Les Femmes - Alphonse Karr - ebook
Kategoria: Literatura faktu, reportaże, biografie Język: francuski Rok wydania: 1860

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Alphonse Karr

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Opis ebooka Les Femmes - Alphonse Karr

Dans cette oeuvre satirique, l'auteur nous dépeint avec une sévérité (qui n'est pas dans l'air de notre temps...) certains traits de caracteres des femmes: «Lorsque Les Femmes me choquent, c'est lorsque, cédant a une mode ridicule ou a une idée fausse, elles semblent s'efforcer d'etre moins femmes, - c'est lorsqu'elles veulent se dépouiller de quelques-uns de leurs charmes, et s'exposent a perdre de leur précieux empire et de leur chere tyrannie...»

Opinie o ebooku Les Femmes - Alphonse Karr

Fragment ebooka Les Femmes - Alphonse Karr

A Propos

I. – OU L’AUTEUR ÉTABLIT LA MODESTIE DE SES INTENTIONS.

A Propos Karr:

Alphonse Jean-Baptiste Karr, né a Paris le 24 novembre 1808 et mort a Saint-Raphaël le 30 septembre 1890, est un romancier et journaliste français. Il débute dans la littérature avec son roman le plus célebre, Sous les tilleuls, qui lui valut son entrée au Figaro. En 1836, il participe a La Chronique de Paris, fondée par Honoré de Balzac, dont la parution ne durera que six mois, mais qui fut un joyeux intermede[1]. Son roman Histoire de Romain d'Étretat fait connaître Étretat, ou il se rendait souvent. De 1839 a 1849, il publie une revue satirique : Les Guepes. Il fonde ensuite Le Journal pour soutenir le général Louis Eugene Cavaignac. Opposé a Napoléon III, il se retire sur la côte d'Azur apres le coup d'État de 1851. En 1854 a Nice, tout en continuant a écrire, il loue une propriété agricole dans le quartier saint Étienne ou il s’improvise horticulteur. Et avec succes, au 8 place du jardin Public, il ouvre un magasin de vente de bouquets de fleurs, de fruits et légumes, destiné a une clientele d’hivernants[2]. Une poire, la Poire Alphonse Karr, et un bambou, le Bambusa multiplex Alphonse Karr, ont été nommés en son souvenir. En 1882, la Ligue Populaire contre la Vivisection se créait, le Président d'honneur était Victor Hugo et le Président en exercice l'écrivain Alphonse Karr. Comme la SPA , créée en 1845 par le Général-Comte Jacques Philippe Delmas de Grammont (1792-1862), cette société allait veiller a la stricte application de la loi Grammont. Cette loi avait été votée le 2 juillet 1850 par l'Assemblée nationale, et punissait d'une amende de un a quinze francs, mais aussi de un a cinq jours de prison " les personnes ayant exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques", une précision était apportée : La peine de prison sera toujours appliquée en cas de récidive. Sources : http://fr.wikipedia.org

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A JANIN

 

A mon ami

FRANÇOIS PONSARD


I. – OU L’AUTEUR ÉTABLIT LA MODESTIE DE SES INTENTIONS.

 

Je n’ai pas l’intention de faire a propos des femmes ni un livre, ni un traité, ni de rien prouver. Tout homme de bonne foi qui se voudra rappeler les diverses opinions qu’il a eues sur les femmes depuis son enfance jusqu’a sa vieillesse y trouvera un étrange chaos et verra qu’il n’est pas beaucoup plus avancé que le premier jour, et que, s’il pouvait recoudre une autre existence au bout de celle qui lui a été donnée a dépenser, il aurait encore a apprendre pendant tout le temps de cette seconde vie, et ne saurait rien quand elle prendrait fin a son tour. D’ailleurs, que sait-on jamais ? Le vieillard ne sait, pas plus comment doit se conduire le vieillard, que le jeune homme ne connaît ce qu’il y a de mieux a faire pour le jeune homme :

Il ne profite pas a l’homme qu’il vieillisse ;

A chaque âge, il arrive ignorant et novice.

