Fantômes et Fantoches - Maurice Renard - ebook
Kategoria: Fantastyka i sci-fi Język: francuski Rok wydania: 1905

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Maurice Renard

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Opis ebooka Fantômes et Fantoches - Maurice Renard

Dans «Le Lapidaire», un vieil homme possede la plus merveilleuse (et par la meme la plus convoitée) des collections de pierres. Une fois encore la convoitise ne restera pas impunie. - «La Felure» est la retranscription posthume des derniers écrits du grand romancier Salvien Farges. Ces écrits ont été gardés secret car leur auteur y explique avoir été témoin d’une aventure a caractere surnaturel... - «Le Bourreau de Dieu» est l’histoire d’un enfant malingre, recueilli dans un monastere et baptisé Christophe. Il en sera chassé plus tard et commencera a errer jusqu’au moment ou il décide de s’installer au bord d’un sentier conduisant a la cime d’une montagne. Tres vite son succes aupres des touristes est envié par Marcoux le contrebandier...

Opinie o ebooku Fantômes et Fantoches - Maurice Renard

Fragment ebooka Fantômes et Fantoches - Maurice Renard

A Propos
LE LAPIDAIRE

A Propos Renard:

Auteur de romans, nouvelles et feuilletons, connus pour ses récits fantastiques. Son roman le plus connu est «Les Mains d'Orlac», adapté plusieurs fois au cinéma.

Disponible sur Feedbooks Renard:
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LE LAPIDAIRE

I

Il y avait a Genes, sous le dogat d’Uberto Lazario Catani, un lapidaire allemand fameux entre tous les marchands de pierreries.

C’était une époque favorable aux célébrités pacifiques.

La peste, dont la derniere épidémie avait fait des ravages tres meurtriers, ne sévissait plus depuis deux ans.

Entre Venise et sa rivale, la haine séculaire mourait dans une lassitude et un affaiblissement militaire simultanés.

Enfin, Andrea Doria venait de délivrer sa patrie en chassant les Français, et dans Genes indépendante il avait constitué un nouveau gouvernement républicain dont la force et l’harmonie promettaient une ere florissante de paix intérieure. La était l’important ; car les Génois, prenant parti dans les querelles pontificales contre le pape ou contre l’empereur, entraînés dans les dissensions urbaines vers l’une ou l’autre des grandes familles ennemies, poussant au pouvoir telle classe de la population qu’il leur convenait, puis encore divisés sur le choix des prétendants, allumaient la guerre civile a propos de futilités, et jusqu’alors ce n’avait été que perpétuels combats entre Gibelins et Guelfes, Spinola et Grimaldi, noblesse et bourgeoisie, amis de Julio et partisans d’Alberto, discorde au sein des factions et bataille dans la bataille.

Mais tout cela, disait-on, n’était plus qu’un passé regrettable.

Sur l’ordre d’Andrea Doria, une fusion s’opérait : les patriciens adoptaient les bourgeois sans trop récriminer et l’on célébrait d’assez bonne grâce des mariages mixtes.

Le calme régnait donc, et les citadins s’adonnaient au commerce avec une ardeur inusitée, heureux de ne plus voir dans les rues ni cadavres de pestiférés, ni matelots prets a partir contre un Dandolo, ni gens d’armes de France, ni surtout ces horribles flaques de sang caillé, témoignages d’émeute ou de rixe, vestiges funebres que d’ordinaire l’homme épouvanté rencontre si rarement et dont naguere les Génois se détournaient a chaque sortie sans y pouvoir accoutumer leur répulsion.

De tout temps, les étrangers les moins proches s’étaient mis en route afin de visiter la Ville ; mais l’annonce de cette tranquillité inespérée avait multiplié leur nombre. Plus de cavaliers montés sur de robustes palefrois, a cheval entre la valise et le portemanteau, et suivis de leurs serviteurs, franchissaient les portes bastionnées des remparts ; et surtout, on voyait débarquer, a l’arrivée des nefs moins rares une recrudescence de passagers, le fait étant bien connu dans le monde que l’on devait atteindre Genes par mer a cause du spectacle. Rien de plus exact ne fut jamais vérifié. Mais si le tableau se trouvait etre véritablement grandiose, il semblait fort énigmatique a ceux qui l’admiraient pour la premiere fois. Aussi les voyageurs de l’Océan comme ceux de la terre, accostés des l’arrivée – fussent-ils ruisselants a l’égal de tritons ou plus poussiéreux que meuniers – par les guides, dont la race est éternelle, se rendaient-ils en leur compagnie sur le môle, d’ou l’on découvrait la meme vue que du large en l’écoutant expliquer.

