Variations sur la tache - Christelle Williatte - ebook

Variations sur la tache ebook

Christelle Williatte

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Opis

Une mère célibataire et complexée souhaite changer sa perception d'elle-même.

Marilou, mère célibataire complexée par une tache de naissance, prend conscience le soir de ses 39 ans que son manque de confiance et sa personnalité ne proviennent pas uniquement de cette tare mais du fait qu’elle est le fruit d’un “accident”. Durant toute sa vie, Marilou a cherché à justifier son existence auprès des siens et dans ce monde social aux frontières invisibles où elle ne trouve pas sa place. À l’aube de la quarantaine, elle décide de mettre les compteurs à zéro mais pour cela il lui faudra traverser les variations d’une époque haute en couleurs où il est interdit de faire tache.

Suivez dans ce roman le parcours de Marilou, une femme de notre temps qui prend un nouveau départ pour retrouver confiance en elle !

EXTRAIT

L’estime de soi commence par une non-négligence de son corps ou un respect de soi, on l’appellera comme on voudra. Les douches quotidiennes ne suffisent pas mais c’est déjà un grand pas vers… l’hygiène personnelle et le respect de l’odorat d’autrui. Petit gommage du visage qui facilitera l’absorption par ma peau de ma crème de jour « lift hydratante ». Mouvements circulaires à l’aide d’une brosse qui tire la face. Je ne m’arrête pas là, j’entreprends les gros travaux : toute la surface du corps. Autre tube à la crème onctueuse pleine de grains à l’odeur délicate mais tout aussi abrasive pour mon épiderme sensible. Inutile de frotter comme une tarée, le gommage corporel n’enlève pas la graisse ni les poils.
Est-ce qu’il y a des hommes qui n’aiment pas les maigres et qui par conséquent sont attirés par les rondeurs féminines qui attisent leur désir ? Ne levez pas tous le… doigt en même temps ! Sérieusement les gars, un squelette c’est tout sauf appétissant. D’accord, la peau d’orange à outrance, c’est loin d’être excitant. Il doit bien rester des hommes, des vrais, des amoureux des courbes gourmandes, cœurs avides de rondeurs et de sensualité. Douche, shampoing cancérigène, et masque capillaire au miel et beurre de karité. LA totale ! L’envie d’amour me donne la peau douce en attendant qu’il pointe le bout de son nez. Je compense le manque en m’hydratant. Huile de monoï, beurre fondant, lait douceur, crème, huiles sèches… Rien ne me résiste et tout glisse entre mes doigts. C’est déjà ça. À quoi sert une peau douce si elle est orpheline, je voudrais être utile à vivre et à rêver.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Auteure de chansons pour les invités de l’émission Thé ou café, scénariste et dialoguiste de courts métrages, cette vosgienne de cœur signe avec Variations sur la tache un premier roman percutant. À travers une écriture fraîche, un humour cinglant et des personnages attachants, Christelle Williatte a l’art et la manière de plonger ses lecteurs dans un véritable volcan d’émotions.

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Christelle Williatte

Variations sur la tache

Roman

© Lys Bleu Éditions – Christelle Williatte

ISBN : 978-2-85113-823-1

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

À mes enfants,

À mes parents,

À mon frère.

Prologue

4 février/J – 366 – Autopsie d’une naissance

Happy Birthday to me ! Eh bien nous y sommes ! Il y a trente-neuf ans jour pour jour, soixante-dix-sept ans après la naissance de Jacques Prévert, j’arrivais sur la planète Terre. J’ai laissé neuf mois à mes parents pour qu’ils se fassent à l’idée qu’un OVNI nommé Marilou allait perturber leurs plans sur les vingt prochaines années. Maman avait dormi sans culotte un soir d’été et papa rêvait la même nuit d’être un anaconda traversant le tunnel de Fourvière… Celui sous la Manche n’avait pas encore vu le jour, lui !

Je suis, deux points, ouvrez les guillemets, un accident. Je suis un accident. Ce n’est pas le fruit de mon imagination, c’est papa qui l’a dit. Allez construire votre enfance et votre vie entière avec ce formatage initial. Je suis un accident. Je n’ose pas demander à mes parents comment ils ont vécu cette grossesse non désirée avec ce haricot loin d’être magique dans l’utérus de ma mère et mon père avec ses plans de carrière chamboulés. Peu importe, j’avais gagné la course, j’étais arrivée la première. Pour ne pas faire les choses à moitié, histoire de bien faire culpabiliser mes parents à la Sainte Véronique, y’a un gars là-haut qui décida de me marquer au fer rouge et ceci n’est pas une métaphore. Je naquis avec un magnifique et déshonorant défaut de fabrication appelé angiome pour les étudiants en médecine, nævus vinum pour les latinistes et Gérard Depardieu pour les cinéphiles. Une tache de vin, une tache de naissance, c’est selon ! Par chance, personne ne me donna le surnom de Gorbatchev pendant ma scolarité. Ce petit détail, qui en était un énorme pour moi, a longtemps été un complexe mais il n’est rien comparé à la palette de nuances que furent les trente-neuf années qui lui succédèrent. Dans le rayon du supermarché hard discount spécialiste en confection de bébés non désirés, il restait une paire d’yeux bleus en tête de gondole ce 4 février; là-haut, ils ont dû juger que cela me serait utile pour détourner les regards de cette ignominie. Cette tache allait s’estomper au fil du temps, voire littéralement disparaître quand je serais grande. C’est pas moi qui ai menti, c’est maman qui me l’a dit. J’aurais préféré que l’on m’apprenne à m’accepter avec cette tache au lieu de semer une fausse graine d’espoir dans mon petit être déjà contrarié.

Ni couronnes ni fleurs… Aujourd’hui, je n’ai envisagé ni gâteau ni bougies pour fêter mon anniversaire, tant et si bien que je ne l’ai jamais vraiment fêté. À quoi bon, quand ni le cœur ni l’esprit ne sont d’humeur à festoyer à ce moment-là ? D’ailleurs, j’ai mon premier entretien pour un job, ma fille revient après un break de quelques jours chez sa mamie et il y a Des paroles et des actes à la télé avec l’ancien Président que je soupçonne de vouloir se représenter pour les prochaines élections présidentielles… Le pouvoir est un élément qui n’abreuve pas, il déshydrate les Hommes et rend leur cœur tout sec. Il vient de sortir un bouquin pour s’expliquer et tâter le terrain ; après tout, je suis de taille moi aussi à sortir un bouquin avec mes 1m65.

Alors c’est ça l’approche de la quarantaine, on se pose plein de questions existentielles ? Il faut dire que depuis que mon employeur m’a licenciée pour raison économique, je m’adonne à une nouvelle activité : mettre mon cerveau en mode essorage à 3000 tours minute. J’ai beau répéter le programme plusieurs fois, rien n’est vraiment rincé dans mon esprit.

J – 366 avant mes quarante ans ! Le compte à rebours a commencé, The final countdown chantaient des Suédois dont je jalousais les chevelures permanentées. Trois cent soixante-six jours, une année bissextile – un jour en prime pour savourer autrement de nouveaux instants de bonheur ou de galère. Après plusieurs mois avec le moral à plat, c’était décidéj’allais prendre ma vie en main. C’est un euphémisme de dire que ma journée avait bien commencé : à quatre pattes la tête dans l’ovale des toilettes en guise d’encadrement, je ne dominais plus du tout la situation et subissais haut-le-cœur et autres fantaisies spasmodiques de mon estomac révulsé. L’espèce humaine dans sa globalité et la vie en général m’avaient profondément écœurée ces derniers mois alors mon corps expulsait à sa façon toute cette colère, cette amertume qu’il avait accumulées. Me voilà donc libérée, délivrée ! Prête à commencer un nouveau chapitre de mon existence, celui du compte à rebours avant mes quarante ans. Assez sensible aux signes du destin, je reste entièrement convaincue qu’il n’y a pas de hasard. Mes crevasses, mes rêves, mes envies sont au bout de mes phalanges, il ne reste plus qu’à écrire et avoir confiance en moi mais je suis là au rendez-vous. C’est déjà ça.

