Les démons de l'île de Skye - John-Erich Nielsen - ebook

Les démons de l'île de Skye ebook

john erich nielsen

0,0
27,64 zł

Opis

La disparition inquiétante d'une famille de stars interpelle l'inspecteur Sweeney...

James Callahan, le plus célèbre acteur écossais, coule des jours heureux dans son château de Havengear, en compagnie de son épouse l’actrice américaine Shauna Powers, et de sa fille adoptive Lucy. Jusqu’à ce qu’une nuit de juin, toute la famille disparaisse…
Que sont devenus les Callahan ? Les traces de sang découvertes dans le hall d’entrée ne présagent rien de bon. Et qui se trouve à bord du voilier de la star ? Huit jours d’enquête. Huit jours d’Enfer… Nous n’avions qu’une idée en tête : retrouver les Callahan vivants. Mais nous ne savions pas… Nous n’imaginions pas… Car, déjà, sur l’île de Skye, les démons se jouaient de nous…
Inspecteur Sweeney - Police criminelle d'Edimbourg

Un 7e épisode des investigations du célèbre détective écossais !

EXTRAIT

Le docteur s’aperçut alors que les voyants au-dessus du portail avaient cessé de clignoter et que l’entrée était enfin dégagée. Il engagea la première, puis il relâcha doucement la pédale d’embrayage.
Mais au même instant, sa portière s’ouvrit d’un coup. Oliver eut à peine le temps de distinguer le visage encagoulé qui se jetait sur lui. L’homme lui passa le bras autour du cou, arracha sa ceinture et le tira violemment hors du véhicule. La Volvo cala instantanément.
Affalé sur le trottoir, le bras droit remonté dans le dos et la gorge étreinte par le biceps de son agresseur, McLaughlin entendit une voix sourde lui ordonner :
– Prends ta sacoche !
Sans réfléchir, de sa main gauche encore libre, le médecin s’empara de la serviette tombée sur le plancher. Aussitôt, l’inconnu le força à se relever, puis il l’entraîna de l’autre côté de la rue.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Sweeney est toujours aussi sympathique. Un bon polar d’enquête, dans le respect de la tradition du roman policier. - Claude Le Nocher, Rayon Polar

Les démons de l’île de Skye est un polar bien construit, qui nous rappelle que les humains sont bien plus à craindre que les êtres de légende. - Blog Des livres et Sharon

L'histoire est plaisante. Il y a un vrai suspens. L'atmosphère de l'île de Skye est bien décrite mais ce n'est qu'un court moment du livre. Un bon policier pour un bon moment de détente. - clodermer, Babelio

À PROPOS DE L'AUTEUR

John-Erich Nielsen est né le 21 juin 1966 en France. Professeur d'allemand dans un premier temps, il devient ensuite officier (capitaine) pendant douze ans, dans des unités de combat et de renseignement. Conseiller Principal d'Education de 2001 à 2012, il est désormais éditeur et auteur à Carnac, en Bretagne.
Les enquêtes de l'inspecteur Archibald Sweeney - jeune Ecossais dégingandé muni d'un club de golf improbable, mal rasé, pas toujours très motivé, mais ô combien attachant - s'inscrivent dans la tradition du polar britannique : sont privilégiés la qualité de l'intrigue, le rythme, l'humour et le suspense.
A la recherche du coupable, le lecteur évoluera dans les plus beaux paysages d'Ecosse (Highlands, île de Skye, Edimbourg, îles Hébrides) mais aussi, parfois, dans des cadres plus "exotiques" (Australie, Canaries, Nouvelle-Zélande, Irlande).

Ebooka przeczytasz w aplikacjach Legimi lub dowolnej aplikacji obsługującej format:

EPUB

Liczba stron: 237

Oceny
0,0
0
0
0
0
0



Le cranachan attendra…

– Maudite Maggie Paddington !

Sur la route de Portree, ville principale de l’île de Skye, le docteur Oliver McLaughlin ne cessait de pester. Enfin parvenu devant sa maison bleue, il plongea la main dans le vide-poches, s’empara de son bipper, puis il déclencha rageusement l’ouverture du portail automatique.

Vingt heures trente, songea le médecin, et il fait déjà nuit. Même en juin, les nuages s’accrochent sur les sommets des Cuillin Hills comme pour mieux nous raccourcir les jours… Maudite Maggie ! tonna-t-il encore. Mais puisque le portail tardait à s’ouvrir, le docteur trouva le temps de réfléchir : Cesse de te plaindre, Oliver… À cinquante ans passés, si tu as choisi l’isolement de Skye, avoue que c’est aussi parce que tu n’en pouvais plus de Glasgow… Ton idéal de médecine pour les plus démunis, ta « médecine sociale », ça ne t’a pas aidé à faire fortune. Tu t’y es même épuisé. Involontairement, McLaughlin émit un profond soupir et il cessa de tapoter sur le volant de sa Volvo. Mais pour aussitôt s’énerver de plus belle : Maggie Paddington, cette sournoise ! Je me doutais bien que sa brusque fièvre n’était qu’un prétexte pour m’attirer dans ses filets. Me déranger en plein dîner avec mon épouse pour me recevoir dans cette chemise de nuit indécente… Non, vraiment ! D’ailleurs, se souvint-il brusquement, j’espère que Priscilla m’aura gardé une part de son appétissant cranachan(1). Je raffole de ces sucreries.

