Les 120 journées de Sodome ou L’École du libertinage - Donatien Alphone François de Sade - ebook

Les 120 journées de Sodome ou L’École du libertinage ebook

Donatien Alphone François de Sade

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Opis

Le plus effrayant des romans sadiens, tout droit sorti de « l'Enfer » des bibliothèques.

POUR UN PUBLIC AVERTI. Dans un château perdu de la Forêt-Noire, quatre personnages (le duc de Blangis, l'évêque, le président de Curval et le financier Durcet) s'enferment avec quarante-deux victimes soumises à leur pouvoir absolu, dont leurs épouses, des jeunes garçons et des jeunes filles. Pendant cent vingt jours vont se succéder quatre « historiennes » pour faire le récit de la pratique de six cents perversions qui correspondent, dans la classification sadienne, aux passions dites « simples », « doubles », « criminelles » et « meurtrières ». Seule la première partie a été développée, le reste demeurant inachevé, à l'état de plan et notes. Le recours aux atrocités commises au nom du plaisir sexuel monte crescendo, Sade voulant montrer le pire des passions humaines. Le rouleau manuscrit a lui-même une longue histoire : rédigé clandestinement à la Bastille à la fin de 1785, l'écrit est prétendument perdu puis sauvé lors de l'incendie de la forteresse. Il aura plusieurs propriétaires et connaîtra diverses péripéties au fil des siècles, jusqu'à sa mise aux enchères fin 2017.

La deuxième partie de ce qui est à considérer comme un texte littéraire classique, où le désir s'épuise par la satisfaction du vice.

EXTRAIT

Les guerres considérables que Louis XIV eut à soutenir pendant le cours de son règne, en épuisant les finances de l’État et les facultés du peuple, trouvèrent pourtant le secret d’enrichir une énorme quantité de ces sangsues toujours à l’affût des calamités publiques qu’ils font naître au lieu d’apaiser, et cela pour être à même d’en profiter avec plus d’avantages. La fin de ce règne, si sublime d’ailleurs, est peut-être une des époques de l’empire français où l’on vit le plus de ces fortunes obscures qui n’éclatent que par un luxe et des débauches aussi sourdes qu’elles. C’était vers la fin de ce règne et peu avant que le Régent eût essayé, par ce fameux tribunal connu sous le nom de Chambre de Justice, de faire rendre gorge à cette multitude de traitants, que quatre d’entre eux imaginèrent la singulière partie de débauche dont nous allons rendre compte.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Donatien Alphonse François de Sade, alias le Marquis de Sade (1740-1814) est un homme de lettres, romancier et philosophe français. La quasi totalité de son œuvre exprime un athéisme anticlérical et est teintée d'érotisme – souvent lié à la violence et à la cruauté –, ce qui lui a valu de connaître des mises à l'index et la censure. Sur les 72 ans qu'a duré sa vie, le Marquis de Sade en a passé 27 derrière les barreaux. Occultée et clandestine pendant tout le XIXe siècle, son œuvre littéraire est réhabilitée au milieu du XXe siècle part Jean-Jacques Pauvert. Sa reconnaissance unanime de l'écrivain est représentée par son entrée dans la Bibliothéque de la Pléiade en 1990.

À PROPOS DE LA COLLECTION

Retrouvez les plus grands noms de la littérature érotique dans notre collection Grands classiques érotiques.
Autrefois poussés à la clandestinité et relégués dans « l'Enfer des bibliothèques », les auteurs de ces œuvres incontournables du genre sont aujourd'hui reconnus mondialement.
Du Marquis de Sade à Alphonse Momas et ses multiples pseudonymes, en passant par le lyrique Alfred de Musset ou la féministe Renée Dunan, les Grands classiques érotiques proposent un catalogue complet et varié qui contentera tant les novices que les connaisseurs.

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PREMIÈRE PARTIE (suite)LES PASSIONS SIMPLES

Les cent cinquante passions simples, ou de première classe, composant les trente journées de novembre remplies par la narration de la Duclos, auxquelles sont entremêlés les événements scandaleux du château, en forme de journal, pendant ce mois-là.

Quinzième journée

Rarement un lendemain de correction offrait des coupables. Il n’y en eut aucun ce jour-là, mais toujours strict sur les permissions de chier le matin, on n’accorda cette faveur qu’à Hercule, Michette, Sophie et la Desgranges, et Curval pensa décharger en voyant opérer cette dernière. On fit peu de choses au café, on se contenta d’y manier des fesses et d’y sucer quelques trous de culs, et, l’heure sonnant, on fut promptement s’installer au cabinet d’histoire où Duclos reprit en ces termes.

Il venait d’arriver chez la Fournier une jeune fille d’environ douze à treize ans, toujours fruit des séductions de cet homme singulier dont je vous ai parlé. Mais je doute que depuis bien longtemps il eût rien débauché d’aussi mignon, d’aussi frais et d’aussi joli. Elle était blonde, grande pour son âge, faite à peindre, la physionomie tendre et voluptueuse, les plus beaux yeux qu’on pût voir, et dans toute sa charmante personne un ensemble doux et intéressant qui achevait de la rendre enchanteresse. Mais à quel avilissement tant d’appas allaient-ils être livrés et quel début honteux ne leur préparait-on pas ! C’était la fille d’une marchande lingère du Palais, très à son aise et qui très sûrement était destinée à un sort plus heureux que celui de faire la putain. Mais plus par ses perfides séductions notre homme en question faisait perdre le bonheur à ses victimes et mieux il jouissait. La petite Lucile était destinée à satisfaire dès son arrivée les caprices sales et dégoûtants d’un homme qui, ne se contentant pas d’avoir le goût le plus crapuleux, voulait encore l’exercer sur une pucelle. Il arrive : c’était un vieux notaire cousu d’or et qui avait, avec sa richesse, toute la brutalité que donnent l’avarice et la luxure dans une vieille âme quand elles y sont réunies. On lui fait voir l’enfant ; quelque jolie qu’elle fût, son premier mouvement est celui du dédain ; il bougonne, il jure entre ses dents qu’il n’est plus possible à présent de trouver une jolie fille à Paris ; il demande enfin si elle est bien certainement pucelle, on l’assure que oui, on lui offre de le lui faire voir :

— Moi, voir un con, madame Fournier, moi, voir un con ? Vous n’y pensez pas, je crois ; m’en avez-vous vu beaucoup considérer depuis que je viens chez vous ? Je m’en sers, il est vrai, mais d’une manière, je crois, qui ne prouve pas mon grand attachement pour eux.

