Les Aventures de Monsieur Pickwick - Charles Dickens - ebook
Opis

Ceci est une histoire sur le club de voyageurs en Angleterre. Ce club comprend de drôles de Britanniques, qui se considerent comme ceux qui ne le sont pas vraiment. La chose principale dans ce club était un Pickwick romantique. Il a essayé d’écrire chacune de ses observations dans un cahier spécial. Dickens a réussi a créer une bonne et détaillée histoire sur un petit club de vrais hommes anglais.

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Charles Dickens

Les Aventures de Monsieur Pickwick

Varsovie 2019

Table des matières

Vol. I

I. Les pickwickiens.

II. Le premier jour de voyage et la première soirée d'aventures, avec leurs conséquences.

III. Une nouvelle connaissance. Histoire d'un clown. Une interruption désagréable et une rencontre fâcheuse.

IV. La petite guerre. De nouveaux amis. Une invitation pour la campagne.

V. Faisant voir entre autres choses comment M. Pickwick entreprit de conduire une voiture, et M. Winkle de monter un cheval; et comment l'un et l'autre en vinrent à bout.

VI. Une soirée du bon vieux temps. Histoire racontée par un ecclésiastique.

VII. Comment M. Winkle, au lieu de tirer le pigeon et de tuer la corneille, tira la corneille et blessa le pigeon. Comment le club de la Crosse de Dingley-Dell lutta contre celui de Muggleton, et comment Muggleton dîna aux dépens de Dingley-Dell. Avec diverses autres matières également instructives et intéressantes.

VIII. Faisant voir clairement que la route du véritable amour n'est pas aussi unie qu'un chemin de fer.

IX. La découverte et la poursuite.

X. Destiné à dissiper tous les doutes qui pourraient exister sur le désintéressement de M. Jingle.

XI. Contenant un autre voyage et une découverte d'antiquité: annonçant la résolution de M. Pickwick d'assister à une élection, et renfermant un manuscrit donné par le vieil ecclésiastique.

XII. Qui contient une très-importante détermination de M. Pickwick, laquelle fait époque dans sa vie non moins que dans cette véridique histoire.

XIII. Notice sur Eatanswill, sur les parties qui le divisent, et sur l'élection d'un membre du parlement par le bourg ancien, loyal et patriote.

XIV. Contenant une courte description de la compagnie assemblée au Paon d'argent, et de plus une histoire racontée par un commis-voyageur.

XV. Dans lequel se trouve un portrait fidèle de deux personnes distinguées, et une description exacte d'un grand déjeuner qui eut lieu dans leur maison et domaine. Ledit déjeuner amène la rencontre d'une vieille connaissance, et le commencement d'un autre chapitre.

XVI. Trop plein d'aventures pour qu'on puisse les résumer brièvement.

XVII. Montrant qu'une attaque de rhumatisme peut quelquefois servir de stimulant à un génie inventif.

XVIII. Qui prouve brièvement deux points, savoir: le pouvoir des attaques de nerfs et la force des circonstances.

XIX. Un jour heureux terminé malheureusement.

XX. Où l'on voit que Dodson et Fogg étaient des hommes d'affaires, et leurs clercs des hommes de plaisir; qu'une entrevue touchante eut lieu entre M. Samuel Weller et le père qu'il avait perdu depuis longtemps; où l'on voit, enfin, quels esprits supérieurs s'assemblaient à la Souche et la Pie, et quel excellent chapitre sera le suivant.

XXI. Dans lequel le vieux homme se lance sur son thème favori, et raconte l'histoire d'un drôle de client.

XXII. M. Pickwick se rend à Ipswich, et rencontre une aventure romantique, sous la figure d'une dame d'un certain âge, en papillote de papier brouillard.

XXIII. Dans lequel Samuel Weller s'occupe énergiquement de prendre la revanche de M. Trotter.

XXIV. Dans lequel M. Peter Magnus devient jaloux, et la dame d'un certain âge, craintive; ce qui jette les pickwickiens dans les griffes de la justice.

