Ecrire un roman historique ou régionaliste - Louis Timbal-Duclaux - ebook

Ecrire un roman historique ou régionaliste ebook

Louis Timbal-Duclaux

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Opis

Techniques pour écrire dans un genre précisD'abord choisir son genre parmi une douzaine possibles. Chacun a son cahier des charges et son lectorat : roman historique à une époque lointaine ou contemporaine, roman régionaliste, roman policier historique ou régionaliste…Ensuite, des techniques à maîtriser : Se documenter. Créer et caractériser ses personnages. Charpenter le récit. Choisir ses décors. Maîtriser ses points de vue. Ecrire de bons dialogues. Soigner sa lisibilité et son style. Ouvrir et finir le récit.Ce guide pratique propose tout un programme pour guider le futur romancier.EXTRAITIl n’y a pas une, mais au moins quatre manières d’écrire un roman historique, c’est-à-dire une oeuvre de fiction qui se déroule dans un passé plus ou moins lointain.Ces quatre approches sont estimables et ont produit des chefs-d’oeuvre. Mais ce sont des manières différentes entre lesquelles vous devrez opter pour écrire votre histoire. Cela en fonction de la part d’imaginaire que vous êtes prêt à vous accorder...À PROPOS DE L'AUTEURLouis Timbal-Duclaux, né en 1941 à Toulouse, est diplômé de l'École des hautes études commerciales (1963) et licencié en sociologie (1964).Entré en 1966 au département des relations publiques du Gaz de France, Louis Timbal-Duclaux a poursuivi toute sa carrière dans cette branche. Actuellement il est responsable de la communication écrite à la Direction des études et recherches de l'Électricité de France.

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Introduction

Un roman historique : Pourquoi ? Comment ?

La fonction du roman

D’abord, à quoi sert un roman ?

Un livre sur la culture des roses est utile pour cultiver des roses, mais un roman, à quoi sert-il, au juste ? De fait, je lui vois au moins trois fonctions, en tout ou en partie cumulables.

- La première, et plus populaire, utilité du roman est de nous distraire : de nous sortir de notre quotidien ne serait-ce que pour quelques heures.

- La seconde utilité du roman est de nous ouvrir l’esprit en nous faisant partager la vie de personnes très différentes de nous, que ce soit dans l’espace (la Chine, l’Amérique...) ou dans le temps (l’Antiquité, le Moyen-Âge...).

- A un troisième niveau, un bon roman peut nous aider à trouver un sens à la vie, ou du moins nous pousser à y réfléchir. C’est sa fonction la plus haute et la plus noble, celle qui concerne les plus grandes œuvres.

Pourquoi historique ?

A partir de la Renaissance et des grandes découvertes, le roman a été surtout géographique : il nous faisait connaitre des peuplades inconnues du bout de la terre : les Mayas, les Inuits... Ce genre de littérature a triomphé avec Jules Verne et ses « Voyages extraordinaires » qui nous ont fait visiter une cinquantaine de pays différents... Mais aujourd’hui, il n’y a plus de « blanc » sur les cartes, et la télévision nous montre chaque jour les autres pays du monde, en train de s’occidentaliser...

Ainsi, désormais il y a plus d’exotisme en remontant dans le temps qu’en parcourant la planète ! Faire de l’histoire aujourd’hui ressemble au travail des explorateurs d’autrefois.

Décrire la vie de nos propres ancêtres est plus étonnant que celle des indigènes d’autres continents qui possèdent aujourd’hui voitures et téléphones portables comme nous !

D’où la vogue certaine du roman historique, qui est devenu le roman par excellence, celui qui nous assure le maximum de source de réflexion.

Le roman historique : Comment ?

1 - Qui a inventé la formule du roman historique ?

C’est le romancier écossais Walter Scott. Cette formule a été reprise pas presque tous les romantiques français : Victor Hugo avec « Notre Dame de Paris ». Vigny avec « Cinq Mars », Alexandre Dumas, Mérimée, George Sand et tant d’autres...

2 - Quelle est la formule de base ?

C’est un récit qui repose sur la liaison organique entre quatre éléments : les événements historiques, l’évocation de la vie matérielle, celle des mœurs de l’époque, et les aventures romanesques d’un ou plusieurs héros.

Une manière frappante de le dire : « Sexe, Sang, Sabots, Sentiments ». Autrement dit les « 4 S » qui s’opposent à la formule du roman exotique « Sun, Sea, Sex » (le soleil, la mer, le sexe).

- Sexe : amours passionnées.

- Sang : guerres, meurtres, luttes.

- Sabots : folklore local d’époque.

- Sentiments : ce qui recouvre le tout en lui donnant de l’élan, du souffle.

3 - Voici 5 exemples parus en 2007, de romans historiques

- La Courtisane de Venise, de Sarah Dunant (Belfont).

