Les chroniques de la lune verte - Tome 1 - Jennifer Arduin - ebook

Les chroniques de la lune verte - Tome 1 ebook

Jennifer Arduin

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Opis

Une étudiante se retrouve malgré elle face à un phénomène incroyable et doit fuir au plus vite...

Alicia, jeune étudiante de 19 ans, surprend Marine, sa meilleure amie et Caleb, son petit ami mystérieux, en pleine étreinte. Pensant être trahie par ses deux plus proches amis, elle coupe les ponts sans leur demander d’explications. Mais un soir, alors que la petite ville, habituellement calme, célèbre l’anniversaire d’un étrange phénomène qui a eu lieu vingt ans plus tôt, elle assiste à un spectacle à la fois extraordinaire et effroyable qui va bouleverser irrémédiablement sa vie. Prise dans un engrenage et comprenant que sa vie est maintenant en danger, elle va devoir fuir avec ses amis qui ne sont décidément pas ce qu’ils prétendent être.

Que peuvent donc bien lui cacher ses amis ? Embarquez dans des aventures à couper le souffle, avec ce roman fantastique empli de révélations et de rebondissements !

EXTRAIT

— Qu’est-ce qui se passe ? Caleb ?
Je tirai frénétiquement sur sa manche, mais, concentré, fixant un point au loin, il ne me répondit pas.
— Caleb !!??? criai-je, hystérique.
Tout mon corps tremblait et je suffoquai. Caleb se retourna et m’attrapa par les épaules en me secouant légèrement.
— Tu dois te calmer ! Respire calmement, tu fais une crise d’angoisse. Je te promets que je t’expliquerai tout une fois qu’on sera sorti de là.
Il me lâcha et reprit aussitôt sa position. Le groupe de clones s’était déployé. Ils tenaient tous un long et large objet sombre entre les mains, mais nous étions trop loin pour voir ce que c’était. Mais de la manière qu’ils avaient de le porter, j’en déduis qu’il s’agissait d’une arme.
Je ne voulais plus regarder, je me recroquevillai derrière lui et tentai, la tête enfouie dans mes mains, des exercices de respiration pour me calmer. Il irradiait, son corps entier émettait une chaleur telle que je commençai à avoir le feu aux joues. Je ne savais pas où avait bien pu se cacher le reste de la bande, mais j’espérai qu’ils étaient en sécurité. Je commençai à comprendre que Marine et Caleb ne m’avaient ni menti ni trahi. Mais, je commençai à regretter d’avoir joué les espionnes.
— Mon cher prince, je sens son odeur à des kilomètres ! Livre-la-moi et j’oublierai toute cette histoire.
Il venait d’apparaître dans notre champ de vision. Son apparence était à la fois grotesque et effrayante. Si on s’en sortait vivants, il hanterait certainement mes cauchemars pendant un long moment.
— Il va falloir courir ! Tu t’en sens capable ? me demanda soudain Caleb en se retournant vers moi.
— Je… je vais essayer…oui !

À PROPOS DE L'AUTEUR

Jennifer Arduin est née le 2 août 1989. Jeune maman au foyer, elle profite de cette pause professionnelle pour concrétiser son rêve, écrire un roman. Son roman Les chroniques de la lune verte est un mélange de tout ce qu’elle aime dans ses diverses lectures, l’amour, l’action et le fantastique.

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Jennifer Arduin

Les chroniques de la lune verte

Tome 1

Les Woirgards

Roman

© Lys Bleu Éditions –Jennifer Arduin

ISBN :978-2-85113-962-7

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

A ma mamie,

La mort n’enterre pas l’amour

Je t’aime à jamais et pour toujours

Remerciements

Je tiens à remercier, en premier lieu, ma première lectrice et meilleure amie, Maureen, pour m’avoir donné confiance en moi et en mon histoire.

Merci à Gwen d’avoir apprécié un roman à l’opposé de son style habituel.

Merci à mon fils pour ses longues siestes, et à mon homme, mes parents, mon frère et tous ceux qui m’ont soutenu.

I

Allongée dans mon lit, j’essayai de me motiver à mettre un peu d’ordre dans ma chambre. Je devais réviser pour mes examens, mais je ne pouvais pas le faire dans tout ce bazar. C’était sûrement une excuse pour remettre mes révisions à plus tard. En effet, je m’évertuais toujours à entreprendre le rangement de telle ou telle pièce de la maison avant de me plonger dans mes livres. Comme s’il me fallait un temps de mise en condition, ou plutôt une préparation psychologique. Mais j’allais avoir 20 ans à la fin de l’année. Je devais donc commencer à me prendre en main.

