Une ténébreuse affaire - Honoré de Balzac - ebook

Une ténébreuse affaire ebook

Honore De Balzac

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Opis

Extrait : "L'automne de l'année 1803 fut un des plus beaux de la première période de ce siècle qu'n France nous nommons l'Empire. En octobre, quelque pluies avaient rafraîchi les prés, les arbres étaient encore verts et feuillés au milieu du mois de novembre. Aussi le peuple commençait-il à établir entre le ciel et Bonaparte, alors déclaré consul à vie, une entente à laquelle cet homme a dû l'un de ses prestiges."À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARANLes éditions LIGARAN proposent des versions numériques de qualité de grands livres de la littérature classique mais également des livres rares en partenariat avec la BNF. Beaucoup de soins sont apportés à ces versions ebook pour éviter les fautes que l'on trouve trop souvent dans des versions numériques de ces textes. LIGARAN propose des grands classiques dans les domaines suivants : • Livres rares• Livres libertins• Livres d'Histoire• Poésies• Première guerre mondiale• Jeunesse• Policier

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Préface

La plupart des Scènes que l’auteur a publiées jusqu’à ce jour ont eu pour point de départ un fait vrai, soit enfoui dans les mers orageuses de la vie privée, soit connu dans quelques cercles du monde parisien où tout s’oublie si promptement ; mais quant à cette seconde Scène de la vie politique, il n’a pas songé que, quoique vieille de quarante ans, l’horrible aventure où il a pris son sujet pouvait encore agiter le cœur de plusieurs personnes vivantes. Néanmoins il ne pouvait s’attendre à l’attaque irréfléchie que voici :

« M. Balzac a donné naguères, dans le journal le Commerce, une série de feuilletons sous le titre de : Une ténébreuse affaire. Nous le disons dans notre conviction intime, son travail remarquable, sous le rapport dramatique et au point de vue du roman, est une méchante et mauvaise action au point de vue de l’histoire, car il y flétrit, dans su vie privée, un citoyen qui fut constamment entouré de l’estime et de l’affection de tous les hommes honnêtes de la contrée, le bon et honorable Clément-de-Ris qu’il représente comme l’un des spoliateurs et des égorgeurs de 1793, M. Balzac appartient cependant à ce parti qui s’arroge fort orgueilleusement le titre de conservateur. »

Il suffit de textuellement copier cette note pour que chacun la puisse qualifier. Cette singulière réclame se trouve dans la biographie d’un des juges dans l’affaire relative à l’enlèvement du sénateur Clément-de-Ris. À propos de ce procès, les rédacteurs de cette biographie trouvent le mot de l’affreuse énigme de l’arrêt criminel dans les Mémoires de la duchesse d’Abrantès, et ils en citent tout le passage suivant en l’opposant par leur note accusatrice à Une Ténébreuse affaire.

« On connaît le fameux enlèvement de M. Clément-de-Ris. C’était un homme d’honneur, d’âme, et possédant de rares qualités dans des temps révolutionnaires. Fouché et un autre homme d’état encore, vivant aujourd’hui comme homme privé et comme homme public, ce qui m’empêche de le nommer, non que j’en aie peur, (je ne suis pas craintive de ma nature), mais parce que la chose est inutile pour ceux qui ne le connaissent pas, et que ceux qui le connaissent n’ont que faire même d’une initiale ; ce personnage donc, qui avait coopéré comme beaucoup d’autres à la besogne du 18 brumaire, besogne qui, selon leurs appétits gloutons, devait être grandement récompensée, ce personnage vit avec humeur que l’on mît d’autres que lui dans un fauteuil où il aurait voulu s’asseoir. – Quel fauteuil, me dira-t-on ? Celui de sénateur ? – Quelle idée ! non vraiment. – Celui de président de la Chambre des députés ? – Eh non ! – Celui de l’archevêque de Paris ? – Ma foi ! mais non. D’abord il n’y en avait pas encore de remis en place. De fauteuil ? – Non, d’archevêque. Enfin ce n’était pas celui-là non plus. Mais ce qui est certain, c’est que le personnage en voulait un qu’il n’eut pas, ce qui le fâcha. Fouché, qui avait eu bonne envie de s’asseoir dans le beau fauteuil de velours rouge, s’unit non pas de cœur, mais de colère avec le personnage dont je vous ai parlé : il paraît (selon la chronique du temps) qu’ils commencèrent par plaindre la patrie (c’est l’usage) : – Pauvre patrie ! pauvre république ! moi qui l’ai si bien servie ! disait Fouché. – Moi qui l’ai si bien desservie ! pensait l’autre. – Je ne parle pas pour moi, disait Fouché, un vrai républicain s’oublie toujours. Mais vous ! – Je n’ai pas un moment pensé à moi, répondait l’autre, mais c’est une affreuse injustice que de vous avoir préféré Calotin.