Le docteur s’aperçut alors que les voyants au-dessus du portail avaient cessé de clignoter et que l’entrée était enfin dégagée. Il engagea la première, puis il relâcha doucement la pédale d’embrayage.

Mais au même instant, sa portière s’ouvrit d’un coup. Oliver eut à peine le temps de distinguer le visage encagoulé qui se jetait sur lui. L’homme lui passa le bras autour du cou, arracha sa ceinture et le tira violemment hors du véhicule. La Volvo cala instantanément.

Affalé sur le trottoir, le bras droit remonté dans le dos et la gorge étreinte par le biceps de son agresseur, McLaughlin entendit une voix sourde lui ordonner :

– Prends ta sacoche !

Sans réfléchir, de sa main gauche encore libre, le médecin s’empara de la serviette tombée sur le plancher. Aussitôt, l’inconnu le força à se relever, puis il l’entraîna de l’autre côté de la rue.

Le cerveau saturé par le souffle de l’homme dans ses oreilles, la seule pensée qui traversa l’esprit du docteur McLaughlin fut : Je crois que le cranachan attendra…

*

La veille, à Aberdeen

– Tu m’as gâté, tante. Ces filets de hareng sont délicieux, la félicita Sweeney.

– Merci Archie, je me suis appliquée. Ce n’est pas tous les dimanches que tu me fais l’honneur de ta visite. Et je sais encore ce qui te fait plaisir, lui sourit-elle affectueusement.

Son neveu lui retourna ce signe de complicité.

– Je peux ? lui demanda-t-il encore, en désignant les restes de poisson reniflés par la truffe alléchée de son teckel.

– Si tu n’en veux plus… parut acquiescer tante Midge.

Le jeune homme s’empara des deux derniers filets et les tendit à son chien. La saucisse à quatre pattes avala goulûment ce cadeau inespéré, avant de se voir félicitée par de longues caresses sur la tête et sur le dos.

Tante Midge en profita pour observer son neveu. À vingt-sept ans déjà, il lui semblait qu’Archibald ne changeait pas. Le jeune homme s’obstinait à porter d’étonnants pantalons de toile grise, d’épaisses chaussures de cuir brun, ainsi que des pull-overs mal taillés et le plus souvent défraîchis.

Dans ces conditions, difficile de plaire aux filles… se désespérait la vieille dame.

Pour compliquer l’affaire, depuis bientôt quatre ans, Sweeney ne se séparait plus d’un club de golf incongru au prétexte que, lors de sa première enquête d’importance(2), ledit objet lui avait porté chance !

Quelle calamité… jugeait sommairement sa tante.

Enfin, et c’était là le plus déconcertant, l’inspecteur persistait à se cacher derrière une barbe rousse, courte et peu soignée, dont émergeaient deux petits yeux noirs, totalement inexpressifs.

Heureusement que je le connais… se rassurait la vieille dame. Si je ne l’avais pas élevé depuis ses cinq ans, je crois que je n’arriverais toujours pas à comprendre ce qu’il a dans la tête !

– Je vais débarrasser pour le dessert, déclara tante Midge pour éviter de s’attendrir.

– Qu’est-ce que tu as préparé ? s’intéressa le jeune homme.

– Du cranachan.

– J’adore ! se réjouit-il aussitôt.

Profitant de ce moment de bien-être, et tout en continuant d’empiler les assiettes, tante Midge lui demanda :

– Est-ce que tu es passé à Crathes Castle, ce matin ?

– Mmm… répliqua Sweeney, l’air soudain plus sombre.

– Tu as remarqué la mousse sur la croix ?

– Mmm…

– Qu’en penses-tu ? J’ai beau la nettoyer, le vert ne cesse de revenir sur les inscriptions. On ne distinguera bientôt plus le nom de tes parents. Il faudrait la décaper, peut-être même la changer.

L’inspecteur ne répondit pas. Alors sa tante s’éclipsa vers la cuisine, plats et couverts sales sur les bras.

À son retour dans la pièce, la vieille dame insista :

– Est-ce que tu as réfléchi ?

– À quoi ? s’agaça son neveu.

– Eh bien, à une enquête… Pour tes parents.

– Tante ! protesta le jeune homme.