En 1527 les troupes de Charles Quint prennent Rome d’assaut : meurtres, viols, vols dans toute la ville... Sauf chez Fianetta Bianchini, la rusée courtisane, qui ouvre sa porte, invite les assaillants à a table et dans son lit, ce qui lui sauve la vie ! Accompagnée par son fidèle nain (et narrateur) Bucino, elle se réfugie à Venise, sa ville natale, pour se refaire beauté, santé et fortune. Nous rencontrons une sorcière, la Dragha, des juifs du ghetto, l’écrivain l’Aretin auteur de contes licencieux, et bien d’autres... Mais surtout le Titien, qui s’éprend de notre héroïne et l’immortalise sur sa toile « La Vénus d’Urbino » où elle pose nue, avec son petit chien, pour l’immortalité (musée des offices à Florence).

- Nitocris, princesse d’Egypte, par Violaine Vanoyeke (Albin Michel)

Et si la princesse Nitocris n’était pas la fille du grand pharaon Mérenrê ? Pourquoi son oncle Pépi II lui aurait caché la vérité ? Pour clarifier le mystère de ses origines, notre héroïne n’hésite pas à braver tous les interdits. Elle ira des tombeaux profonds au temple d’Assouan, et rencontrera sur sa route un scribe vénal, une femme maléfique et surtout le fils du pharaon, dont elle s’éprendra... Très bien documentée, l’auteur spécialiste de l’Egypte antique reconstitue les croyances et les fêtes populaires : venue de l’étoile Sirius, célébration de la crue du Nil...

- La vengeance de Bogis, de Jacques Pine (éd. de Borée).

En s’emparant de « l’imprenable » citadelle du château Gaillard, Philippe Auguste a rattaché l’insoumise Normandie à son royaume de France et brisé pour un temps les prétentions anglaises. Mais, il n’y serait sans doute pas parvenu sans la volonté de vengeance de Bogis, qui a voulu faire payer aux hommes de Richard Cœur de Lion, l’enlèvement de sa fille, la petite Gilette... L’auteur mêle donc ici l’intrigue quasi-policière à la reconstitution historique d’une époque mal connue, et celle d’un château fort qui dresse toujours ses ruines sur le coteau de la Seine.

- Le temps des otages, de Jean Luc Gendry (éd. du Rocher).

La France occupée de 1942 : la faim, le froid, la peur. Privations, répressions, déportations, délations... Nicolas Charpentier, major de Normale devenue critique littéraire, nous fait croiser une série de personnages historiques : le maréchal Pétain, Pierre Brossolette, René Bousquet, Pierre Laval, Michel Debré. De Paris à Vichy, de la collaboration à la Résistance, et à l’attentisme, l’auteur dresse un portrait nuancé de cette époque troublée (il y a déjà 3 autres volumes).

- La régente noire, de Franck Ferraud (éd. Flammarion)

Premier tome d’une saga en 5 volumes consacrée à la vie sous les règnes de François 1er et Henri II. Le personnage est ici la régente Louise de Savoie, très ambivalente par sa volonté de porter au pouvoir son fils et de régenter le royaume. Trahisons, manipulations, vengeances. Rien ne nous est épargné en ces temps de Renaissance et de complots.

4 - Comment se place le roman historique dans la librairie actuelle ?

Voici les résultats d’une étude récente :

- 70 % des lecteurs sont des lectrices.

- Presque un auteur sur deux est féminin, et les héros sont souvent des héroïnes.

- Les tirages sont souvent deux fois plus élevés que pour les romans « classiques ».

- Les droits dérivés sont non-négligeables : adaptation pour l’écran, en bande dessinée...

Bref, c’est un genre qui marche plutôt bien (voir : Fascination du roman historique, éd. Autrement, 1997).

Quel est le critère du roman historique ?

Le critère est net : Il doit se situer à plus de 60 ans en arrière. En pratique, cela veut dire deux générations, c’est-à-dire que seuls les grands parents âgés ont éventuellement connus cette époque. C’est du moins l’avis de Stendhal.

Quelles sont les périodes les plus prisées ?

1 - l’Antiquité : l’Egypte, la Grèce, Rome, la Gaule, l’Orient...

2 - Le Moyen Âge : surtout les périodes négligées ou obscures, par exemple les Mérovingiens.

3 - le Grand siècle : Intrigue de cour et compagnie...

4 - La Deuxième Guerre mondiale : Collabos et résistants, Juifs et Nazis...

Plus toutes les périodes négligées qu’on peut remettre à l’honneur. Par exemple les succès récents suivants : Mireille Calmel : Aliénor d’Aquitaine ; Patrick Rambaud : L’Empire, Max Gallo : La République, etc.

5 - Quand des Dames écrivent sur des dames...

Voici des romans historiques qui sont devenus des best-sellers :

- Françoise Chandernagor : « L’allée du Roi » (Juliard), sur Madame de Maintenon.

- Jeanne Bourin : « La chambre des dames » et « La dame de Beauté» (La Table ronde).

- Fanny Deschamps : « La Bougainvillée » (Albin Michel) et « Fanny Stevenson ».

Ce sont souvent les romans historiques qui marchent le mieux, ceux qui :

- sont écrits par des femmes,

- ont des héroïnes féminines,

- sont lus majoritairement par des femmes (mais sans exclusive).