XXV. Montrant combien M. Nupkins était majestueux et impartial, et comment Sam Weller prit sa revanche de M. Joe Trotter, avec d'autres événement» qu'on trouvera à leur place.

XXVI. Contenant un récit abrégé des progrès de l'action Bardell contre Pickwick.

XXVII. Samuel Weller fait un pèlerinage à Dorking, et voit sa belle-mère.

XXVIII. Un joyeux chapitre des fêtes de Noël, contenant le récit d'une noce et de quelques autres passe-temps qui sont, dans leur genre, d'aussi bonnes coutumes que le mariage, mais qu'on ne maintient pas aussi religieusement, dans ce siècle dégénéré.

XXIX. Histoire du sacristain, emporté par les goblins.

Vol. II

I. Comment les pickwickiens firent et cultivèrent la connaissance d'une couple d'agréables jeunes gens, appartenant à une des professions libérales; comment ils folâtrèrent sur la glace; et comment se termina leur visite.

II. Consacré tout entier à la loi et à ses savants interprètes.

III. Où l'on décrit plus compendieusement que ne l'a jamais fait aucun journal de la cour une soirée de garçon, donnée par M. Bob Sawyer en son domicile, dans le Borough.

IV. M. Weller senior profère quelques opinions critiques concernant les compositions littéraires; puis avec l'assistance de son fils Samuel, il s'acquitte d'une partie de sa dette envers le révérend gentleman au nez rouge.

V. Entièrement consacré au compte rendu complet et fidèle du mémorable procès de Bardell contre Pickwick.

VI. Dans lequel M. Pickwick pense que ce qu'il a de mieux à faire est d'aller à Bath, et y va en conséquence.

VII. Occupé principalement par une authentique version de la légende du prince Bladud, et par une calamité fort extraordinaire dont M. Winkle fut la victime.

VIII. Qui explique honorablement l'absence de Sam Weller, en rendant compte d'une soirée où il fut invité et assista; et qui raconte, en outre, comment ledit Sam Weller fut chargé par M. Pickwick d'une mission particulière, pleine de délicatesse et d'importance.

IX. Comment M. Winkle, voulant sortir de la poêle à frire, se jeta tranquillement et confortablement dans le feu.

X. Sam Weller, honoré d'une mission d'amour, s'occupe de l'exécuter. On verra plus loin avec quel succès.

XI. Où l'on voit M. Pickwick sur une nouvelle scène du grand drame de la vie.

XII. Ce qui arriva à M. Pickwick dans la prison pour dettes; quelle espèce de débiteurs il y vit, et comment il passa la nuit.

XIII. Démontrant, comme le précédent, la vérité de ce vieux proverbe, que l'adversité vous fait faire connaissance avec d'étranges camarades de lit; et contenant, en outre, l'incroyable déclaration que M. Pickwick fit à Sam.

XIV. Comment M. Samuel Weller se mit mal dans ses affaires.

XV. Où l'on apprend diverses petites aventures arrivées dans la prison, ainsi que la conduite mystérieuse de M. Winkle; et où l'on voit comment le pauvre prisonnier de la chancellerie fut enfin relâché.

XVI. Où l'on décrit une entrevue touchante entre M. Samuel Weller et sa famille. M. Pickwick fait le tour du petit monde qu'il habite, et prend la résolution de ne s'y mêler, à l'avenir, que le moins possible.

XVII. Où l'on rapporte un acte touchant de délicatesse accompli par MM. Dodson et Fogg, non sans une certaine dose de plaisanterie.

XVIII. Principalement dévoué à des affaires d'intérêt et à l'avantage temporel de Dodson et Fogg. Réapparition de M. Winkle dans des circonstances extraordinaires. La bienveillance de M. Pickwick se montre plus forte que son obstination.

XIX. Où l'on raconte comment M. Pickwick, avec l'assistance de Sam, essaya d'amollir le cœur de M. Benjamin Allen, et d'adoucir la rage de M. Robert Sawyer.