— Eh bien ! monsieur, dit la Fournier, en ce cas, rapportez-vous-en à nous, je vous proteste qu’elle est vierge comme l’enfant qui vient de naître.

On monte, et comme vous l’imaginez bien, curieuse d’un tel tête-à-tête, je vais m’établir à mon trou. La pauvre petite Lucile était d’une honte qui ne saurait se peindre qu’avec les expressions superlatives qu’il faudrait employer pour peindre l’impudence, la brutalité et la mauvaise humeur de son sexagénaire amant.

— Eh bien ! qu’est-ce que vous faites là, toute droite, comme une bête ? lui dit-il d’un ton brusque. Faut-il que je vous dise de vous trousser ? Ne devrais je pas déjà avoir vu votre cul depuis deux heures ?… Eh bien ! allons donc !

— Mais, monsieur, que faut-il faire ?

— Eh, sacredié ! est-ce que ça se demande ?… Que faut-il faire ? Il faut vous trousser et me montrer les fesses.

Lucile obéit en tremblant et découvre un petit cul blanc et mignon comme le serait celui de Vénus même.

— Hum… la belle médaille, dit le brutal… Approchez-vous…

Puis, lui empoignant durement les deux fesses en les écartant :

— Est-il bien sûr qu’on ne vous a jamais rien fait par là ?

— Oh ! monsieur, jamais personne ne m’a touchée.

— Allons ! pétez.

— Mais, monsieur, je ne peux pas.

— Eh bien ! efforcez-vous.

Elle obéit, un léger vent s’échappe et vient retentir dans la bouche empoisonnée du vieux libertin qui s’en délecte en murmurant.

— Avez-vous envié de chier ? continue le libertin.

— Non, monsieur.

— Oh bien ! J’en ai envie moi, et une copieuse, afin que vous le sachiez. Ainsi préparez-vous à la satisfaire… quittez ces jupes.

Elles disparaissent.

« Posez-vous sur ce sofa, les cuisses très élevées et la tête fort basse. »

Lucile se place, le vieux notaire l’arrange et la pose de manière à ce que ses jambes très séparées laissent son joli petit con dans le plus grand écartement possible, et si bien placé à la hauteur du fessier de notre homme qu’il peut s’en servir comme d’un pot de chambre. Telle était sa céleste intention, et pour rendre le vase plus commode, il commence par l’écarter de ses deux mains autant qu’il a de force. Il se place, il pousse, un étron vient se poser dans le sanctuaire où l’Amour même n’eût pas dédaigné d’avoir un temple. Il se retourne et, de ses doigts, enfonce autant qu’il peut dans le vagin entrouvert le sale excrément qu’il vient de déposer. Il se replace, en pousse un second, puis un troisième, et toujours à chaque la même cérémonie d’introduction. Enfin au dernier, il la fait avec tant de brutalité que la petite jeta un cri et perdit peut-être par cette dégoûtante opération la fleur précieuse dont la nature ne l’avait ornée que pour en faire part à l’hymen. Tel était l’instant de jouissance de notre libertin. Avoir rempli le jeune et joli petit con de merde, l’y fouler et l’y refouler, tel était son délice suprême. Il sort toujours en agissant une manière de vit de sa brayette ; tout mou qu’il est, il le secoue et parvient, en s’occupant de son dégoûtant ouvrage, à jeter à terre quelques gouttes d’un sperme rare et flétri et dont il devrait bien regretter la perte quand elle n’est due qu’à de telles infamies. Son affaire finie il décampe ; Lucile se lave, et tout est dit.

On m’en décocha un quelque temps après dont la manie me parut plus dégoûtante. C’était un vieux conseiller de grand-chambre. Il fallait non seulement le regarder chier, mais l’aider, faciliter de mes doigts le dégorgement de la matière en pressant, ouvrant, comprimant à propos l’anus, et l’opération faite, lui nettoyer de ma langue avec le plus grand soin toute la partie qui venait d’être souillée.

— Ah, parbleu ! voilà en effet une corvée bien fatigante, dit l’évêque : est-ce que ces quatre dames que vous voyez ici, et qui sont pourtant nos épouses, nos filles ou nos nièces, n’ont pas ce département-là tous les jours ? Et à quoi diable servirait, je vous prie, la langue d’une femme, si ce n’était à torcher des culs. Pour moi, je ne lui connais que cet usage-là. Constance, poursuit l’évêque à cette belle épouse du duc qui était pour lors sur son sofa, prouvez un peu à la Duclos votre habileté dans cette partie ; tenez, voilà mon cul très sale, il n’a pas été torché depuis ce matin, je vous le gardais… Allons, déployez vos talents.

Et la malheureuse, trop accoutumée à ces horreurs, les exécute en femme consommée. Que ne produisent pas, grand Dieu, la crainte et l’esclavage !

— Oh, parbleu ! dit Curval en présentant son vilain trou bourbeux à la charmante Aline, tu ne seras pas le seul à donner ici l’exemple. Allons ! petite putain, dit-il à cette belle et vertueuse fille, surpassez votre compagne.

Et on exécute.

— Allons, continue, Duclos, dit l’évêque, nous voulions seulement te faire voir que ton homme n’exigeait rien de trop singulier et qu’une langue de femme n’est bonne qu’à torcher un cul.

L’aimable Duclos se mit à rire et continua ce qu’on va lire.

Vous me permettrez, messieurs, dit-elle, d’interrompre un instant le récit des passions pour vous faire part d’un événement qui n’y a aucun rapport. Il me regarde seule, mais comme vous m’avez ordonné de suivre les événements intéressants de mon histoire même quand ils ne tiendraient pas au récit des goûts, j’ai cru que celui-ci était de nature à ne devoir pas rester dans le silence. Il y avait très longtemps que j’étais chez Mme Fournier, devenue la plus ancienne de son sérail et celle en qui elle avait le plus confiance. C’était moi qui le plus souvent qui arrangeais les parties et qui en recevais les fonds. Cette femme m’avait tenu lieu de mère, elle m’avait secourue dans différents besoins, n’avait écrit fidèlement en Angleterre, m’avait amicalement ouvert sa maison au retour, quand mon dérangement m’y fit désirer un nouvel asile. Vingt fois elle m’avait prêté de l’argent et souvent sans en exiger la reddition. L’instant vint de lui prouver ma reconnaissance et de répondre à son extrême confiance en moi, et vous allez juger, messieurs, comme mon âme s’ouvrait à la vertu et l’accès facile qu’elle y avait. La Fournier tombe malade et son premier soin est de me faire appeler.

