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Cette fiche de lecture sur Corps et âme de Frank Conroy propose une analyse complète de l'oeuvre : • une biographie de Frank Conroy• une bibliographie complète de Frank Conroy• un résumé de Corps et âme• une analyse des personnages • une présentation des axes d'analyse de Corps et âme de Frank Conroy• une analyse du style de l'auteurÀ propos de fichesdelecture.com :fichesdelecture.com propose plus 2500 analyses complètes de livres sur toute la littérature classique et contemporaine : des résumés, des analyses de livres, des questionnaires et des commentaires composés, etc. Nos analyses sont plébiscitées par les lycéens et les enseignants. Toutes nos analyses sont téléchargeables directement en ligne. FichesdeLecture est partenaire du Ministère de l'Education.

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Corps et âme

Frank Conroy

I. RÉSUMÉ

À New York, dans les années quarante, un enfant regarde, à travers les barreaux du soupirail où il est enfermé, les chaussures des passants qui marchent sur le trottoir. Pauvre, sans autre protection que celle d'une mère excentrique, Claude Rawlings semble destiné à demeurer spectateur d’un monde inaccessible. Mais dans la chambre du fond, enseveli sous une montage de vieux papiers, se trouve un petit piano blanc désaccordé. En déchiffrant les secrets de son clavier, Claude, comme par magie, va se découvrir lui-même : il est musicien.

Ce livre est l’histoire d’un homme dont la vie est transfigurée par un don. Son voyage, à l’extrémité d’une route jalonnée de mille rencontres, amitiés, amours romantiques, le conduira dans les salons des riches et des puissants, et jusqu’à Carnegie Hall…

La musique, évidemment, est au centre du livre — musique classique, grave et morale, mais aussi le jazz, dont le rythme très contemporain fait entendre sa pulsation irrésistible d’un bout à l’autre du roman. Autour d’elle, en une vaste fresque à la Dickens, foisonnante de personnages, Frank Conroy brosse le tableau fascinant, drôle, pittoresque et parfois cruel d’un New York en pleine mutation.

IV. RÉSUMÉ DÉTAILLÉ

PREMIÈRE PARTIE

Chapitre 1

Sa première vision sur l’extérieur était le soupirail en forme d'éventail de l’appartement en sous-sol. L’appartement était petit et sombre, il y était enfermé à clef jusqu’au moment terrible, chaque soir, où sa mère revenait à la maison avec son taxi. D’habitude, il l’entendait descendre les marches de fer qui menaient à la porte. « Claude ! » Elle avait une voix claire, musicale. « Tu es là, fit-elle. Va me chercher une bière ». Elle but jusqu’à ce que ses paupières s’alourdissent puis alla s’enfermer dans sa chambre et n’en émergea que le lendemain matin. Il dormait sur un petit lit de camp des surplus de l’armée, dans la chambre du fond. Dans cette pièce, Claude avait trouvé un petit piano console blanc avec soixante-six touches et un miroir au-dessus du clavier. Il passait la plus grande partie de la journée au piano, à produire des sons et à les écouter. Il avait appris à jouer des petites mélodies et les jouait et les rejouait jusqu’à ce que ses doigts lui fissent mal.

Un jour, sa mère lui dit qu’il irait bientôt à l’école. Pour y aller, il devait parcourir la Troisième Avenue. Il s’arrêtait devant le magasin de musique Weisfeld et contemplait les trompettes, les guitares, les banjos rutilants, les accordéons denses et mystérieux, les harmonicas de toutes tailles, les flûtes sveltes.

Le jour de la Victoire, Claude se rendit au coin de Lexington Avenue et de la Quatre-vingt-sixième Rue. Le mot « Victoire » s’étalait en lettres géantes sur l’auvent du cinéma RKO. Des milliers de personnes s’étaient rassemblées sur les trottoirs. De jeunes soldats se tenaient là, les uns dansant avec des jeunes filles, d’autres chantant pour les accompagner. La mère de Claude lui avait dit que son père était soldat. Claude lui avait demandé s’il allait revenir mais elle lui avait répondu qu’il avait mis les voiles depuis belle lurette. « Si jamais on t’interroge, tu n’as qu’à répondre qu’il est mort à la guerre ».