— Alicia ! Viens manger ! 

Ma mère tenait à ce que nous mangions en famille à chaque repas. J’aimai bien rêvasser dans ma chambre, mais ces moments en famille étaient agréables. Mes parents étaient sans doute les personnes qui s’aimaient le plus au monde. Même après 22 ans de mariage, ils étaient toujours autant amoureux l’un de l’autre, ce qui me faisait me sentir un peu de trop parfois.

Je descendis au rez-de-chaussée, et les rejoignis dans la cuisine. Tous deux étaient attablés, m’attendant pour servir le repas. Ma mère était de petit gabarit, svelte et athlétique, elle ne faisait pas son âge. J’avais hérité de sa petite taille et de ses cheveux longs et lisses, mais pas de ses jolis yeux gris. Mon père, quant à lui, était immense et fort. Je le voyais encore avec les yeux de la petite fille que j’étais il y a de ça plusieurs années. De lui, j’avais hérité de hautes pommettes et des yeux d’un noir pénétrant. Malgré les années qui défilaient, je les trouvais de plus en plus beaux et épanouis. Ma mère m’avait dit un jour que tant qu’il serait à ses côtés, elle serait la plus heureuse au monde.

— Mon amour, donne-moi ton assiette ! 

Mon père s’empara de l’assiette que lui tendait ma mère. Il aimait cuisiner pour nous et de toute manière, ma mère ne savait même pas faire cuire des pâtes.Il nous avait préparé sa spécialité, des steaks maison accompagnés de pâtes à la sauce tomate, maison elle aussi.

— Ma chérie, tu t’en sors avec tes révisions ? me demanda ma mère.

— Pas vraiment. Je vais dire à Marine de venir, ça sera plus motivant.

— Dis-lui de venir dans l’après-midi, je vous ferais un bon gâteau, me dit-elle en me faisant un clin d’œil, les yeux pleins de malice.

Il est vrai qu’en pâtisserie elle était plutôt douée. Elle était capable, dans la même journée, de faire brûler une pizza et de nous faire un fondant au chocolat à tomber par terre.

— Ça marche, lui répondis-je en lui souriant.

Le reste du repas se passa dans le silence, nous étions tous les trois tournés vers l’écran de la télévision. Le journaliste reparlait d’un fait qui s’était passé presque vingt ans plus tôt. Un drôle de phénomène s’était produit ;pendant plusieurs minutes, la lune avait pris une couleur étrange, elle était apparue verte aux yeux de tous. Ce fait n’avait jamais été expliqué, et tout le monde avait crié à la mascarade, car la lune n’était apparue de cette couleur qu’au-dessus de notre ville.

À la fin du journal télévisé, je me levai de table et débarrassai mon assiette. Mes parents se regardaient tendrement, il était temps pour moi de remonter dans ma chambre.

Je cherchai un moment mon téléphone dans le chaos qui régnait dans ma chambre. Une fois celui-ci retrouvé, j’envoyai un message à ma meilleure amie pour l’inviter à venir réviser nos cours ensemble.

Quelques secondes plus tard, le rendez-vous était pris. Elle m’avait répondu, avec soulagement, qu’elle viendrait, car elle non plus ne s’en sortait pas.

Une heure et demie plus tard, Marine arriva. Comme toujours, elle était magnifique. Elle portait une jolie robe rouge, cintrée sous la poitrine. Ses cheveux d’un volume incroyable étaient maintenus par un foulard, laissant ses boucles brunes glisser le long de son épaule droite. Le foulard était sa petite touche personnelle. Aussi loin que je m’en souvienne, elle en avait toujours porté. Je m’étais toujours sentie moins jolie et moins féminine qu’elle. J’étais plus petite, plus fine et mes cheveux lisses n’avaient, eux, aucun volume. De plus, mon style vestimentaire se limitait à porter des jeans et des t-shirts de groupes de musique.Autant dire que je dépareillai à côté d’elle.

— Salut ma puce, me dit-elle en m’embrassant. Je n’en pouvais plus, ce sera plus sympa de se creuser la tête ensemble.