— Duclos, mon enfant, je t’aime, me dit-elle, tu le sais et je vais te le prouver par l’extrême confiance que je vais avoir en toi dans ce moment-ci. Je te crois, malgré ta mauvaise tête, incapable de tromper une amie ; me voilà fort malade, je suis vieille et ne sais, par conséquent, ce que ceci deviendra. J’ai des parents qui vont tomber sur ma succession ; je veux au moins leur frustrer cent mille francs que j’ai en or dans ce petit coffre. Tiens, mon enfant, dit-elle, les voilà, je te les remets en exigeant de toi que tu en fasses la disposition que je te vais prescrire.

— Oh, ma chère mère, lui dis-je en lui tendant les bras, ces précautions me désolent ; elles seront sûrement inutiles, mais si malheureusement elles devenaient nécessaires, je vous fais serment de mon exactitude à remplir vos intentions.

— Je le crois, mon enfant, me dit-elle ; et voilà pourquoi j’ai jeté les yeux sur toi. Ce petit coffre contient donc cent mille francs en or ; j’ai quelques scrupules, ma chère amie, quelques remords de la vie que j’ai menée, de la quantité de filles que j’ai jetées dans le crime et que j’ai arrachées à Dieu. Je veux donc employer deux moyens pour me rendre la divinité moins sévère : celui de l’aumône et celui de la prière. Les deux premières portions de cette somme, que tu composeras de quinze mille francs chacune, seront l’une pour être remis aux capucins de la rue Saint-Honoré, afin que ces bons pères disent à perpétuité une messe pour le salut de mon âme ; l’autre part, de même somme, tu la remettras, dès que j’aurai fermé les yeux, au curé de la paroisse, afin qu’il la distribue en aumônes parmi les pauvres du quartier. C’est une excellente chose que l’aumône, mon enfant ; rien ne répare comme elle, aux yeux de Dieu, les péchés que nous avons commis sur la terre. Les pauvres sont ses enfants et il chérit tous ceux qui les soulagent ; on ne lui plaît jamais autant que par les aumônes. C’est la véritable façon de gagner le ciel, mon enfant. À l’égard de la troisième part, tu la formeras de soixante mille livres, que tu remettras, tout de suite après ma mort, au nommé Petignon, garçon cordonnier, rue du Bouloir. Ce malheureux est mon fils, il ne s’en doute pas, c’est un bâtard adultérin ; je veux donner à ce malheureux orphelin, en mourant, des marques de ma tendresse. À l’égard des dix mille autres livres restantes, ma chère Duclos, je te prie de les garder comme une faible marque de mon attachement pour toi et pour te dédommager des soins que va te donner l’emploi du reste. Puisse cette faible somme t’aider à prendre un parti et à quitter l’indigne métier que nous faisons, dans lequel il n’y a point de salut, ni d’espoir de le jamais faire.

Intérieurement enchantée de tenir une si bonne somme et très décidée, de peur de m’embrouiller dans les partages, de ne faire qu’un seul lot pour moi seule, je me jetai artificieusement en larmes dans les bras de la vieille matrone, lui renouvelant mes serments de fidélité, et ne m’occupai plus que des moyens d’empêcher qu’un cruel retour de santé n’allât faire changer sa résolution. Ce moyen se présenta dès le lendemain : le médecin ordonna un émétique, et comme c’était moi qui la soignais, ce fut à moi qu’il remit le paquet, me faisant observer qu’il y avait deux prises, de prendre bien garde de les séparer, parce que je la ferais crever si je lui donnais tout à la fois ; et de n’administrer la seconde dose que dans le cas où la première ne ferait pas assez d’effet. Je promis bien à l’Esculape d’avoir tous les égards possibles, et dès qu’il eut le dos tourné, bannissant de mon cœur tous ces futiles sentiments de reconnaissance qui auraient arrêté une âme faible, écartant tout repentir et toute faiblesse, et ne considérant que mon or, que le doux charme de le posséder et le chatouillement délicieux qu’on éprouve toujours chaque fois qu’on projette une mauvaise action, pronostic certain du plaisir qu’elle donnera, ne me livrant qu’à tout cela, dis-je, je campai sur-le-champ les deux prises dans un verre d’eau et présentai le breuvage à ma douce amie, qui, avalant avec sécurité, y trouva bientôt la mort que j’avais tâché de lui procurer. Je ne puis vous peindre ce que je sentis quand je vis réussir mon ouvrage. Chacun des vomissements par lesquels s’exhalait sa vie produisait une sensation vraiment délicieuse sur toute mon organisation : je l’écoutais, je la regardais, j’étais exactement dans l’ivresse. Elle me tendait les bras, elle m’adressait un dernier adieu, et je jouissais, et je formais déjà mille projets avec cet or que j’allais posséder. Ce ne fut pas long ; la Fournier creva dès le même soir et je me vis maîtresse du magot.

— Duclos, dit le duc, sois vraie : te branlas-tu ? La sensation fine et voluptueuse du crime atteignit-elle l’organe de la volupté ?

— Oui, monseigneur, je vous l’avoue ; et j’en déchargeai cinq fois de suite dès le même soir.

— Il est donc vrai, dit le duc en s’écriant, il est donc vrai que le crime a par lui-même un tel attrait, qu’indépendamment de toute volupté, il peut suffire à enflammer toutes les passions et à jeter dans le même délire que les actes mêmes de lubricité ! Eh bien ?…

—Eh bien, monsieur le duc, je fis enterrer honorablement la patronne, héritai du bâtard Petignon, me gardai bien de faire dire des messes et encore plus de distribuer des aumônes, espèce d’action que j’ai toujours eue en véritable horreur, quelque bien qu’en ait pu dire la Fournier. Je maintiens qu’il faut qu’il y ait des malheureux dans le monde, que la nature le veut, qu’elle l’exige, et que c’est aller contre ses lois en prétendant remettre l’équilibre, si elle a voulu du désordre.