6 - Existe-t-il des romans historiques pour adolescents ?

Oui. Mais le paradoxe est de ne pas dire que ce sont des « romans historiques » ! L’ado veut, non pas de « l’enseignement », mais de l’aventure, du mystère...

Quelques exemples :

- Mary tempête, d’Alain Surget (Flammarion).

Récit de la vie mouvementée de la première femme pirate, Marie Read : flibuste, abordage, pillage, trésors... rien ne manque pour enflammer l’imagination.

- Blanche et le vampire, de Paris d’Hervé Jubert (Albin Michel, coll. Wiz).

Troisième volet des aventures de Blanche Painchain dans le Paris des débuts de la IIIème République. Blanche enquête en tandem avec son oncle qui est commissaire de police, affronté à un « vampire » mystérieux...

- L’énigme de la pierre de Dragon, d’Arthur Ténor (Nathan, Poche, pour les 10-13 ans).

Au Moyen Âge, un concours d’alchimistes a lieu pour mettre la main sur le trésor rapporté de Chine par Marco Polo. L’alchimiste Trigeste relève le défi avec Dominique, sa jeune apprentie...

7 - Pourquoi, finalement, les gens lisent des romans historiques ?

Laissons la réponse à Zoé Oldenbourg qui a beaucoup écrit sur les Cathares : « Le roman d’histoire correspond à un besoin réel de l’homme occidental, spirituellement déraciné, privé de ses mythes, et avide de s’intégrer dans un passé humain. »

8 - Quels rapports existe-t-il entre roman historique et roman régionaliste ?

Tous les romans historiques ne sont pas régionalistes. En revanche, tous les romans régionalistes ont une composante historique.

Toutefois, dans le roman régionaliste, la géographie prime, en principe, sur l’histoire, car ces romans s’attachent à un métier et un terroir étroit, où la vie quotidienne est décrite en détails, tandis que les grands événements historiques, très assourdis, ne forment plus qu’un arrière-fond.

Comment écrit-on un roman historique ou régionaliste ?

Distinguons le fond de la forme.

Le fond provient des livres d’histoire, des livres documentaires sur une période ou une région, plus des recherches éventuelles dans les archives, les papiers de famille, les généalogies.

La forme n’est autre que la forme générale des romans, avec un héros qui désire un objectif, qui a des alliées et des adversaires, et qui, en fin de compte, réussira ou échouera.

Vous trouverez la méthode dans la seconde partie de ce livre. Mais avant cela, vous devrez opter pour un genre précis : c’est le but de la première partie.

Première Partie :Choisir son genre

Le Roman historique

Le Roman régionaliste

Le Roman familial

Le Policier historique

Le Policier régionaliste

Chapitre 1

Le Roman historique

Choisir entre quatre types de romans historiques

Il n’y a pas une, mais au moins quatre manières d’écrire un roman historique, c’est-à-dire une œuvre de fiction qui se déroule dans un passé plus ou moins lointain.

Ces quatre approches sont estimables et ont produit des chefs-d’œuvre. Mais ce sont des manières différentes entre lesquelles vous devrez opter pour écrire votre histoire. Cela en fonction de la part d’imaginaire que vous êtes prêt à vous accorder...

Le choix crucial d’un monde

Le terme d’Univers désigne l’ensemble des objets existants, connus ou inconnus, depuis les atomes de notre corps, jusqu’aux galaxies lointaines. A l’inverse, nous appelons Monde, une portion restreinte de cet Univers que nous habitons, réellement ou par la pensée. On parlera ainsi du « monde de l’employé de bureau parisien », ou du « monde romain du temps d’Auguste »...

Créer un roman, avant même de déterminer des personnages et une intrigue, c’est avant tout choisir un certain monde. Pour l’utiliser comme système de contraintes, et cadre de référence et cohérence pour son action.

La première solution consiste à choisir notre monde actuel pour y placer notre intrigue. La seconde de choisir un monde plus lointain dans l’espace et surtout dans le temps : c’est le cas du roman historique. Mais il est nécessaire d’en distinguer trois formes assez différentes.

1 - Le passé lointain, tremplin pour l’imaginaire

La première façon d’utiliser l’histoire comme monde de votre fiction est de faire référence à des époques très reculées et/ou à des royaumes très lointains. Vous pouvez par exemple avoir envie de situer votre action dans des temps préhistoriques, comme dans « La guerre du feu » de Rosny, ou dans le monde celtique d’avant la conquête romaine, comme pour « Bilbo le Hobitt » et « Le Seigneur des anneaux » de Tolkien. Ou encore « Les chevaliers de la table ronde » de notre Moyen-âge légendaire. Ou encore dans l’Egypte ancienne, ou la Chine antique, quelque 5000 ans avant Jésus-Christ...

Dans tous les cas, il s’agit bien d’un cadre historique réel, mais il est si peu précis, que vous avez les mains presqu’entièrement libres pour donner libre cours à votre imagination, tout en bénéficiant, chez vos lecteurs, d’un certain type d’imaginaire déjà constitué par ses lectures antérieures.