— Oui, je ne sais pas ce qui nous a pris d’aller en fac de psycho, lui dis-je, dépitée.

— Notre tendance sado-maso sans doute, me dit-elle en explosant de rire.

Elle était beaucoup plus extravertie que moi. J’avais un fort caractère, mais aux premiers abords j’étais plutôt de nature timide.

Elle salua mes parents de loin pour ne pas les déranger dans leur chamaillerie. Ils venaient de terminer une partie de console et se disputaient la victoire. Ils avaient gardé leur âme d’enfant, si bien que parfois je me sentais plus adulte qu’eux. Nous montâmes à l’étage, amusées de la situation.

— C’est dingue ! J’aimerais tellement être à leur place. Rencontrer mon âme sœur, me marier et faire plein de bébés !

— Ça me gêne un peu parfois de les voir se comporter comme ça, avouais-je.

— Qu’est-ce que tu es rabat-joie ! A ta place, je serais contente, rajouta-t-elle, son regard s’assombrissant soudainement.

Je me sentis coupable tout à coup. En effet, Marine avait grandi dans un orphelinat. Elle n’avait aucune information sur ses parents. La seule information que nous avions était qu’elle avait été trouvée, avec trois autres nourrissons, à la sortie de la ville, emmitouflés dans des couvertures.Les autorités n’avaient jamais retrouvé les monstres qui s’étaient ligués pour abandonner leurs enfants au même moment et au même endroit.

Nous nous étions connus grâce à ma mère qui faisait du bénévolat là-bas Elle aimait passer du temps avec ces enfants qui n’avaient pas eu de chance dès le début de leur vie. À tel point, qu’à peine avait-elle accouchée de moi, qu’elle m’emmenait, blottie contre elle dans une écharpe de portage. Plus grande, j’y allais seule pour retrouver Marine. Elle n’avait jamais trouvé de famille aimante prête à l’adopter, et parfois par son comportement, j’avais eu l’impression qu’elle boycottait le peu d’entrevues qu’elle avait avec des familles. Même ma mère ne m’avait pas expliqué son refus lorsque je lui avais demandé de faire de Marine ma sœur adoptive.

— Désolée, je suis nulle, m’excusais-je. Ça te dit d’aller au parc plutôt ? Il fait super beau !

Elle me répondit par un sourire timide. Nous attrapâmes alors nos livres et nos classeurs et descendîmes les escaliers, les sacs lourds.

— Hey, les filles, où est-ce que vous allez comme ça ? Nous demanda mon père en levant le nez de son jeu.

— Au parc ! Il fait trop beau pour rester enfermées, lui répondis-je.

Ma mère lâcha sa manette et se leva précipitamment.

— Je vais vous donner du gâteau, il sort tout juste du four !

Elle nous mit deux parts dans un sachet et nous sortîmes de la maison après l’avoir remercié.À peine sorties de la maison, je faillis perdre l’équilibre. Monsieur Grisouille, qui venait de foncer dans mes jambes, fuyait comme s’il avait le diable aux trousses. Notre chat n’avait jamais apprécié la présence de Marine et cela nous faisait rire à chaque fois.

Après un petit quart d’heure de marche, nous arrivâmes au parc. C’était un petit coin de paradis, surtout par ce temps. Nous étions mi-mai et il recommençait à faire beau et chaud. Le soleil se réfléchissait sur l’herbe bien verte, qui paraissait douce et moelleuse et qui ne donnait qu’une envie, s’allonger pour somnoler à l’ombre des grands chênes. De plus, le violet des tapis de campanules ainsi que le jaune des millepertuis donnaient au lieu un aspect féerique.

Nous nous installâmes dans l’herbe au soleil. Marine rencontra quelques difficultés pour trouver une position confortable et décente à cause de sa robe. Pour moi se fut plus facile, puisque comme à mon habitude, je portais un jean. Cette fois, j’avais fait un petit effort en troquant mon t-shirt pour un débardeur noir.

Je fermai les yeux un moment, profitant de la douce chaleur du soleil sur mon visage. Mes taches de rousseur devaient ressortir à cet instant. En rouvrant les yeux, je tombai sur ceux de Marine qui me fixaient. Ils étaient d’un intense vert émeraude.

— Ce n’était pas une si bonne idée que ça de venir ici, me dit-elle. Le peu de motivation, que j’avais, s’est envolé. On va foirer nos exams de fin d’année !