— Comment donc, Duclos, dit Durcet, mais tu as des principes ! Je suis bien aise de t’en voir sur cela ; tout soulagement fait à l’infortune est un crime réel contre l’ordre de la nature. L’inégalité qu’elle a mise dans nos individus prouve que cette discordance lui plaît, puisqu’elle l’a établie et qu’elle la veut dans les fortunes comme dans les corps. Et comme il est permis au faible de la réparer par le vol, il est également permis au fort de la rétablir par le refus de ses secours. L’univers ne subsisterait pas un instant si la ressemblance était exacte dans tous les êtres ; c’est de cette dissemblance que naît l’ordre qui conserve et qui conduit tout. Il faut donc bien se garder de le troubler. D’ailleurs, en croyant faire un bien à cette malheureuse classe d’hommes, je fais beaucoup de mal à une autre, car l’infortune est la pépinière où le riche va chercher les objets de sa luxure ou de sa cruauté ; je le prive de cette branche de plaisir en empêchant par mes secours cette classe de se livrer à lui. Je n’ai donc, par mes aumônes, obligé que faiblement une partie de la race humaine, et prodigieusement nui à l’autre. Je regarde donc l’aumône non seulement comme une chose mauvaise en elle-même, mais je la considère encore comme un crime réel envers la nature qui, en nous indiquant les différences, n’a nullement prétendu que nous les troublions. Ainsi, bien loin d’aider le pauvre, de consoler la veuve et de soulager l’orphelin, si j’agis d’après les véritables intentions de la nature, non seulement, je les laisserai dans l’état où la nature les a mis, mais j’aiderai même à ses vues en leur prolongeant cet état et en m’opposant vivement à ce qu’ils en changent, et je croirai sur cela tous les moyens permis.

— Quoi, dit le duc, même de les voler ou de les ruiner ?

— Assurément, dit le financier ; même d’en augmenter le nombre, puisque leur classe sert à une autre, et qu’en les multipliant, si je fais un peu de peine à l’une, je ferai beaucoup de bien à l’autre.

— Voilà un système bien dur, mes amis, dit Curval. Il est pourtant, dit-on, si doux de faire du bien aux malheureux !

— Abus ! reprit Durcet, cette jouissance-là ne tient pas contre l’autre. La première est chimérique, l’autre est réelle ; la première tient aux préjugés, l’autre est fondée sur la raison ; l’une, par l’organe de l’orgueil, la plus fausse de toutes nos sensations, peut chatouiller un instant le cœur, l’autre est une véritable jouissance de l’esprit et qui enflamme toutes les passions par cela même qu’elle contrarie les opinions communes. En un mot je bande à l’une, dit Durcet, et je sens très peu de chose à l’autre.

— Mais faut-il toujours tout rapporter à ses sens ? dit l’évêque.

— Tout, mon ami, dit Durcet ; ce sont eux seuls qui doivent nous guider dans toutes les actions de la vie, parce que ce sont eux seuls dont l’organe est vraiment impérieux.

— Mais mille et mille crimes peuvent naître de ce système, dit l’évêque.

— Eh, que m’importe le crime, répondit Durcet, pourvu que je me délecte. Le crime est un mode de la nature, une manière dont elle meut l’homme. Pourquoi ne voulez-vous pas que je me laisse mouvoir aussi bien par elle en ce sens-là que par celui de la vertu ? Elle a besoin de l’un et de l’autre, et je la sers aussi bien dans l’un que dans l’autre. Mais nous voici dans une discussion qui nous mènerait trop loin. L’heure du souper va venir, et Duclos est bien loin d’avoir fini sa tâche. Poursuivez, charmante fille, poursuivez, et croyez que vous venez de nous avouer là une action et des systèmes qui vous méritent à jamais notre estime ainsi que celle de tous les philosophes.

Ma première idée, dès que ma bonne patronne fut enterrée, fut de prendre moi-même sa maison et de la maintenir sur le même pied qu’elle. Je fis part de ce projet à mes compagnes, qui toutes, et Eugénie surtout, qui était toujours ma bien-aimée, me promirent de me regarder comme leur maman. Je n’étais point trop jeune pour prétendre à ce titre : j’avais près de trente ans et toute la raison qu’il fallait pour diriger le couvent. Ainsi, messieurs, ce n’est plus sur le pied de fille du monde que je vais finir le récit de mes aventures, c’est sur celui d’abbesse, assez jeune et assez jolie pour faire souvent ma pratique moi-même, comme cela m’arriva souvent et comme j’aurai soin de vous le faire remarquer chaque fois que cela sera. Toutes les pratiques de la Fournier me restèrent, et j’eus le secret d’en attirer encore de nouvelles, tant par la propreté de mes appartements que par l’excessive soumission de mes filles à tous les caprices des libertins et par le choix heureux de mes sujets.

Le premier chaland qui m’arriva fut un vieux trésorier de France, ancien ami de la Fournier. Je le donnai à la jeune Lucile dont il parut fort enthousiasmé. Sa manie d’habitude, aussi sale que désagréable pour la fille, consistait à chier sur le visage même de sa dulcinée, à lui barbouiller toute la face avec son étron et puis de la baiser, de la sucer en cet état. Lucile, par amitié pour moi, se laissa faire tout ce que voulut le vieux satyre, et il lui déchargea sur le ventre en baisant et rebaisant son dégoûtant ouvrage.

Peu après, il en vint un autre qu’Eugénie passa. Il se faisait apporter un tonneau plein de merde, il y plongeait la fille nue et la léchait sur toutes les parties du corps en avalant, jusqu’à ce qu’il l’eût rendue aussi propre qu’il l’avait prise. Celui-là était un fameux avocat, homme riche et très connu et qui, ne possédant pour la jouissance des femmes que les plus minces qualités, y remédiait par ce genre de libertinage qu’il avait aimé toute sa vie.

Le marquis de …, vieille pratique de la Fournier, vint, peu après sa mort, m’assurer de sa bienveillance. Il m’assura qu’il continuerait de venir chez moi, et pour m’en convaincre, dès le même soir il vit Eugénie. La passion de ce vieux libertin consistait à baiser d’abord prodigieusement la bouche de la fille. Il avalait le plus qu’il pouvait de sa salive, ensuite il lui baisait les fesses un quart d’heure, faisait péter, et enfin demandait la grosse affaire. Dès qu’on avait fini, il gardait l’étron dans sa bouche et, faisant pencher la fille sur lui, qui l’embrassait d’une main et le branlait de l’autre, pendant qu’il goûtait le plaisir de cette masturbation en chatouillant le trou merdeux, il fallait que la demoiselle vînt manger l’étron qu’elle venait de lui déposer dans la bouche. Quoiqu’il payât ce goût-là fort cher, il trouvait fort peu de filles qui voulussent s’y prêter. Voilà pourquoi le marquis vint me faire sa cour ; il était aussi jaloux de conserver ma pratique que je pouvais l’être d’avoir la sienne.