Ce parti convient très bien à tous ceux qui veulent écrire dans les registres merveilleux et/ou fantastique. Ces périodes sont si mal connues qu’aucun historien ne sera en mesure de vous chipoter un détail, ni même un lecteur érudit, car l’histoire touche ici à la légende. Des films comme « Conan le barbare », « Excalibur », « La guerre du feu », illustrent bien ce propos (on pourrait y ajouter bien des œuvres de science-fiction qui se livrent à des « voyages dans le temps »).

Ici, le passé ne fournit qu’un prétexte au romancier pour utiliser un décor, un monde qu’il peuplera à sa guise de créatures aussi exceptionnelles qu’il peut les concevoir... La légende et l’histoire y sont encore mêlés, et le romancier imaginatif peut y insérer tous ses délires...

Pour le lecteur, le grand bénéfice, sera le dépaysement garanti, l’Evasion avec un grand E, le plaisir d’avoir vécu pendant quelques heures dans un monde tout autre : un véritable Ailleurs, plus proche du principe de désir que de réalité...

2 - Le passé réinterprété ou l’histoire romancée

Par antithèse, la deuxième façon d’utiliser l’histoire comme monde de votre fiction trouve pour modèle les grands romans historiques du 19ème siècle : en particulier Walter Scott en Grande Bretagne, et Alexandre Dumas en France. C’est ce qu’on a coutume d’appeler les « romans de cape et d’épée » (la cape symbolisant la ruse et la dissimulation, et l’épée le combat viril et loyal).

Ici, le travail du romancier suppose une vaste documentation, une prise de note serrée, un cadre historique exact. Mais si minutieux que soit le travail des historiens, n’en subsistent pas moins des zones d’ombre, des énigmes non résolues... C’est la brèche par laquelle le romancier va s’engouffrer !

Certes tout le monde admet que Ravaillac a assassiné Henri IV tel jour à telle heure et à tel endroit. Mais ses mobiles restent douteux. Etait-il un fanatique isolé comme le disent les livres ? Ou bien était-il en réalité mandaté par quelque puissant tapi dans l’ombre ? Jeanne d’Arc a bien délivré la France des Anglais, mais de qui était-elle réellement la fille ? Jack l’éventreur a bien commis des crimes à Londres, mais qui se dissimulait sous ce pseudonyme ? Ne serait-ce pas un membre éminent de la famille royale ?

Ainsi le romancier va-t-il utiliser des personnages réels, et reconnaissables du public, pour les avoir rencontrés dans les livres d’histoire (Henri IV, Louis XIII, Richelieu, Mazarin, Anne d’Autriche, Marie de Médicis, etc.). Mais il utilise les « zones d’ombres » laissées par l’historien, pour construire une intrigue de con crû, en y ajoutant des personnages de fiction (par exemple, chez Dumas, une certaine Constance Bonacieux). Il suffit que ses personnages réels ou de fiction se comportent de manière plausible, par rapport à l’esprit du temps, à la chronologie, et à la science et à la technique de l’époque.

L’effet produit sur le lecteur sera celui de la révélation : le romancier a l’air de démasquer un « dessous des cartes » que tairait l’histoire officielle (ainsi nous ne savions pas « qu’Anne d’Autriche était amoureuse du Buckingham !... »). Non seulement nous avons passé un agréable moment à lire ces aventures palpitantes, mais encore nous nous sentons « plus intelligents » d’avoir été mis dans la confidence...

3 - Le passé revécu ou le roman historique

L’histoire romancée utilise des personnages historiques dans son intrigue et réinterprète leurs motivations. A l’inverse, le roman historique ne fait pas appel à des personnages célèbres comme protagonistes : il se borne à les évoquer comme faisant partie du décor historique du temps.

Ainsi si mon roman met en scène une famille de paysans sous le règne de Louis XIII, ce n’est pas de l’histoire romancée comme chez Alexandre Dumas, mais un roman historique. On se trouve ici à mi-chemin entre les premier cas et le deuxième. Le romancier est certes contraint de respecter la grande Histoire, mais il est libre de régler à sa guise les détails de sa petite histoire, à l’intérieur de la grande. Comme ses personnages sont imaginaires, bien que près du réel, aucun historien n’y trouvera guère à redire...

Reste cependant à éviter les anachronismes et les invraisemblances : à cette époque, par exemple, la vitesse maximale était celle du cheval au galop (et encore à condition de changer souvent de monture dans les relais).

Mais l’un des privilèges du romancier réside alors dans son pouvoir de rendre ses héros, on complètement aveugles, ou complètement lucides, sur l’avenir.

Dans mon exemple, mon héros, contemporain de Louis XIII, peut prophétiser que la monarchie deviendra bientôt absolue (sous Louis XIV), tandis que son adversaire croit que ce seront les nobles qui reprendront le pouvoir (victoire de la Fronde). Bien entendu nous savons tous que la 1ère prophétie est la bonne, ce qui rend l’auteur complice du lecteur et valorise le héros comme extra-lucide.

