Il était une fois ou il n'était pas - Véronique Lagny Delatour - ebook

Il était une fois ou il n'était pas ebook

Véronique Lagny Delatour

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Opis

Ces contes racontent la vie avec ses hauts et ses bas, la vie de gens plutôt simples.

Avez-vous une idée de ce que peut être une forteresse qui ne soit pas de pierres ?
Qui, du travail ou de la chance, est le plus utile pour réussir dans la vie et pourquoi ?
Quelle sorte de secret un tapis, même bleu, peut-il bien cacher ?
Comment une moitié de poulet a réussi à vaincre tous ceux qui ont voulu l'empêcher d'avancer ?

C'est en voyageant aux confins des montagnes du Caucase, en découvrant ces petits bouts de monde que vous pourrez décider si "Il était une fois ou il n'était pas".

EXTRAIT DE LA FLEUR D'EZHVAN

Il était une fois ou il n’était pas une mère et son fils qui vivaient dans une extrême pauvreté.
Le fils grandit et, un jour, il annonça à sa mère :
- Maman, je voudrais me marier.
- Très bien, lui répondit sa mère. As-tu jeté ton dévolu sur une jeune fille précise ?
Mais aucune fille n’attirait vraiment l’attention du garçon. Sa mère décida alors de lui donner un conseil :
- À partir d’aujourd’hui, tu vas descendre à la rivière chaque jour et y jeter une miche de pain. Le vingtième jour, je peux te certifier que tu y trouveras la femme qui te conviendra.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Il y a très peu de temps, Véronique Lagny Delatour était un reporter électron libre, c’est-à-dire sans attaches contractuelles ; ce qui est un luxe pour la liberté de mouvements et un handicap pour toute velléité de carrière. Elle est toujours enseignante vacataire pour l’université de Metz et, le reste du temps, à la recherche de textes qui lui font ressentir des émotions. Il lui est nécessaire, voire vital, de partir à la rencontre de cultures différentes, de se faire raconter la vie ailleurs par des gens ordinaires, des gens sans importance, paraît-il.
Abandonner pour des moments d’espace et de temps suspendus son armure mentale d’occidentale reste son plus grand plaisir, qu’elle souhaite vous faire partager à travers ces petits bouts de monde que sont les contes et les images d’ici ou d’ailleurs.

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Tables des matières

Il était une fois ou il n’était pas

Remerciements

Invitation au voyage

La mouche et la fourmi.

La fille du soleil et de la lune.

La fleur d’Ezhvan.

Le secret du tapis bleu.

Des forteresses qui ne sont pas de pierres.

Le fabricant de fléaux.

Sizmara et les beaux rêves.

Natsarkekia, le garçon qui jouait dans les cendres.

Irmissa, l’enfant faon.

Le diable qui essaya de tuer le fils du meunier.

La hache d’or.

Un drôle de contrat.

Le travail et la chance

Le paresseux.

Le garçon aux boucles d’or.

Tout ça pour une poignée de sel.

Le foulard.

Le buffle rouge, Tsikara.

Cent quartiers.

Moitié de poulet.

Le paysan, l’ours et le renard.

L’oiseau et le renard.

Rouncoujoula ou Cinq coins.

La force des hommes.

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Il était une fois ou il n’était pas

Contes de Géorgie

Véronique Lagny Delatour

Illustrations JudeLeppo

Remerciements

Un grand merci à Vassili et Nanouli Iremachvili

sans qui ce recueil n’aurait pas vu le jour.

Invitation au voyage

Il était une fois ou il n’était pas, ainsi commencent la plupart des contes géorgiens. Vous devez vous sentir libres de croire ou de ne pas croire ce qui va vous être raconté.

C’est que la liberté n’est pas un vain mot en Géorgie. Toute l’histoire du pays, que ce soit à une époque reculée ou contemporaine, raconte des luttes contre des envahisseurs de tous poils. Le peuple géorgien est un peuple qui ne se résigne pas.