En cet instant, le duc échauffé dit que, le souper dût-il sonner, il voulait, avant que de se mettre à table, exécuter cette fantaisie-là. Et voici comme il s’y prit : il fit approcher Sophie, reçut son étron dans la bouche, puis obligea Zélamir à venir manger l’étron de Sophie. Cette manie eût pu devenir une jouissance pour tout autre que pour un enfant tel que Zélamir ; pas assez formé pour en sentir tout le délicieux, il n’y vit que du dégoût et voulut faire quelques façons. Mais le duc le menaçant de toute sa colère s’il balançait une seule minute, il exécuta. L’idée fut trouvée si plaisante que chacun l’imita du plus au moins, car Durcet prétendit qu’il fallait partager les faveurs et qu’il n’était pas juste que les petits garçons mangeassent la merde des filles pendant que les filles n’auraient rien pour elles, et, en conséquence, il se fit chier dans la bouche par Zéphire et ordonna à Augustine de venir manger la marmelade, ce que cette belle et intéressante fille fit en vomissant jusqu’au sang. Curval imita ce bouleversement et reçut l’étron de son cher Adonis, que Michette vint manger non sans imiter la répugnance d’Augustine. Pour l’évêque, il imita son frère, et fit chier la délicate Zelmire en obligeant Céladon à venir avaler la confiture. Il y eut des détails de répugnance très intéressants pour des libertins aux yeux desquels les tourments qu’ils infligent sont des jouissances. L’évêque et le duc déchargèrent, les deux autres, ou ne le purent, ou ne le voulurent, et on passa au souper. On y loua étonnamment l’action de la Duclos.

— Elle a eu l’esprit de sentir, dit le duc, qui la protégeait étonnamment, que la reconnaissance était une chimère et que ses liens ne devaient jamais ni arrêter ni suspendre même les effets du crime, parce que l’objet qui nous a servi n’a nul droit à notre cœur ; il n’a travaillé que pour lui, sa seule présence est une humiliation pour une âme forte, et il faut le haïr ou s’en défaire.

— Cela est si vrai, dit Durcet, que vous ne verrez jamais un homme d’esprit chercher à s’attirer de la reconnaissance. Bien sûr de se faire des ennemis, il n’y travaillera jamais.

— Ce n’est pas à vous faire plaisir que travaille celui qui vous sert, interrompit l’évêque : c’est à se mettre au-dessus de vous par ses bienfaits. Or, je demande ce que mérite un tel projet. En nous servant il ne dit pas : je vous sers, parce que je veux vous faire du bien ; il dit seulement : je vous oblige pour vous rabaisser et pour me mettre au-dessus de vous. Ces réflexions, dit Durcet, prouvent donc l’abus des services qu’on rend et combien la pratique du bien est absurde. Mais, vous dit-on, c’est pour soi-même : soit, pour ceux dont la faiblesse de l’âme peut se prêter à ces petites jouissances-là, mais ceux qu’elles répugnent comme nous seraient, ma foi, bien dupes de se les procurer.

Ce système ayant échauffé les têtes, on but beaucoup et on fut célébrer les orgies, pour lesquelles nos inconstants libertins imaginèrent de faire coucher les enfants et de passer une partie de la nuit à boire, rien qu’avec les quatre vieilles et les quatre historiennes et de s’exhaler là, à qui mieux mieux, en infamies et en atrocités. Comme, parmi ces douze intéressantes personnes, il n’y en avait pas une qui n’eût mérité la corde et la roue plusieurs fois, je laisse au lecteur à penser et à imaginer ce qu’il y fut dit. Des propos on passa aux actions, le duc s’échauffa, et je ne sais ni pourquoi ni comment, mais on prétendit que Thérèse porta quelque temps ses marques. Quoi qu’il en soit, laissons nos acteurs passer de ces bacchanales au chaste lit de leur épouse qu’on leur avait préparé à chacun pour ce soir-là et voyons ce qui se passa le lendemain.