Février

« Laisse-moi au moins le temps, le temps d’essayer

Oui, laisse-moi encore une chance

Oh oui laisse-moi au moins le temps, le temps de trouver

Un peu de moi qui me sauvera »

 Adieu Tristesse – Zazie

5 février/J – 365 – Prozac

Réveil 9 h 45 pour un rendez-vous à 10 h, jusque-là tout me semble normal. Je dégouline du lit, enfile mes pantoufles et mon peignoir, direction la bouilloire électrique dans la cuisine. L’esprit encore embrumé, je laisse infuser mon thé. Dring ! Dring ! C’est absurde d’écrire ça, de nos jours les téléphones ne font plus dring-dring, bref mon portable sonne et vibre. Numéro inconnu mais c’est bien mon rendez-vous. C’est avec une voix de camionneur que je réponds, évidemment c’est la première personne à qui j’adresse la parole. Je fais un point téléphonique avec Prozac sur ma situation depuis le dernier entretien. Je préfère qu’elle m’appelle, ça m’évite d’affronter ses ondes négatives et sa mine dépitée d’anorexique en manque de fer et de mec surtout. Il faut que je présente Prozac, Prozac c’est le surnom que j’ai donné à ma conseillère chez Pôle Emploi depuis mon licenciement économique. Ce surnom lui va à ravir, ça lui donne bonne mine je trouve. Dès le premier contact physique, elle m’a bien fait comprendre que je devais être docile et accepter d’être assistée, car après tout « c’était une chance ! ». N’ayant pas ma langue dans ma poche, très vite, par allusions, je lui ai fait comprendre que ça ne serait pas grâce à leur structure que je trouverais un travail digne de ce nom, lui criant haut et fort que je ne comptais pas m’endormir sur mes lauriers. Aussitôt, elle s’est braquée, voyant une personne motivée, digne et forte de caractère qui avait bien compris que, leur méthode et surtout elle, ne servaient pas à grand-chose dans un système qui fabrique des assistés à la chaîne en les allaitant d’aides sociales. Visage allongé, regard terne, poignets fébriles, en manque de chaleur humaine, Prozac ne dégageait rien de constructif ni de positif. Elle était tout sauf rassurante. C’est bien simple, à l’issue de mes premiers entretiens dans les locaux préfabriqués, je n’avais qu’une seule envie : courir chez Bricomarché acheter deux mètres de corde et regarder des tutos sur la confection de nœuds coulants.

J’ai vite compris qu’il fallait que je la caresse dans le sens du poil afin d’éviter que Madame ne se ferme comme une huître ou pire qu’elle me mette des bâtons dans les roues, ce qui est paradoxal, alors qu’elle était censée m’aider dans mes démarches et m’apporter au minimum un soutien moral, si possible avec humanité. Depuis j’évite d’être enthousiaste, j’opte pour un comportement limite déprimé et surtout je lui donne de l’importance, elle se sent indispensable justifiant ainsi son poste.

L’entretien téléphonique s’est bien passé, j’avais effectué plusieurs démarches pour trouver du travail et surtout Prozac allait être en vacances sous peu ce qui donnait un ton presque jovial à l’information. Pourtant elle était si sarcastique quand elle m’annonça avec dépit qu’elle prenait des vacances ! La même nuit, je rêvais qu’un kamikaze djihadiste (à moins que ces deux mots veuillent dire la même chose… Dans ce cas, il y aurait répétition) volait ma voiture sous un monument mondialement connu, où venait d’avoir lieu un attentat. Je voyais en boucle sur une chaîne d’infos ma voiture complètement défoncée contre cette dame de fer si chère à Gustave. Ma plaque d’immatriculation à moitié floutée apparaissait sur la chaîne 15, je reconnaissais le panda en peluche accroché au rétroviseur intérieur, c’était bien MA voiture ! Soudain, tout cela m’interpelle, François H. va-t-il me dédommager et m’offrir un nouveau carrosse mais surtout quel rapport entre un djihadiste et Prozac ? 2 h du matin, réveil en sueur, je n’ai pas de réponse et ma voiture est bien stationnée en bas de chez moi où règne comme à l’ordinaire un calme olympien.

6 février/J – 364 – Dans la peau d’un moine

Levée à 4 h du matin pour conduire Mini-moi à la gare de Nancy. Mini-moi c’est ma fille. Je prends toujours trop de marge pour les imprévus et autres aléas que je pourrais rencontrer sur la route afin d’être sûre d’arriver à l’heure pour qu’elle prenne le train. Cela fait presque neuf ans que ça dure. Ma fille descend dans le sud pour les vacances chez son papa, une période de vacances sur deux. Ce qui était triste et éprouvant au début de ces séparations avec mes enfants est devenu au fil du temps une habitude, un train-train. J’essaie de profiter de leur absence pour faire des choses à moi, ce n’est pas toujours évident car le vide est bien présent mais le temps et l’expérience aident à passer le cap. C’est comme tout, on s’y fait parce que c’est la vie et parce qu’il faut aussi assumer ses choix. Le retour est toujours fatigant mais je roule alors que le jour se lève et que la journée promet d’être ensoleillée

10 h rendez-vous chez Crêpe, c’est la maman de ma meilleure amie. Petite réunion fort sympathique avec d’autres copines pour débattre de nos costumes pour le carnaval. Je vais réaliser un vieux fantasme : devenir un homme le temps d’un défilé. L’idée me plaît et je vais m’éclater à être quelqu’un d’autre, moi qui suis si mal dans ma peau en ce moment. Je serai dans la peau d’un moine au temps de Robin des Bois mais j’aime oser et être décalée, je dois trouver des accessoires pour casser le côté consensuel du déguisement. Je trouverai…

7 février/J – 363 – D’habitude je n’aime pas les dimanches !

Quoi de plus agréable de passer une soirée chez une amie qui se transforme en week-end surprise avec le bed & breakfast inclus. Il y a des moments où nous avons besoin de nous retrouver avec des personnes avec qui nous sommes en phase pour nous rassurer et rester nous-mêmes. Nous sommes tellement assaillis par tout ce qui nous entoure qu’il est vital de retrouver l’essentiel. Ces moments me nourrissent d’énergie, des bougies pour le côté feutré, quelques pistaches qui accompagnent une bouteille de Gewurztraminer, un dîner improvisé, un bon film romantique, un toutou qui réclame des papouilles mais surtout une amie pour partager le tout. On boit toujours d’excellents jus de raisin fermentés avec ou sans bulles chez March. Chez elle, je me sens en vacances dans un chalet intemporel où le temps ne se mesure pas, il se savoure. March c’est la pro de la déco ! Elle a le goût des belles choses et chaque objet ou meuble a son vécu, son histoire. Sa maison a une âme et n’a absolument rien à envier aux maisons design aux looks épurés et aseptisés, dénuées de chaleur humaine. J’aime cette ambiance cosy et ces moments que nous partageons ensemble à parler de la vie. Ainsi chantait le grand philosophe Baloo :

 Il en faut peu pour être heureux ! Il faut se satisfaire du nécessaire… 

La vie est une vraie jungle et mon acclimatation à la faune sauvage et individualiste va me prendre du temps.

8 février/J – 362 – Tourments & Démences

Inspiration d’après les toiles de Gérard Garouste, artiste talentueux avec qui j’ai comme point commun un certain décalage mental avec le monde qui m’entoure.

Tourmences

Le labyrinthe me rend ivre

Je m’y perds en chemin

Des sorcières m’enivrent

M’envahit alors le chagrin

Le pinceau me donne la forme

Sur mon visage, les rides se creusent

Coulent sur moi les maux de l’Homme

Mes mains deviennent alors menteuses

Autour de moi, un monde s’agite 

Bercé d’ombre et de lumière 

Une sorcière sur un bouc s’agrippe

J’ai un bonnet d’âne comme seul repère 

Je sens la matière me caresser 

Des couleurs qui m’illuminent

Habillé tel un échiquier 

Mon esprit bougonne et rumine 

J’ai les membres qui s’emmêlent 

Je deviens ce qu’on ne dit pas 

Mes phalanges sont des ailes 

Noir ou blanc il faut faire un choix

Mes membres sont démesurés 

Je suis une délivrance 

Dans un cercle de vie fermée

Je frôle la démence 

Je me rapproche de vous 

À moins que je ne sois l’ombre de vos maux

À moins que je sois vous

Je suis votre reflet 

Je suis vos espoirs

Il faut apprendre à panser

Ses blessures dans le noir

Je suis un coup de pinceau 

Je suis une éclaboussure

Je prends vie sur un tableau

Et j’extériorise vos blessures 

Je suis le fruit 

De votre imagination 

Pour ne pas sombrer dans la folie 

Le rouge jaillit alors à profusion

Si la vie est une grande illusion, l’amour est-il le fruit de notre imagination ?