— On a bien eu la première ! Il n’y a pas de raison. Au pire, il y a toujours les rattrapages.

— Mouais ! 

Elle avait fermé les yeux elle aussi. Elle avait les jambes croisées, la tête en arrière, tout le poids de son corps reposant sur ses mains.

— Il faudrait qu’on se trouve un mec ! rajouta-t-elle.

— T’as peur de rater ton année et là tu me parles de mecs…

— Bah, justement ! Pour se consoler de se ratage complet.

Nous partîmes toutes les deux dans un fou rire incontrôlable. J’avais eu quelques copains, mais je n’avais jamais réussi à m’attacher à l’un d’eux. Cependant, d’aussi loin que je me souvienne, il y avait un garçon qui n’avait jamais quitté mon esprit. Je n’avais parlé de lui qu’une seule fois à Marine. Elle était entrée dans une colère noire, me disant de ne pas m’approcher de lui, que ce n’était pas quelqu’un de bien. Je ne l’avais pas reconnu, elle avait eu l’air d’une folle. Mais je lui faisais confiance, elle le connaissait puisque Caleb avait lui aussi grandi à l’orphelinat, sans avoir eu la chance d’être adopté, tout comme mon amie.Il avait toujours été un garçon solitaire et indépendant. J’avais essayé, plusieurs fois, d’engager la conversation lorsque je venais rendre visite à Marine. Enfin, j’avais surtout bégayé quelques mots, et lui m’avait répondu par quelques grognements. Les cheveux noirs de jais et les yeux d’un vert puissant, il devait avoisiner les deux mètres de haut et sa carrure était impressionnante. Il me rendait nerveuse, et je me sentais minuscule face à lui, mais souvent je rêvais que je me blottissais dans ses bras forts et rassurants.

— Je ne vois pas trop qui on pourrait attraper dans nos filets. Il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent dans le coin, lui dis-je.

— C’est clair… C’est désespérant ! Mais, il y a toujours David.

David était son ex petit ami. Ayant commencé tous deux leur vie à l’orphelinat, ils avaient très vite tissé des liens, bien qu’il fût très vite adopté. Du plus loin que je me souvienne, il avait toujours été plus ou moins ensemble. Cependant, leur dernière rupture avait eu l’air définitive, car David avait complètement coupé les ponts avec elle et même avec moi.

— Je ne pense pas qu’il voudra remettre ça, le pauvre.

— C’est vrai, que je n’ai pas assuré avec lui. Mais maintenant, je pense que je suis prête pour un truc sérieux.

— Sois-en sûr, si tu te remets avec lui, ne lui fais pas encore le coup !

— De quel côté tu es ?

— Bah, sur ce coup-là, plutôt avec lui, lui répondis-je d’un ton moqueur.

— Bon et alors toi ? me demanda-t-elle en me souriant. Quelqu’un en vue ?

— Euh… non, bredouillais-je, prise au dépourvu.

— Allé ! Dis-moi ??!! insista-t-elle.

— Tu vas encore t’énerver, je n’y tiens pas trop, lui expliquais-je, timidement.

— Ah non, ne me reparle pas de cette armoire à glace !! Je te l’ai dit, ce n’est pas un mec pour toi !

— Je ne t’en parle pas alors, lui répondis-je, grognon. Il serait temps qu’on révise, lui indiquais-je pour changer de sujet.

Je sortis les parts de gâteaux que ma mère nous avait données, en tendis un morceau à Marine, et nous mangeâmes en silence. Nous restâmes un moment à faire semblant d’étudier chacune de notre côté. Nous nous fâchions très rarement, et je détestais cela. Au bout d’un moment, je brisai la glace en lui demandant si elle souhaitait un café. J’avais besoin de me dégourdir les jambes et d’échapper quelques minutes à cette ambiance pesante. Je ne comprenaispas sa réaction, et je n’oserai plus jamais lui en reparler.

Je me dirigeai d’un pas nonchalant vers le café. Il était à deux pas du parc. J’entrai et me dirigeai vers le comptoir sans faire attention aux personnes présentes. Je repensai encore à la réaction de mon amie, elle m’avait mise de très mauvaise humeur. Je commandai deux cappuccinos et deux cookies aux noix de macadamia età la framboise, en espérant que ces douceurs calmeraient les tensions, même si mon appétit était coupé. Je payai et me retournai pour partir, les bras chargés, quand je heurtai un obstacle. Je tombai nez à nez, plutôt nez à torse avec une armoire à glace… mon armoire à glace.