Mais Marjorie Sweeney ne s’en laissa pas compter :

– Il y a quelques années, pour les vingt ans de leur disparition, j’y avais déjà pensé. Mais à l’époque, je n’avais pas voulu t’embêter avec ça… Maintenant, reprit-elle, avec toutes ces affaires que tu as déjà résolues, je me suis dit que tu pourrais essay…

– Non, tante ! la rabroua l’inspecteur. Tu le sais parfaitement : reprendre cette enquête, ce n’est ni dans mes attributions, ni du ressort de ma juridiction. Je ne peux…

– Tu as peur d’échouer ? lui asséna-t-elle brusquement.

Sweeney regarda fixement sa tante.

Au même instant, la sonnerie d’un portable retentit au fond de sa poche.

– Archie ! s’insurgea tante Midge. Tu pourrais penser à éteindre ce maudit appareil. Nous sommes dimanche tout de même !

– Oups, pardon ! s’excusa le jeune homme, avant de toutefois s’emparer du téléphone. C’est ma faute, j’avais oublié.

L’inspecteur découvrit avec stupeur le nom qui s’affichait sur l’écran :

– C’est… C’est le commissaire Wilkinson.

– Bien ! apprécia tante Midge d’une moue contrariée. Ça ne m’étonne pas… Je te laisse, et la vieille dame ressortit en emportant les assiettes.

Sweeney prit aussitôt la communication, tout en rassurant son teckel d’une caresse sur le museau :

– Commissaire ? Mais c’est dimanche ! Qu’est-ce qu’il se passe ?

– Du calme Sweeney, répliqua son supérieur. Je sais que vous n’êtes pas d’astreinte. Je…

– Ben oui, le coupa l’inspecteur. Là, je suis à Aberdeen, chez ma tante.

– Justement, ça m’arrange, répliqua Wilkinson.

– Quoi ?

– Oui… Vous allez vous rendre immédiatement au château de Havengear. C’est à vingt kilomètres d’Aberdeen, à l’ouest d’Alford. Vous connaissez, j’imagine ? Vous y serez dans moins d’une demi-heure.

Abasourdi, le jeune inspecteur resta muet.

– Sweeney ?... Hé, Sweeney ! Vous m’entendez ?

– Euh… Oui, commissaire. Mais… Mais c’est dimanche, revendiqua-t-il encore. Et puis Alford, c’est en dehors de notre juridiction d’Édimbourg. Je n’y ai aucune compétence. Que voulez-vous que j’aille faire au château de… De comment déjà ?

– De Havengear, répéta Wilkinson.

– Oui, Havengear… Que voulez-vous que j’aille faire un dimanche dans un château de l’Aberdeenshire(3) ? Chasser les fantômes ?

Le commissaire goûta peu l’humour de son subordonné :

– Maintenant ça suffit, Sweeney ! C’est un ordre ! Vous faites ce que je vous dis et vous partez sur-le-champ pour Alford.

– Mais… C’est une blague ? douta encore le jeune homme.

– Bon sang ! tempêta Wilkinson. Vous dites au revoir à votre tante et vous partez vous mettre à la disposition du superintendant Rolling !

– Rolling ? Alexander Rolling ? Je… Je le connais.

– Tant mieux ! riposta le commissaire.

– Le superintendant était mon instructeur à Tulliallan(4). Il était en charge du cours de méthodologie, précisa Sweeney.

– OK. Peut-être qu’il se souviendra de vous.

– Je n’aimerais mieux pas, s’inquiéta déjà l’inspecteur. Avant d’ajouter :

– Mais qu’est-ce que je suis censé faire ? Rolling est toujours instructeur ? C’est un stage ?

– Non ! le détrompa Wilkinson. Il s’agit d’une affaire très importante. Rolling et vous-même avez été désignés par les grands pontes du ministère.

– Alors… c’est une mission ?

– Non, un pique-nique sur les pelouses du château ! ironisa Wilkinson. Avant d’exploser :

– C’est une enquête, inspecteur ! Une p… d’enquête ! Dans laquelle vous suppléerez le superintendant Rolling, lui-même spécialement nommé par Sir Thacker, le directeur national de la police.

– Je n’y comprends rien… se lamenta Sweeney. Pourquoi moi ? Qu’est-ce que l’on attend de moi ?

– Je viens de vous le dire ! s’agaça le commissaire. Vous partez immédiatement pour Havengear et vous prenez vos consignes sur place. Je ne peux pas vous en dire plus… Au fait, se ravisa Wilkinson : Havengear, ça ne vous dit rien ?

– Euh… hésita le jeune homme. Si, je sais où se trouve le château.

– Et c’est tout ?

– Ben… J’ai dû en entendre parler…

– Oui ?

– Mais… Je ne sais plus pourquoi.

– Pff ! soupira Wilkinson, désabusé. Bon, dépêchez-vous de partir. Ça vous reviendra vite une fois sur place.