9 février/J – 361 – Baguettes chinoises

Point météo : les vents sont toujours très violents, It’s raining cats and dogs comme disent les Anglais. J’entends au loin les nappes phréatiques qui gloussent à l’idée d’être toutes mouillées, on frôlerait presque l’apocalypse. Sinon, hier c’était le Nouvel An chinois, mon ami aux yeux bridés, alias Kung Fu Panda, a très bien cuisiné. Un repas digne des restaurants du XIIIème arrondissement avec des recettes ancestrales familiales dont il sait taire le secret. J’avais juste précisé ni chat ni chien, ce qu’il a respecté. C’était une bonne soirée, je suis rentrée le ventre rempli tel un bouddha. Les baguettes chinoises c’est pratique pour manger quand on sait s’en servir, mais je les préfère quand elles maintiennent mes cheveux en chignon, je trouve cela sensuel. C’est érotique un homme qui tire doucement sur une baguette pour défaire la chevelure d’une femme… Être célibataire ne signifie pas qu’on ne pense plus à l’amour et à tous ces gestes qui manquent et qui émoustillent le cœur des âmes en berne.

10 février/J – 360 – Mercredi des Cendres

Que j’aime ces hasards de la vie qui n’en sont pas en fait. Et en ce jour des Cendres, voici mes synchronicités… Je tiens à préciser que je ne pratique plus depuis longtemps la religion catholique ni aucune autre forme de religion d’ailleurs mais cela ne m’empêche pas d’avoir la foi et d’être ancrée tout de même sur certaines croyances que l’on m’a enseignées. Il est bon de revenir à un aspect spirituel, d’écouter la voix du Seigneur. Amen !

Donc, mercredi des Cendres sur la terre en 2016… J’envisage très sérieusement de commencer un jeûne et de m’y tenir cette fois. Voilà plusieurs jours que j’ai une barre au niveau du diaphragme qui m’alarme en criant S-T-O-P! Mon corps avale des quantités de bouffe en tout genre dans un ordre et un rythme au-delà du raisonnable. Non je ne suis pas boulimique, je comble juste un manque affectif. Je dois admettre que tremper des bâtons de surimi dans des boules de glace coco et passer ensuite aux pruneaux fourrés de pistaches salées le tout arrosé d’un liquide noir à bulles light (le light à un pouvoir déculpabilisant), il y a des limites et l’image est assez vomitive. Soudain, j’ai eu l’image d’un primate ouvrant ses pistaches devant la télé. Mes courbes s’arrondissent face au miroir et sur ma balance, il y a à manger autour de l’os ! J’admire les œuvres de Botero et de Nikki de Saint Phalle mais de là à atteindre leur morphologie, ce n’est pas mon ambition. Donc je jeûne ! D’ailleurs avec cette réforme débile de l’orthographe je pourrais écrire « je jeune » sans accent circonflexe sur le u, et là, ça ne veut plus dire la même chose. Moralité : je jeûne donc je jeune ! En français dans le texte : je ne mange pas donc je rajeunis… Absurde. Autre version : je vais me faire un jeûne, si j’enlève le chapeau sur le u, là, je passe pour une cougar. Messieurs les grands, vous qui dirigez la France rendez-nous l’accent circonflexe !

Revenons aux Cendres… J’ai eu un entretien professionnel dans la ville natale de cette respectable Pucelle qui a fini pieds et poings liés sur un bûcher et fut réduite… en cendres. J’ai poussé l’audace de me présenter en sachant que je n’étais pas éligible aux types de contrats proposés : emploi aidé pour les moins de vingt-cinq ans ou les seniors. J’étais trop ou pas assez vieille. Pourtant je sais que j’ai fait l’unanimité mais cela en restera là à la grande déception de mes quatre auditeurs. Je repars boostée d’une énergie démesurée et un petit truc en moi qui brille, qui réchauffe, qui vibre et qui murmure… Vous savez cette sensation qui nous fait penser qu’il se passe quelque chose de mystérieux dont le sens viendra plus tard alors je ne cherche pas d’explication, je savoure.

Magnétique personnage, le ciel ce soir a dessiné un croissant de lune pour me souvenir de vous. Inéluctablement, vos yeux en amande sertis par votre chevelure indomptable et longue m’ont troublée.

11 février/J – 359 – Notre-Dame-de-Lourdes

Faire des économies de chauffage me pousse à dormir avec une bouillotte, à défaut d’un corps masculin en chair et en chaleur, j’opte pour la poche en latex que je remplis chaque soir d’eau brûlante. Elle a un pouvoir rassurant ma bouillotte, de plus elle ne tire jamais la couette vers elle ni ne ronfle. Habillée d’un manteau tricoté, ornée de torsades roses fillette, elle est parfaitement assortie à mes chaussettes en laine. Chaussettes que j’enlève dès que je sens le marchand de sable s’approcher. C’est LE dress code des mères célibataires : bouillotte & chaussettes.

Mon sommeil s’enfonce alors paisiblement dans la nuit jusqu’à ce qu’une sensation humide me tire d’un rêve dont j’ai oublié les figurants et le décor. Ce dont je suis sûre c’est que ce rêve n’était pas érotique. Je sens pourtant à présent une flaque humide sur mon matelas au niveau de mon bas ventre. Orgasme nocturne ou fuite urinaire pré-quadra ? Lorsque je me retourne pour m’éloigner de cet inconfort, le bruit sourd d’un floc-floc résonne sous la couette… Merde ! Je découvre sous mes mains mouillées le cadavre rose bonbon de feu ma bouillotte gisant dans sa mare d’eau encore tiède versée amoureusement par mes soins la veille. Le temps et l’usure l’avaient rendue poreuse, me voilà veuve. Aucun miracle n’était envisageable en ce jour de Notre dame de Lourdes, je pris cela comme un présage : « il faut songer à trouver une vraie chaleur humaine », me dis-je. Mais là n’est pas ma priorité alors je vais opter le temps d’un contrat en intérim pour un boudin rempli de noyaux de cerises, Je ferai mon deuil pendant trois minutes au micro-ondes, c’est le temps qu’il faut au boudin pour dégager en chaleur le réconfort dont j’ai besoin. C’est bien un boudin non ?

12 février/J – 358 – En fait, j’ai beaucoup de chance !

Contrastes et différences sur l’échelle de l’amitié :

1 – Ami(e) : personne bienveillante qui ne te juge pas, te prend telle que tu es avec tes qualités et tes défauts, sera toujours là pour toi, même, et surtout pendant les mauvais moments. L’ami est la personne que tu peux accueillir avec ton vieux pyjama dépareillé, les cheveux gras et l’haleine du réveil dominical. Le même ami boit ton café lyophilisé infâme, monte tes quatre étages sans ascenseur juste pour te faire un bisou. C’est la personne qui sait être là même loin du cœur, celle qui te prend dans ses bras et sèche tes larmes, celle qui boit un verre et rit de joie avec toi, celle qui est heureuse de ton bonheur. Celle qui te connaît tout simplement. La confiance est le label qualité de l’amitié. Un ami est un ami parce qu’il t’aime et t’accepte comme tu es.

