ainsi que nous le voyons a Flatland), il se réduirait pour vous a une Ligne Droite.

Pendant mon séjour a Spaceland, j'ai oui dire que vos marins connaissaient des expériences tres semblables lorsqu'ils traversaient vos océans et discernaient a l'horizon quelque île ou rivage éloigné. Des baies, des promontoires, des angles nombreux et de toutes dimensions peuvent découper cette terre lointaine ; a une certaine distance, néanmoins, vous n'en voyez rien (sauf, il est vrai, si votre soleil brille sur elle et révele les parties en saillie ou en retrait grâce au jeu de la lumiere et des ombres), rien qu'une ligne uniforme et grisâtre sur la mer.

Eh bien, voila tout justement ce que nous voyons quand une de nos connaissances triangulaires ou autres s'approche de nous a Flatland. Comme il n'y a chez nous ni soleil ni lumiere de nature a produire des ombres, nous ne disposons d'aucun de ces adjuvants qui viennent au secours de votre vue, chez vous, a Spaceland. Si notre ami s'avance, nous voyons sa ligne s'élargir ; s'il s'éloigne, elle diminue ; mais il est toujours a nos yeux une Ligne Droite ; qu'il soit Triangle, Carré, Pentagone, Hexagone, Cercle ou ce que vous voudrez, il n'est pour nous qu'une Ligne Droite et rien d'autre.

Vous vous demandez peut-etre comment, dans des circonstances si désavantageuses, nous parvenons a distinguer nos amis les uns des autres ; mais il sera a la fois plus judicieux et plus facile de répondre a cette question bien naturelle quand nous en arriverons a la description des habitants de Flatland. Permettez-moi, pour l'instant, de reporter ce sujet a plus tard et de vous dire un mot du climat et des maisons de notre pays.


Chapitre 2 Du Climat et des Maisons de Flatland

Chez nous, tout de meme que chez vous, il y a quatre points cardinaux : le Nord, le Sud, l'Est et l'Ouest.

En l'absence de soleil ou d'autres corps célestes, il nous est impossible de déterminer le Nord a la façon habituelle ; mais nous avons notre méthode particuliere. Chez nous, une Loi de la Nature fait qu'une attraction constante s'exerce en direction du Sud. ; et, quoique dans les régions tempérées cette attraction soit tres légere – au point que meme une Femme, évidemment supposée bien portante, peut parcourir plusieurs centaines de toises en direction du Nord sans grande difficulté – ses effets sont cependant assez sensibles pour nous servir de boussole sous la plupart de nos climats. En outre la pluie (qui tombe a intervalles fixes et toujours en provenance du Nord) nous est une aide supplémentaire ; et, dans les villes, nous nous fions aux maisons dont les murs latéraux sont, bien entendu, généralement orientés vers le Nord et vers le Sud afin que les toits forment obstacle a la pluie qui tombe du Nord. Dans la campagne, ou il n'y a pas de maisons, les troncs des arbres font plus ou moins office de guides. Tout compte fait, nous n'avons pas autant de mal que vous pourriez le croire a déterminer notre position.

Néanmoins, dans nos régions plus tempérées, ou l'attraction qui s'exerce en direction du Sud se fait a peine sentir, il m'est arrivé parfois, dans quelque plaine désolée ou il n'existait ni maison ni arbre qui put me servir de repere, de me trouver contraint a demeurer stationnaire pendant plusieurs heures d'affilée, en attendant que la venue de la pluie me permit de poursuivre mon voyage. La force de l'attraction est beaucoup plus éprouvante pour les personnes âgées ou affaiblies, et surtout pour nos délicates Femelles, que pour le robuste Sexe Mâle, de sorte qu'un homme bien élevé, s'il rencontre une Dame dans la rue, lui cédera toujours le côté Nord… ce qui n'est pas a proprement parler facile lorsqu'on est pris de court, que l'on ne jouit pas d'une santé excellente et que l'on se trouve dans une région ou il est difficile de distinguer le Nord du Sud.

Nos maisons n'ont pas de fenetres : car la lumiere nous arrive également a l'intérieur et a l'extérieur, de nuit comme de jour, en tous lieux et a tous moments. D'ou ? Nous l'ignorons. « Quelle est l'origine de la lumiere ? » C'était la, jadis, pour nos érudits, une question du plus haut intéret que l'on se posait fréquemment, et l'on en a cherché la solution a maintes reprises, sans autre résultat que de peupler les asiles de fous. En conséquence, apres avoir vainement tenté de restreindre indirectement ces recherches en les rendant passibles d'une lourde amende, la Législature, a une époque relativement récente, les a interdites absolument. Moi – hélas, moi seul a Flatland – je ne connais que trop bien la véritable solution de ce mystérieux probleme ; mais je suis dans l'incapacité de la rendre intelligible a un seul de mes compatriotes ; et l'on m'accable de sarcasmes – moi, l'unique détenteur des vérités de l'Espace, moi qui ai formulé la théorie de l'introduction de la Lumiere a partir du monde des Trois Dimensions – comme si j'étais un dément parmi les déments ! Mais treve de digressions pénibles retournons a nos maisons.

La forme que l'on adopte le plus communément pour la construction des maisons est a cinq côtés, ou pentagonale, comme dans le schéma ci-joint. Les deux côtés Nord, CD, DE constituent le toit et n'ont généralement pas de porte ; il y a a l'Est une petite porte pour les femmes ; a l'Ouest une autre, beaucoup plus grande, pour les Hommes ; habituellement, le côté Sud, ou plancher, n'en comporte pas.

Les maisons carrées et triangulaires ne sont pas autorisées, et ceci pour la raison suivante. Les angles d'un Carré (et davantage encore ceux d'un Triangle équilatéral) étant beaucoup plus pointus que ceux d'un Pentagone, et les lignes des objets inanimés (tels que les maisons) étant plus obscures que celles des Hommes et des Femmes, il s'ensuit que les coins d'une résidence carrée ou triangulaire risqueraient fort d'infliger une blessure sérieuse a un voyageur étourdi ou peut-etre distrait qui se jetterait brusquement contre eux ; et par conséquent, des le XIe siecle de notre ere, les maisons triangulaires ont été universellement interdites par la Loi, les seules exceptions étant les fortifications, les poudrieres, les casernes et autres bâtiments officiels, dont il n'est pas désirable que le grand public approche sans circonspection.

A cette époque, la construction de maisons carrées était encore admise partout, quoique découragée par une taxe spéciale. Mais, environ trois siecles plus tard, les Législateurs déciderent que, dans toutes les villes ou la population excédait dix mille habitants, l'angle d'un Pentagone était, pour une maison, le seul qui fut compatible avec la sécurité publique et que, l'on n'en pouvait point autoriser de plus grand. Le bon sens de la communauté a secondé les efforts de la Législature et maintenant, meme dans les campagnes, la construction pentagonale a pris le pas sur toutes les autres. Ce n'est a présent que de loin en loin, dans certaines régions agraires tres reculées et arriérées, qu'un antiquaire a encore quelques chances de découvrir une maison carrée.