La géographie de la Géorgie concourt au caractère de ses habitants car c’est avant tout un pays de montagnes avec les sommets du Caucase qui restent auréolés de tout leur mystère.

Les contes restent simples. Ils racontent la vie avec ses hauts et ses bas, démontrent que la persévérance dans le travail, la constance dans les rapports humains, finissent toujours par payer et qu’il faut accepter la part de hasard dans toute situation.

J’ai accroché un collier de perles au cou de celui qui a écouté toute mon histoire et qui l’a, à son tour, racontée.

Ainsi, tout le bien et tout le mal se sont-ils envolés.

Misère par-là, joie et fête par ici.

Poussière de blé par-là et farine par ici.

La mouche et la fourmi.

Il était une foiset il n’était pasune mouche et une fourmi qui étaient les meilleures amies du monde. D’ailleurs, on ne voyait jamais l’une sans l’autre et l’autre sans l’une.

Un beau matin, lassées de la routine quotidienne, elles décidèrent de partir en voyage. Au détour d’un virage, elles se retrouvèrent stoppées net dans leur élan : un fleuve leur barrait la route. La mouche se tourna vers la fourmi :

- Pour moi, ce n’est pas compliqué, je vais facilement me retrouver de l’autre côté mais je suis bien embêtée pour toi. Comment vas-tu faire pour traverser toute cette eau ?

- Ne t’inquiète pas ! Je vais te regarder et j’essaierai de t’imiter en tous points, lui répondit la fourmi.

Rassurée, la mouche prit son élan, battit des ailes et franchit le grand fleuve sans encombres. Quant à la fourmi, malgré tous ses efforts, elle ne réussit qu’à faire un tout petit bond avant de se retrouver, patatras, au beau milieu de l’eau. Paniquée, désespérée, elle cria à son amie :

- Aide-moi ! Mon amie, au secours ! Ne m’abandonne pas ! Ne me laisse pas sombrer !

La mouche voleta de droite à gauche, de gauche à droite, complètement désemparée. Elle finit, à force de s’agiter, par se retrouver face à un cochon à qui elle réclama de l’aide :

- Cochon, mon bon cochon, donne-moi une de tes soies ! J’en ferai une corde que je lancerai à la fourmi mon amie. Je t’en supplie, c’est une question de vie ou de mort.

Le cochon lui répliqua :

- Je veux bien mais pour que je te donne une de mes soies, il faut d’abord que tu m’apportes un beau gland à grignoter.

La mouche, pleine d’espoir, reprit son vol de-ci de-là jusqu’au chêne le plus proche à qui elle demanda :

- Chêne, mon brave chêne, s’il te plaît, donne-moi un de tes glands ! Je vais le porter au cochon qui me donnera une de ses soies que je transformerai en corde que je lancerai à la fourmi qui sera ainsi sauvée d’une noyade certaine.

Le chêne rétorqua :

- D’accord, mais il faut d’abord que tu me débarrasses du maudit corbeau qui s’est installé dans mes branches.

La mouche reprit sa course pour se rapprocher du corbeau :

- Corbeau, mon bon corbeau, s’il te plaît, laisse le chêne tranquille pour qu’il puisse me donner un gland que je remettrai au cochon qui me fera cadeau d’un de ses poils soyeux dont je fabriquerai une corde que je lancerai à la fourmi qui évitera ainsi la noyade.

Le corbeau coassa :

- Pourquoi pas ? Mais avant toute chose, apporte-moi un joli poussin.

La mouche s’envola à nouveau, à la recherche cette fois-ci, d’une mère poule :

- Poule, gentille poule, je t’en prie, donne-moi un de tes poussins pour le corbeau qui laissera alors le chêne en paix qui me donnera un gland dont je ferai don au cochon qui me donnera un de ses poils que je filerai en corde que je lancerai à la fourmi qui sera sauvée des eaux du fleuve.

La poule répliqua :

- Je ne vois rien contre le fait de te remettre un de mes poussins mais tu dois d’abord m’apporter du millet.