2 – Copain/copine (appelé pote chez nos ados) : qui a passé le cap de la « connaissance » mais qui n’est pas encore admis dans notre sweet home au risque d’être rétrogradé au stade des « autres »car il aura jugé votre intérieur, pire vous jalousera d’être si bien avec si peu de moyens. On passe de bons moments, la plaisanterie est là, parfois on parle de choses sérieuses mais quand on gratte davantage au fond, il n’y a pas assez de sincérité ni de chaleur pour partager plus d’un menu à 12,90 € café inclus à la brasserie de la gare qui sent le graillon. Le copain est serviable surtout s’il y a de l’intérêt en retour. On peut coucher avec un copain par erreur, c’est excusable surtout si cela se décide d’un commun accord. Le copain fait semblant d’être compatissant et sensible devant vos larmes. Essayez de pleurer… Il cherchera au début à vous rassurer mais c’est uniquement pour se rassurer lui-même sur sa propre vie. D’ailleurs écoutez-le, la discussion finira par tourner autour de lui et c’est vous qui finirez par le consoler. Cela dit, on peut passer de très grands moments de solitudes absurdes et de rires, même des instants pitoyables pour les plus chanceux.

3 – Connaissance : personne que l’on a croisé un jour sur notre chemin, que l’on apprécie plus ou moins, elle sera là si cela rentre dans ses capacités et que cela ne perturbe pas son quotidien. La connaissance a toutes ses chances pour évoluer sur l’échelle de l’amitié, laissez faire le temps. Il n’y pas de rencontre due au hasard… Souvent les années passant, nous comprenons le sens de ces rencontres qui sont rarement le fruit d’une coïncidence. Un outsider à ne pas négliger. Il y a aussi les amis qui ont dégringolé dans notre estime, par trahison la plupart du temps, la trahison c’est une attitude tendance, ils sont rétrogradés au titre de vieilles connaissances qui finiront leur course dans les colonnes nécrologiques des gens que nous nous souviendrons d’oublier.

4 – Les autres : à qui il ne faut pas accorder de crédit car ils ne partagent pas les mêmes valeurs ni la même philosophie de vie que nous. Les autres, on fait avec parce qu’ils existent, qu’ils vivent dans le même décor que nous, la planète Terre. Nous n’avons pas d’autre choix que de les ignorer et faire avec. On s’y acclimate difficilement mais l’on survit. Ce sont eux parfois qui nous rendent la vie pénible mais grâce à eux, nos bons moments ont encore plus de saveur. Les autres sont de pauvres imbéciles qui n’ont rien compris. Leur ténacité à être mauvais envers nous décuple notre force. Continuez à nous faire mal, cela met une couche supplémentaire de Framétol sur notre carapace !

Je constate que j’ai beaucoup de chance d’avoir des amis, des vrais et une famille, aussi petite soit-elle, en ancêtres et descendance car tous me soutiennent avec beaucoup d’amour.Je suis convaincue que les âmes qui se reflètent se reconnaissent et se rejoignent créant de belles histoires d’amitié et d’amour. Tant que j’y croirai encore, tous les espoirs seront permis.

13 février/J – 357 – Humour & nostalgie

Il y des moments éprouvants où le doute et l’incertitude s’emparent de moi, ils tentent de m’embarquer dans un tourbillon sombre et malsain. Il y a des jours tristes à pleurer et gris de nostalgie mais je sais qu’après la pluie vient toujours une éclaircie. Il y a toujours un rayon de soleil, un brin de lumière qui fait place à un arc-en-ciel qui redonne le sourire et de l’espoir. Je fais en sorte que les couleurs de ma vie soient plus roses que grises. En ce moment, ce n’est pas gagné d’avance, il y a une grosse surface à repeindre dans ma vie et plusieurs couches à passer pour que le gris disparaisse et fasse place au rose. La pensée crée la matière, alors je colore mon esprit avec des teintes gaies et fantaisistes. Pierre Desproges disait si bien « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui » alors gardons l’humour comme filtre à cons pour notre société. Les personnes non réceptives sont souvent ennuyeuses à mourir, l’humour est une forme d’intelligence. Je suis humour et nostalgie, c’est ma marque de fabrique. Je suis un clown triste.

14 février/J – 356 – Consensuelle

C’est la fameuse et oh combien fête commerciale des amoureux et des fleuristes par la même occasion. De ma mémoire de princesse aucune fête de la St Valentin ne m’a marquée. Désolée mes chers crapauds ! En même temps, la fête des amoureux ça ne doit pas être qu’une seule fois dans l’année mais un peu tous les jours. Ça aussi c’est un concept de conte de fées à la con. Je suis restée très consensuelle et dans ce mot il y a sensuelle et… Con ! J’ai offert un lot de douze piles LR6 à Victor. Il m’a souri. Victor sourit toujours, même quand mon cycle menstruel débarque dans notre semblant de vie commune et met entre parenthèses le seul contact physique que j’ai avec lui. Victor sourit. Victor est généreux, je sais d’avance qu’il partagera son cadeau avec Bobby, ça ne me dérange pas. Victor a l’aile sur le cœur. Les avantages de la Saint-Valentin avec Victor et Bobby, c’est qu’il n’y a jamais de dîner aux chandelles, ni de tenues affriolantes à prévoir… pas besoin de sortir le grand jeu avec toute la panoplie Barbie-chaude-comme de-la-braise. Et ça tombe très bien, étant donné que je ne me sens en phase, ni avec mon corps, ni avec mon pèse-personne. Je voulais débattre sur les cœurs présents dans toutes les vitrines et sur n’importe quel support, vomir sur les couples marchant main dans la main en écrasant les célibataires de leur regard plein de bulles. Même quand ils se parlent, des cœurs et des papillons sortent de leurs bouches respectives. C’est affligeant le bonheur quand il vous éclate à la face. Je râle mais dans le fond, moi aussi, j’aimerais la faire la Saint-Valentin et avoir le cœur débordant de paillettes effervescentes. Tout de même, il fait quoi Cupidon ? Depuis que nous sommes passés aux trente-cinq heures, et que les RTT persistent, c’est l’anarchie ! Je crie au complot, je mettrais ma main à couper que cet angelot aux fesses dodues a oublié d’apposer mon nom sur sa liste. J’avoue que c’est la crise des sentiments et que les flèches coûtent une blinde de nos jours mais quand même ! Me voilà bonne à attendre une année de plus. Reste le plan B qui m’a souvent traversé l’esprit : rentrer au couvent et faire corps avec la Foi et Dieu par la même occasion. Non ! Je n’ai que trente-neuf ans ! J’ai envie d’aimer un homme qui m’aimerait, un homme avec qui je serais en harmonie, épanouie… Et tous les autres mots qui finissent en  i, avec lequel je pourrais faire du bruit. L’amour ! Je me refuse à croire que « l’amour c’est de la merde », c’est une phrase de loser ça ! Cela fait tellement longtemps qu’il n’y a pas eu un homme qui partage ma vie qu’à la vue de mon dernier bilan sanguin mon docteur m’a demandé si j’étais vierge. En rouge : carence importante de dopamine. Par respect, il a fait semblant d’omettre la question sur la dernière date de mes rapports charnels. Il s’est contenté de me rendre ma carte Vitale accompagnée d’une carte de visite d’une entreprise de ramonage, je n’ai pas compris le sens de ce geste…

Victor et Bobby n’ont pas le monopole de la vibration, enfin ! J’ai envie qu’un homme me procure ces sensations intenses dans mon petit corps en berne de tendresse et d’amour. Je ne suis pas la fille d’un soir mais d’une vie, ou d’un reste de vie quand on s’est essoufflé à mi-parcours mais que résonne encore en moi le mot amour.

— Cupidon, je veux un Valentin ! Un vrai, pas une contrefaçon ou une marque repère, ni un amputé du cœur et de l’esprit qui par principe sera un parfait radin. Je veux une âme qui se reflète à la mienne, dont les yeux expriment ce que son cœur lui dicte et non son phallus erectus. Cela fait des mois que mon utopie est en rupture de stock… C’est dépitant !