Je dirai des femmes ce que je sais et ce que je me rappellerai, ce que j’ai vu et ce que j’ai lu – a peu pres sans ordre, comme dans une conversation. Mais avant de commencer je dois me défendre contre une accusation que je vois déja suspendue sur ma tete. Il m’est arrivé quelquefois de parler aux femmes avec une certaine amertume ; j’aurai en cette circonstance occasion de leur faire par-ci par-la quelques observations, quelques reproches, et quelques-unes de mes lectrices diront : « Fi ! voila un homme qui n’aime guere les femmes. » Je les prie de ne pas admettre légerement une pareille accusation et de prendre en considération quelques arguments que voici : Lorsque les femmes me choquent, c’est lorsque, cédant a une mode ridicule ou a une idée fausse, elles semblent s’efforcer d’etre moins femmes ; – c’est lorsqu’elles veulent se dépouiller de quelques-uns de leurs charmes, et s’exposent a perdre de leur précieux empire et de leur chere tyrannie. Dirait-on qu’un homme n’aime pas le vin, parce qu’il prendrait tous les soins possibles pour ne rien lui laisser perdre de sa saveur et de son arôme ? et l’accuserait-on, en le voyant, boucher soigneusement les bouteilles, d’etre un affreux despote qui condamne la liqueur de Bacchus a un esclavage insupportable, parce qu’il l’empeche de devenir un insipide breuvage et une fade piquette ?

Mais quand j’aurais dit autre chose, quand j’aurais adressé aux femmes des reproches tout autrement graves et meme injustes, ne savent-elles pas que ceux-la seuls peuvent avoir a se plaindre d’elles qui les aiment le plus, et l’histoire, depuis celle qu’on lit jusqu’a celle que l’on voit et a celle que l’on fait tous les jours, ne nous montre-t-elle pas tous ces grands détracteurs des femmes n’etre que des fanfarons qui expient par un esclavage particulier la liberté de leurs discours publics ? Salomon, qui, dans ses proverbes, ne leur ménage pas les duretés, qui les déclare « plus ameres que la mort », leur sacrifie jusqu’au Dieu des Hébreux. Euripide, qui, dans ses tragédies, les traite généralement fort mal, leur était si dévoué dans le particulier, qu’au rapport d’Athénée il avait épousé deux femmes ainsi que la loi le permettait, et allait encore volontiers chercher au dehors un supplément aux chaînes dont il parlait avec tant de dédain. Pour Boileau, c’est une autre affaire, et je plaiderai en sa faveur deux circonstances tristement atténuantes.

La premiere, c’est que sa colere est traduite du latin ; la seconde, c’est que c’est la faute d’un dindon.

On ne se représente guere Boileau enfant, l’imagination ne le sépare pas volontiers de la grande perruque et de cet air chagrin et sévere qu’il se plaisait a attribuer a l’ennui de se voir mal gravé. Cependant, tous ceux qui ont parlé de lui s’accordent a dire qu’il a été enfant, et il n’est guere permis d’en douter. Donc, Boileau enfant et encore en jaquette fut, dit-on, renversé dans une cour par un dindon tres malfaisant, du bec duquel on ne l’arracha que fort maltraité pour le présent et pour l’avenir. C’est le seul des critiques des femmes qui n’ait pas expié notoirement aux pieds des belles les fanfaronnades qu’il se permettait la plume a la main, qui n’ait pas payé a chacune le mal qu’il disait de toutes ; le seul auquel on ne puisse preter cette confession :

Je hais ce sexe en gros – je l’adore en détail.

Il est curieux de voir le concert de mauvais propos tenus sur les femmes depuis l’origine du monde, et de le rapprocher de l’empire qu’elles ont exercé sans intervalles sur les hommes de tous les temps. Écoutez Salomon : « La grâce de la femme est trompeuse et sa bonté n’est que vice, » dit-il dans ses proverbes ; et plus loin : « L’homme amoureux suit la femme comme un bouf que l’on mene au sacrifice. »

« Autant il y a de poissons dans la mer, disait Codrus, autant il y a d’étoiles au firmament, autant il y a de fourberies dans le cour de la femme. »

Le grave Hippocrate reproche aux femmes « leur malice naturelle. »

Socrate disait : « Il vaut mieux demeurer avec un dragon qu’avec une femme, » et il ajoutait : « Il faut craindre l’amour d’une femme plus que la haine d’un homme. »

Saint Paul rappelle aux femmes leur subjection a l’homme ; elles doivent a l’homme, suivant cet apôtre, tout le respect que l’homme doit a Dieu. Il leur défend séverement de parler dans l’église et meme de meler leur voix a celle des pretres pour chanter les louanges du Seigneur.