Chapitre 2

Avec un nickel volé dans le distributeur de monnaie de sa mère, Claude alla à l’Optime du coin de Lexington Avenue et de la Quatre-vingt-sixième rue et acheta un paquet de chewing-gum Beeman à la pepsine. Lorsque la gomme fut suffisamment collante, il s’approcha du bord du trottoir et s’allongea sur la grille du métro. Il repéra une dime qui luisait dans la pénombre. Il sortit de sa poche un morceau de ficelle et un bout de bois. Il attacha la ficelle à l’une des extrémités du bois et pressa le chewing-gum à l’autre bout. Retenant son souffle, il remonta progressivement la ficelle, le bois, la gomme et la dime. Il lui fallut environ deux heures pour récolter trente-deux cents. À ce moment-là, un grand type s’était installé sur la grille de l’autre côté de la rue. Claude décida de s’en aller pour éviter un affrontement.

Le piano était une énigme. Pourquoi y avait-il des touches noires, et pourquoi étaient-elles disposées ainsi, par groupes de deux ou trois ? Dans le tiroir de la banquette, il trouva des partitions. Les lignes et les symboles mystérieux étaient empreints d’une netteté qui évoquait l’intérieur du piano. Il y avait une relation, sûrement — et il savait où aller pour trouver exactement laquelle.

Le magasin était vide de clients lorsqu’il entra. Monsieur Wiesfeld était assis derrière un comptoir. Claude posa la partition sur le comptoir et pointa le doigt sur la musique. « Qu’est-ce que c’est que ça ? Ces choses-là ? » Weisfeld se leva et prit la partition. « Viens. Je vais te montrer ». Il se dirigea vers le fond de la pièce, où se trouvait un piano droit, un Steinway. Il s’assit sur la banquette, installa la musique sur le pupitre. Le son du piano remplit le magasin. « Alors… ça dit tout, chuchota Claude. Oui. Ça dit tout, répondit Weisfeld ». Revenu derrière le comptoir, il tira d’une étagère un livre mince à la couverture de papier. C’était un exemplaire usagé du Livre bleu pour débutants soldé à trente cents. Claude n’avait qu’une dime mais Weisfeld lui dit de lui donner une dime aujourd’hui, une dime dans une semaine et une autre dans quinze jours. Weisfeld tendit à Claude le livre et avança la main pour lui dire au revoir. « Si tu accroches quelque part, viens me voir. Sinon, à lundi prochain ».

Claude commença à guetter les bouteilles. On récupérait deux cents de consigne pour les petites et cinq pour les grandes. Il explora tout le quartier. Il finit par abandonner son voisinage habituel et prospecta vers l’ouest où les rues étaient propres et les piétons bien habillés. Un jour, il descendit l’escalier de service d’un immeuble et poussa la porte. Un grand Noir en maillot de corps actionnait les cordes d’un vide-ordures. Dans l’obscurité, Claude se faufila derrière une pile de cageots de bois. Le Noir s’approcha des cageots et toisa brusquement l’enfant de toute sa hauteur. « Je cherche des bouteilles pour le magasin » lui dit Claude. L’homme désigna sa collecte et demanda à Claude s’il savait où se trouvait le A & P. « Tu vas dans le fond et tu d’mandes après George. Dis-lui qu’c’est Al qui t’envoie, y te donn’ra l’fric ».

Dans le magasin de musique Weisfeld, Claude posa la dime sur le comptoir et tendit le Livre bleu. « J’ai fini, dit-il. Je suis très surpris que tu aies pu faire cela tout seul, et encore plus surpris que tu aies pu le faire si rapidement. Tu as dû travailler dur, lui dit Weisfeld. Parle-moi de toi, dit-il d’un ton calme et uni. Prends ton temps et dis-moi tout de toi ». Et Claude le fit.

Chapitre 3

C’était l’hiver, Claude en était à mi-chemin de la méthode de piano John Thompson. Il dut aider sa mère à déneiger le taxi à l’aide d'une pelle. Il tomba malade l’après-midi. La tête lui tournait trop pour qu’il pût s’asseoir au piano. Il finit par se mettre au lit. La fièvre s’abattit sur lui avec la soudaineté d'un coup de tonnerre. Il perdit la notion du temps. Il avait tout oublié de la normalité, vivait une succession d’instants entièrement définis par les sensations vertigineuses de sa maladie. Il flottait.

Un bourdonnement fort l’éveilla. À l’instant où il ouvrit les yeux, il sut qu’il était guéri. Il réalisa qu’on sonnait à la porte. Monsieur Weisfeld était sur le seuil. Il entra et enleva son béret. Il jeta un coup d’œil dans la pièce sombre. Vaisselle sale, journaux éparpillés sur le fauteuil, des piles de fiches de taxi entassées çà et là, des cancrelats. Ils allèrent manger un hamburger chez Prexy. De retour, ils rencontrèrent la mère de Claude en haut des marches de fer. Weisfeld déclara qu’il désirait donner des leçons de piano à l’enfant afin de développer son talent spécial et rare. Il demandera à Claude vingt-cinq cents par leçon que l’enfant paiera lui-même. L’enfant devra travailler trois ou quatre heures par jour et toute sa vie en sera changée. Il sera sous pression. Il connaîtra des périodes de frustration, de doute et de colère. La mère de Claude haussa les épaules et donna son accord. Elle rota tranquillement.