La mouche, qui commençait à désespérer, reprit son envol et se retrouva devant un épouvantail qui s’agitait au milieu d’un champ :

-Épouvantail, bel épouvantail, donne-moi du millet s’il te plaît que je le porte à la poule qui me donnera en échange un poussin pour le corbeau qui laissera le chêne tranquille qui m’autorisera à prendre un gland pour le cochon qui, lui, me remettra un de ses poils dont je ferai une corde à lancer à la fourmi qui sera sauvée.

L’épouvantail l’interrompit :

- Affaire conclue si tu m’aides à me débarrasser de la souris.

Et la mouche de repartir, de voler à toutes ailes chez la souris :

- Souris, mignonne souris, s’il te plaît, laisse l’épouvantail en paix ! Comme ça, il me donnera du millet que j’apporterai à la poule qui me donnera un poussin que je remettrai au corbeau qui abandonnera le chêne qui me laissera prendre un gland que je donnerai au cochon qui me fera cadeau d’une soie que je transformerai en corde que je lancerai à la fourmi qui pourra retrouver la terre ferme.

La souris répondit en couinant :

- Pas de souci mais il faut déjà que tu m’aides à éloigner le chat !

La mouche, à bout de forces, sautilla jusqu’au chat :

- Chat, mon doux chat, veux-tu bien ne plus courir après la souris. Ainsi elle laissera l’épouvantail tranquille. Lui pourra me donner du millet que j’offrirai à la poule qui, en échange, me donnera un de ses poussins que je remettrai au corbeau qui n’ennuiera plus le chêne qui me laissera un gland pour le cochon qui me donnera une de ses soies que je filerai en corde que je lancerai à mon amie fourmi qui sera sauvée.

Le chat lissa ses moustaches avant de préciser :

- Pour que je fasse comme tu le souhaites, il me faudrait juste un peu de lait.

La mouche repartit encore une fois pour se retrouver devant la vache :

- Vache, ma bonne vache, je t’en prie, donne-moi un peu de lait pour le chat. En échange il ne courra plus après la souris qui, pour sa part, laissera l’épouvantail en paix. L’épouvantail me donnera du millet que j’apporterai à la poule. La poule me donnera un poussin que je remettrai au corbeau. Le corbeau ne viendra plus crier dans le chêne qui me donnera alors un gland que je donnerai au cochon. Le cochon me remettra un de ses poils dont je confectionnerai une corde. Je lancerai la corde à mon amie fourmi qui sera sauvée.

La vache meugla :

- Avant toute chose, apporte-moi donc un peu d’herbe tendre.

La mouche, dans un effort surhumain, vola jusqu’à la prairie, arracha une touffe d’herbe et l’apporta à la vache qui lui donna du lait, lait qu’elle apporta au chat qui abandonna sa chasse à la souris qui, elle-même, laissa l’épouvantail tranquille, épouvantail qui remit à la mouche des grains de millet pour la poule qui lui donna un de ses poussins. Le corbeau, après avoir reçu le poussin, quitta l’abri du chêne qui laissa tomber un de ses glands que la mouche remit au cochon qui la laissa prendre un de ses poils dont elle fila une corde qu’elle lança à la pauvre fourmi à bout de forces qui se tenait toute tremblante cramponnée à une tige.

Quand la corde de poil de cochon lui arriva dessus, la fourmi s’y accrocha avec le désespoir des condamnés. La mouche tira, tira et réussit, enfin, à ramener son amie sur la berge, saine et sauve !

Et nos deux commères purent reprendre comme si de rien n’était le chemin de leur voyage.

Nul ne sait si elles durent affronter d’autres épreuves car il n’y eut pas de témoins.

La fille du soleil et de la lune.

Il était une fois et il n’était pastrois frères qui passaient l’essentiel de leur vie à travailler aux champs.

