Vivre la parole de Dieu - Chiara Lubich - ebook

Vivre la parole de Dieu ebook

Chiara Lubich

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Opis

Une étude historique et philosophique de la Parole de Dieu.

Les textes de Chiara Lubich rassemblés dans cet ouvrage mettent en évidence la puissance et la fécondité de la Parole de Dieu révélée dans la Bible. Présentés sous un angle historique, ils mettent en lumière le chemin que Dieu a fait faire à Chiara Lubich par rapport à sa Parole. Chaque pas accompli par la jeune Chiara dans les années quarante en pleine seconde guerre mondiale, chacune de ses réflexions et surtout sa pratique de vivre la Parole trouvent en Dieu leur origine.

Le recueil de textes se compose de deux parties. La première met en lumière la compréhension, existentielle et empreinte de sagesse, de la Parole de Dieu par Chiara Lubich jusqu’au début des années 1950. Compréhension qui débouchera sur la spiritualité de l’unité. La deuxième partie montre comment la Parole de Dieu vécue engendre la communauté chrétienne.

Un ouvrage qui rend accessibles des textes très significatifs de la pensée et de la spiritualité de l’auteur.

EXTRAIT

Une façon de faire qui a marqué notre Mouvement dès ses débuts est celle que nous avons appelée la « Parole de vie ».
Nous avions déjà la ferme conviction que Dieu est amour et qu’il méritait donc tout notre pauvre amour personnel.
Nous avions aussi déjà compris que, pour l’aimer, nous devions faire sa volonté. Et, avant de mourir, il nous avait exprimé une volonté bien particulière : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
Nous avions déjà fait des efforts pour mettre cette parole en pratique. Nous avions Jésus eucharistie pour nourriture et trouvions en Jésus crucifié – surtout dans son abandon – la clé pour maintenir cet amour.
Par conséquent, Jésus avait pu voir ses paroles se réaliser – nous l’espérions – dans notre toute petite communauté : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. »

C’est à peu près à ce moment de notre histoire que nous avons commencé à choisir régulièrement une phrase de l’Évangile comme règle de vie.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Chiara Lubich, née en Italie en 1920, est la fondatrice du mouvement des Focolari. Elle a publié de nombreux livres centrés sur la spiritualité de l’unité et le dialogue entre religions et cultures. Elle et son œuvre ont reçu diverses reconnaissances, dont en 1996 le Prix UNESCO de l’Education pour la Paix et en 1998 le Prix Européen des Droits de l’homme. Nouvelle Cité est l’éditeur de tous les ouvrages de Chiara Lubich parus en France, notamment Pensée et Spiritualité, qui offre une synthèse thématique de ses écrits, et Vivre l’instant présent qui en est à sa troisième édition.

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Chiara Lubich

Vivre la Parole de Dieu

Choix des textes et présentation

par Florence Gillet

Traduit de l’italien par Jean-Marie Wallet

Spiritualité

Nouvelle Cité

 

Titre original : Chiara Lubich, La Parola (a cura di Florence Gillet),

© Città Nuova editrice 2011, Via Pieve Torina, 55 – 00156 Rome

Composition : Pauline Wallet

Couverture : Yann Fabre – Rivage Création

Illustration de couverture :

p. 4, portrait de l’auteur

© Nouvelle Cité 2012, pour l’édition papier

© Nouvelle Cité 2015, pour l’édition numérique

Domaine d’Arny – 91680 Bruyères-le-Châtel

ISBN 978-2-85313-662-4

 

Sommaire

Introduction

I. – La Parole au début du mouvement des Focolari

1. – Des paroles de l’Évangile au Christ-Parole

2. – Une période de lumière particulière : l’été 1949

a) Les antécédents

b) Vie et compréhension de la Parole au cours de l’été 1949

c) Commentaires des Paroles de vie des années 1949-1951

II. – Cheminer avec la Parole

1. – La Parole au quotidien

a) Journal de 1967

b) Journal de 1968

2. – La naissance des nouvelles générations à la lumière de l’Évangile

a) Les jeunes et l’Évangile

b) Les enfants et l’Évangile

3. – « Ne prenons pas l’Évangile à moitié »

4. – Intuitions ultérieures et précisions

a) Communiquer les effets de la Parole vécue

b) Les fruits de la Parole

c) Comment vivre la Parole

d) Retrouver la radicalité de la vie des premiers temps

e) La Parole et l’unité

5. – La Parole et l’histoire des hommes

a) La Parole et l’histoire de l’Église

b) La Parole et la transformation du monde

Une vie avec la Parole

Bibliographie de Chiara Lubich

Dans la même collection

Fin

 

Introduction

Jamais comme aujourd’hui nous n’avons autant accès à la parole. Dans cette abondance, parfois cacophonique, beaucoup désireraient savoir discerner la « parole » qui fait vivre, la parole qui crée des relations et fait goûter la vie de manière essentielle.

