Le droit a la paresse - Réfutation du «droit au travail» de 1848 - Paul Lafargue - ebook
Kategoria: Humanistyka Język: francuski Rok wydania: 1880

Le droit a la paresse - Réfutation du «droit au travail» de 1848 darmowy ebook

Paul Lafargue

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Opis ebooka Le droit a la paresse - Réfutation du «droit au travail» de 1848 - Paul Lafargue

Voici un texte tres célebre, au succes jamais démenti, d'un «disciple» de Karl Marx. L'entame du texte est des plus explicite: Une étrange folie possede les classes ouvrieres des nations ou regne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne a sa suite des miseres individuelles et sociales qui, depuis des siecles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'a l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture. Ce texte est beaucoup plus qu'un pamphlet superbement écrit. Il contient une compréhension essentielle de la transformation nécessaire et actuelle de nos sociétés a travers la nature meme du travail productif.

Opinie o ebooku Le droit a la paresse - Réfutation du «droit au travail» de 1848 - Paul Lafargue

Fragment ebooka Le droit a la paresse - Réfutation du «droit au travail» de 1848 - Paul Lafargue

A Propos
AVANT-PROPOS.
I. – UN DOGME DÉSASTREUX.

A Propos Lafargue:

Paul Lafargue (Santiago de Cuba le 15 janvier 1842 - Draveil, Seine-et-Oise, le 26 novembre 1911) est un socialiste français, inspiré notamment par Proudhon, et surtout par Karl Marx.

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AVANT-PROPOS.

 

M. Thiers, dans le sein de la Commission sur l’instruction primaire de 1849, disait : « Je veux rendre toute-puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend a l’homme qu’il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire a l’homme : jouis. » – M. Thiers formulait la morale de la classe bourgeoise dont il incarna l’égoisme féroce et l’intelligence étroite.

La bourgeoisie, alors qu’elle luttait contre la noblesse soutenue par le clergé, arbora le libre examen et l’athéisme ; mais, triomphante, elle changea de ton et d’allure ; et aujourd’hui elle entend étayer de la religion sa suprématie économique et politique. Aux XVe et XVIe siecles, elle avait allegrement repris la tradition paienne et glorifiait la chair et ses passions, réprouvées par le christianisme ; de nos jours, gorgée de biens et de jouissances, elle renie les enseignements de ses penseurs, les Rabelais, les Diderot, et preche l’abstinence aux salariés. La morale capitaliste, piteuse parodie de la morale chrétienne, frappe d’anatheme la chair du travailleur ; elle prend pour idéal de réduire le producteur au plus petit minimum de besoins, de supprimer ses joies et ses passions, de le condamner au rôle de machine délivrant du travail sans treve, ni merci.

Les socialistes révolutionnaires ont a recommencer le combat qu’ont combattu les philosophes et les pamphlétaires de la bourgeoisie ; ils ont a monter a l’assaut de la morale et des théories sociales du capitalisme ; ils ont a démolir, dans les tetes de la classe appelée a l’action, les préjugés semés par la classe régnante ; ils ont a proclamer, a la face des cafards de toutes les morales, que la terre cessera d’etre la vallée de larmes du travailleur ; que, dans la société communiste de l’avenir que nous fonderons « pacifiquement si possible, sinon violemment », les passions des hommes auront la bride sur le cou : car « toutes sont bonnes de leur nature, nous n’avons rien a éviter que leur mauvais usage et leurs exces[1] », et ils ne seront évités que par leur mutuel contrebalancement, que par le développement harmonique de l’organisme humain, car, dit le Dr Beddoe, « ce n’est que lorsqu’une race atteint son maximum de développement physique qu’elle atteint son plus haut point d’énergie et de vigueur morale[2] ». Telle était aussi l’opinion du grand naturaliste, Charles Darwin[3].

La réfutation du Droit au travail, que je réédite avec quelques notes additionnelles, parut dans L’Égalité hebdomadaire de 1880, deuxieme série.

P. L.


I. – UN DOGME DÉSASTREUX.

 

« Paressons en toutes choses,

hormis en aimant et en buvant,

hormis en paressant. »

Lessing.