Et de politesse en politesse, ils en vinrent à trouver qu’il y avait deux fauteuils, et que leur fatigue politique pouvait souffler, en attendant mieux, dans les deux fauteuils tant désirés.

– Mais, dit Fouché, il y a même trois fauteuils.

Vous allez voir quel fut le résultat de cette conversation, toujours d’après la chronique et elle n’a guère eu le temps de s’altérer, car elle est de l’an de grâce 1800. Cette histoire que je vous raconte, j’aurais pu vous la dire dans les volumes précédents, mais elle est mieux dans son jour maintenant. C’est par les contrastes qu’eux-mêmes apportent dans leur conduite qu’on peut juger et apprécier les hommes, et Dieu sait si l’un de ceux dont je parle en ce moment en a fourni matière ! Le premier exemple qu’il donna, exemple qui pourrait être mis en tête de son catéchisme (car il en a fait un), fut celui d’une entière soumission aux volontés de l’empereur, après avoir voulu jouer au premier consul le tour que voici : c’est toujours, comme je l’ai dit, la chronique qui parle.

Tout en devisant ensemble sur le sort de la France, ils en vinrent tous deux à rappeler que Moreau, ce républicain si vanté, que Joubert, Bernadotte, et quelques autres, avaient ouvert l’oreille à des paroles de l’Espagne, portées par M. d’Azara à l’effet de culbuter le Directoire, lequel, certes, était bien digne de faire la culbute, même dans la rivière ; il y avait donc abus à rappeler le fait et à comparer les temps. Mais les passions ne raisonnent guère, ou plutôt ne raisonnent pas du tout. Les deux hommes d’état se dirent donc :

– Pourquoi ne ferions-nous pas faire la culbute aux trois consuls ? car puisque vous voulez le savoir, je vous dirai donc enfin que c’était le fauteuil de consul-adjoint que convoitaient ces messieurs ; mais, comme la faim vient en mangeant, tout en grondant de n’avoir ni le second ni le troisième, ils jetèrent leur dévolu sur le premier, ils se l’abandonnèrent sur le tapis avec une politesse toute charmante, se promettant bien, comme je n’ai pas besoin de vous le dire, de le prendre et de le garder le plus longtemps qu’ils pourraient, chacun pour soi. Mais là où jamais, c’était le cas de dire qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours, avant de l’avoir jeté par terre.

Clément-de-Ris était, comme je vous l’ai rapporté, un honnête homme, un consciencieux républicain, et l’un de ceux qui de bonne foi s’étaient attachés à Napoléon, parce qu’il voyait enfin que LUI SEUL pouvait faire aller la machine. Les gens qui ne pensaient pas de même probablement, puisqu’ils avaient le projet de tout changer, lui retournèrent si bien l’esprit en lui montrant en perspective le troisième fauteuil, qu’il en vint au point de connaître une partie de leur plan et même de l’approuver. C’est en ce moment qu’eut lieu le départ pour Marengo. L’occasion était belle, il ne fallait pas la manquer ; si le premier consul était battu, il ne devait pas rentrer en France, ou n’y rentrer que pour y vivre sous de bons verrous. De quoi s’avisait-il aussi d’aller faire la guerre à plus fort que lui ? (C’est toujours la chronique.)