II

Par miracle, la catastrophe fut évitée. Les cappuccinos restèrent intacts, tout comme le t-shirt de l’homme se tenant à quelques centimètres de moi. Dans le cas contraire, j’aurai sans doute fini inconsciente sur le sol. Déjà qu’il m’impressionnait en temps normal, si en plus j’avais repeint son haut, je ne m’en serai pas sortie indemne.

— Dé…Désolée…, bredouillais-je.

— Huuum. Ça t’arrive jamais de regarder où tu vas ?

— Je me suis excusée… Et c’est toi qui me collais, tu pouvais faire la queue plus loin, lui dis-je excédée.

— Donc, c’est à moi de m’excuser ? me demanda-t-il d’un ton moqueur.

Je ne l’avais jamais vu rire, il m’avait toujours apparu grognon et renfermé. Ce petit sourire en coin me fit perdre le peu de moyens qu’il me restait.

— Laisse tomber ! lui dis-je vexée.

Je fis mine de partir, essayant de garder une certaine contenance.

— Au fait, sympa ton haut !

Je sentis le rouge me monter aux joues. Je balbutiai un merci grotesque et sortis maladroitement du café. Une fois à l’extérieur, je dus m’arrêter quelques instants pour reprendre mes esprits. Non seulement il venait de me parler mais en plus, il m’avait fait un compliment.

Je sentis un sourire se dessiner sur mes lèvres. Je ne pouvais pas en parler à Marine, même si j’en mourais d’envie.

Je rejoignis Marine. Elle avait le nez dans son téléphone portable. En me voyant, elle le rangea précipitamment.

— Grillée ! Tu ne révisais pas ! la taquinais-je, pour détendre l’atmosphère.

— Ouais… Je t’attendais, t’as mis du temps.

— Oui, désolée, il y avait un peu de monde. 

Je n’aimai pas lui mentir, mais elle ne me laissait pas le choix.

— Bon cette fois, on s’y met sérieusement !

La tension était toujours palpable. La bonne humeur légendaire de Marine n’était plus. Elle avait l’air ailleurs et tendue. Je me résignai et plongeai la tête dans mes livres. Nous restâmes plus d’une heure sans parler. Nous bûmes nos cafés en silence et aucune de nous n’osa s’emparer du sachet contenant les cookies. Le soleil déclinait enfin dans le ciel. Je pris cette excuse pour dire à Marine qu’il était temps de rentrer.

Sur le chemin du retour, je tentai de faire un pas vers elle. Je ne voulais pas que nous restions fâchées.

— Marine… je sens bien qu’il y a quelque chose qui t’as contrarié, tu ne me parles pas depuis tout à l’heure…

— C’est rien. Désolée, je suis tendue en ce moment. Mon anniversaire approche et tu sais bien que ça me fout le cafard chaque fois.

— Oui, je sais. Mais tu n’avais jamais réagi comme ça avec moi.

— Oui, excuse-moi. On oublie.

J’essayai de me mettre à sa place. Tous les ans, nous fêtions son anniversaire à la maison. Ma mère nous faisait un gâteau à étage avec une multitude de décorations et mon père prévoyait des activités plus hilarantes les unes que les autres. Mais ils ne remplaceraient jamais ses véritables parents.

Le lendemain, je décidai d’aller faire les boutiques du centre-ville.Je n’avais pas encore pris le temps de chercher un cadeau pour l’anniversaire de Marine. Je voulais lui offrir un joli cadeau pour tirer un trait sur notre dispute et pour essayer de faire en sorte que ce jour soit moins douloureux pour elle. Ce n’était pas son anniversaire à proprement dit, c’était le jour où ils avaient été trouvés, elle et les trois autres nourrissons, et l’orphelinat leur avait dédié ce jour.

Je commençai à faire du lèche-vitrine en essayant de trouver une idée originale. Je lui avais déjà offert une demi-douzaine de foulards, il fallait donc que je me creuse la tête pour marquer le coup pour ses 20 ans. Elle m’avait dit qu’elle ne voulait pas le fêter cette année encore, mais je voulais marquer le coup.

À l’angle de la rue se trouvait une boutique de bijoux fantaisie. Je décidai d’aller jeter un œil. Mais je percutai un obstacle avant d’atteindre l’entrée.