Synthèse : La part de la fiction

En résumé, il n’y a pas une, mais au moins trois façons d’écrire un roman qui se passe dans le passé. Cela, selon le degré respectif d’imagination et dé réalisme historique en jeu.

1 - Si la période historique retenue se confond avec la légende, elle ne sert que de prétexte à camper un décor et à légitimer une fiction faisant une large place à l’imaginaire, comme dans les sagas celtiques.

2 - Si la période historique retenue fournit seulement un décor et une trame historique, on a affaire au roman historique, qui est le genre le plus pratiqué.

3 - Si la période historique retenue fournit non seulement le décor et la trame temporelle, mais encore des personnages historiques comme protagonistes du roman, c’est de l’histoire romancée. Elle n’est pas loin du travail de l’historien, de la thèse historique, ou biographique. Car ici la fiction se bornera aux mobiles profonds des personnages, et aux zones d’ombre de l’histoire.

En définitive, c’est la part de la fiction que vous voudrez bien vous accorder par rapport à la vérité historique, qui sera la clé du choix à opérer entre ces trois formes de roman.

Dans tous les cas vous bâtissez votre histoire sur un pré-requis incontournable : la connaissance que le public (vous et moi) avons de l’Histoire. Plus cette connaissance sera faible, et plus nous pouvons y placer de l’imaginaire. Plus elle sera forte, et plus nous nous approcherons de l’Histoire authentique, et plus la part de documentation sera importante. D’où l’importance à bien choisir votre période historique de référence : elle déterminera tout le reste.

Le roman historique oblique

La romancière Tracy Chevalier a mis en vogue une nouvelle manière d’écrire un roman historique que j’appelle la manière oblique : au lieu de regarder le héros historique en face, on le regarde de biais à travers le regard d’un autre personnage, ce qui est fort habile.

Le regard oblique

Prenons l’exemple le plus connu : « La jeune fille à la perle » de Tracy Chevalier qui s’est vendu à plus de 2 millions d’exemplaires dans le monde ; et qui surtout a fait l’objet d’un film (remarquable) que beaucoup ont vu.

Le but du livre est de raconter la vie d’un grand homme : Vermeer de Delft. Mais le raconter comme dix biographes l’ont fait déjà, manque de charme et d’intérêt. On va bien sûr, lire ces livres, les étudier, prendre des notes préparatoires, mais l’acte de création va consister à créer un personnage qui va côtoyer le grand peintre et parler de lui.

Ici, le coup de génie de Tracy a été de prendre pour héroïne une personne vraie, dont on a le portrait, mais dont on ne sait rien ! La jeune fille à la perle, célèbre tableau du maitre. Elle suppose que c’est une servante qui a posé pour la maitre qui l’a ainsi immortalisé pour la postérité du monde entier.

Tracy invente donc une histoire plausible de Griet : comment ses parents la placent chez le maitre comme servante ; comment il l’a remarque ; comment il décide de la faire poser pour lui. Comment son épouse furieuse de cette faveur finit pas chasser la fille, une fois le tableau vendu !

Autrement dit ce livre pourrait s’intituler : « Vermeer vu par sa servante et modèle ».

Maintenant Blake

Le dernier sujet de Tracy Chevalier est le poète romantique anglais Williams Blake. Le livre s’appelle « L’innocence ». Là encore le poète n’a pas été vu de front mais « par la bande », de biais, par une famille d’ébénistes qui viennent du Dorset à Londres et qui habitent à coté du grand homme, à la fin du 18ème siècle.

Il y a là prétexte à la description des berges de la Tamise et de tout un petit peuple de marchands, de brasseurs, de tisserands, de filles faciles et de mauvais garçons... Toute l’histoire est vue par deux adolescents : un garçon et une fille. Leur contact avec le poète voisin sera leur initiation, la perte de l’innocence (d’où le titre). Le livre est publié chez Folio.

D’autres livres

Chaque livre de Tracy lui permet de s’initier à la fois à une époque ancienne et à un métier de cette époque. « La jeune fille à la perle » l’a forcé à s’initier à la peinture à l’huile, « La dame à la licorne » aux secrets des lissiers, « L’innocence » à celui u bois tourné et à la fabrication des chaises.

Elle a écrit aussi « Le récital des anges » et « La vierge en bleu » (tous parus chez Folio). Maintenant elle s’attaque à Mary Anning, la première femme paléontologue d’Angleterre, dont on parle dans sa maison-musée du Dorset au milieu des os de dinosaures.

L’auteur, Tracy, est née en 1962 à Washington. La mort de sa mère à 8 ans change sa vie. En 1984, elle débarque à Londres où elle suit des cours d’écriture de création à l’université d’East Anglia, et travaille un moment chez un éditeur, avant de vivre de sa plume après le succès mérité de ses 5 livres successifs qui attestent du succès de la formule.

A votre tour, vous pouvez décider d’adopter sa méthode : donner la vision d’un grand homme par celle d’un plus petit de fiction.