L’histoire et la Fable de concert attribuent aux femmes tous les maux qui ont affligé l’espece humaine. – Eve, Dalila, Pandore, Déjanire, Hélene, les filles de Danaüs, etc.

Les chrétiens défendent aux femmes les fonctions sacerdotales ; la jurisprudence leur interdit le barreau. – Mahomet les exclut de son paradis, et cependant il y donne place au mouton, qui remplaça le fils de Jacob au moment ou il allait etre sacrifié ; a la baleine, qui avala Jonas ; a la fourmi, que Salomon, dans ses Proverbes, propose a l’homme pour modele, et au perroquet de la reine de Saba.

« En général, dit Tite-Live, les femmes sont plus douces en public qu’a la maison. »

« Il ne faut pas choisir entre les femmes, dit Piaule : aucune ne vaut rien. »

Saint Chrysostome dit encore pis. – Séneque le Philosophe prétend que « la seule chose qui puisse faire supposer la vertu chez une femme, c’est la laideur. »

Les rabbins, dans les commentaires sur la loi zélotypia, – la jalousie, – a cette question : «Combien de temps faut-il qu’une femme reste seule avec un homme autre que son mari pour que celui-ci ait le droit de la supposer adultere et de la traiter comme telle ? » les rabbins répondent : « Le temps de faire cuire un ouf a la coque et de l’avaler. »

« La femme la plus naive, dit Brantôme, vend au marché l’homme le plus retors sans qu’il s’en prenne garde. »

Rabelais, entre autres choses, soutient que les femmes « se mussent et contraignent en la vue et présence de leurs maris, mais yceulx absents, prennent luer advantaige, déposent leur hypocrisie et se déclairent. »

Et Montaigne : « De bonnes femmes il n’en est a douzaines, comme chascun sçait, et notamment aux debvoirs du mariage. »

A son réveil, d’Éden, le premier hôte,

Vit « la chair de sa chair et les os de ses os. »

– Et son premier sommeil fut son dernier repos.

« Le renard est bien rusé, dit un proverbe espagnol, mais la femme est plus rusée que le renard. »

« Voulez-vous, dit madame Necker, faire prévaloir une opinion ? Adressez-vous aux femmes. Elles la reçoivent aisément parce qu’elles sont ignorantes, elles la répandent rapidement parce qu’elles aiment a parler ; elles la soutiennent longtemps parce qu’elles sont tetues. »

« Savez-vous, mesdames, disait en chaire un prédicateur moderne, pourquoi, apres sa résurrection, Jésus-Christ apparut d’abord aux femmes ? C’est que, sachant leur inclination a parler, il ne pouvait mieux faire que de leur apprendre d’abord un mystere qu’il voulait rendre, public. »

Il n’est pas besoin de multiplier les citations pour établir que de tout temps les hommes ont dit du mal des femmes, et les écrivains plus que les autres hommes.

Jamais tyran n’a été l’objet de plus d’invectives, meme dans les tragédies ou la patience des tyrans est telle, qu’ils écoutent des tirades d’injures dont les spectateurs se lassent parfois avant eux, et que, lorsqu’ils se décident a appeler leurs gardes pour y mettre un terme, ils attendent néanmoins que l’opprimé en soit arrivé a une grossiereté qui présente une rime en oi, afin de placer congrument la phrase usitée pour les tyrans a bout de patience : « Hola ! gardes, a moi ! »

Eh bien ! malgré cette guerre acharnée, sans treve ni merci, que les hommes font aux femmes, le pouvoir de ce sexe faible et timide n’a pas été le moins du monde entamé ni amoindri depuis le commencement du monde.

Ce qui amene naturellement a penser qu’il ne s’agit que d’une petite guerre ou les armes ne sont chargées qu’avec des fusées et des pieces d’artifices, que les hommes ne sont pas aussi irrités contre les femmes qu’ils en voudraient avoir l’air, et que toutes ces invectives prodiguées aux femmes dans tous les temps et dans tous les pays ne sont qu’une preuve de l’universalité de leur inébranlable empire.