15 février/J – 355 – Voyage en terre inconnue

C’est l’affreuse et stridente sonnerie du parlophone qui me sort du lit, post-it dans un tiroir de ma tête avec le mot « colis » écrit dessus façon warning et sirène d’alarme. Mon matelas me catapulte jusqu’à l’entrée et j’accueille la postière avec mon plus beau sourire enfariné en évitant de lui parler trop près pour ne pas qu’elle hume ce concentré olfactif matinal appelé haleine de chacal. D’ailleurs, je sais quand mon haleine se veut anesthésiante, je le remarque quand Mini-moi effectue un léger mouvement de recul en me faisant la bise le matin, je lis sur son visage une moue d’écœurement. Les ados sont formidables, bruts de décoffrage quand il s’agit de dire les choses sans prendre de pincettes mais le matin comme ils sont dans le gaz, les seuls mots qui sortent de leur bouche sont des grognements. J’aurais dû prendre le Grrr en seconde langue au collège cela m’aurait aidé pour communiquer avec mes ados. Je poursuis mon réveil en mode zombie devant la télé avec mon café au lait lyophilisé. Un reportage sur les femmes de Churubamba attire mon attention. De superbes nanas du peuple quechua qui jouent au foot pour gagner des hamsters comme nourriture. Pendant la mi-temps, avec ces femmes à la peau brune et aux vêtements colorés (qui ont tout mon respect), je partage mon café au lait… Je me fais de nouveaux copains. Je réalise que je n’ai jamais voyagé. Le goût du voyage n’a jamais fait partie de ma culture ou de mon éducation. A travers ces reportages, je vagabonde à travers le planisphère. Je pense que les expériences à travers le monde permettent de dépasser notre peur de l’inconnu. L’inconnu, je suis en plein dedans, sans travail, je ne peux pas vraiment me projeter. Avant j’avais un peu d’argent qui m’aurait permis de partir mais pas vraiment le temps et maintenant je n’ai que ça : du temps. Je n’ai que ça et je n’ai pas de fric pour m’évader. Voilà tout le paradoxe des personnes qui culpabilisent d’être au chômage et qui n’adhèrent pas au principe de l’assistanat. On a beau dire, l’argent contribue un peu au bonheur. Un jour, je partirai… Mais pour l’heure, je vais passer la fin de matinée avec la barrière de corail et ses fonds marins. C’est la suite du programme à la télévision.

16 février/J – 354 – Mes dizaines

Des bruits violents en continu me réveillent, étranges et difficiles à identifier. Il est 7 h 50, ce n’est pas le fait d’être levée tôt, ce sont les circonstances qui me dérangent. Imaginez la démolition du mur de Berlin à coup de burin, s’ajoute à cela une sorte de raclage de gravats accompagné de bruit d’échelle en fer qui se déploie… Comme bande sonore, j’ai rêvé mieux ! Ce tapage persiste, devient insupportable. Il m’est impossible de me rendormir même avec la couette sur les oreilles en guise de boules Quies. Deux matins de suite à me faire réveiller violemment, ils se sont passé le mot ou quoi ?! Vivre seule a pour avantage de ne pas faire subir à l’autre sa mauvaise humeur due à un réveil chahuté. L’œil collé au judas de ma porte d’entrée, je vois alors deux gars de chantier en bleu de travail descendre du toit à l’aide d’une échelle avec à la main un seau de débris.

J’émerge peu à peu, chaque matin c’est le même rituel : debout dans ma cuisine mon café au lait entre les mains, le regard lointain vers les champs. Est-ce toute cette agitation qui me pousse aux réflexions suivantes : il se passe toujours quelque chose de particulier dans mes dizaines…

10 ans : je grandissais au sein de ma famille où déjà je me sentais différente

20 ans : je quittais le foyer parental pour fuir l’autorité paternelle

30 ans : je divorçais d’une vie qui ne me correspondait pas pour goûter à la liberté

40 ans : Qu’est-ce que ces dizaines me réservent ? Dans tous les cas, il serait peut-être temps d’être heureuse Marilou !

Ma vie n’est pourtant pas un champ de ruines. Chaque épreuve m’a construite et a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui.

17 février/J – 353 – Boîte aux lettres

J’ai pour habitude de recevoir des pubs qui poussent à la surconsommation des têtes de gondoles, pratiques, elles font de grands papiers cadeaux pour les épluchures. Eh oui, je jette le papier avec les bio-déchets ! Honte à moi mais je suis désolée, dans mon F3 je n’ai pas la place pour un composteur ni une benne à plusieurs compartiments. Je trie tout le reste alors faut pas me polluer la vie avec un bac à asticots. Mais il y a aussi des magazines gratuits auxquels je ne me suis jamais abonnée comme : la CAF et sa première de couverture sur « comment obtenir des aides pour soutenir un enfant de CP qui fait son premier burn-out » ; la sécurité sociale quant à elle, développe l’investigation sur le thème évocateur « le trou de la sécu a-t-il un fond ? » et pour finir celui de ma mutuelle, d’ailleurs, je me demande encore à quoi il sert. Combien d’arbres coupés pour ces papiers que je n’ouvre même pas ? Et combien de fric gaspillé ? Par acquit de conscience, je prends le soin de séparer le blister en plastique du magazine que je stockerai dans cet immense sac jaune calé entre le mur et le congélateur. Et puis il y a les autres courriers, les plus « officiels » que j’ouvre et que je laisse quelques jours en caisse de dépôt dans ma boîte aux lettres. Je veux parler des correspondances épistolaires qui me parlent de l’électricité, de l’eau, des charges diverses et variées… Pas une faille dans l’acheminement du courrier, les liens sont tissés et cela fait des années que ça dure. Elles sont fidèles les factures ! Il m’arrive l’été de recevoir une carte postale de mes petits neveux en vacances. C’est chouette de recevoir une carte postale quand on ne bouge pas de chez soi. Ça rappelle une fois de plus que je ne peux pas me payer des vacances au soleil, au bord de la mer pour faire un break comme on dit, pour se déconnecter… Parce que ce que j’économise chaque mois c’est pour payer les factures de la vie quotidienne et éviter d’aller faire les courses chez Coluche. Une moue de dépit se dessine sur mon visage. Rayer le mot vacances de mon vocabulaire.

Depuis octobre dernier, je reçois régulièrement des lettres d’un nouveau correspondant. Lui, il est possessif et tenace. Lui, c’est Pôle Emploi. C’est simple, dès que j’ai un entretien téléphonique, une confirmation de rendez-vous un récapitulatif de ma situation… Paf ! Courrier ! Des doublons, des triplons… Plein de courriers. Pôle Emploi, c’est l’organisme où l’inscription se fait exclusivement par internet mais dont tous les courriers sont expédiés par voie postale. Il y a des choses qui m’échappent… Bonjour le coût pour tous ces envois.

Et il y a la jolie lettre, celle qu’on n’attend pas, celle qui fera sourire notre vie au moins aujourd’hui. Souvent porteuse d’une bonne nouvelle, elle se fait rare mais elle est là. Une jolie lettre qui vient se glisser délicatement dans la boîte. À tâtons, ma main l’effleure et l’attrape de bon cœur. C’est toujours sur la pointe des pieds que je dois récupérer mon courrier, un peu comme une danseuse en tutu qui décrocherait son étoile du bout des doigts. L’effet de surprise est éphémère, je reconnais le logo sur l’enveloppe, je sais qu’à l’intérieur il y a la réponse que j’attends. Faire durer le plaisir et croire très fort au contenu. Affranchi au tarif lettre, c’est un courrier qui devait m’arriver rapidement. Je traverse l’allée et me dirige vers le parking. Ne pas s’emballer, savourer chaque seconde, se préparer à une réponse négative. Me voilà installée au volant de ma voiture, ceinture de sécurité attachée pour rester les pieds sur terre. Je décachette l’enveloppe, trois mots jaillissent de la première phrase : « vous faites partie ». Mon visage s’illumine dans le rétroviseur intérieur, je lis quatre fois « nous avons le plaisir de vous annoncer que vous faites partie des cinquante lauréats… ». J’ai envie de crier de joie. Je crie. Je hurle dans l’habitacle de ma Peugeot, des passants m’entendent et affichent des visages étonnés. À cet instant précis, je suis fière de moi et tellement heureuse. Je n’avais pas ressenti ce bonheur intense à l’intérieur de moi depuis si longtemps. C’est bien réel, j’ai la jolie lettre entre les mains. Quel chemin parcouru jusqu’à ce concours d’écriture sur le thème des souvenirs d’enfance. La flamme se rallume en moi et ravive l’espoir jadis endeuillé.