XX. Contenant l'histoire de l'oncle du commis-voyageur.

XXI. Comment M. Pickwick exécuta sa mission et comment il fut renforcé, dès le début, par un auxiliaire tout à fait imprévu.

XXII. Dans lequel M. Pickwick rencontre une vieille connaissance, circonstance fortunée à laquelle le lecteur est principalement redevable des détails brûlants d'intérêt ci-dessous consignés, concernant deux grands hommes politiques.

XXIII. Annonçant un changement sérieux dans la famille Weller, et la chute prématurée de l'homme au nez rouge.

XXIV. Comprenant la sortie finale de MM. Jingle et Job Trotter, avec une grande matinée d'affaires dans Gray's Inn square, terminée par un double coup frappé à la porte de M. Perker.

XXV. Contenant quelques détails relatifs aux coups de marteau, ainsi que diverses autres particularités, parmi lesquelles figurent, notablement, certaines découvertes concernant M. Snodgrass et une jeune lady.

XXVI. M. Salomon Pell, assisté par un comité choisi de cochers, arrange les affaires de M. Weller senior.

XXVII. M. Weller assiste à une importante conférence entre M. Pickwick et Samuel. Un vieux gentleman, en habit couleur de tabac, arrive inopinément.

XXVIII. Dans lequel le club des pickwickiens est définitivement dissous, et toutes choses terminées à la satisfaction de tout le monde.

Vol. I

CHAPITRE PREMIER

Les Pickwickiens.

Le premier jet de lumière qui convertit en une clarté brillante les ténèbres dont paraissait enveloppée l'apparition de l'immortel Pickwick sur l'horizon du monde savant, la première mention officielle de cet homme prodigieux, se trouve dans les statuts insérés parmi les procès-verbaux du Pickwick-Club. L'éditeur du présent ouvrage est heureux de pouvoir les mettre sous les yeux de ses lecteurs, comme une preuve de l'attention scrupuleuse, de l'infatigable assiduité, de la sagacité investigatrice, avec lesquelles il a conduit ses recherches, au sein des nombreux documents confiés à ses soins.

«Séance du 12 mai 1831, présidée par Joseph Smiggers, Esq. V.P.P.M.P.C. a été arrêté ce qu'il suit à l'unanimité.

«L'ASSOCIATION a entendu lire avec un sentiment de satisfaction sans mélange et avec une approbation absolue, les papiers communiqués par Samuel Pickwick, Esq. P.P.M.P.C., et intitulés Recherches sur les sources des étangs de Hampstead, suivies de quelques observations sur la théorie des têtards.

«L'ASSOCIATION en offre ses remercîments les plus sincères audit Samuël Pickwick, Esq. P.P.M.P.C.

«L'ASSOCIATION, tout en appréciant au plus haut degré les avantages que la science doit retirer des ouvrages susmentionnés, aussi bien que des infatigables recherches de Samuël Pickwick dans Hornsey, Highgate, Brixton et Camberwell, ne peut s'empêcher de reconnaître les inappréciables résultats dont on pourrait se flatter pour la diffusion des connaissances utiles, et pour le perfectionnement de l'instruction, si les travaux de cet homme illustre avaient lieu sur une plus vaste échelle, c'est-à-dire si ses voyages étaient plus étendus, aussi bien que la sphère de ses observations.

«Dans ce but, l'ASSOCIATION a pris en sérieuse considération une proposition émanant du susdit Samuël Pickwick, Esq. P. P.M.P.C., et de trois autres pickwickiens ci-après nommés, et tendant à former une nouvelle branche de pickwickiens-unis, sous le titre de Société correspondante du Pickwick-Club.