Au moment de notre histoire, c’était l’époque des labours. Les trois frères durent travailler dans leur champ pendant trois jours entiers sans s’arrêter une seconde avant de pouvoir semer. Ils étaient très bien organisés. Un des frères s’occupait du côté droit pendant que le deuxième avait la responsabilité du côté gauche et que le troisième gérait le milieu du champ.

Les mois passèrent.

Il semblait que leur labeur serait récompensé car la récolte s’annonçait exceptionnelle. Les épis ondulaient et le champ ondoyait comme les vagues de la mer. Le cœur de nos laboureurs battait fièrement quand ils contemplaient le spectacle.

Soudain, sans prévenir, le ciel s’assombrit, les nuages devinrent menaçants et éclatèrent bientôt en tempête de grêle. Les deux côtés du champ furent épargnés mais le centre fut totalement anéanti : tous les grains se retrouvèrent piétinés par la force de l’orage.

Le frère concerné vit le fruit de son travail, sa récolte, disparaître sous ses yeux en quelques instants. Il s’en trouva malade. Plus un seul mot ne pouvait passer ses lèvres. Brusquement, ses frères le virent les saluer, prendre sa faucille et s’enfuir à grandes enjambées.

Il marcha, marcha et finit par arriver devant une propriété qui lui sembla être la maison d’un riche paysan.Ce en quoi il ne se trompait pas. Il y fut immédiatement embauché. Travailler les champs de l’homme riche lui demanda exactement cent jours, pas un jour de plus, pas un jour de moins.

Au bout des cent jours, il demanda au riche paysan : que me donneras-tu si je moissonne la récolte en un seul jour ?

- Exactement la moitié, lui répondit l’autre.

Notre homme se mit alors dare dare au travail. Jusqu’à la mi-journée, il tordit des brins de paille pour attacher les bottes.Àmidi pile, il prit sa faucille et commença à couper les épis. Il coupa, coupa jusqu’à ce qu’il ait récolté tout le champ de cent jours.

Quand le soleil commença à décliner à l’horizon, il n’y avait plus qu’une seule gerbe à lier. Il s’effraya, retira son chapeau et supplia le soleil :

- Soleil, soleil, ne t’éloigne pas tout de suite ! Attends juste un petit moment ! Vois, je n’ai plus qu’une gerbe à lier et j’aurai mené à bien ma tâche.

Le soleil ne tint pas compte de la prière et se coucha, sans attendre les quelques secondes qui auraient permis à notre héros de mener son travail à son terme.

Notre pauvre frère attachait la dernière gerbe quand le propriétaire du champ fit son apparition.Étonné de voir tout le champ récolté et le blé déjà stocké, il s’exclama :

- Et bien, une parole donnée est une parole à respecter. Divisons la récolte en deux parts égales comme prévu.

- Non, répondit le frère. La chance m’a abandonné. Je n’ai pas tenu ma part du marché, j’ai lié la dernière gerbe après le coucher du soleil. Je ne mérite pas mon salaire. Va ton chemin ! Quant à moi, je vais reprendre le mien.

Et il se mit en route. Il marcha longtemps, si longtemps que personne ne saurait dire combien de temps, avant de se retrouver devant le palais du roi où il n’eut aucun mal à se faire embaucher comme berger pour quatre ans. Une fois encore, Il trouva un accord.Àl’issue du contrat, si aucun mouton ne disparaissait, que ce soit emporté par un loup ou par la maladie, le troupeau serait divisé en deux parties égales : une moitié pour le berger, une moitié pour le roi. En revanche, si un seul mouton disparaissait, le berger devrait repartir les mains vides.

Dès le lendemain, le berger mena ses moutons au pâturage. Ainsi fit-il chaque matin. Il s’occupa tellement bien de son troupeau que pendant les quatre ans, il ne perdit pas un seul animal, pas même une oreille du troupeau.

Hélas, le jour où il devait ramener le troupeau devant le roi, un loup surgi de nulle part, s’empara d’un des agneaux de la nuit et l’emporta dans la forêt.