Clément-de-Ris étant donc chez lui un matin, déjà coiffé de sa perruque de sénateur, quoiqu’il eût encore sa robe de chambre, reçut cette communication dont je viens de parler, et comme il faut toujours penser à tout, (observe la chronique), on lui demanda de se charger de proclamations déjà imprimées, de discours et autres choses nécessaires aux gens qui ne travaillent qu’à coups de paroles. Tout allait assez bien, ou plutôt assez mal, lorsque tout à coup arrive, comme vous savez, cette nouvelle qui ne fut accablante que pour quelques méchants, mais qui rendit la France entière ivre de joie et folle d’adoration pour son libérateur, pour celui qui lui donnait un vêtement de gloire immortelle. En la recevant, les deux postulants aux fauteuils changèrent de visage (c’est ce que l’un d’eux pouvait faire de mieux), et Clément-de-Ris aurait voulu ne s’être jamais mêlé de cette affaire. Il le dit peut-être trop haut, et l’un des candidats lui parla d’une manière qui ne lui convint pas. Il s’aperçut assez à temps qu’il devait prendre des mesures défensives, s’il voulait prévenir une offense dont le résultat n’eût été rien moins que la perte de sa tête ; il mit à l’abri une grande portion des papiers qui devenaient terriblement accusateurs. Il le fit, et fit bien, dit la chronique, et je répète comme elle qu’il fit très bien.

Quand les joies, les triomphes, les illuminations, les fêtes, toute cette première manifestation d’une ivresse générale fut apaisée, mais en laissant pour preuves irréfragables que le premier consul était l’idole du peuple entier, alors ces hommes aux pâles visages, dont je vous ai parlé, ne laissèrent même pas errer sur leurs lèvres le sourire sardonique qui les desserrait quelquefois. La trahison frémissait devant le front radieux de Napoléon, et ces hommes, qui trouvaient tant d’échasses loin de lui, redevenaient pygmées en sa présence. Clément-de-Ris demeura comme il était, parce qu’il se repentit, et que d’ailleurs il n’en savait pas assez pour avoir le remords tout entier. Néanmoins il se tint en garde contre les hommes pâles, mais il avait affaire à plus forte partie que celle qu’il pouvait jouer.