Ce livre présente l’expérience d’une femme de notre époque, Chiara Lubich (1), qui, jour après jour, s’est mise à l’écoute de la parole qui donne vie, la Parole de Dieu. Elle l’a distinguée des autres « comme on extrait un diamant de sa gangue de boue (2) », l’a mise en lumière et l’a communiquée. C’est une Parole qui renouvelle, affirme-t-elle, qui nous met face à nous-mêmes, nous débarrasse de nos scories et nous rend nouveaux.

Les documents recueillis dans cet ouvrage font suite aux autres livres de Chiara Lubich sur le même sujet (3). Ils montrent à l’évidence la fécondité de la Parole de Dieu. Présentés dans leur contexte historique, ils mettent en lumière le chemin que Dieu a fait suivre à Chiara. Chaque décision de la jeune Chiara des années d’après-guerre, chacune de ses réflexions et surtout sa façon de vivre la Parole ont leur origine en Dieu. C’est lui qui, à travers les circonstances, en particulier pendant la deuxième guerre mondiale, l’a incitée à prendre l’Évangile et l’a éclairée sur sa signification. C’est lui qui a fait naître en elle cette soif de la Parole et lui a donné le désir de la transmettre à ses premières compagnes.

Le fait que Dieu parle est, en soi, proposition de relation, don merveilleux et gratuit de l’Amour : « Que Dieu se soit incarné était extraordinaire et qu’il nous donne la possibilité d’entendre des paroles de vie éternelle ne l’était pas moins », affirme Chiara.

La manière concrète d’accueillir un tel don est de vivre la Parole de Dieu, de devenir « parole vivante » et d’entrer ainsi en relation avec Dieu. Il est étonnant de constater la ténacité de Chiara à vouloir vivre la Parole et en tirer toutes les conséquences.

Ces deux cheminements – celui de Dieu Amour qui, sans hésitation ni tergiversation, se communique à nous à travers sa Parole, et le nôtre vers lui, qui est un engagement sans cesse renouvelé de vivre cette Parole – sont clairement mis en lumière dans ces pages que nous présentons aux lecteurs.

Comment ne pas aimer cette « source de Dieu » sans cesse jaillissante ? « À celui qui aime la parole, sera donnée aussi l’intelligence pour comprendre cette parole qu’il aime. Tandis que celui qui ne l’aime pas ne goûtera pas du tout les délices de la véritable sagesse, même s’il croit, grâce à ses dons naturels et à ses études, la posséder (4). » Cette citation de Bède le Vénérable, que Chiara aimait reprendre, illustre bien la dynamique de son cheminement et de celui de tous ceux qui l’ont suivie.

Dieu se donne et se fait connaître dans la mesure où il est accueilli dans le don de sa Parole. Une connaissance plus profonde suscite une réponse plus radicale et fidèle, qui permet ensuite de connaître encore mieux Celui qui se donne. Ce livre en témoigne avec une clarté presque désarmante de simplicité et de profondeur. On pourrait appliquer à Chiara Lubich les mots d’Emmanuel Lévinas, quand il affirmait que certaines profondeurs de l’Écriture ne se seraient pas révélées si certaines personnes avaient manqué à l’humanité (5).

En outre, à la lecture de ces pages, on se rend compte que la Parole de Dieu engendre entre les hommes des relations vraies, authentiques, dont l’essence est l’amour. Et, si elle est vécue par plusieurs, elle donne au monde le fruit le plus beau auquel tous les hommes aspirent : l’unité.

La première partie de ce recueil de textes montre que la compréhension de la Parole donnée à Chiara était déjà achevée au début des années 1950. La Parole de Dieu est à l’origine des grands axes, des points clés de la spiritualité de l’unité, en commençant par l’unité et Jésus abandonné. Le lien avec l’Esprit Saint, auteur de l’Écriture, est présent de même que l’amour envers Dieu et les frères, qui résume toute « la Loi et les prophètes », l’eucharistie, Marie, l’Église.