La porte rectangulaire de la chaudière était grande ouverte. Al chargeait le charbon. Ils se levèrent et se dirigèrent vers le vide-ordures. Claude grimpa dans la minuscule enceinte. Al tira doucement sur les cordes et l’enfant commença à s'élever. Une éternité avant de stopper au sixième. Claude poussa lentement, prudemment la porte. Il attendit un moment puis se laissa glisser hors du caisson et atterrit sur le sol carrelé. La cuisine était immense et très propre. Il entra dans cette splendeur, prit deux cendriers, recula et ferma la porte. Il retourna au vide-ordures et se courba pour entrer dans la boîte. La lente descente commença. Al manoeuvrant soigneusement en bas. En passant devant la porte ouverte du troisième étage, une Noire tourna son visage lentement en direction de Claude. Il atterrit dans un choc. « Je crois qu’elle m’a vu », murmura Claude.

Un jour, en rentrant chez lui, il trouva un téléphone qui avait été installé. Pendant des jours et des jours, le téléphone se contenta d’être là. Il ne sonnait jamais. Puis une fois, au beau milieu de la nuit, il sonna. Sa mère prononça quelques paroles dans le combiné, elle inscrivit quelque chose et raccrocha. « Habille-toi, dit-elle. Nous sortons ». Ils montèrent à bord du taxi et s’engagèrent sur la Troisième Avenue. Elle se gara sur une voie à grande circulation et éteignit les phares. Trois formes surgirent de l’avenue et se dirigèrent vers le taxi. La mère de Claude leur dit que c’était occupé. Un quart d’heure plus tard, une petite silhouette trapue marcha directement vers le taxi. « Premier mai ? » fit-il. L’homme s’installa derrière. Ils parcoururent la ville sombre et se garèrent contre le trottoir, à l’angle de Madison et de la Quatre-vingt-douzième. Ils attendirent en silence. Un homme en pardessus brun clair sortit d’un immeuble et s’approcha du taxi. « Vous savez où aller ? » demanda le nouvel arrivant. Il était américain. « Oui ». Elle se gara dans l’East River et les hommes sortirent et traversèrent la rue. « Enveloppe-toi dans la couverture et dors. On en a pour un bout de temps ».

Un après-midi clair et venteux, Claude et Weisfeld se dirigeaient vers Park Avenue. Ils se rendaient à la demeure du maestro Kimmel qui possédait un piano à queue de concert, un Bechstein de neuf pieds. Le maestro ne pouvant plus jouer, avait accepté que Claude l’utilise pour se pratiquer. Le portier porta deux doigts à sa casquette lorsqu’ils entrèrent dans l’immeuble du maestro. Claude réalisa soudain que c’était aussi l’immeuble où Al travaillait. À la porte de l’appartement, Weisfeld appuya sur la sonnette. Un homme les fit entrer. Weisfeld désigna le salon et demanda à Claude de l’y attendre. Claude se glissa dans la grande pièce, s’assit au piano et commença à jouer une petite pièce de Schubert. Il avait la sensation de jouer presque sans effort, comme si le piano jouait tout seul. « Tu viendras après l’école à quinze heures trente, tu repartiras à dix-huit heures. Le lundi, le mercredi et le vendredi ». lui annonca Weisfeld de retour dans la pièce. Il lui présenta Franz et Helga, les deux domestiques du maestro Kimmel.

De nombreux mois passèrent. L’enfant était amoureux du Bechstein. Weisfeld contrôlait sans cesse les réactions de Claude pour ce qui était des gammes. Claude le rassurait. Il aimait les gammes. C’était agréable et procurait un sentiment de progrès. Un jour, Franz lui annonça que le maestro désirait jeter un coup d’œil sur lui. L’enfant discerna un mouvement dans la pénombre, des formes, une apparition basse, sombre, glissant de l’une des chambres vers le vestibule. Un fauteuil roulant ? Franz lui demanda combien il pesait et le reconduisit en douceur jusqu’à la porte. « À lundi, alors. Claude ! cria sa mère. J’ai besoin de toi. Il se leva et la suivit. Il monta à l’arrière du taxi. Nous allons le chercher et le conduire au port, fit-elle ». À l’angle de la Douzième Rue, l’homme monta en costume et cravate, avec un pardessus flambant neuf. Ils traversèrent la ville en silence. Le navire était énorme. Eisler se pencha et tendit un billet de cent dollars. « Adieu, camarade, et merci pour votre aide ». Il marcha vers la passerelle la plus proche et embarqua sans regarder en arrière.