— Décidément, tu ne regardes jamais où tu vas !

Je levai la tête en direction de cette voix que j’avais si peu de fois eu la chance d’entendre. Son visage était baigné par le soleil, à tel point que je fus ébloui en le découvrant.

— C’est plutôt toi qui me suis, tentais-je, en mettant la main devant mes yeux.

— Si je te suivais, j’aurais été derrière toi, pas devant toi.

Il recommençait avec son sourire en coin. Cela me déstabilisait, et il avait l’air de s’en amuser. Je restai muette devant ce spectacle.

— Qu’est-ce que tu fais si loin de ton quartier de bourges ? me demanda-t-il.

— Je cherche un cadeau pour Marine, c’est bientôt son anniversaire, lui répondis-je en ignorant sa remarque.

— Offre-lui un sens de l’humour, ou une touche de sympathie, ça ne lui fera pas de mal, me lança-t-il d’un air maussade.

Décidément, il y avait de la rancœur entre ces deux-là ! Je décidai d’en savoir plus. Je ne pouvais rien tirer de Marine, je devais donc essayer avec Caleb.

— Je peux savoir ce qu’il se passe entre vous deux ?

Je me risquai à poser la question, j’avais peur qu’il réagisse comme elle et qu’il s’emporte, mais je n’avais rien à perdre, nous n’étions pas amis.

— Comment ça ? De quoi tu parles ?

Son regard devint fuyant, et sa voix beaucoup moins assurée. Il était mal à l’aise et je compris que c’est deux-là cachaient bien quelque chose.

— Quand je parle de toi à Marine, elle s’énerve tout de suite, tentais-je pour le faire réagir.

— Alors comme ça tu parles de moi ?

Et voilà, il me ressortait son sourire. Et moi je venais de me vendre toute seule comme une grande. J’avais soudainement très chaud, mes joues devaient être écarlates et je n’arrivai plus à sortir un seul mot compréhensible de ma bouche. Il se mit à rire. Il se moquait encore de moi. Ça devenait une habitude.

— Un café ?

— Pardon ?demandais-je, prise au dépourvu.

— Un café, répéta-t-il. Ça te dit de prendre un café ?

— Euh… oui, pourquoi pas.

Mon cœur s’emballait. Il fallait que je me détende, et que je retrouve un semblant d’assurance.

— Tu ne m’as pas répondu du coup tout à l’heure. C’est quoi votre problème à Marine et à toi ?

— Ça a toujours été un peu tendu entre nous. On ne s’est jamais bien entendu. Elle n’a pas un caractère facile ta copine. Quand tu ne fais pas les choses à sa manière, ça ne va pas.

— Pourtant elle est très avenante habituellement. Mais elle a l’air de penser que… je ne sais pas… que tu n’es pas quelqu’un de fréquentable.

— Je fais peur à pas mal de monde mais je n’ai jamais mangé personne.

Je souris à cette remarque. Ces yeux, couleur de jade, étaient pleins de malice à ce moment précis. Je le trouvais encore plus beau,maintenant que j’avais découvert cette facette de sa personnalité.

— C’est quand même étrange qu’elle réagisse comme ça. Il s’est passé quelque chose de particulier entre vous ?

Je posais cette question en espérant qu’il réponde par la négativité.

— Non, on ne se parle pas vraiment. On fait notre vie chacun de notre côté. Elle a ses croyances, j’ai les miennes c’est tout. On voit les choses différemment. Après, de là à t’interdire de me parler… C’est un peu extrême.

— Je suis un peu perdue, j’dois dire. Je n’arrive pas à comprendre sa réaction. Et j’aimerais bien… te connaître un peu plus, lui avouais-je timidement.

— Je pensais que tu étais une grande fille et que tu pouvais côtoyer qui tu voulais.

— Oui, mais je n’aime pas m’engueuler avec elle, et tu es notre seul sujet sensible, lui expliquais-je.

— Alors, ne lui parle pas de moi, me dit-il en posant sa main sur la mienne.

Le contact de sa peau contre la mienne me fit frissonner, malgré l’étrange chaleur qui s’en dégageait.

Le reste de l’après-midi fut très agréable. Il m’aida même à trouver un cadeau d’anniversaire pour Marine malgré leur conflit. Mon choix s’arrêta sur un collier doré orné d’une imposante pierre verte. Il mettrait en valeur la couleur de ses yeux.