«Ladite proposition ayant été approuvée et sanctionnée par l'ASSOCIATION,

«La Société correspondante du Pickwick-Club est par les présentes constituée; Samuël Pickwick, Esq. P.P.M.P.C., Auguste Snodgrass, Esq. M.P.C., Tracy Tupman, Esq. M.P. C., et Nathaniel Winkle, Esq. M.P.C., sont également, par les présentes, choisis et nommés membres de ladite Société correspondante, et chargés d'adresser de temps en temps à l'ASSOCIATION DU PICKWICK-CLUB, à Londres, des détails authentiques sur leurs voyages et leurs investigations; leurs observations sur les caractères et sur les mœurs; toutes leurs aventures enfin, aussi bien que les récits et autres opuscules auxquels pourraient donner lieu les scènes locales, ou les souvenirs qui s'y rattachent.

«L'ASSOCIATION reconnaît cordialement ce principe que les membres de la Société correspondante doivent supporter eux-mêmes les dépenses de leurs voyages; et elle ne voit aucun inconvénient à ce que les membres de ladite société poursuivent leurs recherches pendant tout le temps qu'il leur plaira, pourvu que ce soit aux mêmes conditions.

«Enfin les membres de la susdite société sont par les présentes informés que leur proposition de payer le port de leurs lettres et de leurs envois a été discutée par l'ASSOCIATION; que l'ASSOCIATION considère cette offre comme digne des grands esprits dont elle émane, et qu'elle lui donne sa complète approbation.»

Un observateur superficiel, ajoute le secrétaire, dans les notes duquel nous puisons le récit suivant; un observateur superficiel n'aurait peut-être rien trouvé d'extraordinaire dans la tête chauve et dans les besicles circulaires qui étaient invariablement tournées vers le visage du secrétaire de l'Association, tandis qu'il lisait les statuts ci-dessus rapportés; mais c'était un spectacle véritablement remarquable pour quiconque savait que le cerveau gigantesque de Pickwick travaillait sous ce front, et que les yeux expressifs de Pickwick étincelaient derrière ces verres de lunettes. En effet l'homme qui avait suivi jusqu'à leurs sources les vastes étangs de Hampstead, l'homme qui avait remué le monde scientifique par sa théorie des têtards, était assis là, aussi calme, aussi immuable que les eaux profondes de ces étangs, par un jour de gelée; ou plutôt comme un solitaire spécimen de ces innocents têtards dans la profondeur caverneuse d'une jarre de terre.

Mais combien ce spectacle devint plus intéressant, quand aux cris répétés de Pickwick! Pickwick! qui s'échappaient simultanément de la bouche de tous ses disciples, cet homme illustre se leva, plein de vie et d'animation, monta lentement l'escabeau rustique sur lequel il était primitivement assis, et adressa la parole au club que lui-même avait fondé. Quelle étude pour un artiste que cette scène attachante! L'éloquent Pickwick était là, une main gracieusement cachée sous les pans de son habit, tandis que l'autre s'agitait dans l'air pour donner plus de force à sa déclamation chaleureuse. Sa position élevée révélait son pantalon collant et ses guêtres, auxquelles on n'aurait peut-être pas accordé grande attention si elles avaient revêtu un autre homme, mais qui, parées, illustrées par le contact de Pickwick, s'il est permis d'employer cette expression, remplissaient involontairement les spectateurs d'un respect et d'une crainte religieuse. Il était entouré par ces hommes de cœur qui s'étaient offerts pour partager les périls de ses voyages, et qui devaient partager aussi la gloire de ses découvertes. A sa droite, siégeait Tracy Tupman, le trop inflammable Tupman, qui, à la sagesse et à l'expérience de l'âge mûr, unissait l'enthousiasme et l'ardeur d'un jeune homme, dans la plus intéressante et la plus pardonnable des faiblesses humaines, l'amour!–le temps et la bonne chère avaient épaissi sa tournure, jadis si romantique; son gilet de soie noire était graduellement devenu plus arrondi, tandis que sa chaîne d'or disparaissait pouce par pouce à ses propres yeux; son large menton débordait de plus en plus par-dessus sa cravate blanche; mais l'âme de Tupman n'avait point changé; l'admiration pour le beau sexe était toujours sa passion dominante.–A gauche du maître, on voyait le poétique Snodgrass, mystérieusement enveloppé d'un manteau bleu, fourré d'une peau de chien. Auprès de lui, Winkle, le chasseur, étalait complaisamment sa veste de chasse toute neuve, sa cravate écossaise, et son étroit pantalon de drap gris.