Un panorama des sous-genres

Voici comment le Livre de Poche a classé un certain nombre de romans historiques qu’il a publié. Demandez-vous : où je voudrais que mon futur roman soit rangé ?

1 - Destins extraordinaires

Il s’agit de romans historiques centrés sur la vie et l’œuvre d’un personnage historique de premier plan. Exemples :

- « Néfertiti » de Guy Rachet, biographie romancée de la femme du « Pharaon maudit » Akhenaton.

- « La Reine Margot » d’Alexandre Dumas, chronique du mariage d’Henri VI et de Marguerite de Valois et du massacre de la Saint Barthélémy.

- « Le jardin des Lumières » de Amin Maalouf, histoire de la vie de Mani, fondateur du Manichéisme.

2 - Epopées

Il s’agit d’œuvres relatant des aventures épiques d’un personnage de fiction à travers les événements d’un siècle. Exemples :

- « Fortune de France », de Robert Merle. La France de la mort de François 1er à la signature de l’Edit de Nantes. Le personnage est Pierre de Siorac, jeune noble huguenot jeté dans la tourmente des guerres de religion (12 tomes).

- « Le don du Roi », de Rose Trémain. L’Angleterre au 15ème siècle. Héros : un jeune médecin tour à tour bouffon du roi, faux époux de la maitresse du roi, médecin aliéniste, témoin de la grande peste et du grand incendie de Londres...

- « Azteca », de Gary Jennings. Héros : Mistli, jeune homme maya qui assiste, impuissant, à la conquête de son pays par les envahisseurs espagnols.

- « La Maharani », par Gita Mahta. L’Inde de 1897 à 1947. Une femme élevée pour être épouse de Rahja, va finir par se révolter contre les Anglais et suivre Gandhi...

3 - Mythes et légendes

Il s’agit d’œuvres qui se passent souvent dans des temps reculés, mêlent l’histoire aux mythes et aux légendes.

Exemples :

- « Les dames du lac », de Marion Zimmer Bradley. Inspiré des romans de la Table ronde, ce roman féministe raconte la lutte désespérée des partisans de la civilisation celtique contre les envahisseurs chrétiens (3 tomes).

- « Les enfants du Graal », par Peter Berling. Dans l’Europe du 13ème siècle, deux enfants échappent au massacre des Cathares. Dépositaires d’un mystérieux secret, ils sont poursuivis par bien des gens et des autorités...

4 - Fresques sociales

Il s’agit d’œuvres qui mettent en scène le 19ème siècle et les luttes sociales de la classe ouvrière.

Exemples :

- « Les mouchoirs rouges de Cholet », de Michel Ragon : au 19ème siècle dans le bocage vendéen, la longue lutte des paysans-travailleurs pour améliorer leur sort.

- « Germinal », de Zola. L’histoire d’une grève dans une mine du Nord.

5 - Mystère et policier

Il s’agit de romans racontant une histoire policière dans un environnement historique. Exemple :

- « Le nom de la rose », d’Umberto Eco. Un crime dans un couvent au 14ème siècle

et un moine détective.

- De plus, de très nombreux exemples dans la collection 10/18.

Vous avez là un panorama des genres, entres lesquels il vous faudra choisir.

Chapitre 2

Le Roman régionaliste

Quand le terroir est le héros

Inauguré avec les Romantiques, et notamment George Sand, le roman régionaliste a gagné ses lettres de noblesse au 20ème siècle avec de grands noms tels que : Maurice Genevoix (la Sologne), Jean Giono (la Provence), HenriBosco (le Lubéron), Colette (La Puysaye et Saint Tropez). Mais beaucoup d’auteurs estimables ont dignement rivalisé, depuis, avec eux...

Un roman de terroir doit être un véritable roman avec une intrigue, des personnages forts et des péripéties. Il doit éviter de tomber dans le roman à thèse, ou le ruralisme simplement pittoresque.

Mais si ses qualités sont réelles, il trouvera assez facilement preneur chez un éditeur régional, ou peut être même national.

Provincialisme et régionalisme

D’abord, ne confondons pas roman Provincialiste et Régionaliste. Le premier se passe dans une région qui lui sert de cadre. Dans le roman régionaliste, c’est le terroir lui-même qui devient le personnage principal, l’intrigue et les personnages étant à son service. Autrement dit, il y a inversion de la figure et du fond : c’est le terroir qui fait figure.

- Le roman provincialiste est issu du romantisme, avec son concept de « couleur locale ». Il se déroule le plus souvent dans une ville de province qui sert de « toile de fond » à l’intrique. C’est le cas de la série de Balzac « Scènes de la vie de province », où le « Curé de Tours » se passe à Tours, et « Béatrix » à Guérande. Reste que l’intrigue pourrait, à « la rigueur », se passer ailleurs sans grand dommage.

- Différent est le roman régionaliste, où c’est le terroir lui-même qui devient le personnage collectif du roman, avec ses décors, ses intrigues et ses personnages. On ne pourrait alors transposer l’intrigue ailleurs sans que l’œuvre s’effondre.