Ce fut alors que la France apprit, avec une surprise que des paroles ne peuvent pas exprimer, qu’un sénateur, un des hommes considérables du gouvernement, avait été enlevé à trois heures de l’après-midi, dans son château de Beauvais, près de Tours, tandis qu’une partie de ses gens et de sa famille était à Tours pour voir célébrer une fête nationale (je crois le 1er vendémiaire de l’an IX). Il y avait bien eu de ces enlèvements lorsque le Directoire nous tenait sous son agréable sceptre, mais depuis que le premier consul avait fait prendre, dans toutes les communes de l’Ouest qui vomissaient les chauffeurs, brûlante écume de la chouannerie, des mesures aussi sages que vigoureuses, cette sorte de danger s’était tellement éloignée, surtout des habitations comme celles du château de Beauvais, qu’on n’en parlait presque plus. Les bandes qui furent quelque temps inquiétantes, en 1800 et 1801, étaient sur les bords du Rhin et sur les frontières de la Suisse. Ce fut donc use stupéfaction générale. Le ministre de la police d’alors, Fouché, dit de Nantes, comme l’appelle une autre chronique, se conduisit fort bien dans cette circonstance ; il n’avait pas à redouter la surveillance de Dubois, notre préfet de police, qui n’aurait pas laissé échapper vingt-cinq hommes enlevant en plein jour une poulette de la taille et de l’encolure de Clément-de-Ris, sans qu’il en restât des traces après lesquelles ses limiers, du moins, auraient couru. L’affaire s’était passée à soixante lieues de Paris ; Fouché avait donc beau jeu, et pouvait tenir les cartes ou bien écarter à son aise : ce fut ce qu’il fit. Pendant dix-sept à dix-huit jours on eut quelques éclairs d’indices sur la marche des fugitifs, qui entraînaient Clément-de-Ris, sous prétexte de lui faire donner une somme d’argent considérable. Tout à coup Fouché reçoit une lettre, qui lui était adressée par Clément-de-Ris lui-même, qui ne voyant que le ministre de la police qui pût le sauver, lui demandait secours et assistance. Ceux qui ont connu l’âme pure et vertueuse de Clément-de-Ris ne seront pas étonnés de cette candeur et de cette confiance. Il avait bien pu avoir quelques craintes, mais je sais (du moins la chronique me l’a-t-elle dit) que c’était plutôt un sentiment vague de méfiance pour l’autre visage pâle que pour Fouché, qui lui avait fait prendre quelques précautions. Enfin cette lettre, mise avec grande emphase dans le Moniteur, fut apparemment un guide plus certain que tous les indices que la police avait pu recueillir jusque-là, chose cependant fort étonnante, car Clément-de-Ris n’y voyait pas clair, et ne savait pas où il était. Toujours est-il que peu de jours après l’avoir reçue, Fouché annonce que Clément-de-Ris est retrouvé. Mais où l’a-t-il été ?… Comment ?… Dans une forêt, les yeux bandés, marchant au milieu de quatre coquins qui se promenaient aussi tranquillement qu’à une partie de colin-maillard ou de quatre coins. On tire des coups de pistolet, on crie, et voilà la victime délivrée, absolument comme dans ma Tante Aurore ; excepté cependant que l’honnête et bon Clément-de-Ris fut pendant trois semaines au pouvoir d’infâmes scélérats, qui le promenaient au clair de lune pendant qu’ils faisaient les clercs de Saint-Nicolas.

Dès la première effusion de sa reconnaissance, il appela Fouché son sauveur, et lui écrivit une lettre que l’autre fit aussitôt insérer dans le Moniteur avec un beau rapport. Mais cette lettre n’eût pas été écrite peut-être quelque temps après, lorsque Clément-de-Ris, voulant revoir ses papiers, n’y trouva plus ceux qu’il avait déposés dans un lieu qu’il croyait sûr. Cette perte lui expliqua toute son aventure ; il était sage et prudent, il se tut, et fit encore bien ; car avec les gens qui sont méchants parce qu’ils te veulent, il faut bien se garder de leur faire vouloir, et surtout par vengeance. Mais le cœur de l’homme de bien fut profondément ulcéré.

Quelques jours après son retour chez lui (je ne sais pas précisément l’époque), une personne que je connais fut voir Clément-de-Ris à Beau vais… Elle le trouva triste, et d’une tristesse tout autre que celle qu’eût produite l’accablement, suite naturelle d’une aussi dure et longue captivité. Ils se promenèrent ; en rentrant dans la maison, ils passèrent près d’une vaste place de gazon, dont les feuilles jaunes et noircies contrastaient avec la verdure chatoyante et veloutée des belles prairies de la Touraine à cette époque de l’année. La personne qui était venue le visiter en fit la remarque, et lui demanda pourquoi il permettait à ses domestiques de faire du feu sur une pelouse qui était en face de ses fenêtres et Clément-de-Ris regarda cette place, qui pouvait avoir quatre pieds de diamètre, mais sans surprise. Il était évident qu’il la connaissait déjà. Néanmoins son front devint plus soucieux ; une expression de peine profonde se peignit sur son visage toujours bienveillant. Il prit le bras de son ami, et s’éloignant d’un pas rapide :

– Je sais ce que c’est, dit-il… Ce sont ces misérables… Je sais ce que c’est… je ne le sais que trop. – Et il porta la main à son front avec un sourire amer.

Clément-de-Ris revint à Paris. Il n’avait pas assez de preuves pour attaquer celui qui avait voulu le sacrifier à sa sûreté… Mais un monument s’éleva dans son cœur, et quoique inaperçu alors, il n’en fut pas moins durable. »

Maintenant, il faut dire que les rédacteurs de ces Biographies qui se piquent d’écrire l’histoire avec impartialité, vérité, justice, ont fait la biographie du maréchal Bourmont, et lui ont attribué la part la plus étrange dans cette affaire, d’après ce passage relatif à Clément-de-Ris, fourni par Fouché.