Le discours de M. Pickwick et les débats qui s'élevèrent à cette occasion, sont rapportés dans les procès-verbaux du club. Ils offrent également une ressemblance frappante avec les discussions des assemblées les plus célèbres; et comme il est toujours curieux de comparer les faits et gestes des grands hommes, nous allons transcrire le procès-verbal de cette séance mémorable.

«M. Pickwick fait observer, dit le secrétaire, que la gloire est chère au cœur de tous les hommes. La gloire poétique est chère au cœur de son ami Snodgrass; la gloire des conquêtes est également chère à son ami Tupman; et le désir d'acquérir de la renommée dans tous les exercices du corps, existe, au plus haut degré dans le sein de son ami Winkle. Il (M. Pickwick) ne saurait nier l'influence qu'ont exercée sur lui-même les passions humaines, les sentiments humains (applaudissements); peut-être même les faiblesses humaines (violents cris de: non! non). Mais il dira ceci: que si jamais le feu de l'amour-propre s'alluma dans son sein, le désir d'être utile à l'espèce humaine l'éteignit entièrement. Le désir d'obtenir l'estime du genre humain était son dada, la philanthropie son paratonnerre (véhémente approbation). Il a senti quelque orgueil, il l'avoue librement (et que ses ennemis s'emparent de cet aveu s'ils le veulent), il a senti quelque orgueil quand il a présenté au monde sa théorie des têtards. Cette théorie peut être célèbre, ou ne l'être pas. (Une voix dit: Elle l'est!–Grands applaudissements.) Il accepte l'assertion de l'honorable pickwickien dont la voix vient de se faire entendre. Sa théorie est célèbre! Mais si la renommée de ce traité devait s'étendre aux dernières bornes du monde connu, l'orgueil que l'auteur ressentirait de cette production ne serait rien auprès de celui qu'il éprouve en ce moment, le plus glorieux de son existence (acclamations). Il n'est qu'un individu bien humble (Non! non!); cependant il ne peut se dissimuler qu'il est choisi par l'Association pour un service d'une grande importance, et qui offre quelques risques, aujourd'hui surtout que le désordre règne sur les grandes routes, et que les cochers sont démoralisés. Regardez sur le continent, et contemplez les scènes qui se passent chez toutes les nations. Les diligences versent de toutes parts; les chevaux prennent le mors aux dents; les bateaux chavirent, les chaudières éclatent! (applaudissements.–Une voix crie, non!) Non! (applaudissements) que l'honorable pickwickien qui a lancé un non si bruyant, s'avance et me démente s'il ose! Qui est-ce qui a crié non? (Bruyantes acclamations.) Serait-ce l'amour-propre désappointé d'un homme... il ne veut pas dire d'un bonnetier (vifs applaudissements) qui, jaloux des louanges qu'on a accordées, peut-être sans motif, aux recherches de l'orateur, et piqué par les censures dont on a accablé les misérables tentatives suggérées par l'envie, prend maintenant ce moyen vif et calomnieux...

«M. Blotton (d'Algate) se lève pour demander le rappel à l'ordre.–Est-ce à lui que l'honorable pickwickien faisait allusion? (Cris à l'ordre!–Le président:–Oui!–Non!–Continuez!–Assez!–etc.)

«M. Pickwick ne se laissera pas intimider par des clameurs. Il a fait allusion à l'honorable gentleman! (Vive sensation.)