De lointains ancêtres

Une fois un genre constitué, on peut, bien sûr, lui trouver de lointains ancêtres, et lui rattacher tout ce qui, dans la littérature, ressort de la veine naturaliste ou même réaliste, ou encore ce qu’il est convenu d’appeler le roman de mœurs.

Ainsi certains auteurs peuvent faire remonter le roman régionaliste actuel aux fabliaux du moyen-âge, et du « Roman de Renart » en particulier...

Bien entendu, ils n’ont pas entièrement tort. mais, pour rester rigoureux, il faut admettre que le roman régionaliste est un fils direct de la révolution industrielle, en réaction contre elle, et qu’il faut dater son origine vers 1850, en France.

Comme les frères Goncourt appartenaient au mouvement naturaliste, il n’est pas étonnant que leurs successeurs spirituels, les jurés du Prix Goncourt, attribuèrent souvent leurs suffrages à des romans régionalistes. Et, ce faisant, contribuèrent ainsi puissamment à faire connaitre leurs auteurs.

Mistral, Daudet et le félibrige

Le premier roman régionaliste est surtout provençal. Il est issu du Félibrige, mouvement de retour aux sources de la langue occitane, par deux écrivains principaux : Frédéric Mistral (1830-1914), l’immortel auteur de « Miréio » (Mireille), et Alphonse Daudet (1840-1897), qui quitta Paris et ses amis naturalistes pour venir célébrer la Provence.

Premier mouvement français d’identité régionale, le Félibrige sera plus tard suivi et imité par bien d’autres provinces... La Bretagne, le Pays Basque, l’Alsace... qui donneront des œuvres majeures.

En réaction contre l’industrialisation et le centralisme

Ce n’est pas un hasard si les critiques situent donc vers 1850 la naissance du roman régionaliste en France. Il est contemporain du chemin de fer et de la révolution industrielle qui arracha tant de paysans à leurs terres, à leurs coutumes, et à leurs patois ou langues locales...

Contre le centralisme parisien, le déracinement, l’irruption dans le quotidien de la technique moderne, le roman régionaliste constitue une réaction. C’est d’ailleurs à la même époque qu’apparait le souci de conserver les monuments historiques avec Mérimée et Viollet le Duc.

Les tentations du roman à thèse

Désirant conserver la mémoire du passé, le roman régionaliste est guetté par la tentation du conservatisme politique et social : l’expression des idées d’une droite réactionnaire, à la manière de Barrès, de Léon Daudet et de l’Action Française.

A l’inverse, dans d’autres cas, plus rares, il se situera en faveur du progrès social et des thèses de la gauche populaire et progressiste. On trouve une telle tendance avec « Jacquou le Croquant » d’Eugène le Roy (1899). La dérive consiste à, dans les deux cas, transformer le roman régionaliste en roman à thèse. Et le roman aura du mal à courir deux lièvres à la fois : la thèse sociale et la thèse régionale. Même si aucun romancier n’est neutre, il apparait que les meilleurs auteurs ont évité le plaidoyer trop engagé. En laissant le terroir plaider lui-même sa cause, sans doute avec quelque nostalgie, mais sans passéisme ni populisme. C’est ce qu’on peut observer dans les chefs-d’œuvre suivants.

I - Les grands classiques du genre

Quatre vagues successives en cent ans

- Une première vague du roman régionaliste se fait jour, avec George Sand vers 1850, à la fin du mouvement romantique. Le régionalisme y apparait comme un « exotisme » de l’intérieur », en concurrence avec le grand exotisme, celui de l’appel de l’Orient (Farrère, Loti, etc.) ou de l’Amérique (Fénimore Cooper).

- Une seconde vague a lieu au début du 20ème siècle, quand, coup sur coup, trois prix Goncourt sont attribués à des œuvres de ce genre :

- « Terres lointaines », d’Emile Moselly (1907),

- « Monsieur de Lourcines », d’Alphonse de Chateaubriant (1911) (rien à voir avec l’illustre romantique),

- « Les filles de la pluie », d’André Savignon (1912).

Mais il existe, à cette époque, bien d’autres auteurs de premier plan :

- Charles le Goffic : « Gens de mer » (1897),

- René Bazin : « La terre qui meurt » (1899), (le père de Hervé Bazin, prix Goncourt),

- Jean Aicard : « Maurin des Maures » (1907), dans le Var,

- Gaston Roupnel : « Nono » (1910), la Bourgogne,

- Hugues La paire : « Ames berrichonnes » (1910),

- Louis Pergaud : « De goupil à Margot » (1910).

- La 3ème vague se situe entre les deux guerres mondiales :

- Ernest Pérochon : « Néné» (Prix Goncourt 1920),

- Gaston Chérau : « Valentine Pacquaud (1921),

- A. de Chateaubriant : « La Brière » (1923),

- Henri Pourrat : « Gaspard des montagnes » (Auvergne).

