La Mare au Diable - George Sand - ebook
Kategoria: Obyczajowe i romanse Język: francuski Rok wydania: 1846

La Mare au Diable darmowy ebook

George Sand

(0)
0,00 zł
Do koszyka

Ebooka przeczytasz na:

e-czytniku EPUB
tablecie EPUB
smartfonie EPUB
komputerze EPUB
Czytaj w chmurze®
w aplikacjach Legimi.
Dlaczego warto?

Pobierz fragment dostosowany na:

Opis ebooka La Mare au Diable - George Sand

Un jeune veuf, Germain, vit avec ses beaux parents et ses trois enfants. Son beau-pere le pousse a se remarier pour le bien des enfants. Germain accepte de rendre visite a une veuve d’une région voisine qui cherche un nouvel époux. Il accepte d’accompagner Marie, une jeune fille qui a trouvé une place dans une ferme de la meme région. Un des enfants de Germain, Petit-Pierre, a réussi a les suivre. Marie s’occupe de lui comme une vraie mere. Alors qu'un orage éclate, ils se réfugient dans la foret et campent au bord d’une mare. Marie et Germain discutent, se confient et se rapprochent l’un de l’autre dans ce lieu d'enchantement... (extrait Wikipedia)

Opinie o ebooku La Mare au Diable - George Sand

Fragment ebooka La Mare au Diable - George Sand

A Propos
Notice
I. L’auteur au lecteur

A Propos Sand:

Romanciere et écrivain française, George Sand s'est illustrée dans de nombreux genres : romans, nouvelles, contes, pieces de théâtre, autobiographie, critiques littéraires, textes politiques. Si elle est connue pour le scandale causé par sa vie amoureuse agitée, par sa tenue vestimentaire masculine dont elle a lancé la mode, par son pseudonyme masculin, l'histoire littéraire retiendra surtout son immense production littéraire et le rôle central qu'elle a joué dans la vie intellectuelle de son époque.

Note: This book is brought to you by Feedbooks
http://www.feedbooks.com
Strictly for personal use, do not use this file for commercial purposes.

Notice

Quand j’ai commencé, par la Mare au Diable, une série de romans champetres que je me proposais de réunir sous le titre de Veillées du Chanvreur, je n’ai eu aucun systeme, aucune prétention révolutionnaire en littérature. Personne ne fait une révolution a soi tout seul, et il en est, surtout dans les arts, que l’humanité accomplit sans trop savoir comment, parce que c’est tout le monde qui s’en charge. Mais ceci n’est pas applicable au roman de mours rustiques : il a existé de tout temps et sous toutes les formes, tantôt pompeuses, tantôt maniérées, tantôt naives. Je l’ai dit, et dois le répéter ici, le reve de la vie champetre a été de tout temps l’idéal des villes et meme celui des cours. Je n’ai rien fait de neuf en suivant la pente qui ramene l’homme civilisé aux charmes de la vie primitive. Je n’ai voulu ni faire une nouvelle langue, ni me chercher une nouvelle maniere. On me l’a cependant affirmé dans bon nombre de feuilletons, mais je sais mieux que personne a quoi m’en tenir sur mes propres desseins, et je m’étonne toujours que la critique en cherche si long, quand l’idée la plus simple, la circonstance la plus vulgaire, sont les seules inspirations auxquelles les productions de l’art doivent l’etre. Pour la Mare au Diable en particulier, le fait que j’ai rapporté dans l’avant-propos, une gravure d’Holbein, qui m’avait frappé, une scene réelle que j’eus sous les yeux dans le meme moment, au temps des semailles, voila tout ce qui m’a poussé a écrire cette histoire modeste, placée au milieu des humbles paysages que je parcourais chaque jour. Si on me demande ce que j’ai voulu faire, je répondrai que j’ai voulu faire une chose tres touchante et tres simple, et que je n’ai pas réussi a mon gré. J’ai bien vu, j’ai bien senti le beau dans le simple, mais voir et peindre sont deux ! Tout ce que l’artiste peut espérer de mieux, c’est d’engager ceux qui ont des yeux a regarder aussi. Voyez donc la simplicité, vous autres, voyez le ciel et les champs, et les arbres, et les paysans surtout dans ce qu’ils ont de bon et de vrai : vous les verrez un peu dans mon livre, vous les verrez beaucoup mieux dans la nature.