 

Une étrange folie possede les classes ouvrieres des nations ou regne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne a sa suite des miseres individuelles et sociales qui, depuis des siecles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’a l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les pretres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail. Hommes aveugles et bornés, ils ont voulu etre plus sages que leur Dieu ; hommes faibles et méprisables, ils ont voulu réhabiliter ce que leur Dieu avait maudit. Moi, qui ne professe d’etre chrétien, économe et moral, j’en appelle de leur jugement a celui de leur Dieu ; des prédications de leur morale religieuse, économique, libre penseuse, aux épouvantables conséquences du travail dans la société capitaliste.

Dans la société capitaliste, le travail est la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique. Comparez le pur-sang des écuries de Rothschild, servi par une valetaille de bimanes, a la lourde brute des fermes normandes, qui laboure la terre, chariote le fumier, engrange la moisson. Regardez le noble sauvage que les missionnaires du commerce et les commerçants de la religion n’ont pas encore corrompu avec le christianisme, la syphilis et le dogme du travail, et regardez ensuite nos misérables servants de machines[4].

Quand, dans notre Europe civilisée, on veut retrouver une trace de beauté native de l’homme, il faut l’aller chercher chez les nations ou les préjugés économiques n’ont pas encore déraciné la haine du travail. L’Espagne, qui, hélas ! dégénere, peut encore se vanter de posséder moins de fabriques que nous de prisons et de casernes ; mais l’artiste se réjouit en admirant le hardi Andalou, brun comme des castagnes, droit et flexible comme une tige d’acier ; et le cour de l’homme tressaille en entendant le mendiant, superbement drapé dans sa capa trouée, traiter d’amigo des ducs d’Ossuna. Pour l’Espagnol, chez qui l’animal primitif n’est pas atrophié, le travail est le pire des esclavages[5]. Les Grecs de la grande époque n’avaient, eux aussi, que mépris pour le travail : aux esclaves seuls il était permis de travailler : l’homme libre ne connaissait que les exercices corporels et les jeux de l’intelligence. C’était aussi le temps ou l’on marchait et respirait dans un peuple d’Aristote, de Phidias, d’Aristophane ; c’était le temps ou une poignée de braves écrasait a Marathon les hordes de l’Asie qu’Alexandre allait bientôt conquérir. Les philosophes de l’Antiquité enseignaient le mépris du travail, cette dégradation de l’homme libre ; les poetes chantaient la paresse, ce présent des Dieux :

O Melibo, Deus nobis hoc otia fecit[6].

Christ, dans son discours sur la montagne, precha la paresse :

« Contemplez la croissance des lis des champs, ils ne travaillent ni ne filent, et cependant, je vous le dis, Salomon, dans toute sa gloire, n’a pas été plus brillamment vetu[7]. »

Jéhovah, le dieu barbu et rébarbatif, donna a ses adorateurs le supreme exemple de la paresse idéale ; apres six jours de travail, il se reposa pour l’éternité.

Par contre, quelles sont les races pour qui le travail est une nécessité organique ? Les Auvergnats ; les Écossais, ces Auvergnats des îles Britanniques ; les Gallegos, ces Auvergnats de l’Espagne ; les Poméraniens, ces Auvergnats de l’Allemagne ; les Chinois, ces Auvergnats de l’Asie. Dans notre société, quelles sont les classes qui aiment le travail pour le travail ? Les paysans propriétaires, les petits bourgeois, qui les uns courbés sur leurs terres, les autres acoquinés dans leurs boutiques, se remuent comme la taupe dans sa galerie souterraine, et jamais ne se redressent pour regarder a loisir la nature.

Et cependant, le prolétariat, la grande classe qui embrasse tous les producteurs des nations civilisées, la classe qui, en s’émancipant, émancipera l’humanité du travail servile et fera de l’animal humain un etre libre, le prolétariat, trahissant ses instincts, méconnaissant sa mission historique, s’est laissé pervertir par le dogme du travail. Rude et terrible a été son châtiment. Toutes les miseres individuelles et sociales sont nées de sa passion pour le travail.