Seizième journée

Tous nos héros se levèrent frais comme s’ils fussent arrivés de confesse, excepté le duc qui commençait un peu à s’épuiser. On en accusa Duclos : il est certain que cette fille avait entièrement saisi l’art de lui procurer des voluptés et qu’il avoua ne décharger lubriquement qu’avec elle. Tant il est vrai que, pour ces choses-là, tout tient absolument au caprice et que l’âge, la beauté, la vertu, que tout cela n’y fait rien, qu’il n’est question que d’un certain tact bien plus souvent saisi par des beautés dans leur automne que par celles sans expérience que le printemps couronne encore de tous ses dons. Il y avait aussi une autre créature dans la société qui commençait à se rendre très aimable et à y devenir très intéressante : c’était Julie. Elle annonçait déjà de l’imagination, de la débauche et du libertinage. Assez politique pour sentir qu’elle avait besoin de protection, assez fausse pour caresser ceux-mêmes dont peut-être elle ne se souciait guère au fond, elle se faisait amie de la Duclos pour tâcher de rester toujours un peu en faveur auprès de son père dont elle connaissait le crédit dans la société. Toutes les fois que c’était son tour de coucher avec le duc, elle se réunissait si bien à la Duclos, elle employait tant d’adresse et tant de complaisance que le duc était toujours sûr d’obtenir des décharges délicieuses toutes les fois que ces deux créatures-là s’employaient à les lui procurer. Néanmoins il se blasait prodigieusement sur sa fille, et peut-être sans le secours de la Duclos, qui la soutenait de tout son crédit, n’aurait-elle jamais pu réussir dans ses vues. Son mari, Curval, en était à peu près au même point et quoique, par le moyen de sa bouche et de ses baisers impurs, elle obtînt encore de lui quelques décharges, le dégoût n’était cependant pas éloigné : on eût dit qu’il naissait sous le feu même de ses impudiques baisers. Durcet l’estimait assez peu, et elle ne l’avait pas fait décharger deux fois depuis qu’on était réunis. Il ne lui restait donc guère plus que l’évêque, qui aimait beaucoup son jargon libertin et qui lui mouvait le plus beau cul du monde. Il est certain qu’elle l’avait fourni comme celui de Vénus même. Elle se cantonna donc de ce côté, car elle voulait absolument plaire, et à quelque prix que ce fût ; comme elle sentait l’extrême besoin d’une protection, elle en voulait une. Il ne parut à la chapelle ce jour-là qu’Hébé, Constance et la Martaine, et l’on n’avait trouvé personne en faute le matin. Après que les trois sujets eurent déposé leur cas, Durcet eut envie d’en faire autant. Le duc, qui tournaillait dès le matin autour de son derrière, saisit ce moment pour se satisfaire, et ils s’enfermèrent à la chapelle avec la seule Constance que l’on garda pour ce service. Le duc se satisfit, et le petit financier lui chia complètement dans la bouche. Ces messieurs ne s’en tinrent pas là, et Constance dit à l’évêque qu’ils avaient fait tous deux ensembles des infamies une demi-heure de suite. Je l’ai dit, ils étaient amis dès l’enfance et n’avaient cessé depuis lors de se rappeler leur plaisir d’écolier. À l’égard de Constance, elle servit à peu de chose dans ce tête-à-tête ; elle torcha des culs, suça et branla quelques vits tout au plus. On passa au salon où, après un peu de conversation entre les quatre amis, on vint leur annoncer le dîner. Il fut splendide et libertin comme à l’ordinaire, et, après quelques attouchements et baisers libertins, plusieurs propos scandaleux qui l’assaisonnèrent, on passa au salon dans lequel on trouva Zéphire et Hyacinthe, Michette et Colombe, pour servir le café. Le duc foutit Michette en cuisses, et Curval Hyacinthe ; Durcet fit chier Colombe et l’évêque le mit en bouche à Zéphire. Curval, se ressouvenant d’une des passions racontées la veille par Duclos, voulut chier dans le con de Colombe ; la vieille Thérèse, qui était du café, la plaça, et Curval agit. Mais comme il faisait des selles prodigieuses et proportionnées à l’immense quantité de vivres dont il se gonflait tous les jours, presque tout culbuta par terre et ce fut pour ainsi dire que superficiellement qu’il emmerdifia ce joli petit con vierge, qu’il ne semblait pas que la nature eût destiné sans doute à d’aussi sales plaisirs. L’évêque, délicieusement branlé par Zéphire, perdit son foutre philosophiquement, en joignant au plaisir qu’il sentait celui du délicieux tableau dont on le rendait spectateur. Il était furieux ; il gronda Zéphire, il gronda Curval, il s’en prit à tout le monde. On lui fit avaler un grand verre d’élixir pour réparer ses forces. Michette et Colombe le couchèrent sur un sofa pour sa méridienne, et ne le quittèrent pas. Il se réveilla assez bien rétabli, et pour lui rendre encore mieux ses forces, Colombe le suça un instant : son engin remontra le nez, et l’on passa au salon d’histoire. Il avait ce jour-là Julie sur son canapé ; comme il l’aimait assez, cette vue lui rendit un peu de bonne humeur. Le duc avait Aline, Durcet Constance, et le président sa fille. Tout étant prêt, la belle Duclos s’installa sur son trône et commença ainsi :

— Il est bien faux de dire que l’argent acquis par un crime ne porte pas bonheur. Nul système aussi faux, j’en réponds. Tout prospérait dans ma maison ; jamais la Fournier n’y avait vu tant de pratiques. Ce fut alors qu’il me passa par la tête une idée, un peu cruelle, je l’avoue, mais qui pourtant, j’ose m’en flatter, messieurs, ne vous déplaira pas à un certain point. Il me sembla que quand on n’avait pas fait à quelqu’un le bien que l’on devait lui faire, il y avait une certaine volupté méchante à lui faire du mal, et ma perfide imagination m’inspira cette taquinerie libertine contre ce même Petignon, fils de ma bienfaitrice et auquel j’avais été chargée de compter une fortune bien attrayante assurément pour ce malheureux, et que je commençais déjà à disperser en folies. Voici ce qui en fit naître l’occasion. Ce malheureux garçon cordonnier, marié avec une pauvre fille de son état, avait pour unique fruit de cet hymen infortuné une jeune fille d’environ douze ans, et que l’on m’avait dépeinte comme réunissant aux traits de l’enfance tous les attributs de la plus tendre beauté. Cette enfant qu’on élevait pauvrement, mais cependant avec tout le soin que pouvait permettre l’indigence des parents, dont elle faisait les délices, me parut une excellente capture à faire. Petignon ne venait jamais au logis ; il ignorait les droits qu’il y avait. Mais sitôt que la Fournier m’en eut parlé, mon premier soin fut de me faire informer de lui et de tous ses entours, et ce fut ainsi que j’appris qu’il possédait un trésor chez lui. Dans le même temps, le marquis de Mesanges, libertin fameux et de profession dont la Desgranges sans doute aura plus d’une fois occasion de vous entretenir, vint s’adresser à moi pour lui faire avoir une pucelle qui n’eût pas treize ans, et cela à quelque prix que ce fût. Je ne sais ce qu’il en voulait faire, car il ne passait pas pour un très rigoureux homme sur cet article, mais il y mettait pour clause, après que son pucelage aurait été constaté par des experts, de l’acheter de mes mains une somme prescrite, et que, de ce moment-là, il n’aurait plus affaire à qui que ce fût, attendu, disait-il, que l’enfant serait dépaysé et ne reviendrait peut-être jamais en France. Comme le marquis état une de mes pratiques, et que vous l’allez voir bientôt lui-même sur la scène, je mis tout en œuvre pour le satisfaire, et la petite fille de Petignon me parut positivement ce qu’il lui fallait. Mais comment la dépayser ? L’enfant ne sortait jamais, on l’instruisait dans la maison même, c’était retenu avec une sagesse, une circonspection qui ne me laissaient aucun espoir. Il ne m’était pas possible d’employer pour lors ce fameux débaucheur de filles dont j’ai parlé : il était pour lors à la campagne, et le marquis me pressait. Je ne trouvai donc qu’un moyen, et ce moyen servait on ne peut mieux la petite méchanceté secrète qui me portait à faire ce crime, car il l’aggravait. Je résolus de susciter des affaires au mari et à la femme, de tâcher de les faire enfermer tous deux, et la petite fille se trouvant par ce moyen, ou moins gênée ou chez des amis, il me serait aisé de l’attirer dans mon piège. Je leur lançai donc un procureur de mes amis, homme à toute main et dont j’étais sûre pour de tels coups d’adresse. Il s’informe, déterre des créanciers, les excite, les soutient, bref en huit jours le mari et la femme sont en prison. De ce moment tout me devint aisé ; une marcheuse adroite accosta bientôt la petite fille abandonnée chez de pauvres voisins ; elle vint chez moi. Tout répondait à son extérieur : c’était la peau la plus douce et la plus blanche, les petits appas les plus ronds, les mieux formés… Il était difficile en un mot de trouver un plus joli enfant. Comme elle me revenait à près de vingt louis, tous frais faits, et que le marquis voulait la payer une somme prescrite, au-delà du payement de laquelle il ne prétendait ni en entendre parler ni avoir affaire à personne, je la lui laissai pour cent louis, et comme il devenait essentiel pour moi que l’on n’eût jamais vent de mes démarches, je me contentai de gagner soixante louis sur cette affaire, et fis passer encore vingt à mon procureur pour embrouiller les choses, de manière à ce que le père et la mère de cette jeune enfant ne pussent de longtemps savoir des nouvelles de leur fille. Ils en eurent ; sa fuite était impossible à cacher. Les voisins coupables de négligence s’excusèrent comme ils purent, et quant au cher cordonnier et à son épouse, mon procureur fit si bien qu’ils ne purent jamais remédier à cet accident, car ils moururent tous deux en prison au bout de près de onze ans de capture. Je gagnais doublement à ce petit malheur, puisqu’en même temps qu’il m’assurait la possession certaine de l’enfant que j’avais vendu, il m’assurait aussi celle de soixante mille francs qui m’avaient été comptés pour lui. Quant à la petite fille, le marquis m’avait dit vrai : jamais je n’en entendis parler, et ce sera vraisemblablement Mme Desgranges qui vous finira son histoire. Il est temps de vous ramener à la mienne et aux événements journaliers qui peuvent vous offrir les détails voluptueux dont nous avons entamé la liste. »