Nohant, 12 avril 1851. George Sand.


I. L’auteur au lecteur

A la sueur de ton visaige

Tu gagnerois ta pauvre vie,

Apres long travail et usaige,

Voicy la mort qui te convie.

 

Ce quatrain en vieux français, placé au-dessous d’une composition d’Holbein, est d’une tristesse profonde dans sa naiveté. La gravure représente un laboureur conduisant sa charrue au milieu d’un champ. Une vaste campagne s’étend au loin, on y voit de pauvres cabanes ; le soleil se couche derriere la colline. C’est la fin d’une rude journée de travail. Le paysan est vieux, trapu, couvert de haillons. L’attelage de quatre chevaux qu’il pousse en avant est maigre, exténué ; le soc s’enfonce dans un fonds raboteux et rebelle. Un seul etre est allegre et ingambe dans cette scene de sueur et usaige. C’est un personnage fantastique, un squelette armé d’un fouet, qui court dans le sillon a côté des chevaux effrayés et les frappe, servant ainsi de valet de charrue au vieux laboureur. C’est la mort, ce spectre qu’Holbein a introduit allégoriquement dans la succession de sujets philosophiques et religieux, a la fois lugubres et bouffons, intitulée les Simulacres de la mort.

Dans cette collection, ou plutôt dans cette vaste composition ou la mort, jouant son rôle a toutes les pages, est le lien et la pensée dominante, Holbein a fait comparaître les souverains, les pontifes, les amants, les joueurs, les ivrognes, les nonnes, les courtisanes, les brigands, les pauvres, les guerriers, les moines, les juifs, les voyageurs, tout le monde de son temps et du nôtre, et partout le spectre de la mort raille, menace et triomphe. D’un seul tableau elle est absente. C’est celui ou le pauvre Lazare, couché sur un fumier a la porte du riche, déclare qu’il ne la craint pas, sans doute parce qu’il n’a rien a perdre et que sa vie est une mort anticipée.

Cette pensée stoicienne du christianisme demi-paien de la Renaissance est-elle bien consolante, et les âmes religieuses y trouvent-elles leur compte ? L’ambitieux, le fourbe, le tyran, le débauché, tous ces pécheurs superbes qui abusent de la vie, et que la mort tient par les cheveux, vont etre punis, sans doute ; mais l’aveugle, le mendiant, le fou, le pauvre paysan, sont-ils dédommagés de leur longue misere par la seule réflexion que la mort n’est pas un mal pour eux ? Non ! Une tristesse implacable, une effroyable fatalité pese sur l’ouvre de l’artiste. Cela ressemble a une malédiction amere lancée sur le sort de l’humanité.

C’est bien la la satire douloureuse, la peinture vraie de la société qu’Holbein avait sous les yeux. Crime et malheur, voila ce qui le frappait ; mais nous, artistes d’un autre siecle, que peindrons-nous ? Chercherons-nous dans la pensée de la mort la rémunération de l’humanité présente ? L’invoquerons-nous comme le châtiment de l’injustice et le dédommagement de la souffrance ?

Non, nous n’avons plus affaire a la mort, mais a la vie. Nous ne croyons plus ni au néant de la tombe, ni au salut acheté par un renoncement forcé ; nous voulons que la vie soit bonne, parce que nous voulons qu’elle soit féconde. Il faut que Lazare quitte son fumier, afin que le pauvre ne se réjouisse plus de la mort du riche. Il faut que tous soient heureux, afin que le bonheur de quelques-uns ne soit pas criminel et maudit de Dieu. Il faut que le laboureur, en semant son blé, sache qu’il travaille a l’ouvre de vie, et non qu’il se réjouisse de ce que la mort marche a ses côtés. Il faut enfin que la mort ne soit plus ni le châtiment de la prospérité, ni la consolation de la détresse. Dieu ne l’a destinée ni a punir, ni a dédommager de la vie ; car il a béni la vie, et la tombe ne doit pas etre un refuge ou il soit permis d’envoyer ceux qu’on ne veut pas rendre heureux.