«Dans ce cas, M. Blotton n'a que deux mots à dire: il repousse avec un profond mépris l'accusation de l'honorable gentleman, comme fausse et diffamatoire (grands applaudissements). L'honorable gentleman est un blagueur. (Immense confusion. Grands cris de: Le président! à l'ordre!)

«M. Snodgrass se lève pour demander le rappel à l'ordre. Il en appelle au président. (Écoutez!) Il demande si l'on n'arrêtera pas cette honteuse discussion entre deux membres du club. (Écoutez! écoutez!)

«Le président est convaincu que l'honorable pickwickien retirera l'expression dont il vient de se servir.

«M. Blotton, avec tout le respect possible pour le président, affirme qu'il n'en fera rien.

«Le président regarde comme un devoir impératif de demander à l'honorable gentleman s'il a employé l'expression qui vient de lui échapper, suivant le sens qu'on lui donne communément.

«M. Blotton n'hésite pas à dire que non, et qu'il n'a employé ce mot que dans le sens pickwickien. (Écoutez! Écoutez!) Il est obligé de reconnaître que, personnellement, il professe la plus grande estime pour l'honorable gentleman en question. Il ne l'a considéré comme un blagueur que sous un point de vue entièrement pickwickien. (Écoutez! écoutez!)

«M. Pickwick déclare qu'il est complétement satisfait par l'explication noble et candide de son honorable ami. Il désire qu'il soit bien entendu que ses propres observations n'ont dû être comprises que dans leur sens purement pickwickien (applaudissements.)»

Ici finit le procès-verbal, et en effet la discussion ne pouvait continuer, puisqu'on était arrivé à une conclusion si satisfaisante, si claire. Nous n'avons pas d'autorité officielle pour les faits que le lecteur trouvera dans le chapitre suivant, mais ils ont été recueillis d'après des lettres et d'autres pièces manuscrites, dont on ne peut mettre en question l'authenticité.

CHAPITRE II

Le premier jour de voyage et la première soirée d'aventures, avec leurs conséquences.

Le soleil, ce ponctuel factotum de l'univers, venait de se lever et commençait à éclairer le matin du 13 mai 1831, quand M. Samuël Pickwick, semblable à cet astre radieux, sortit des bras du sommeil, ouvrit la croisée de sa chambre, et laissa tomber ses regards sur le monde, qui s'agitait au-dessous de lui. La rue Goswell était à ses pieds, la rue Goswell était à sa droite, la rue Goswell était à sa gauche, aussi loin que l'œil pouvait s'étendre, et en face de lui se trouvait encore la rue Goswell. «Telles, pensa M. Pickwick, telles sont les vues étroites de ces philosophes, qui, satisfaits d'examiner la surface des choses, ne cherchent point à en étudier les mystères cachés. Comme eux, je pourrais me contenter de regarder toujours sur la rue Goswell, sans faire aucun effort pour pénétrer dans les contrées inconnues qui l'environnent.» Ayant laissé tomber cette pensée sublime, M. Pickwick s'occupe de s'habiller et de serrer ses effets dans son portemanteau. Les grands hommes sont rarement très-scrupuleux pour leur costume: aussi la barbe, la toilette, le déjeuner se succédèrent-ils rapidement. Au bout d'une heure M. Pickwick était arrivé à la place des voitures de Saint-Martin le Grand, ayant son portemanteau sous son bras, son télescope dans la poche de sa redingote, et dans celle de son gilet son mémorandum, toujours prêt à recevoir les découvertes dignes d'être notées.

«Cocher! cria M. Pickwick.

–Voilà, monsieur! répondit un étrange spécimen du genre homme, lequel avec son sarrau et son tablier de toile, portant au cou une plaque de cuivre numérotée, avait l'air d'être catalogué dans quelque collection d'objets rares. C'était le garçon de place. Voilà, monsieur. Hé! cabriolet en tête!» Et le cocher étant sorti de la taverne où il fumait sa pipe, M. Pickwick et son portemanteau furent hissés dans la voiture.

–Golden-Cross, dit M. Pickwick.

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