— Oh, parbleu ! dit Curval, j’aime ta prudence à la folie. Il y a là une scélératesse réfléchie, un ordre qui me plaît on ne saurait davantage ; et la taquinerie d’ailleurs, d’avoir été donner le dernier coup à une victime que tu n’avais encore qu’accidentellement écorchée, me paraît un raffinement d’infamie qui peut se placer à côté de nos chefs-d’œuvre.

— Moi, j’aurais peut-être fait pis, dit Durcet, car enfin ces gens-là pouvaient obtenir leur délivrance : il y a tant de sots dans le monde qui ne songent qu’à soulager ces gens-là : pendant tout le temps de leur vie c’était des inquiétudes pour toi.

— Monsieur, reprit la Duclos, quand on n’a pas dans le monde le crédit que vous y avez et que, pour ses coquineries, il faut employer des gens en sous-ordre, la circonspection devient souvent nécessaire, et l’on n’ose pas alors tout ce que l’on voudrait bien faire.

— C’est juste, c’est juste, dit le duc ; elle ne pouvait en faire davantage.

Et cette aimable créature reprit ainsi la suite de sa narration.

— Il est affreux, messieurs, dit cette belle fille, d’avoir encore à vous entretenir de turpitudes semblables à celles dont je vous parle depuis plusieurs jours. Mais vous avez exigé que je réunisse tout ce qui pouvait y avoir trait et je ne laisse rien sous le voile. Encore trois exemples de ces saletés atroces, et nous passerons à d’autres fantaisies.

Le premier que je vous citerai est celui d’un vieux directeur des domaines, âgé d’environ soixante-six ans. Il faisait mettre la femme toute nue, et après lui avoir caressé un instant les fesses avec plus de brutalité que de délicatesse, il l’obligeait à chier devant lui, à terre, au milieu de la chambre. Quand il avait joui de la perspective, il venait à son tour déposer son cas à la même place, puis, les réunissant avec ses mains tous deux, il obligeait la fille à venir à quatre pattes manger la galimafrée, toujours en présentant bien le derrière, qu’elle devait avoir eu l’attention de laisser très merdeux. Il se manualisait pendant la cérémonie et déchargeait quand tout était mangé. Peu de filles, comme vous le croyez bien, messieurs, consentaient à se soumettre à de telles cochonneries, et cependant il les lui fallait jeunes et fraîches… Je les trouvais parce que tout se trouve à Paris, mais je les lui faisais payer.

Le second exemple des trois qui me restent à vous citer en ce genre exigeait de même une furieuse docilité de la part de la fille ; mais comme le libertin la voulait extrêmement jeune, je trouvais plus facilement des enfants pour se prêter à ces choses-là que des filles faites. Je donnai à celui que je vais vous citer une petite bouquetière de treize à quatorze ans, fort jolie. Il arrive, fait quitter à la fille seulement ce qui la couvre de la ceinture en bas ; lui maniait un instant le derrière, la faisait péter, puis se donnait lui-même quatre ou cinq lavements qu’il obligeait la petite fille à recevoir dans sa bouche et à avaler à mesure que le flot tombait dans sa gorge. Pendant ce temps-là, comme il était à cheval sur sa poitrine, d’une main il branlait un assez gros vit et de l’autre il lui pétrissait la motte, et il la lui fallait, en raison de cela, toujours sans le plus léger poil. Celui dont je vous parle voulut encore recommencer après six, parce que sa décharge n’était pas faite. La petite fille, qui vomissait à mesure, lui demanda grâce, mais il lui rit au nez et n’en fut pas moins son train, et ce ne fut qu’à la sixième que je vis son foutre couler.

Un vieux banquier vient enfin nous fournir le dernier exemple de ces saletés prises au principal, car je vous avertis que, comme accessoire, nous les reverrons encore souvent. Il lui fallait une femme belle, mais de quarante à quarante-cinq ans et dont la gorge fût extrêmement flasque. Dès qu’il fut avec elle, il la fit mettre nue seulement de la ceinture en haut, et ayant manié brutalement ses tétons :

« Les beaux pis de vache ! s’écria-t-il. À quoi des tripes comme cela peuvent-elles être bonnes, si ce n’est à torcher mon cul ? »

Ensuite, il les pressait, les tortillait l’un avec l’autre, les tiraillait, les broyait, crachait dessus, et mettait quelquefois son pied crotté dessus, toujours en disant que c’était une chose bien infâme qu’une gorge et qu’il ne concevait pas à quoi la nature avait destiné ces peaux-là et pourquoi elle en avait gâté et déshonoré le corps de la femme. Après tous ces propos saugrenus, il se mit nu comme la main. Mais, Dieu ! quel corps ! Comment vous le peindre, messieurs ? Ce n’était qu’un ulcère, dégouttant sans cesse de pus depuis les pieds jusqu’à la tête et dont l’odeur infecte se faisait même sentir de la chambre voisine où j’étais. Telle était pourtant la belle relique qu’il fallait sucer.