Quand j’entends les hommes se faire gloire de penser beaucoup de mal des femmes et lutter entre eux d’appréciations séveres ou ironiques a leur sujet, il me semble etre dans une antichambre ou les domestiques, en gardant les manteaux, disent a l’envi du mal de leurs maîtres ; ce qui n’empeche pas qu’ils ne craignent rien tant au monde que de perdre leur place et de se faire renvoyer : d’ou il s’ensuit que, apres examen, je prends, comme il est d’usage, le parti du vainqueur et me range résolument sous la banniere triomphante.

Cette conspiration des hommes contre les femmes n’a jamais amené pour celles-ci qu’un danger réel, c’est de les dégouter de leur sexe, de les abuser sur leur empire, de les faire croire a leur prétendue infériorité, et de leur faire faire de temps a autres quelques invasions dans les prérogatives et dans les corvées dont les hommes se sont arrogé et réservé le privilege.

Tantôt, en effet, vous les voyez prendre la plume et écrire, c’est-a-dire se remettre en question ; venir disputer a une nouvelle épreuve inutile, et conquérir par pléonasme, une royauté qu’elles ont déja par droit de naissance, descendre dans la lice avec les vilains et les plus obscurs chevaliers, et s’exposer aux horions pour s’efforcer de gagner des couronnes qu’elles devaient distribuer en en doublant le prix par un de leur regard.

Il semble encore voir un dieu descendre de l’autel ou on lui offre des sacrifices pour venir, les pieds dans la boue, se meler a la foule de ses adorateurs, et se faire coudoyer par eux pour le plaisir d’envoyer concurremment avec eux de l’encens a sa niche déserte, – ce qui semble dire, contre toute probabilité, qu’on s’ennuie meme du ciel, quand c’est a perpétuité. D’autres affectent d’emprunter aux hommes leurs idées, leurs sentiments et leur prétendue bravoure, – se dérobant ainsi a l’instinct naturel qui, pour rendre les deux sexes le plus différents possible l’un de l’autre, porte les hommes a exagérer leur force et leur courage, comme les femmes a exagérer leur faiblesse et leur timidité.

Quelques-unes vont plus loin et semblent faire des efforts pour se métamorphoser en homme et en prendre l’aspect. On les a vues sacrifier a cette absurde tentative leur charmante chevelure et se coiffer en cheveux courts comme les hommes ; on les voit encore, pour monter a cheval, joindre a la jupe longue, qui donne tant de majesté et de décence, le chapeau, qui est la partie la plus laide de l’ajustement masculin ; et, depuis quelque temps, d’aucunes ont essayé de mettre des gilets de piqué blanc, des cravates noires et des cols de chemise empesés comme les hommes. Je voudrais bien savoir ce que ces femmes penseraient d’un homme qu’elles rencontreraient au bois de Boulogne, trottant a cheval avec des bottes a l’écuyere, une culotte de daim et un chapeau de crepe a plumes ou un bonnet orné de fleurs ou de rubans sur la tete.

Pour ce qui est des gilets, leur regne éphémere avance grand train : au piqué blanc succede le satin et le brocart – les boutons sont déja en pierreries, et on ouvre les gilets du haut pour laisser voir le col ; le gilet est en train de redevenir un corsage décolleté. Ne semble-t-il pas, quand on voit certaines femmes affubler leur esprit et leur corps des sentiments et des hardes de notre sexe, que l’on aperçoit quelque monstre hybride, comme un centaure ou une sirene, ou une harpie ?

Cette aberration est, du reste, encore de la faute des hommes, car je l’ai étudiée, et elle ne vient pas d’une admiration exagérée pour notre sexe. Il n’y a pas besoin de faire beaucoup parler les femmes pour savoir qu’elles sont loin d’éprouver cette admiration : chacune trouve l’amour qu’elle voit les hommes éprouver pour les autres si aveugle, si bete, qu’elles en conçoivent une médiocre opinion du sexe tout entier. – Les femmes, pour la plupart, ne nous aiment pas ; elles ne choisissent pas un homme parce qu’elles l’aiment, mais parce qu’il leur plaît d’etre aimées par lui. Les femmes aiment assez l’amour de tout le monde, mais il y a bien peu de gens dont elles aiment la personne. Donc elles n’ont pas en réalité envie de nous ressembler, mais elles prennent au sérieux la supériorité que nous nous attribuons, et l’admiration que nous feignons d’avoir pour nous-meme, dans l’espoir de la leur faire partager ; elles écoutent nos dédains sur leurs faiblesses, et elles en viennent a penser qu’elles acquerront de nouveaux droits a notre admiration en s’efforçant de nous montrer en elles les précieux avantages dont nous nous targuons – car elles veulent prélever l’amour a tout prix, comme un prince leve les tributs ou les impôts ; elles considerent les hommes ainsi que les anciens rois des Perses considéraient leur vaste empire. Une province avait tous les revenus affectés aux pierreries de la reine – une ville était consacrée a ses ceintures – une autre a ses pendants d’oreilles – dans une autre, les habitants ne travaillaient et ne payaient le tribut que pour ses pantoufles.