– Et… Et pour demain, monsieur ?

– Quoi demain ?

– Bah oui : je vous retrouve au bureau à Édimbourg, comme tous les lundis ?

– Mais non ! râla son supérieur. Mettez-vous à la disposition de Rolling. Pour la suite, on avisera. Je préviens votre coéquipier McTirney, ça pourrait durer.

– Ah bon ? Bien, chef. Au revoir.

– C’est ça, salut ! le congédia Wilkinson, avant de raccrocher.

Tante Midge pénétra de nouveau dans le living, deux parts d’un succulent cranachan disposées sur un plat de porcelaine.

– Il faut que je parte, lui annonça son neveu, la mine sombre.

– J’ai entendu… répondit la vieille dame en s’asseyant. Alford ?

– Oui.

– Est-ce que tu veux que je garde Berthie ?

– Oui… Mais je ne sais pas quand je repasserai.

– Ça ne fait rien, le rassura-t-elle. Ton chien adore que je m’occupe de lui.

Comme s’il avait compris, le teckel alla se blottir contre les jambes de tante Midge.

– Bien. J’y vais, déclara le jeune homme, avant de se lever et d’épauler sa canne de golf.

– Je t’appelle dès que j’en sais plus, ajouta-t-il. Et dommage pour le dessert, il avait l’air délicieux.

– Je mets ta part de côté, lui sourit tante Midge. Le cranachan attendra…

(1) Dessert écossais traditionnel préparé avec de la semoule d’avoine, de la crème fouettée parfumée au whisky et des framboises.

(2) Lire Meurtre au dix-huitième trou.

(3) L’une des trente-deux régions qui composent l’Écosse.

(4) École de la police écossaise

Disparitions

Il était près de quinze heures, et Sweeney approchait du château de Havengear.

En traversant les villes de Westhill, puis d’Alford, le jeune inspecteur avait profité des arrêts aux stops pour tenter de se souvenir de ce que, selon Wilkinson, le nom de Havengear était censé lui rappeler. Peine perdue : le vert insolent, mais si apaisant de l’Aberdeenshire, l’avait plus invité à la somnolence qu’à la réflexion. Enfin, dans une longue courbe à gauche, il aperçut une grille en fer forgé noir, assez imposante, cernée par les murs de pierre d’une vaste propriété. Mais aussi par deux policemen.

J’y suis… soupira Sweeney, avant de stopper à la hauteur de l’un des agents.

– Bonjour. Inspecteur Sweeney d’Édimbourg, se présenta-t-il. On m’a demandé de prendre contact avec le superintendant Rolling.

– Je peux voir votre carte ? répliqua sèchement le planton.

Tandis que Sweeney fouillait dans sa poche, maudissant le zèle selon lui excessif de l’agent, le second policeman s’était déjà précipité sur la radio embarquée dans sa voiture. Le premier homme contrôla soigneusement l’identité du conducteur, le salua en lui rendant sa carte, puis il rejoignit son collègue. Le jeune inspecteur en profita pour observer les abords, et il remarqua les initiales JC plantées au sommet du portail – Jules César ou Jésus Christ ? sourit-il – ainsi que la caméra de surveillance qui surplombait la grille d’entrée. Du beau matériel, moderne et discret, apprécia-t-il en connaisseur.

Quelques instants plus tard, les deux agents signifiaient au visiteur qu’il était autorisé à pénétrer dans la propriété.

– Toujours tout droit. À trois cents mètres à la sortie du bois, lui indiqua l’homme qui tenait la radio. Puis la grille pivota automatiquement. Sweeney remercia d’un geste de la main, avant de remonter sa vitre en démarrant.

L’Escort s’engouffra sous d’épaisses frondaisons d’aulnes et de hêtres. La piste, sinueuse et recouverte d’une couche de terre sablonneuse, était marquée par de larges ornières gorgées d’eau.

Il a plu, constata sobrement l’inspecteur.

Puis, tout à coup, le rideau d’arbres s’effaça, dégageant la vue et laissant la place à de vastes pelouses d’un vert parfait. Au milieu de cet écrin surgit alors, majestueuse, l’architecture élancée du château de Havengear. Pour parvenir à l’observer dans son ensemble, Sweeney dut avancer la tête au-dessus du volant et jeter un œil par le haut de son pare-brise.

Marrant, songea-t-il, on dirait que les murs sont roses. Et puis c’est bizarre, se dit-il encore, le bas du château donne l’impression d’être plutôt massif, avec des fenêtres étroites qui ressemblent à des meurtrières, tandis que le haut est beaucoup plus stylé, avec trois ou quatre petites tours qui montent vers le ciel. Un curieux mélange de château fort et de Disneyland… Et puis peut-être qu’ils ont un fantôme ! finit par sourire le jeune inspecteur. Mais il se reprocha aussitôt sa bonne humeur : Ne rigole pas trop vite, Archie : s’ils ont fait appel à toi, c’est peut-être que l’endroit a été le théâtre d’un véritable carnage. Retrouve ton sérieux, et sans tarder !