- A cette époque, se développe une nouvelle branche : celle de la francophonie, avec notamment :

- La Canada, avec « Maria Chapdelaine », de Louis Hémon (1921),

- L’Afrique noire, avec « Batouala », de René Maran (1921).

Cette branche opère la jonction avec le roman proprement exotique, tels que ceux, par exemple de Pierre Loti.

- La 4ème vague.

Après le mouvement de mai 1968 et le retour à la terre des «écologistes », la France a enfin connu une nouvelle vague de romans régionaliste (dont nous aurons l’occasion de parler plus tard). Par exemple ceux de la collection « Terre Humaine », chez Plon.

Le Berry de George Sand

Née Aurore Dupin (1804-1876), George Sand eut une vie complexe et bien remplie. Tour à tour féministe, socialiste, muse et maitresse de grands artistes (Musset, Chopin), sa production est impressionnante.

Nous ne nous intéresserons ici qu’aux œuvres du soir de sa vie, celles écrites à Nohant, le château de son enfance, au cœur du Berry qu’elle aimait tant, et qui sont considérés par la critique comme les premiers romans véritablement régionalistes : « La Mare au Diable » (1846), « François le Champi » (1847), « La petite Fadette » « 1848) et « Les Maitres sonneurs » (1853).

On a pu reprocher à Sand son sentimentalisme un peu larmoyant, mais la qualité de ses intrigues et la justesse de ses descriptions font de ces romans de véritables classiques du genre. Ils ouvriront la voie du 20ème siècle.

« Les Maîtres sonneurs » est son roman le plus intéressant du point de vue formel, car il se divise non en chapitres, mais en veillées, où l’auteur a cherché à reproduire le style de contage des anciens du Berry, le soir autour du feu, avec les expressions et l’esprit du folklore local (technique qu’elle avait amorcée à la fin de « La mare au diable ») .

La haute Provence de Giono

Né d’un milieu modeste d’une lignée franco-italienne, il naquit à Manosque en 1895, ville qu’il ne quittera guère jusqu’à se mort en 1970.

Dégouté de la guerre de 1914-1918, il affiche désormais des opinions pacifistes sans concessions. Mais la grande source de son inspiration est la littérature antique : le Bible, Homère, Virgile.

Alors que pour beaucoup de parisiens, la Provence n’évoque que des vacances faciles, Giono eût le mérite de révéler son vrai visage : une terre rude, âpre, balayée par le vent, manquant d’eau, en proie aux rivalités des familles et des villages... Mais, par là même, il sût dépasser son sujet étroit et atteindre l’universel...

Ses romans sont trop connus pour être cités tous. Parmi ses meilleurs : « Le grand troupeau » « 1931), « Jean le bleu » (1932), « Le chant du monde » (1934), « Les vraies richesses » (1937), « Le moulin de Pologne » (1952), « Deux cavaliers de l’orage » (1965).

Giono fut élu à l’Académie Goncourt en 1954, et on célébra l’anniversaire de sa naissance en 1995 par nombre de manifestations. On peut désormais visiter sa maison à Manosque (04).

La basse Provence d’Henri Bosco

Moins connu que Giono, Bosco, né à Avignon en 1888, fut longtemps professeur de lettres à Rabat. Mais il consacra l’essentiel de son œuvre à la basse Provence : la Durance, le Lubéron, la Camargue. Attentif à « la vie secrète des êtres et des choses », Bosco unit le naturalisme local au mysticisme ésotérique et chrétien.

« Le mas théotime » reçut en 1945 le prix Renaudot. « Malicroix » (1948) retrace l’histoire d’un domaine en Camargue. « L’âne Culotte » est devenu un classique de la littérature pour enfants. « l’Antiquaire » (1954) verse dans le fantastique et l’ésotérisme.

Un autre auteur provençal de qualité est Pierre Magnan qui a surtout écrit des policiers ruraux (Folio). Voir plus loin.

Les Cévennes d’André Chamson

Certes l’œuvre de cet auteur dépasse de beaucoup le régionalisme, mais une partie le concerne. Né en 1900 à Nîmes d’une famille protestante, André Chamson entra à l’école de Chartres en 1924. Ses premiers romans concernent les Cévennes et la révolte des Camisards : « Les hommes de la route » (1927), « Le crime des justes » (1928). Il y met en scène des créatures frustes, violentes parfois, et toujours farouches, qui caractérisent cet âpre pays, refuge de protestants persécutés.

Quatre de ses romans ont paru en poche : « La superbe » (J’ai Lu), « La neige et la fleur » (J’ai lu), « le chiffre de nos jours » (Folio), « L’auberge de l’abîme » (Grasset - les cahiers rouges).

La Valais de Ramuz

Né à Lausanne en 1879, d’une famille protestante aisée, il part pour faire ses études à Paris en 1902, où il écrit jusqu’à la guerre de 1914. Profitant de la neutralité de son pays, il anime une revue : « Les cahiers Vaudois ». Il passera le reste de sa vie dans son domaine familial de Pully, où il meurt en 1947 au faîte de sa renommée.