Ce déguisement des femmes en hommes réussit en effet aupres de certains. – De meme que les hommes de petite taille aiment les grandes et grosses femmes, et ne sont pas volontiers amoureux a moins de cent cinquante kilogrammes de beauté, les hommes d’une âme faible, d’un esprit étroit, préferent naturellement les femmes énergiques et viriles, et ce gout, non-seulement avoué, mais affecté, leur présente de plus l’avantage de les déguiser eux-memes en gaillards terribles – car le mâle d’une lionne est un lion – c’est ce qui a fait depuis quelques années le succes d’un certain nombre d’empoisonneuses. Mais remarquez cependant que les femmes ne sont pas de bonne foi dans leur regret de ne pas etre nées hommes ; en effet, au moment meme ou vous leur entendez réclamer avec le plus d’insistance le partage de nos privileges et de nos corvées, elles n’entendent pas abandonner la moindre partie de leurs avantages, et la femme qui vous dit avec dédain : – « Je suis peu sensible aux feints hommages et aux hypocrites respects que vous nous accordez en place de la liberté, » se trouvera fort scandalisée si vous négligez de ramasser son mouchoir qu’elle aura laissé tomber dans la chaleur de sa plaidoirie. Lorsque la nymphe Conis dit a Neptune :

…………Da femina non sim,

Omnia prastabis.

« Faites que je ne sois plus femme, et vous m’aurez tout donné. »

C’est un homme qui lui prete ces paroles que, j’en suis sur, elle n’a pas prononcées, du moins de bon cour.

Cependant, comme il y a peut-etre des femmes qui pourraient etre de bonne foi dans ce vou, je vais leur donner un moyen de changer de sexe une fois pour toutes ; – il n’est pas de mon invention, il est expliqué par un des plus brillants écrivains de l’antiquité. La femme qui, de bonne foi, s’ennuie d’etre femme, n’a qu’a chercher deux serpents qui soient entortillés ensemble, – les serpents trouvés, il faut les frapper résolument d’une baguette, et la métamorphose sera tellement rapide, que le coup de baguette commencée par la main délicate d’une femme sera terminé par le bras musculeux d’un homme.

Ovide raconte, au IlI° livre de ses Métamorphoses, que c’est ainsi que Térésias changea deux fois de sexe.

Mais ne tentez pas l’épreuve, si vous n’etes pas bien résolues ; pensez qu’il vous faudra renoncer non-seulement a votre peau fine et soyeuse, a vos petits pieds cambrés, a votre taille svelte et souple, et a une certaine quantité de mines et menues grimaces tres-séduisantes, mais aussi aux belles jupes de soie, aux fleurs dans les cheveux, aux pierreries aux oreilles, et a l’exhibition de vos beaux bras et de vos épaules nues.

La nature n’avait donné a l’homme que sa femelle, comme aux autres animaux ; elle ne lui devait pas davantage ; c’est lui qui a créé la femme a force d’amour ; de meme que, malgré leur divin talent, Praxitele ou Pradier ne tireront d’un bloc de marbre qu’une belle statue, parce qu’il est réservé a la premiere vieille femme qui s’agenouillera devant la statue et qui lui demandera quelque chose d’en faire un dieu.

Abandonnez donc a leur bizarre caprice, sorte de pica et de malacie qui fait que certains esprits affectionnent les idées absurdes et saugrenues, comme certains estomacs s’accommodent pour nourriture des fruits verts et du charbon, toutes ces femmes insensées qui prouvent par leur peu de conscience qu’elles n’ont pu s’élever a l’état de femmes, et qu’elles ne sont que des hommes femelles.