Plus concentré, Sweeney rangea soigneusement son Escort au milieu d’un parking improvisé, délimité par les tresses bleu et blanc de la police. Il coupa le moteur, récupéra son club de golf sur la banquette arrière, et il s’apprêtait à quitter sa voiture lorsqu’un frisson lui parcourut tout le dos : Great Scott ! jura-t-il, brusquement rattrapé par l’idée qui l’avait taraudé pendant le trajet. Havengear, JC : ça y est. Je me souviens ! Havengear, mais oui… C’est la demeure de James Callahan !(Voir la VIDEO 1/5)

*

Tout émoustillé à l’idée de croiser une célébrité du cinéma, Sweeney s’avança d’un pas décidé vers l’entrée principale du château. Sur le perron, il aperçut aussitôt le superintendant Rolling, devisant avec deux experts de la Scientifique.

Alexander Rolling, mon ancien instructeur à Tulliallan. Son principal défaut ? songea le jeune inspecteur. Être Britannique ! Un pur produit de Scotland Yard, persuadé d’être infaillible. C’est tout du moins ce qu’il s’efforce de laisser paraître… Intelligent, travailleur, bourru parfois, mais surtout si… suffisant ! Et cette façon insupportable de prononcer "Rrolling", en roulant les R… se souvint Sweeney. À croire qu’il considère les Écossais comme des primitifs, des sous-êtres… Oui, comme des sauvages ! En tout cas, jugea-t-il, c’est toujours le sentiment que j’ai eu… Je le vois mieux maintenant… Toujours les mêmes lunettes larges et carrées – des vitres ! – le front haut, les cheveux grisonnants, le nez long et fin prolongé par une lèvre invisible puis un menton en forme de boule… Sans compter ses costumes de collégien attardé, son loden bleu, et sa casquette vissée jusqu’aux yeux. Une vraie caricature de colonel à la retraite !

– Bonjour monsieur, le salua Sweeney.

– Ah oui, Sweeney ! se détourna le superintendant. Ma caution écossaise est déjà là, c’est très bien. Ça va ?

– Vous vous souvenez de moi ? s’assura le jeune inspecteur.

– Euh… Oui. Tulliallan, n’est-ce pas ? parut hésiter Alexander Rolling. Mais vous ne jouiez pas encore au golf à l’époque ? se moqua son supérieur en observant le sand wedge sur l’épaule de l’Écossais.

Les deux Scientifiques en combinaison blanche sourirent de la plaisanterie.

– N… Non, répondit Sweeney, un peu gêné. C’est… C’est juste un objet.

– Un objet ? Je m’en serais douté, jeune homme. Mais justement, à quoi vous sert-il ? insista le superintendant.

– Il… C’est… voulut répondre l’inspecteur. Avant de se raviser : Maintenant ça suffit, Archie ! Ne te laisse pas impressionner. Rolling n’est plus ton instructeur, et tu n’es plus l’un de ses morveux d’élèves. En outre, il essaie de jouer de sa prétendue supériorité britannique. Great Scott ! Ça ne se passera pas comme ça : William Wallace(1)n’est pas mort en vain !

– Si vous me disiez plutôt ce qu’il se passe ? contre-attaqua Sweeney. Quelle est cette affaire qui nécessite ma présence à vos côtés ? Et que faisons-nous chez Sir Callahan ?

– Ah ? Euh… Oui, bien sûr ! sourit le superintendant, gêné à son tour.

Et voilà le travail, se félicita le jeune inspecteur. Je ne vais pas me laisser marcher sur les pieds par ce benêt mondain !

– Je vous informe tout de suite. Cependant, s’excusa Rolling, il faut d’abord que j’en termine avec ces messieurs de la Scientifique. Monsieur Jeffreys vous donnera les premiers éléments.

– Qui ça ? s’étonna Sweeney.

– Gordon Jeffreys, c’est le majordome de Sir Callahan. Il vous fera part de son témoignage… Monsieur Jeffreys ! héla-t-il un homme que l’inspecteur n’avait pas encore remarqué, fumant devant la porte.

Le majordome écrasa sa cigarette et s’avança.

– Monsieur Jeffreys, je vous présente l’inspecteur Sweeney. L’inspecteur vient d’arriver. Il m’assistera dans l’affaire qui nous occupe.

Affaire dont je ne sais toujours rien ! maugréa Sweeney. Toutefois, le jeune policier prit le temps de jauger le nouveau venu. La trentaine, plutôt beau gosse, grand, brun, les cheveux coupés en brosse, Gordon Jeffreys portait un costume bleu à rayures agrémenté d’un surprenant œillet à la boutonnière.