18 février/J – 352 – Chewbacca

En considérant qu’un poil, peu importe sa situation géographique sur le corps, pousse en moyenne de 0,04 cm par jour, je peux, sans torsion de mes cervicales confirmer que cela fait plus de trois mois que mes aisselles n’ont pas vu une seule bande de cire. J’appelle ça le syndrome-du-laisser-aller-de-la-licenciée-célibataire-qui-hiberne.

Les épilations l’hiver c’est pour les entretiens qui concernent les castings pornos et côté relation sentimentale c’est le désert affectif. Reste le problème des auréoles… Mouiller des aisselles ce n’est pas tant un handicap mais de là à avoir des 33 t sous les bras, il y a un minimum de respect. Si ce n’est pas pour moi, je le fais au moins pour ce joli gilet bleu pur polyester made in Turkey acheté en solde. Je compose le numéro de téléphone de mon institut de beauté :

— Belle sans bulbes, Gwendoline bonjour !

— Bonjour je souhaite un rendez-vous pour une épilation aisselles dans la journée si possible…

— Épilation laser ?

— Euh… Non à la cire (Gwendoline se prend pour Buzz l’éclair)

— Oui, je regarde… Échancré, brésilien ou classique… ?

— Euh… ce n’est pas pour le maillot mais bien une épilation aisselles

— Cet après-midi 16 h

— Parfait ! (c’est le mois de mon anniversaire, j’ai une réduction de 20 %, sinon j’aurais attendu encore un peu pour le budget)

Les autres surfaces de mon corps attendront les prochaines ristournes, au pire les beaux jours, en attendant je me fonds totalement dans les décors des reportages télé en Amazonie. Le budget est serré alors il faut user de ruses pour camoufler son plumage. Pour les jambes c’est facile, il suffit de porter des collants opaques qui plaquent les poils contre la peau. Pour le maillot, c’est une autre histoire, à part arrêter son abonnement à la piscine ou porter des shorties, il n’y a pas cinquante solutions. Le pire c’est au moment de prendre ma douche, c’est bien simple j’ai tellement honte que je ne baisse même plus la tête pour regarder en dessous de mon nombril. C’est douloureux l’épilation du maillot à la cire à ce niveau de longueur (épilation classique car l’intégral même pas en rêve !), je préfère dix frottis chez le gynécologue ou écouter Zaz chanter ! L’idée d’avoir le mont de Vénus doux comme un bébé m’a caressé l’esprit, réflexion faite mon coquillage n’a pas la morphologie pour la boule à Z. C’est comme en coiffure, il y a des coupes de cheveux qui vont mieux aux unes qu’aux autres. Je n’ai pas envie d’avoir la coupe de Kojak et puis le paillasson, ça donne un petit côté accueillant devant une entrée. Ma toute jeune esthéticienne c’est une pipelette, elle adore me raconter sa vie et ses migraines, sa fraîcheur et sa légèreté font plaisir à entendre et puis elle a tout le mérite du monde : celui de m’épiler sans jamais porter un jugement.

19 février/J – 351 – Reproduction schématique

C’est vendredi et je suis fatiguée. Oui, nous pouvons être fatigués même sans emploi, nous en avons le droit, je me demande même si ce n’est pas un devoir. Ce qui était une fatigue physique positive s’est transformé en un agacement moral répétitif en ce jour où, tout catholique qui se respecte mange du poisson.

Il y a des facteurs (pas l’employé de la poste) qui gâchent des moments qui devraient être un partage en famille mais qui par des non-dits et autres éléments perturbateurs non réglés, se renouvellent et créent des conflits. Encore. Toujours au mauvais instant sinon ce n’est pas drôle. Dire les choses, oser affronter avec la parole, ce qu’on a toujours craint par respect de l’autorité. Pas pour le plaisir de contredire mais pour échanger un avis personnel et ne pas garder pour soi des ressentis. Raté ! Ce n’est pas la bonne technique à employer avec certaines personnes. L’intelligence c’est peut-être ne pas affronter, laisser couler. J’ai encore un peu de chemin à faire mais je suis sur la bonne voie. Facile à dire car fermer mon clapet et faire le béni-oui-oui, ce n’est pas du tout dans mon tempérament. Étant donné que je ne suis pas trop idiote, je vais pouvoir modifier mon comportement. S’affirmer, oui. S’adapter, oui. L’affront : non ! Car ce n’est pas dans l’affrontement que l’on fait passer des messages. C’est ça alors l’approche de la quarantaine… On mûrit, on devient sage, on devient plus réfléchie et moins impulsive. Enfin ! Pas pour tout le monde apparemment. Ne pas reproduire les schémas inculqués… Quel programme ! Mais c’est certainement l’un des chemins nécessaires pour avancer vers le bonheur. Je plains ces personnes qui nous égratignent l’esprit par une attitude taillée à vif. Elles demeurent malheureuses à cause de leur comportement qu’elles ne parviennent pas à contrôler, elles sont rongées de l’intérieur par leurs propres remords.

Se faire violence et renouer avec la civilisation, je sors de mon donjon, je vois des gens, je leur parle même. J’ai accepté un stage de théâtre basé principalement sur des improvisations. Je suis persuadée que pour être bien avec les autres, il faut avant tout être bien avec soi-même. Ces derniers mois, je n’étais pas spécialement en phase avec moi-même. Je retiens de cette semaine très enrichissante qu’il est important de s’assumer, prendre de l’assurance, du recul face aux autres. C’est incroyable ce que l’inconscient emmagasine, j’ai pu expulser pas mal de choses sur scène. Je me suis beaucoup amusée, j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer et à retrouver l’enfant qui est en moi.

Ce stage est une brique de plus à mon édifice… Je retire l’alerte enlèvement « perdu estime de soi ». Mille mercis à Didier M. pour sa gentillesse, sa patience, son écoute et son talent de révélateur d’émotions.

20 février/J – 350 – Le parcours du combattant

Retour de Mini-moi ce soir. Au bout de quinze jours sans mon adolescente, l’expression faire les courses était devenue un souvenir lointain. Mais avant de m’aventurer dans les rayons du supermarché, je dois faire un peu de place dans mon réfrigérateur dépourvu de denrées consommables. D’abord, enlever et vider les boîtes en plastique contenant les restes d’il y a en moyenne dix jours. Au menu : endives braisées dans leur jus grisâtre de daube, pour suivre, petits pois velus et soupe de potiron accompagnée de son pénicillium poilu. Pour les desserts, inutile de se fier aux DLC (dates limites de consommation), ils se mangent plus de quinze jours après la date inscrite sur le couvercle. Ensuite, dégager la salade iceberg qui a cuit dans son emballage d’origine, jeter le sachet de roquefort en poudre… À moins qu’à l’origine ce ne fût du parmesan râpé. Oh surprise ! Un bocal de cornichons vieux de deux ans ! Désinfecter le tout évidemment. Pour une fois, il n’y a pas trop de pertes à déclarer. Me voilà prête à me rendre dans le hard discount du coin et je bénis le créateur de ce concept qui a pensé aux foyers modestes comme le mien. Quand ces chaînes de magasins ont vu le jour en France, les gens se cachaient pour s’y rendre par peur d’être surpris à acheter des produits de pauvres. À présent, presque tout le monde y va à l’exception de quelques orgueilleux qui s’y rendent avec des lunettes de soleil et des casquettes Louis Vuitton pendant les heures de petite affluence. J’ai envie de leur dire :

— Il n’y a pas d’heures creuses pour les pauvres et cessez de traîner sous les néons, ce ne sont pas des lampes UV !

Je parierais même qu’ils versent du gel antibactérien avant de tenir leur caddy et dissimulent un masque chirurgical sous leur écharpe. Pour la petite anecdote, mes enfants ont longtemps pensé que l’inscription Éco+ sur les paquets était une marque de produits alimentaires.