« Le maestro aimerait vous voir prendre du poids, dit Franz. Il suggère que vous dîniez ici après vos exercices. À dix-huit heures trente, dans la salle à manger ». C’est ainsi que tout commença. À la fin de la séance suivante, Claude tira le cordon de la sonnette et Franz le mena à la salle à manger où le couvert avait été dressé. Claude hésita devant l’argenterie étincelante. Franz lui versa une louchée de liquide vert pâle : de la crème d’asperges. Franz reparut avec une assiette contenant une escalope viennoise décorée d’une fine rondelle de citron, entourée de croquettes de pommes de terre dorées au beurre, d’un mélange vernissé de haricots verts et de lamelles de piments. Deux desserts suivirent : une coupe de banane à la crème saupoudrée de sucre candi et une soucoupe avec une tranche de feuilleté aux pommes. Un rêve. En revenant à la maison, Claude trouva sa mère inconsciente sur le fauteuil. Elle s’était remise à boire. Il aperçut sur ses genoux un journal avec la photographie de l’homme qu’ils avaient amené au port. Le titre de l’article était : « Eisler passager clandestin - Arrestation demandée en Grande-Bretagne » Sa mère réveillée le fixait. Claude lui demanda si l’homme était un espion nazi. Elle lui répondit que c’était un communiste et que les communistes combattaient les nazis plus que n’importe qui.

Le maestro mourut à la fin du printemps. Franz et Helga étaient bouleversés. Weisfeld annonça à Claude que c’était la fin de ses exercices sur le Bechstein.

Chapitre 4

Claude, sa mère et Weisfeld étaient assis dans la salle d’attente du cabinet d’avocats Larkin, Larkin & Swift. Monsieur Larkin les introduisit dans son cabinet et leur indiqua des sièges. Il informa Claude que le maestro Kimmel l’avait couché sur son testament. Selon l’usage, un fidéicommis avait été mis en place en sa faveur et Weisfeld avait accepté d’en être l’administrateur. Le piano était également à lui. Maître Larkin demanda à la mère de Claude une copie de l’acte de naissance de Claude. Mais celle-ci n’en avait aucun, ni non plus de nom d’hôpital, ni de date, ni de certificat de baptême, ni de dossier médical et de vaccinations. Rien. L’avocat dut se contenter d’une déclaration signée de sa main affirmant que Claude était bel et bien son fils.

Claude était assis sur le perron devant sa maison en attendant le camion qui devait livrer le Bechstein. Le camion apparut, rouge et brillant. Trois costauds commencèrent à faire descendre le piano emmitouflé dans des couvertures brunes matelassées. Mais ils durent repartir car le piano ne pouvait passer ni par la porte, ni par les fenêtres trop étroites. « Reprenez-le », leur avait dit Weisfeld.

Dans le sous-sol de l’immeuble sur Park Avenue, Al alluma l’ampoule électrique de la cave B. Le Bechstein, toujours emmitouflé, avait été partiellement remonté et se tenait sur ses pieds. Claude s’installa sur la banquette et appuya sur les pédales. Ça avait l’air d’aller. Al s’assit sur une vieille malle et hocha lentement la tête. « Monsieur Weisfeld dit qu’il va trouver un endroit où l’installer mais que ça peut prendre du temps et j’ai envie de continuer à faire des gammes. Je peux jouer ici ? » Al donna son accord. Une semaine plus tard, Weisfeld décida que le piano pouvait trouver sa place au sous-sol du magasin de musique. L’instrument y serait en sécurité et pas de voisins pour se plaindre du bruit. Le piano fut descendu par le monte-charge, sous les plaques sur le trottoir. Il passa de justesse.

Trois hommes encadraient la mère de Claude à distance respectueuse du fauteuil. Elle n’avait même pas eu le temps d’avaler sa bière. Un agent nommé Burdick fut désigné pour rester avec Claude jusqu’à ce qu’ils la ramènent après l’entretien. Claude sut que sa mère avait peur. Finalement, elle se leva. « Autant y aller ». Une voiture était garée juste devant.

Chapitre 5