La seconde partie, qui se termine par la fin de la vie de Chiara en 2008, témoigne de la haute considération qu’elle accordait à la Parole de Dieu et qu’elle aidait tant de personnes à acquérir.

Tout au long du livre, la relation entre l’accueil de la Parole et la vie des hommes est évidente. Chiara Lubich visait en effet ce que Paul VI appelait le « sommet de l’Évangile », le « résumé des divins désirs du Christ (6) », c’est-à-dire l’unité.

Les conséquences que la Parole peut avoir sur l’histoire de l’humanité apparaissent avec évidence : « Comme descend la pluie ou la neige, du haut des cieux, et comme elle ne retourne pas là-haut sans avoir saturé la terre, sans l’avoir fait enfanter et bourgeonner, sans avoir donné semence au semeur et nourriture à celui qui mange, ainsi se comporte ma parole du moment qu’elle sort de ma bouche : elle ne retourne pas vers moi sans résultat, sans avoir exécuté ce qui me plaît et fait aboutir ce pour quoi je l’avais envoyée » (Es 55,10-11).

Ce livre, auquel plusieurs personnes ont contribué depuis les recherches initiales jusqu’à sa relecture, contient un certain nombre d’écrits inédits, grâce au travail des archivistes du centre Chiara Lubich. Nous espérons qu’il permettra des études ultérieures sur la pensée de l’auteur.

Nous souhaitons surtout que les lecteurs pourront, à travers ces pages, saisir la nouveauté du message de Chiara Lubich, partager avec elle son chemin d’amour et de vie de la Parole ainsi que sa conviction : « C’est seulement à la lumière de l’Évangile que le monde pourra renaître. »

Florence Gillet

(1) Cf. Armando Torno,Chiara Lubich, une vie au service de l’unité de la famille humaine, Nouvelle Cité 2011 ; Chiara Lubich, L’Aventure de l’unité, interview réalisée par Franca Zambonini, Nouvelle Cité 1991.

(2) Chiara Lubich, Pensée et spiritualité, Nouvelle Cité 2003, p. 205.

(3)Id., Parole de vie, Nouvelle Cité 1975 ; La Parole se fait vie, Nouvelle Cité 1990 ; La Parole de Dieu, Nouvelle Cité 2008.

(4)Bède le Vénérable, Commentaire à l’Évangile de Marc, vol. I.

(5) Cf. Emmanuel Lévinas, « La Révélation dans la tradition juive », in AA.VV, La Révélation, Bruxelles 1977, p. 60.

(6) D’après Insegnamenti di Paolo VI, vol. VI 1973 (1974), p. 84, cf. ibid., vol. VII, 1974 (1975), pp. 532-533 ; cf. ibid., vol. X, 1972 (1973), p. 322.

 

Première partie

La Parole au début du mouvement des Focolari

Chiara Lubich a souvent affirmé l’idée, qui vaut pour les charismes de tous les fondateurs dans l’Église, qu’il faut revenir, retourner aux inspirations des premiers temps. Sa « découverte » de la Parole de Dieu au début du mouvement des Focolari ne fait pas exception à cette règle. Dans cette première partie, nous voudrions laisser à Chiara le soin de nous raconter comment elle a compris la Parole de Dieu. Cette histoire sert surtout à rendre gloire au Père pour les dons qu’il a prodigués et qui lui ont permis de mieux comprendre « le mystère de sa volonté, c’est-à-dire de réunir l’univers entier en Christ » (cf. Ep 1,9-10).

 

1. – Des paroles de l’Évangile au Christ-Parole

L’histoire de la « découverte » de la Parole dans un écrit de 1960

Chiara Lubich a raconté plusieurs fois la place privilégiée accordée, dès le début du mouvement des Focolari, aux paroles de l’Évangile et aux fruits qu’elles produisaient. Cet écrit en partie inédit (7), intitulé « La Parole de Vie », dont nous publions un large extrait, décrit à grands traits cette découverte. Pour permettre d’en mieux saisir le cheminement, des notes ont été ajoutées, à l’aide d’autres récits de Chiara. Le chemin parcouru apparaît alors, depuis la décision de Chiara et de ses compagnes de se mettre à l’école de Jésus-vérité jusqu’à l’entrée dans un royaume de lumière et de nouveauté prodigieuse, de l’accueil plein et entier des paroles du jugement final (Mt 25,40) jusqu’à l’expérience de la participation à la charité de Dieu et à la découverte que chaque parole sortie de la bouche de Jésus est amour et a pour fruit l’amour.