Un pédant ! le catalogua Sweeney sans trop réfléchir.

– Que voulez-vous ? prononça Jeffreys sur un ton hautain.

C’est bien ce que je pensais, confirma l’inspecteur.

– Je souhaiterais, reprit le superintendant, que vous informiez mon assistant de vos constatations de ce matin. Le temps de terminer ici, et je vous rejoins…

– Au bureau ? le devança Jeffreys.

– Parfait, acquiesça Rolling. À tout à l’heure, inspecteur.

– Vous me suivez ? proposa le majordome.

Ce dernier opéra un demi-tour digne d’un cadet de Sandhurst(2) puis il repoussa la porte du château.

– Après vous, invita-t-il Sweeney à entrer.

Oubliant son appréhension – il allait bientôt croiser une star du cinéma ! –, le jeune inspecteur dépassa Gordon Jeffreys et il s’engouffra dans le vestibule. Mais pour aussitôt s’immobiliser. À ses pieds, marquées par trois repères jaunes, s’étalaient autant de petites taches brunâtres. Dans le prolongement du vestibule, sur un tapis persan, on distinguait une autre tache rouge sombre, beaucoup plus large cette fois, délimitée par deux réglettes graduées de la Scientifique. Enfin, dans les marches d’un escalier en chêne, on dénombrait encore trois repères jaunes disposés à intervalles irréguliers.

Du sang ! réalisa Sweeney. Le tapis du hall en est manifestement imprégné, et les autres taches semblent indiquer le déplacement de la victime.

Déjà plongé dans ses premières réflexions, l’inspecteur négligea d’observer la décoration intérieure du château de Havengear, de facture moyenâgeuse, aux ogives boisées et romantiques, mais finalement assez kitsch.

– Veuillez me suivre. C’est à gauche, lui indiqua Gordon Jeffreys, avant de le précéder à travers un large couloir… Mon bureau, précisa-t-il en ouvrant la seconde porte.

Le jeune majordome pénétra le premier, puis il désigna à l’inspecteur les deux chaises libres devant sa table.

– Je vous en prie, invita-t-il Sweeney à s’asseoir. Avant de commettre aussitôt une première maladresse :

– Vous n’avez pas eu le temps de finir votre parcours ? demanda-t-il, tout en lorgnant d’un œil ironique vers la canne de golf de l’inspecteur.

Merci de me faciliter la tâche, se réjouit Sweeney. Profitons de l’occasion pour prendre le dessus.

– Monsieur Jeffreys, à partir de maintenant, c’est moi qui pose les questions ! répliqua-t-il sèchement. Vous voulez bien vous asseoir ? et tandis que le majordome s’exécutait, Sweeney déposa son sand wedge à même le sol ; il extirpa tranquillement son dictaphone de la poche arrière de son pantalon, puis il déclencha la bande.

Un "clic" sonore et dérangeant envahit d’un coup le bureau de Gordon Jeffreys…

*

– Monsieur Jeffreys, pouvez-vous me dire ce qu’il se passe ici ?

– Vous n’en savez rien ?

– Non. Je viens d’arriver.

– Vous êtes bien inspecteur ? Quelle est votre fonction ?

– Je suis l’adjoint du superintendant. Mais ça, vous le saviez déjà, s’agaça Sweeney. Toutefois vous avez raison : n’inversons pas les rôles et commençons par les présentations. Monsieur Jeffreys, qui êtes-vous, et quelles sont vos fonctions auprès de Sir Callahan ? retourna-t-il la question.

L’inspecteur accrut son avantage en désignant malicieusement la bande en mouvement de son dictaphone.

– Vous… Vous voulez dire… hésita l’homme au costume, perturbé par l’enregistrement de ses paroles.

– Vous êtes le majordome, c’est bien ça ?

– Si vous voulez, grommela Jeffreys. Ou plutôt je le suis devenu, précisa-t-il. En réalité, j’étais l’agent de Shauna…

– Shauna Powers, l’actrice ? La femme de Sir Callahan ?

– Oui. Après leur rencontre sur le tournage de Casse de haut vol…

– J’ai vu le film deux fois. Excellent.

– …et leur mariage, un an plus tard, je suis finalement devenu leur agent, à tous les deux. À leur demande, je suis même venu travailler au château – mais je n’y habite pas – et, petit à petit, Sir Callahan m’a également confié la gestion de son domaine. Parallèlement à mes fonctions d’agent, je m’occupe dorénavant de toute la logistique nécessaire aux activités professionnelles du couple.

– En quelque sorte, vous êtes leur homme de confiance ?

– On peut dire ça, sourit Gordon Jeffreys, flatté.

– Maintenant, abrégea l’inspecteur, venons-en aux faits : qu’est-ce que la police fait chez vous, et pourquoi Sir Callahan ne nous a-t-il pas accueillis ? Est-ce qu’il est en déplacement ?