Quand le roi aperçut le troupeau, il s’en trouva fort réjoui. Alors qu’il commençait le partage, le berger l’interrompit brusquement, balançant son bâton et s’accusant de ne pas avoir respecté leur contrat.

- La vérité, c’est que j’ai perdu un agneau. Par conséquent, je ne mérite pas ma récompense.

Et sans autre parole, encore une fois, il s’enfuit. Il marcha, marcha pendant un temps que nul ne saurait évaluer et finit par se trouver face à une rivière.

Là, il s’assit pour une halte. Il venait à peine de s’allonger quand il vit arriver du ciel les trois filles du soleil et de la lune. Elles se déshabillèrent avant de se baigner dans la rivière. Elles étaient très belles. En réalité, c’étaient les plus belles créatures qu’il lui avait été donné de contempler. Il se leva très doucement, s’en approcha silencieusement et, ne pouvant résister à son envie, il s’empara de l’une d’entre elles avant de se sauver à toutes jambes.

Il courut, courut, la fille dans les bras, jusqu’à ce qu’il parvienne dans un pré. Là, il construisit une hutte des plus primitives avec les moyens du bord car, ils ne possédaient, l’un comme l’autre, rien de plus que ce qu’ils avaient sur eux.

Les jours passaient et, au grand étonnement de sa femme, l’homme ne voulait pas chercher de travail. Il lui expliqua la raison de son étrange attitude :

- Femme, ce n’est pas sans raison que j’agis ainsi. Il faut que je t’explique. Où que j’aille, quoi que je fasse, la chance ne me sourit jamais. Je ne vois donc pas pourquoi j’irais au devant de ma mauvaise fortune.

En entendant ces paroles pleines de désespoir, la fille du soleil se rappela qu’elle possédait un objet extraordinaire : un anneau magique. Elle le remit solennellement à celui qu’elle considérait comme son époux :

- Reçois ceci comme ma dot. Dépose cette bague sur le sol. Tu vas voir, une table va apparaître. Déposes-y l’anneau. Nourriture et boisson vont s’y retrouver en abondance. Tu enlèveras alors tout ce qui se trouve sur la table et tu verras, la table disparaîtra. Fais très attention car cette bague représente toute ma richesse.

Le mari remercia chaleureusement sa jeune épouse.

Ils vécurent ainsi, heureux et joyeux, du moins jusqu’au jour où l’homme se mit en tête d’inviter le roi.

La fille du soleil et de la lune essaya de l’en dissuader :

- Assieds-toi un moment et écoute-moi ! Inviter le roi n’est pas anodin. Regarde la situation enface ! Ta seule richesse, c’est ce petit anneau. T’attends-tu à impressionner le roi avec ça ? Sois sur tes gardes, tu ne veux quand même pas perdre ta seule richesse ?

Le mari se montra têtu. À tout bout de champ, il répétait :

- Non et non, je dois inviter le roi. Laisse-moi faire ! Je veux qu’il vienne pour constater comment nous, simples paysans, nous existons dans le monde et pouvons offrir une fête digne d’un roi.

Un jour, n’y tenant plus, il prit direction du palais. Il y fut reçu et voici ce qu’il demanda au roi :

- Ô Majesté, nous feriez-vous l’honneur de venir partager notre modeste repas ?

Le roi se mit à rire :

- Qui es-tu pour venir me trouver ? Et de quoi dînes-tu ? Je ne peux pas me déplacer comme ça mais, si tu veux, je peux te faire accompagner par mes conseillers.

Le roi convoqua alors ses conseillers et leurmurmura :

- Allez et voyez ce que cet homme a derrière la tête pour vouloir m’inviter : soit il a vraiment quelque chose à montrer, soit il essaie juste de se moquer de nous.

Le paysan sauta sur ses pieds et mena jusque chez lui les conseillers du roi et leurs serviteurs. En chemin, les conseillers ressentant une petite faim, voulurent se restaurer. Ils abattirent un faisan et envoyèrent un des serviteurs à la recherche d’un endroit où le faire rôtir.