Certains artistes de notre temps, jetant un regard sérieux sur ce qui les entoure, s’attachent a peindre la douleur, l’abjection de la misere, le fumier de Lazare. Ceci peut etre du domaine de l’art et de la philosophie ; mais, en peignant la misere si laide, si avilie, parfois si vicieuse et si criminelle, leur but est-il atteint, et l’effet en est-il salutaire, comme ils le voudraient ? Nous n’osons pas nous prononcer la-dessus. On peut nous dire qu’en montrant ce gouffre creusé sous le sol fragile de l’opulence, ils effraient le mauvais riche, comme, au temps de la danse macabre, on lui montrait sa fosse béante et la mort prete a l’enlacer dans ses bras immondes. Aujourd’hui on lui montre le bandit crochetant sa porte et l’assassin guettant son sommeil. Nous confessons que nous ne comprenons pas trop comment on le réconciliera avec l’humanité qu’il méprise, comment on le rendra sensible aux douleurs du pauvre qu’il redoute, en lui montrant ce pauvre sous la forme du forçat évadé et du rôdeur de nuit. L’affreuse mort, grinçant des dents et jouant du violon dans les images d’Holbein et de ses devanciers, n’a pas trouvé moyen, sous cet aspect, de convertir les pervers et de consoler les victimes. Est-ce que notre littérature ne procéderait pas un peu en ceci comme les artistes du Moyen âge et de la Renaissance ?

Les buveurs d’Holbein remplissent leurs coupes avec une sorte de fureur pour écarter l’idée de la mort qui, invisible pour eux, leur sert d’échanson. Les mauvais riches d’aujourd’hui demandent des fortifications et des canons pour écarter l’idée d’une jacquerie que l’art leur montre, travaillant dans l’ombre, en détail, en attendant le moment de fondre sur l’état social. L’église du Moyen âge répondait aux terreurs des puissants de la terre par la vente des indulgences. Le gouvernement d’aujourd’hui calme l’inquiétude des riches en leur faisant payer beaucoup de gendarmes et de geôliers, de baionnettes et de prisons.

Albert Dürer, Michel-Ange, Holbein, Callot, Goya, ont fait de puissantes satires des maux de leur siecle et de leur pays. Ce sont des ouvres immortelles, des pages historiques d’une valeur incontestable ; nous ne voulons pas dénier aux artistes le droit de sonder les plaies de la société et de les mettre a nu sous nos yeux ; mais n’y a-t-il pas autre chose a faire maintenant que la peinture d’épouvante et de menace ? Dans cette littérature de mysteres d’iniquité, que le talent et l’imagination ont mise a la mode, nous aimons mieux les figures douces et suaves que les scélérats a effet dramatique. Celles-la peuvent entreprendre et amener des conversions, les autres font peur, et la peur ne guérit pas l’égoisme, elle l’augmente.

Nous croyons que la mission de l’art est une mission de sentiment et d’amour, que le roman d’aujourd’hui devrait remplacer la parabole et l’apologue des temps naifs, et que l’artiste a une tâche plus large et plus poétique que celle de proposer quelques mesures de prudence et de conciliation pour atténuer l’effroi qu’inspirent ses peintures. Son but devrait etre de faire aimer les objets de sa sollicitude et, au besoin, je ne lui ferais pas un reproche de les embellir un peu. L’art n’est pas une étude de la réalité positive ; c’est une recherche de la vérité idéale, et Le Vicaire de Wakefield fut un livre plus utile et plus sain a l’âme que Le Paysan perverti et Les Liaisons dangereuses.

Lecteur, pardonnez-moi ces réflexions, et veuillez les accepter en maniere de préface. Il n’y en aura point dans l’historiette que je vais vous raconter, et elle sera si courte et si simple que j’avais besoin de m’en excuser d’avance, en vous disant ce que je pense des histoires terribles.

C’est a propos d’un laboureur que je me suis laissé entraîner a cette digression. C’est l’histoire d’un laboureur précisément que j’avais l’intention de vous dire et que je vous dirai tout a l’heure.