— Sucer ? dit le duc.

— Oui, messieurs, dit Duclos, sucer depuis les pieds jusqu’à la tête sans laisser une seule place large comme un louis d’or où la langue n’eût passé. La fille que je lui avais donnée eu beau être prévenue, dès qu’elle vit ce cadavre ambulant, elle recula d’horreur.

— Comment donc, garce, dit-il, je crois que je te dégoûte ? Il faut pourtant que tu me suces, que ta langue lèche absolument toutes les parties de non corps. Ah ! ne fais pas tant la dégoûtée ! D’autres que toi l’ont bien fait ; allons, allons ; point de façons.

On a bien raison de dire que l’argent fait tout faire ; la malheureuse que je lui avais donnée était dans la plus extrême misère, il y avait deux louis à gagner : elle fit tout ce qu’on voulut, et le vieux podagre, enchanté de sentir une langue sur son corps hideux et adoucir l’âcreté dont il était dévoré, se branlait voluptueusement pendant l’opération. Quand elle fut faite, et, comme vous le croyez bien, ce ne fut pas sans de terribles dégoûts de la part de cette infortunée, quand elle fut faite, dis-je, il la fit étendre à terre sur le dos, se mit à cheval sur elle, lui chia sur les tétons, et les pressant après, l’un après l’autre, il s’en torcha le derrière. Mais de décharge, je n’en vis point, et je sus, quelque temps après, qu’il lui fallait plusieurs semblables opérations pour en déterminer une ; et comme c’était un homme qui ne revenait guère deux fois dans le même endroit, je ne le revis plus et j’en fus en vérité fort aise.

— Ma foi, dit le duc, je trouve la clôture de l’opération de cet homme-là très raisonnable, et je n’ai jamais compris que des tétons pussent réellement servir à autre chose qu’à torcher des culs.

— Il est certain, dit Curval, qui maniait assez brutalement ceux de la tendre et délicate Aline, il est certain, en vérité, que c’est une chose bien infâme que des tétons. Je n’en vois jamais que ça ne me mette en fureur ; j’éprouve en voyant cela, un certain dégoût, une certaine répugnance… Je ne connais que le con qui m’en fasse éprouver une plus vive.

Et en même temps, il se jeta dans son cabinet, en entraînant par le sein Aline, et se faisant suivre de Sophie et de Zelmire, les deux filles de son sérail, et de Fanchon. On ne sait trop ce qu’il y fit, mais on entendit un grand cri de femme, et, peu après, les hurlements de sa décharge. Il rentra ; Aline pleurait et tenait un mouchoir sur son sein, et comme tous ces événements-là ne faisaient jamais sensation, ou tout au plus celle du rire, Duclos reprit incontinent le fil de son histoire :

— J’expédiai moi-même, dit-elle, quelques jours après, un vieux moine dont la manie, plus fatigante pour la main, n’était cependant pas aussi répugnante au cœur. Il me livra un gros vilain fessier dont les peaux étaient comme du parchemin : il fallait lui pétrir le cul, le lui manier, le lui serrer de toutes mes forces, mais, quand j’en fus au trou, rien ne paraissait assez violent pour lui ; il fallait saisir les peaux de cette partie, les frotter, les pincer, les agiter fortement entre mes doigts, et ce n’était qu’à la vigueur de l’opération qu’il répandait son foutre. Du reste, il se branlait lui-même pendant l’opération, et ne me troussa seulement pas. Mais il fallait que cet homme-là eût une fière habitude de cette manipulation, car son derrière, d’ailleurs mollasse et pendant, était pourtant revêtu d’une peau aussi épaisse que du cuir. Le lendemain, sur les éloges sans doute qu’il fit à son couvent de ma manière d’agir, il m’amena un de ses confrères, sur le cul duquel il fallait appuyer des claques de toutes mes forces avec ma main ; mais celui-ci, plus libertin et plus examinateur, visitait soigneusement, avant, les fesses de la femme ; et mon cul fut baisé, langoté à dix ou douze reprises de suite, dont les intervalles étaient remplis par des claques sur le sien. Quand sa peau fut devenue écarlate, son vit dressa, et je puis certifier que c’était un des plus beaux engins que j’eusse encore maniés ; alors, il me le remit entre les mains, en m’ordonnant de le branler pendant que je continuerais de claquer de l’autre.

— Ou je me trompe, dit l’évêque, ou nous voici à l’article des fustigations passives.

— Oui, monseigneur, dit la Duclos, et comme ma tâche d’aujourd’hui est remplie, vous trouverez bon que je remette à demain le commencement des goûts de cette nature dont nous aurons plusieurs soirées de suite à nous occuper.

Comme il restait encore près d’une demi-heure avant l’instant du souper, Durcet dit que, pour se donner de l’appétit, il voulait prendre quelques lavements ; on se douta du fait, et toutes les femmes frémirent, mais l’arrêt était porté, il n’y avait plus à en revenir. Thérèse qui le servait ce jour-là, assura qu’elle les donnait à merveille ; de l’assertion elle passa à la preuve, et, dès que le petit financier eut les entrailles chargées, il signifia à Rosette d’avoir à venir tendre le bec. Il y eut un peu de reguignements, un peu de difficultés, mais il fallut obéir, et la pauvre petite en avala deux, quitte à les rendre après, ce qui, comme on l’imagine bien, ne fut pas long. Heureusement que le souper vint, car il allait sans doute recommencer. Mais cette nouvelle ayant changé la disposition de tous les esprits, on fut s’occuper d’autres plaisirs. Aux orgies, on poussa quelques selles sur des tétons et on fit beaucoup chier de culs ; le duc mangea devant tout le monde l’étron de la Duclos, pendant que cette belle fille le suçait et que les mains du paillard s’égaraient un peu partout ; son foutre partit avec abondance, et Curval l’ayant imité avec la Champville, on parla enfin de s’aller coucher.

Dix-septième journée