– Mais voyons, s’insurgea le majordome, il a disparu !

– Comment ?

– Alors, vous ne savez vraiment pas ?

– Qui… Qui a disparu ? bredouilla Sweeney.

– Sir James, sa femme Shauna et leur fille Lucy.

– Tou… Toute la famille ?

– Mais oui ! C’est moi qui ai donné l’alerte ce matin.

Le jeune inspecteur détourna le regard, comme s’il avait besoin de réfléchir.

Alors c’est donc ça, comprit Sweeney. Si Rolling et moi avons été dépêchés à Havengear, c’est qu’en haut lieu, on craint pour un couple de stars. Effectivement, étant donné les traces de sang dans l’entrée, l’affaire pourrait être sérieuse… Il est temps de faire de cette discussion un interrogatoire digne de ce nom, résolut l’inspecteur.

L’Écossais releva les yeux et il les planta aussitôt dans ceux de son interlocuteur :

– Monsieur, quels éléments vous permettent de dire que ces trois personnes ont disparu, et à quelle heure avez-vous contacté nos services ?

Aïe ! Une double question, se reprocha immédiatement Sweeney. C’est toujours mauvais, je n’aurais pas dû.

Comme il le redoutait, Jeffreys ne répondit qu’à la seconde partie de sa demande :

– Je suis arrivé au château à neuf heures. Le dimanche, nous prenons notre petit déjeuner tous ensemble. En franchissant la grille, j’ai tout de suite remarqué que les caméras ne fonctionnaient pas. Mais ça ne m’a pas inquiété.

– Pourquoi ?

– Parce qu’il peut arriver à Sir Callahan, notamment le samedi soir, de demander à la télésurveillance d’interrompre ses enregistrements.

– Pour quelle raison ?

– Lorsque James et Shauna reçoivent des amis – vous vous doutez qu’il s’agit le plus souvent de personnalités non seulement du cinéma, mais aussi des médias ou de la politique –, ces amis n’ont aucune envie d’être filmés.

– Je vois… Et pour hier soir ?

– Je ne sais pas.

– Pardon ?

– Même si nous sommes très proches, James et Shauna ne me communiquent pas toujours les noms de leurs invités. Toutefois… hésita Jeffreys.

– Oui ?

– À ma connaissance, reprit-il, il me semble qu’ils n’attendaient personne. Shauna m’avait dit vouloir passer une soirée en famille.

– Mmm… À ce propos, est-ce que vous auriez une photo ?

– Comment ? Vous ne connaissez pas James et Shauna ? Vous n’allez jamais au cinéma ? se moqua le majordome.

– Si bien sûr, s’énerva Sweeney. Mais je voudrais voir le visage de leur fille.

– Ah oui, vous avez raison, comprit Jeffreys.

Pendant que ce dernier cherchait dans un tiroir, l’inspecteur enchaîna :

– Quel est son nom déjà ?

– Lucy… Mais ses parents l’appellent Liz. Je crois que c’est un clin d’œil, ainsi qu’un hommage, à leur amie personnelle, la grande Liz.

– La… La grande Liz ?

– Elizabeth Taylor ! s’indigna Jeffreys. Elle et Sir James se connaissent bien. Elle a même séjourné au château, il y a quelques années.

– Ah ? Euh… Évidemment, déclara Sweeney, penaud. Et quel âge a-t-elle ? essaya-t-il encore.

– Qui ça ? Elizabeth Taylor ? Vous ne savez pas que…

– Mais non ! pesta l’Écossais. La petite ?

Le majordome ignora la question et s’exclama :

– Ah, la voilà ! et il remit à l’inspecteur une grande photo en couleur.

– Sur celle-là, ils sont magnifiques. Nous l’avons prise le mois dernier sur les pelouses du château, lors de la garden-party que j’avais organisée pour l’anniversaire de Shauna.

L’inspecteur s’empara du cliché. Aussitôt, son visage d’habitude si inexpressif parut traduire une grande surprise. Car si les sourires ravageurs de Sir James, septuagénaire à la forme insolente, et de Shauna Powers, brune incendiaire de quarante ans sa cadette, étaient mondialement connus, celui de la petite fille que leurs deux bras enserraient, était en revanche plus inattendu.

– Elle est…

– Oui. Thaïlandaise, comprit Jeffreys. James et Shauna ont eu beaucoup de chance : moins d’un an après leur demande d’adoption, une réponse positive est arrivée pour Lucy. Ils sont allés la chercher à Bangkok… Vous ne vous souvenez pas ? poursuivit-il. Les magazines en ont beaucoup parlé. Sur ce coup-là, je me suis bien défendu. J’ai même eu la couverture de…

– Quel âge a-t-elle ? interrompit Sweeney les péroraisons de l’agent.

– Déjà cinq ans. Elle est mignonne, non ?