— Oui mes chéris, Éco+ c’est la marque des mamans qui élèvent toutes seules leurs enfants.

Les courses seraient un plaisir si je n’avais pas à regarder aux dépenses, surtout lorsque la fin du mois sur mon compte en banque commence le quinze de chaque mois. J’ai un peu de sursis avec février qui n’a jamais atteint les trente jours et c’est tant mieux. L’aspect financier c’est une chose, les moyens physiques que je mets en œuvre pour que mes courses arrivent jusqu’à leur lieu de stockage en sont une autre. Quelle idée j’ai eu de faire du cardio-training intense pendant dix pauvres minutes hier. Aujourd’hui, je descends mes escaliers comme une tétraplégique et ma démarche ressemble à celle d’un enfant de treize mois qui commence à faire ses premiers pas… De mon parking à mon réfrigérateur c’est l’expédition. Dieu merci je ne porte pas de talons.

Pour éviter de faire plusieurs allers-retours, je charge la mule avec trois énormes sacs de courses recyclables chargés au-delà du raisonnable. Les vingt-quatre rouleaux de papier toilette achetés en promo resteront dans le coffre avec le pack de lait. Désolée je ne suis pas une pieuvre. J’organise une stratégie avec la clé de la voiture dans une poche, le badge de la porte d’entrée de l’immeuble dans l’autre. Il pleut, il y a un vent glacial, j’ai besoin de courage, plus que cent mètres avant la porte d’entrée. Évidemment, personne qui sort à ce moment-là pour me faciliter l’accès. Courage petit scarabée plus que quatre étages maintenant. C’est toujours en arrivant au troisième étage que j’ai cette impression d’être au bout de ma vie. Je ne sens plus mes membres, je vais faire un AVC et crever étalée sur mes victuailles. J’arrive complètement essoufflée devant la porte de mon appart, le cœur dans les bottines. Dans quel état je serais si j’avais de la nicotine sur les parois de mes poumons. Je confirme : dans ces conditions, les courses sont une corvée. Me mettre au sport ? Pour quoi faire ?! J’ai déjà quatre étages à monter et descendre, et ce sans payer le moindre abonnement.

21 février/J – 349 – Je suis tricophile

Depuis que Bernard-Henry Lévy a laissé tomber ses chemises blanches pour des t-shirts ultra-échancrés sous sa veste, je lui trouve un certain charme. À moins que mes goûts changent ou que ce soit moi qui vieillisse. Ce mec est intelligent, ce qui ne gâche rien, tout au contraire. Je préfère un homme attentionné qui me parle philosophie sur mon canapé en me regardant dans les yeux plutôt qu’un mec figé devant du gazon et un ballon rond à l’affût de la moindre action. Le second a dans une main une canette de bière, l’autre main dans son caleçon pour s’assurer que sa virilité n’a pas foutu le camp avec le livreur de pizza. Non, c’est bien plus simple que ça l’attirance pour un homme, tout commence par ses cheveux. L’effet cheveux longs chez le mâle a toujours eu un super pouvoir sur la femelle que je suis. Je succombe à la masse capillaire, cela doit venir d’Albator. Toutes les futures quadras fantasmaient sur le capitaine corsaire lorsqu’elles étaient petites. Attention ! Pas n’importe quelle chevelure. Il ne suffit pas d’avoir un joli casque, faut – il encore qu’il soit bien rempli et taillé. Je dirais plutôt que c’est un ensemble, un tout, rien ne sert d’être beau à l’extérieur et d’être périmé à l’intérieur. Voilà ! Je suis atteinte de tricophilie, c’est grave docteur ?!

Cela ne m’est pas venu par empirisme, j’ai toujours eu un faible pour cette part de féminité chez les hommes qui s’assument et que je respecte. Seconde mise en garde, sont hors concours : la raie au milieu – la coupe grasse façon Jésus après le marathon du Golgotha – ceux qui se font une queue de cheval plaquée sur la nuque qui indique que la piste d’atterrissage à mouche est juste en haut. Il y en a même, et je trouve ça immonde, qui laissent pousser une grande mèche pour recouvrir leur calvitie, c’est à mon goût la pire coupe de cheveux. Vient ensuite, le cheveu rasé dessous et long dessus – le lissé style Brad Pitt dans Entretien avec unvampire ou Francis Raiponce-Lalanne – la coupe Playmobil… Exit aussi le mou, je veux du raide audacieux et je ne dois pas être la seule d’ailleurs… Je veux de la masse, du volume, de l’ondulation, du cheveu indomptable où je peux glisser et perdre mes petits doigts, où il fait bon fourrer son nez pour respirer l’amour. Oh là là ! Je m’emporte et succombe mais que c’est sexy un homme qui s’attache les cheveux, qui passe sa main dans sa tignasse lorsque la gêne lui monte au visage.

Mon quinté gagnant tricophile :

1 – Julien Doré (Incontestablement élu crinière d’or)

2 – Frédéric Beigbeider ex æquo avec Christophe Ono-Dit-Biot (Prix Goncourt des mèches littéraires)

3 – Maxim Nucci (Dans sa période Les petits mouchoirs)

4 – André Manoukian (Victoire du meilleur cheveu qui joue du piano assis)

5 – Aymeric Caron (Pour la cause animale)

22 février/J – 348 Carpe diem

Reprise du collège pour Mini-moi. Je mets la radio pour me réveiller à 6 h 45. Je tends l’oreille pour vérifier que ma fille est levée. Il est dur de se lever quand la journée ne nous annonce aucun objectif professionnel ni une quelconque motivation. L’action de se lever devient en elle-même un véritable exploit. Ces derniers mois, je ressemblais à une épave en peignoir prête pour faire de la figuration dans un remake de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Infliger cela à ma fille a été dur pour moi. Il m’a fallu beaucoup de temps pour enfin digérer mon licenciement économique et surtout ma déception envers l’espèce humaine. Je ne subis plus cette situation, je l’accepte. Se relever, être là le matin quand Mini-moi se lève. Ni elle ni moi ne sommes du matin alors il est rare que nous parvenions à communiquer avec des phrases contenant un sujet, un verbe, un complément d’objet direct ou indirect. Mais nous sommes ensemble, du moins elle n’est pas seule. Je suis une présence avant son départ pour le collège. On s’embrasse, je lui souhaite une bonne journée et elle part à pied jusqu’à la gare pour prendre son bus. Elle est courageuse, je suis fière d’elle. En même temps, je ne lui laisse pas le choix. J’ai toujours été une battante avec un tempérament de guerrière mais cette situation m’a mis deux genoux à terre. Depuis le début du mois, je vois les choses différemment, le moral revient. Je mets moins de temps à émerger en regardant la télé. J’ai remplacé une chaîne info anxiolytique par Télé Matin que je regarde en pointillé. D’ailleurs, ça m’a beaucoup aidé à me sevrer, j’éteins la boîte à images au bout d’une demi-heure pour retrouver un rythme normal. Les mois précédents, je me recouchais quand Mini-moi partait, un refuge dans le sommeil n’a jamais été une solution. Il faut savoir accepter ses défaillances, admettre qu’on a besoin de repos, c’est humain. Je me sens moins légère et plus soucieuse depuis le retour de ma fille. Mes responsabilités de maman sont mises entre parenthèses quand elle part en vacances chez son papa. Il va falloir sérieusement penser à son orientation, faire des choix de lycées, choisir des options, demander une dérogation. S’ajoute à tout ça l’aspect financier, comment vais-je faire ? Est-ce que je vais trouver un travail ? Trop de lucidité et de projections dans le futur tuent le moment présent et réveillent en moi de vieilles angoisses. Je file prendre une douche, ce moment reste encore celui où je me détends, j’aime tellement l’odeur du savon sur ma peau. Plus que tout, demain est un autre jour. Carpe diem.