Des quais, la Ville s’échelonnait sur une colline abrupte et la couvrait tout entiere de toits pointus, de terrasses et de murs blancs. Elle paraissait bâtie afin que chaque maison put voir la mer, et la cité maritime formait une tribune aux cent gradins, préparée, semble-t-il, pour quelque naumachie colossale. La crete d’une montagne aride découpait derriere elle un horizon tres élevé, couronné de forteresses et de monasteres qui se ressemblaient ; et Genes profilait sur cet écran morose et menaçant la silhouette plus claire de son amphithéâtre. A voir cette disposition en escalier, on avait tout de suite l’idée que les différents ordres d’une population si partagée habitaient chacun le degré correspondant a la hauteur de sa condition sociale. On se trompait : la ville basse passait pour la plus riche, la proximité du port attirant de ce côté les marchands, et elle possédait, comme la ville supérieure, ses palais. Ils étaient visibles du môle – car la vue de cette cité presque verticale en donnait le plan – et les guides, esprits méthodiques, apres avoir fait admirer la ceinture inexpugnable de Genes entourée par l’eau de la mer et du Bisagno, par des citadelles et des fortifications – ce qui faisait sourire les sujets du feu roi Louis XII – désignaient les édifices :

– San Lorenzo ! San Marco ! Le palais d’Andrea Doria !

– Ou donc ?

– Pas loin de la Lanterna… Tout pres de la rive… Contre le mur d’enceinte et en dehors… au milieu de jardins, ce grand château…

– Parfaitement. Doria, c’est le doge, n’est-ce pas ?

– Non ! Il a refusé le bonnet. Le commandement de la flotte espagnole lui laisse peu de loisirs, et Doria persiste a servir l’empereur, disant ne pouvoir mieux obliger les siens qu’en leur conservant un allié si considérable. La guerre pourtant lui donne du répit ; le voila parmi nous quelque temps jusqu’aux expéditions prochaines. Il est tout-puissant et le doge lui demande conseil. Les hommes de sa trempe ne devraient pas mourir, et ses cheveux sont blancs…

Puis, le boniment, récité a la façon d’une confidence, accentué de mimiques affairées, larmoyant parfois, présomptueux souvent, emphatique toujours, se poursuivait a l’occasion d’autres castels :

– Cette tour est celle de l’arsenal, effroyable magasin de la mort ! Au centre de la Ville, s’éleve le palais ducal. Que Dieu protege le doge ! Voici, dans le quartier bas, N. Donna delle Grazie ; la terrasse de l’orfevre Spirocelli, voisine de l’église, s’aperçoit fort nettement. Quel artiste !… Je vous conduirai chez lui ; vous acheterez la des bijoux délicieux, agencés selon les regles récentes de l’art… Et voyez-vous maintenant, a une portée d’arbalete de cette maison, celle dont la toiture bleue est percée de quatre fenetres ? C’est la demeure d’Hermann Lebenstein, le beau-pere de Spirocelli, le roi des lapidaires, une des gloires génoises ! Il possede une merveilleuse collection de pierres. Par la Sainte Madone ! on ne saurait tarder davantage a connaître un tel trésor, car il pourrait payer la rançon de toute la chrétienté, si les mécréants venaient a la capturer !

Alors, a travers le dédale des ruelles, les voyageurs accompagnaient leurs guides, et quand ils les questionnaient au sujet de ce lapidaire aussi renommé que San Lorenzo, l’arsenal ou Doria, les Italiens rusés faisaient mine de ne pas entendre et nommaient obséquieusement les passants de qualité : Marino, Garibaldi, Fiescho…