L’inspecteur ne répondit pas, comme s’il était subitement troublé. Cinq ans ? Cinq ans et orpheline, comme moi, à la mort de mes parents… Je ne pensais pas… Ho ! Hé, Archie ! réagit Sweeney. Secoue-toi ! Ce n’est pas parce que tante Midge t’a entraîné sur ce terrain à midi, qu’il faut te laisser aller. Revenons à nos moutons.

– Est-ce que je peux la conserver ? enchaîna l’Écossais.

– Heu… J’en ai déjà donné une au superintendant.

– Merci, s’empressa de répondre Sweeney, et il empocha la photo. Vous disiez, continua-t-il, que vous étiez arrivé ce matin vers neuf heures. Qui d’autre était là ?

– Personne. Le samedi soir constitue le seul moment d’intimité pour la famille. Tous les employés doivent avoir quitté le château avant dix-neuf heures, et la reprise du travail se fait le dimanche soir.

– Mmm… Et vous ?

– Quoi moi ?

– Oui, vous : à quelle heure les avez-vous quittés ?

– Il était… Oui, environ dix-neuf heures trente, juste avant le retour de Sir James.

– Sir Callahan n’était pas là à votre départ ?

– Non. Il était parti faire une course en ville.

– Alors comment savez-vous qu’il a disparu du château, puisqu’il n’était pas encore rentré ?

La mine de Gordon Jeffreys se renfrogna, traduisant à quel point les questions du jeune inspecteur commençaient à l’agacer.

– Lorsque j’ai appelé la télésurveillance ce matin, répondit-il, l’employé m’a confirmé que c’était bien Sir James qui lui avait demandé, un peu après vingt heures, de couper le système.

– Mais Sir Callahan n’a pas obligatoirement téléphoné depuis le château ?

– Si, j’ai vérifié avant de vous alerter. Sur l’enregistrement d’hier soir, on voit Sir James qui franchit la grille au volant de son 4x4, une Range Rover noire. On le reconnaît parfaitement.

– À quelle heure ?

– Dix-neuf heures quarante-deux ! s’énerva Jeffreys. J’ai déjà montré trois fois la bande à votre chef.

– Après ? poursuivit calmement Sweeney.

– Après ça, plus aucun mouvement jusqu’à la coupure de vingt heures cinq. Mais ce matin, le 4x4 n’était plus là.

– Pourtant j’ai vu deux voitures vertes stationnées à l’écart du parking de police, en arrivant tout à l’heure.

– La Jaguar de Shauna – les clés sont encore au salon, précisa le majordome – et ma petite Bentley.

– Y a-t-il d’autres véhicules au château, dans un garage par exemple ?

– Non. Aucun garage.

– D’accord. Et alors, ce matin ?

– Je vous l’ai déjà dit : je suis arrivé à neuf heures, comme d’habitude… Je suis allé au bureau, j’ai préparé mon intervention du petit déjeuner – c’est souvent là que je présente à James et Shauna les scripts qui nous arrivent – mais comme rien ne bougeait, vers neuf heures trente, j’ai décidé d’aller vérifier s’ils dormaient encore. Généralement, la petite Lucy est debout dès sept heures. Elle allume la télévision et vient faire un bisou à "tonton Gordon" lorsque j’arrive.

– Et pas ce matin ?

– Non, rien. Alors je suis allé écouter au bas de l’escalier, mais c’est aussi à ce moment-là que j’ai vu la tache de sang sur le tapis du vestibule.

– Pas en entrant ?

– Non. Le tapis possède plusieurs motifs de couleur, je n’ai pas fait attention. Et puis la routine, sûrement : je ne pensais qu’à me rendre au bureau.

– Ensuite ?

– Ensuite, j’ai voulu monter au premier étage. Mais j’ai remarqué les autres taches sur les marches. Je me suis dit que quelque chose n’allait pas, que quelqu’un avait dû se blesser. J’ai appelé, mais personne n’a répondu. Alors, en faisant attention à mes pas, je suis monté dans les chambres. Mais il n’y avait personne. Les lits n’avaient même pas été défaits.

– Ou ils avaient déjà été faits, proposa Sweeney.

– Euh… Je n’y avais pas pensé.

– Continuez, le pria-t-il. D’autres traces ?

– Non, aucune dans les étages. J’ai cherché et appelé dans tout le château : personne. Et c’est en sortant, pour aller voir dans le parc, que j’ai remarqué l’absence du 4x4.

– Mmm… Est-ce que des affaires ont été emportées ? Des valises ?

– Je n’ai pas vraiment vérifié.

– Vous auriez dû… continua Sweeney de déstabiliser Jeffreys.

– Mais… Mais je ne crois pas qu’ils aient pris quoi que ce soit, termina le majordome. À part leurs papiers.

– Vous en êtes sûr ?