Ne croyez pas non plus aux injures des hommes, et ne vous en laissez pas influencer ; restez ce que vous etes, gardez vos qualités si vous pouvez, mais au nom du ciel, au nom de vous-memes, ne vous avisez pas de perdre vos défauts, c’est par eux que vous etes puissantes et que vous régnez ; nous les haissons comme on hait les soldats et les satellites du tyran, mais ce n’est pas une raison pour le tyran de licencier son armée. Pour les hommes qui parlent le plus mal des femmes, ils se divisent en trois classes : – ceux qui n’aiment pas les femmes, – ceux qui les aiment trop, – ceux qui n’en sont plus aimés. Pour les premiers, nous n’en parlerons pas, ils ont eu un dindon au moins dans le cour. Les seconds ont droit a votre reconnaissance, et les troisiemes a votre générosité et a vos aumônes ; pauvres gens qui subissent la peine réservée a ceux qui aiment réellement les femmes ! c’est, – dit un sage, – de les aimer toute leur vie.

En général, ce n’est que tres-tard qu’on s’aperçoit si bien des défauts des femmes – comme le renard s’aperçoit que les raisins sont verts. L’homme n’a de ces horreurs éloquentes que contre les pieges qu’on ne daigne plus lui tendre ; c’est quand on lui a rendu tristement sa liberté qu’il s’indigne contre les chaînes.

Nous commençons a mourir bien plus tôt qu’on ne se plaît a le croire. – Nous commençons a mourir a la premiere dent qui tombe, au premier cheveu qui blanchit. – Heureusement qu’on meurt assez longtemps. – Quelques-uns meurent progressivement en commençant par l’extérieur : la vie, assiégée par le néant lorsqu’elle est obligée d’abandonner les ouvrages avancés, se réfugie dans les murailles et ensuite dans la citadelle, c’est-a-dire dans le cour. – D’autres, au contraires, meurent d’abord par le cour, et promenent pendant trente ans un mort dans une peau vivante. Sachez reconnaître les vivants.

Défiez-vous des gens raisonnablement sages ; ils le sont quelquefois réellement : c’est une infirmité. Amusez-vous des sages a grand orchestre, ce sont des fanfarons et des hypocrites.

J’ai connu un homme qui avait apporté, je crois, de la bonne et poétique Allemagne un usage assez singulier : consistait, dans un festin, a boire soi-meme et a faire boire ses convives a l’objet de son amour, sans se rendre coupable d’une condamnable indiscrétion. On buvait un verre de vin du Rhin par lettre du nom de la femme chérie ; imitation plus intelligente que l’invention de l’usage des anciens, qui faisaient des libations aux dieux, mais jetaient niaisement le vin par terre. Il est vieux aujourd’hui, et il a eu le bonheur de n’aimer qu’une seule femme pendant sa vie.

Cependant, malgré cette constance, d’autres que moi peuvent se rappeler que, lorsqu’il avait vingt-cinq ans, il ordonnait neuf santés en l’honneur de ses amours, – plus tard il se contenta de sept, – puis de cinq, – puis de quatre, – enfin je l’ai entendu dire récemment que cet usage est absurde et montre plus d’amour du vin que d’amour des femmes.

Pour expliquer la constance et le changement du nombre de ses libations, – il m’a avoué que ce qui avait été une des causes de sa premiere attention pour la femme qu’il a toujours aimée, c’est qu’elle s’appelait Élisa, et qu’Élisa est un diminutif d’Élisabeth, nom sous lequel il l’a préférablement adorée pendant sa jeunesse ; – puis, son amour devenant plus familier ou son estomac plus mauvais, il avait bu aux sept lettres du nom de Lisbeth ; – puis il avait pensé qu’il était plus convenable de lui rendre son nom d’Élisa ; – puis enfin il avait bu a Lise, – et, pour finir, il ne buvait plus du tout.

Avant de poser la plume, je tiens a constater qu’il est bien convenu que mes lectrices ne m’accuseront pas d’impiété pour les vérités que je leur dirai, – car ceci n’est qu’une préface, – mais qu’elles me considéreront, au contraire, comme un allié qui les aime d’une façon assez imprudente pour ne rien leur refuser, meme de bons conseils.