« Vers cette époque arriva l’étrange évènement que nous allons raconter, et sur les véritables causes duquel le gouvernement n’a jamais voulu s’expliquer. Le 1er vendémiaire an IX (23 septembre 1800), M. Clément se trouvant presque seul à sa maison de Beauvais, près de Tours, six brigands armés entrèrent chez lui, s’emparèrent de l’argent monnayé et de l’argenterie, le forcèrent à monter avec eux dans sa propre voiture, le conduisirent dans un lieu inconnu, et le jetèrent dans un souterrain, où il resta dix-neuf jours sans qu’on pût avoir de ses nouvelles. Cet évènement fit grand bruit. À peine la police en eut-elle été informée, que le ministre Fouché, qui dirigeait ce département, manda quelques chefs de chouans, qui se trouvaient à Paris ; on eut par eux la confirmation de ce qu’on croyait déjà savoir, c’est que M. de Bourmont n’était pas étranger à cette affaire (voy. BOURMONT). Appelé lui-même chez le ministre, on ne lui laissa pas ignorer qu’on ne se tiendrait satisfait d’aucune dénégation ; qu’il ne s’agissait pas d’éluder les questions, mais d’y répondre ; qu’on n’ignorait pas qu’il était instruit du lieu où avait été déposé M. Clément ; qu’il répondait de sa vie sur la sienne, et qu’on lui donnait trois jours pour le faire retrouver. M. de Bourmont, qui jugea bien qu’il n’avait pas le choix du parti qu’il avait à prendre, en demanda huit, et donna, dans cet espace de temps, toutes les indications nécessaires ; en effet, quelques personnes, beaucoup moins étrangères à la police qu’on ne se serait porté à le croire d’après le parti politique auquel elles appartenaient, furent envoyées sur la trace des brigands. Ayant rencontré M. Clément-de-Ris lorsqu’on le transférait dans un autre lieu, elles mirent en fuite son escorte, et le ramenèrent au sein de sa famille. Ce guet-apens, exécuté en plein jour, passa alors pour être l’ouvrage des bandes de chouans dont M. de Bourmont, qui trahissait, au gré de ses intérêts personnels, le premier consul pour son parti, et son parti pour le premier consul, n’avait pas cessé d’être secrètement le chef. Pour ennoblir un attentat qui, sans l’activité de la police, eût pu avoir un dénouement tragique, on a prétendu qu’il avait été dirigé par des royalistes qui voulaient avoir dans la personne de Clément-de-Ris, un otage important pour garantir la vie menacée de quelques-uns de leurs chefs ; mais rien n’a indiqué que cette conjecture eût quelque vraisemblance. »

Personne ne doit être étonné d’apprendre que le conquérant d’Alger qui, pour prix des infamies qu’on lui prête, a donné un empire à la France, ait traité ceci de calomnie. Aussi les biographes sont-ils forcés d’annoter cette autre, citation par cette note où ils font au Maréchal de singulières excuses.

« C’est, disent-ils, cette version que nous avons accueillie dans notre article consacré au général Bourmont ; nous croyons devoir le rappeler comme atténuation des accusations que nous avons portées contre ce personnage, qui dans son intimité, a qualifié notre assertion de calomnie. N’eût-il pas mieux fait de nous adresser à nous-mêmes ses propres réclamations, ou rectifications, que nous avions offert d’insérer dans notre ouvrage, et que l’un de ses fils avait pris l’engagement de nous faire parvenir ? »

Admirez ce conseil anodin donné par les rédacteurs de biographies faites sans le consentement de ceux sur lesquels on écrit de leur vivant, d’aller trouver leurs biographes pour s’entendre avec eux. On vous maltraite et l’on exige les plus grands égards de la part du maltraité