C’est sur ce fondement que Chiara et ses premières compagnes ont commencé à « mettre en pratique » la « parole de vie », qui n’est autre que l’engagement à traduire en vie une parole de l’Écriture.

Une façon de faire qui a marqué notre Mouvement dès ses débuts est celle que nous avons appelée la « Parole de vie ».

Nous avions déjà la ferme conviction que Dieu est amour et qu’il méritait donc tout notre pauvre amour personnel.

Nous avions aussi déjà compris que, pour l’aimer, nous devions faire sa volonté. Et, avant de mourir, il nous avait exprimé une volonté bien particulière : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Nous avions déjà fait des efforts pour mettre cette parole en pratique. Nous avions Jésus eucharistie pour nourriture et trouvions en Jésus crucifié – surtout dans son abandon – la clé pour maintenir cet amour.

Par conséquent, Jésus avait pu voir ses paroles se réaliser – nous l’espérions – dans notre toute petite communauté : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux (8). »

C’est à peu près à ce moment de notre histoire que nous avons commencé à choisir régulièrement une phrase de l’Évangile comme règle de vie.

L’amour de la vérité

Quelque temps auparavant, l’une d’entre nous (9) avait cru, au cours d’études où l’enseignement était souvent laïcisant, devoir chercher la vérité et sa quête l’avait menée à la philosophie, sans toutefois l’écarter de la pratique fervente de la religion.

Puis, dans la tourmente de la guerre, une nouvelle « découverte » aussi simple qu’immense : Jésus est la vérité et, si nous voulons suivre la vérité, c’est lui qu’il faut suivre, Verbe incarné (10).

Dans l’Évangile nous pouvions trouver son enseignement, phrase par phrase, parole après parole.

L’attrait des paroles de l’Évangile

Assises en cercle dans les abris humides pratiqués dans le rocher, nous lisions, à la lueur d’une bougie, le livre divin dont les paroles se révélaient à nos âmes avec une clarté éblouissante. Jamais jusqu’alors, ce livre ne nous avait paru aussi captivant, le seul livre digne d’intérêt. Et jamais comme alors il ne nous avait parlé en termes aussi nouveaux.

Incisif, il offrait des « Paroles de Vie », qui pouvaient être traduites en vie. En comparaison, les plus belles pensées de nos livres de piété étaient fades. Quant à nos livres de littérature ou de philosophie, ils se perdaient en vaines paroles. Seule la parole de Dieu avait un souffle puissant. Seule elle pouvait être entendue et mise en pratique de manière universelle.

Nous, les êtres humains d’il y a deux mille ans comme ceux de maintenant, une mère de famille, un député, un paysan, un prisonnier, un enfant ou une personne âgée, les hommes de toute race pouvaient vivre la parole de Dieu, chacune des paroles de Dieu : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, non, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux… » (Mt 5,20). « Pardonne soixante-dix fois sept fois… » (cf. Mt 18,22). « À qui te demande, donne… » (Mt 5,42).

« Réécrire » l’Évangile par la vie

Jésus était vraiment « Lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme » (Jn 1,9).

Que Dieu se soit incarné était extraordinaire et qu’il nous donne la possibilité d’entendre des paroles de vie éternelle ne l’était pas moins.

Il était donc de simple bon sens, dans notre brève vie humaine, d’écouter et de mettre en pratique les paroles divines que Jésus avait prononcées pour nous.

La conviction que Dieu imprimait en nous était si forte, et sa réalisation si urgente, que nous aimions répéter cette pensée : « Si, par une hypothèse absurde, tous les évangiles de la terre se trouvaient soudain détruits, nous voudrions vivre de telle manière que les hommes, en observant notre conduite, puissent, en quelque sorte, réécrire l’Évangile : “Heureux ceux qui pleurent”… (Mt 5,5), “Heureux les miséricordieux”… (Mt 5,7), “Ne vous posez pas en juges”… (Mt 7,1), “Aimez vos ennemis”… (Mt 5,44). »

Chaque semaine, nous vivions plus particulièrement une « Parole ».

Nous la portions dans le cœur comme un trésor et nous l’appliquions chaque fois que c’était possible.