23 février/J – 347 – Methylisothiazolinone (MIT)

Vingt et une lettres, dix voyelles et onze consonnes ! Voilà un mot qu’il faut retenir quand nous irons acheter nos produits cosmétiques. C’est l’une des grandes nouvelles du jour et je garde la meilleure pour la fin. MIT est une substance préoccupante mais autorisée en France. Ben, tout va bien alors si c’est autorisé ! Ce n’est plus une heure et demie qu’il va nous falloir pour faire les courses mais quatre. Le temps de lire et vérifier la composition de chaque produit. Quitte à lire des mots, j’aime autant passer mon après-midi à la bibliothèque. J’ai tout de même vérifié par acquit de conscience la composition de mes produits dans la salle de bain. En saisissant une bouteille de shampoing, j’ai d’abord constaté que cela faisait un bail que je n’avais pas vu un ophtalmo. Ce n’est pas l’approche de la quarantaine qui fait baisser la vue, ce sont les compositions des flacons qui sont écrites en minuscule. Je découvre une ribambelle de noms venant de la planète Bogdanov avec évidemment du méthyle-machin. Plus fort encore : le gel douche de Mini-moi certifié sans colorant et sans parabène en contient ! Alors on fait quoi ? On ne se lave plus ?! De toute façon, on ne sait déjà pas ce que l’on mange alors pourquoi nous parasiter la tête avec les produits avec lesquels on se lave… Non, ce qui m’a fait mourir de rire et par-dessus tout confirmer que nous ne sommes que des moutons dans ce monde de surconsommation, c’est l’annonce de la présence de pesticides dans les tampons hygiéniques. Les mêmes que ceux que nous trouvons dans les désherbants hyper puissants. À côté de ça, on veut nous vendre des vaccins contre le cancer du col de l’utérus… J’en fais quoi de ma super promo de tampons achetés le mois dernier ? Hein ?! Je vais me les plaquer sur les poils en misant sur leurs vertus épilatoires ?

Pendant que l’on se regarde le nombril avec des détails perdus dans l’immensité de la connerie humaine et qui servent surtout à faire un buzz médiatique, on oublie la misère en bas de chez soi et je ne parle même pas des milliers de gosses qui crèvent de faim. Où va le monde si se laver tue ?!

24 février/J – 346 – Pancakes !

On se calme les filles ! Que l’on arrête les idées reçues sur la mammographie. Non, elle n’est pas si terrifiante et douloureuse que cela la machine-à-pancakes. J’en suis certaine et pour cause j’ai testé pour vous ce matin. Lorsque ma gynéco m’en a prescrit une, j’avoue que cela a eu un double effet Kiss cool dans ma tête :

1 : Normalement, les contrôles se font à partir de cinquante ans

2 : Tumeur ascendant cancer

À vrai dire, je n’ai pas trouvé mieux pour me faire palper. Plus sérieusement je suspecte une grosseur sur un sein. Internet m’apprend que la journée mondiale contre le cancer est le quatre février (jour de naissance), le schéma du sein ressemble à une méduse et pour une éventuelle suspicion, faire un dépistage… Je me retrouve topless assise sur un tabouret dans une cabine d’un mètre carré. Je suis sereine, j’attends sagement que l’on vienne me chercher. Cette situation m’en rappelle une autre. Flash-back... Alors que j’étais âgée de sept ans, un radiologue annonça à mes parents que je souffrais d’une « anomalie de la jonction chondro-costale du 4ème arc thoracique droit. Hypothèse : un chondrome est à envisager en priorité ». Du haut de mon âge de raison, je ne comprenais pas pourquoi maman pleurait beaucoup sur le chemin du retour. Papa, comme à son habitude, restait de marbre au volant de la voiture, il fumait. Dans ma tête d’enfant, je culpabilisais une fois encore de bousculer ses plans. Il allait devoir s’absenter de son travail pour m’emmener aux multiples rendez-vous à l’hôpital des enfants. En même temps, je devenais leur centre d’intérêt, cela me plaisait. S’en sont suivis plusieurs moments où j’étais torse nu comme aujourd’hui dans cette cabine à attendre… Attendre un verdict.

— C’est une tumeur bénigne !annonça le médecin.

Tu meurs ? Mais je ne veux pas mourir moi ! C’est affreux comme mot. Maman souriait soulagée, Papa écoutait la radio et fumait sa gitane sans filtre au volant de la voiture qui nous ramenait à la maison. On m’expliqua que le mot « bénigne »voulait dire que ce n’était pas grave du tout. La vie allait reprendre son cours et moi les bancs de l’école.

— Madame Vaillette, c’est à vous ! cria la voix accueillante de la manipulatrice.

Elle entreprit mes seins qu’elle posa un par un dans la grosse machine-à-pancakes.

— Voilà Madame, vous pouvez attendre le radiologue, il va regarder les clichés

— Ah, c’est tout ? C’est déjà fini. Je n’ai rien senti, la mammographie c’est une légende urbaine !

Nous rions ensemble. Elle ne doit pas avoir souvent de patientes drôles et sympathiques comme moi. Je vois mes seins en noir et blanc sur un écran. Ce n’est pas tout, échographie maintenant dans une autre salle. C’est au tour du radiologue de venir. Dans cette petite exigüe, je distingue un petit monsieur d’un âge proche de la retraite, il porte des petites lunettes rondes et mâche à pleine bouche un chewing-gum. Le gel qu’il m’applique sur la poitrine n’a absolument rien d’érotique, je me retiens de rire. De retour dans mon vestiaire étroit, ma doudoune sur le dos, j’attends que le radiologue visionne le film de mes seins. Verdict : rien de suspect. C’est un ganglion. Tout ça pour ça. J’en suis presque déçue, après un décès, un divorce, un licenciement économique il ne manquait plus qu’un cancer à ma collection. Mon prochain dépistage sera celui de la connerie avant les quarante glorieuses car là je dois être gravement atteinte.

25 février/J – 345 – Je cuisine donc je suis

L’avantage du hard discount c’est qu’on y trouve des légumes pas chers du tout ce qui encourage les foyers modestes comme le mien à laisser parler leur créativité culinaire et mettre sens dessus dessous la cuisine même en fin de mois. La confirmation par le radiologue que je n’allais pas mourir maintenant a réveillé en moi la fibre cordon bleu. C’est agréable et apaisant de cuisiner. Quand je travaillais, cuisiner était un moyen de me détendre. À présent, cuisiner me permet de ne penser à rien et de fredonner des airs entêtants de midinette comme « le bonheur c’est pas le but mais le moyen… ». J’invente une soupe aux épinards et champignons de Paris, une autre au butternut et pommes de terre. Au menu pour les jours qui arrivent : poireaux vinaigrette, pot au feu, poulet sauce ananas/aigre-douce, moelleux et fondant au chocolat. Mini-moi a une angine, elle est sous antibiotiques et cortisone donc bien au chaud à la maison. À son réveil, me voyant m’agiter entre la cocotte-minute, la planche à découper et l’égouttoir, elle s’est demandé si j’allais bien. Cela fait tellement longtemps qu’elle ne m’avait pas vue mettre autant de cœur à l’ouvrage pour nous préparer de bons petits plats équilibrés. Mais quand elle a senti l’odeur du gâteau au chocolat, j’ai bien cru qu’elle allait tomber dans les pommes :

— Un gâteau au chocolat mais maman il va neiger ! Qu’est-ce qu’il t’arrive de cuisiner ? s’exclama-t-elle la gorge en feu.

Je continuais à compresser mon pouce gauche qui pissait le sang depuis deux heures. Une belle entaille qui ne nécessitait pas de points de suture. Dans la famille monoparentale, la mère a pour habitude de se débrouiller toute seule et surtout de relativiser quand il ne s’agit pas de ses propres enfants. Quand des événements non prévus interviennent, je me dis souvent que j’ai connu pire qu’un scalpe de pouce qui saigne, bien pire. Il fait beau, assise à mon bureau j’ai le soleil qui me réchauffe le dos. L’appart sent bon la cuisine, cela donne un côté familial et de la couleur à la vie. Cuisiner c’est exister. L’hiver est une sale période pour déprimer, le soleil aujourd’hui a des pouvoirs insoupçonnés et cette luminosité me fait oublier un instant toute la peine de mon quotidien. En cuisinant, j’ai retrouvé l’envie, le goût et le plaisir de la vie.

26 février/J – 344 – Je pointe !

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