Le serviteur parvint ainsi jusqu’à la hutte du paysan. Il prépara le feu et commençait tout juste à faire rôtir le faisan quand la fille du soleil et de la lune apparut. Le serviteur la regarda, la regarda sans parvenir à en détacher son regard. Il oublia tout, jusqu’à ce qu’il faisait en ce lieu.

Le faisan, lui, brûla et fut chargé quasiment carbonisé sur la broche. Quand le piètre cuisiner rejoignit les autres, toujours sous le charme de la belle, il servit sans s’en rendre compte l’oiseau brûlé aux conseillers du roi. Ces derniers, abasourdis, interrogèrent ce drôle de cuistot :

- Pourquoi as-tu laissé brûler le faisan de cette façon ?

- C’est-à-dire ! Je ne m’en suis pas aperçu. Il y avait une femme dans la hutte où je me suis rendu pour faire cuire ce faisan. Elle était si belle qu’elle a anesthésié tous mes sens. Je ne voyais plus rien, je n’entendais plus rien, je ne sentais plus rien. C’est pourquoi j’ai laissé brûler l’oiseau.

Les conseillers et les autres serviteurs se hâtèrent, se précipitèrent sur leurs chevaux pour se lancer dans un galop effréné, ne pouvant plus attendre, pour découvrir si le serviteur disait vrai.

Quand ils furent en vue de la cabane, ils mirent prestement pied à terre. Le paysan prit son anneau, trottina de cheval en cheval et, devant chaque animal, apparut un sac rempli d’avoine et de paille. Il fit une deuxième tournée : les sacs vides disparurent comme par enchantement. Il posa ensuite la bague sur le sol : une table apparut. Il y posa l’anneau : des mets délicats succédèrent à d’autres mets raffinés, jamais deux plats semblables ; de la nourriture et de la boisson à profusion qui régalèrent toute la compagnie.

Les conseillers s’en trouvèrent fort intrigués : ni maison ni serviteurs. D’où pouvaient venir toutes ces merveilles ? C’est à ce moment-là que la fille du soleil sortit de la hutte. Les conseillers, tout comme le serviteur avant eux, se retrouvèrent muets, l’esprit et le corps comme paralysés.

Après avoir régalé ses invités royalement, le gendre du soleil et de la lune les salua et les conseillers s’en retournèrent chez le roi pour témoigner de ce qu’ils avaient vu.

- Qu’avez-vous trouvé dans la maison de mon sujet ?

Ils lui racontèrent la réception royale, la nourriture préparée sans feu, et la femme qui était la plus belle femme qu’ils n’avaient jamais vue :

- Une telle femme est trop belle pour lui, c’est à vous qu’elle devrait appartenir.

- Comment puis-je l’avoir ? demanda le roi. Que puis-je reprocher au mari pour m’emparer de son épouse ?

- Demande-lui de t’apporter la toison d’or, celle qui appartient au soleil. S’il y va, tu es tranquille, il n’en reviendra pas et tu pourras ainsi aisément t’emparer de sa femme.

Le roi envoya immédiatement au paysan un émissaire qui lui annonça :

- Tu dois chercher la toison d’or pour le roi. Sinon tu seras emprisonné pour le restant de tes jours.

Fort inquiet, le gendre du soleil raconta tout à sa femme qui lui répliqua :

- Je t’avais bien dit que tu allais au devant des ennuis. Tu aurais dû y penser avant d’agir. Maintenant, tu n’as plus le choix si ce n’est d’aller chercher cette toison.

Et elle lui donna un jeton à remettre à ses parents, avant de le pousser sur le chemin.

Il marcha, marcha jusqu’à ce qu’il parvienne au logis du soleil et de la lune. Le soleil venait tout juste de partir allumer le monde. La lune se trouvait là qui lui souhaita la bienvenue quand elle reconnut le jeton confié par la jeune femme.