Bien plus, désireuses, dans la charité mutuelle et constante, de partager avec nos frères les richesses spirituelles pour coopérer à leur sainteté comme à la nôtre, nous nous communiquions la façon dont nous avions appliqué chaque Parole, les résultats obtenus, et l’étonnement joyeux de voir ainsi notre vie transformée. Nous prenions conscience du paganisme de notre conduite antérieure. Bien que chrétiennes, nous avions une mentalité encore trop éloignée de celle de Jésus (11).

Un regard nouveau sur nos frères

« Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (12) » (Mt 25,40).

Jésus voulait donc être aimé dans nos frères, en particulier les plus petits.

Alors les diverses considérations humaines entre sympathique et antipathique, beau et laid, agréable et ennuyeux, jeune ou vieux, disparaissaient en un seul concept : c’est Jésus qu’il nous faut aimer dans l’autre, c’est Jésus qu’il nous faut voir, faire pour lui ce que nous aurions réellement souhaité faire pour Jésus…

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22,39).

L’égoïsme, notre moi, les attachements à nos petites vanités, que valaient-ils si nous voulions aimer nos frères comme nous-mêmes ? Ils se perdaient dans la charité de Dieu.

Mettre la Parole en pratique (13)

Notre foi dans le magistère de l’Église était renforcée en nous par la phrase évangélique : « Qui vous écoute m’écoute » (Lc 10,16). Nous savions en effet combien il est facile de s’égarer, surtout dans ce domaine, malgré les bonnes intentions. C’est pourquoi, chaque semaine (14), nous soumettions à notre évêque le bref commentaire de la parole de vie que nous avions rédigé. Il le corrigeait et le confirmait.

Devenir Jésus à notre époque

En un sens, c’était notre « interprétation » de l’Évangile, un peu comme au théâtre des acteurs « interprètent » un texte écrit par un auteur, sous la direction d’un metteur en scène.

Notre rôle était de vivre chaque jour l’Évangile écrit par Luc, Matthieu, Jean ou Marc. De le vivre en étant guidés par l’Église et devenir petit à petit d’autres Jésus, à notre époque, là où Dieu nous avait placés. Et cela, non seulement par la grâce que possèdent ceux qui refusent le péché, mais plus encore par une réévangélisation progressive de notre vie.

Un être humain resterait analphabète toute sa vie s’il n’apprenait pas les vingt-six lettres de l’alphabet et quelques règles grammaticales.

Un chrétien ne peut exprimer le Christ s’il n’écoute pas les Paroles de Dieu et ne les met pas en pratique : il nous fallait apprendre à les vivre, une par une.

Des merveilles sans compter

Nous avons vécu ainsi pendant plusieurs années et nous découvrions d’innombrables merveilles dans l’Évangile.

À vivre la prudence, la simplicité, la pureté, la pauvreté, la miséricorde et toutes les vertus, nous acquérions un sens de la charité plus profond et plus aigu. Et, de ce fait, ces vertus devenaient plus denses de signification, parce qu’elles étaient l’expression de notre amour pour Dieu et pour nos frères (15).

Chaque parole est amour

L’expérience était si intense qu’après nous être nourris pendant longtemps de la Parole de Dieu, il nous est apparu que chaque Parole prononcée par le Christ était amour, de sorte que chacune d’elles avait la même valeur que toutes les autres et que le Testament de Jésus.

À l’image de l’eucharistie où la plus petite parcelle du pain eucharistique contient tout le Christ, nous avons compris, avec saint Augustin, que Jésus se trouve dans chacune de ses paroles comme dans l’ensemble de l’Évangile.

Le bon terrain pour la semence de la Parole

Rocca di Papa, 12 février 1985

Pourquoi donc ces Paroles nous étaient-elles nouvelles ? Qui nous les faisait comprendre de cette façon ? Sans aucun doute, c’était un effet du charisme qui est à l’origine de tout notre Mouvement, mais c’était aussi un effet de son application bien particulière.

Nous vivions déjà, comme je l’ai dit, avec la présence de Jésus parmi nous. Selon toute probabilité, il n’a pas refusé, ainsi qu’à Emmaüs avec les disciples, d’être au milieu de nous comme le Maître qui éclaire et explique ses propres paroles (cf. Lc 24,13-32).

Nous savons que la Parole de Dieu doit tomber dans un bon terrain pour donner du fruit. Et quel terrain meilleur que celui où il est présent parmi les siens par l’unité ?

Jésus était au milieu de nous avec son Esprit et nous enseignait comment il fallait comprendre ses Paroles. C’était une sorte d’exégèse, non pas faite par un maître en théologie, mais par lui-même […].