Le Karma - Traleg Kyabgon - ebook

Le Karma ebook

Traleg Kyabgon

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Opis

Un livre clair et précis pour mieux comprendre Le Karma !

L’enseignement du Bouddha sur Le Karma (littéralement « action ») n’est rien d’autre que son explication compassionnée de ce que sont les choses : nos pensées et nos actes déterminent notre futur, et donc nous sommes nous-mêmes largement responsables de la façon dont se déroule notre vie. Pourtant, on ignore souvent cet enseignement éminemment utile en raison des compréhensions erronées sur le sujet qui abondent dans la culture populaire, surtout en raison des simplifications excessives qui en font quelque chose à ne pas prendre au sérieux.
Le Karma n’est pas simple, comme le montre Traleg Kyabgon, et il faut véritablement le prendre très au sérieux. Traleg Kyabgon pourfend les illusions persistantes auxquelles nous nous accrochons concernant Le Karma afin de montrer ce qu’il est réellement, c’est-à-dire un mécanisme qui explique pourquoi nous souffrons et comment nous pouvons mettre un terme à cette souffrance.

Dans cet ouvrage, Traleg Kyabgon montre comment une compréhension réaliste du karma est indispensable à la pratique du bouddhisme, comment elle fournit un fondement pour la vie morale, et comment sa compréhension peut avoir un effet de transformation sur les liens que nous établissons avec nos pensées et nos sentiments, de même qu’avec les personnes qui nous entourent.

EXTRAIT

Plus précisément, cette théorie du karma est supposée nous encourager à penser « Je peux devenir la personne que je veux être et ne pas rester celle que je suis déjà ». C’est là une approche juste de la théorie bouddhiste du karma. Ou au contraire, à dire « Je suis ce genre de personne, je suis paresseux et je n’ai pas envie de faire grand-chose, je pense que c’est mon karma » ; si nous mettons cela sur le compte du karma, il se peut bien que ce soit de notre faute ! La théorie du karma, si on la comprend correctement, nous encourage vivement à aller de l’avant et à évoluer de façon à ne pas rester enlisés dans le sentiment de culpabilité et des formes associées de mal-être. Parce que c’est ainsi que nous nous comportons normalement, à revenir encore et encore à de vieux schémas de pensée négatifs, il y a toujours quelque chose qui nous hante dans un coin de notre esprit.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Dans le bouddhisme, Le Karma est un sujet souvent mal compris. Cette explication claire venant d’un maître éminent tel que le regretté Traleg Kyabgon Rimpotché, qui possédait une grande connaissance à la fois du dharma et de la mentalité occidentale, va être extrêmement bénéfique pour nous tous. - Dzigar Kongtrül Rimpotché

À PROPOS DE L'AUTEUR

Traleg Kyabgon (1955–2012) est né au Tibet oriental et a été éduqué par un grand nombre de grands maîtres des quatre principales lignées du bouddhisme tibétain. Il a fondé l’Institut bouddhiste Kagyu E-Vam, qui a son siège à Melbourne, en Australie, de même qu’un centre de pratique important dans la ville de New-York. Bien connu pour son érudition et sa compréhension des religions comparées et de la psychologie et la culture occidentales, il a énormément enseigné dans les universités et les centres bouddhistes aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Asie du sud-est, et il est l’auteur de Au cœur du bouddhisme et de Mind at Ease.

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Mise en garde : cet ouvrage n’a pas vocation à se substituer à un enseignement complet. Malgré les efforts de l’auteur et de l’éditeur, un ouvrage d’une telle ampleur ne peut être à l’abri d’erreurs ou d’omissions. L’éditeur décline toute responsabilité quant à d’éventuels dommages résultant d’informations puisées dans cet ouvrage.

LE KARMAPA

AVANT-PROPOS

Parmi les nombreux enseignants tibétains du Dharma qui se sont installés en Occident, Traleg Kyabgon Rimpotché a été l’un des rares à avoir bénéficié d’une formation intensive en philosophie bouddhiste traditionnelle associée à une connaissance de la philosophie et de la psychologie occidentales et à une étude de religions comparées. Pendant les nombreuses années au cours desquelles il a travaillé avec des Occidentaux, il a acquis une compréhension profonde de la culture occidentale. Capable de communiquer couramment en anglais, il était bien conscient du détournement des termes bouddhistes dans la culture populaire et il a toujours eu à cœur de préserver l’essence et la pureté du bouddhisme grâce à ses enseignements sur le Dharma.

Dans cet ouvrage, le dernier de Rimpotché, son examen approfondi du karma et de thèmes associés, comme la vacuité, la nature du soi, la mort et la renaissance, va être extrêmement bénéfique comme étant une contre-mesure faisant autorité par rapport à des interprétations erronées courantes des enseignements bouddhistes. Il explique clairement que le processus du karma n’est pas un processus mécanique, mais un processus dynamique qui s’opère au sein d’un réseau complexe mettant en relation et affectant toute chose dans l’univers, animée ou inanimée. Bien comprendre cela me semble d’une importance absolument capitale dans un 21e siècle où les actions des individus, des groupes d’individus et des nations ont un impact de grande portée sur la vie et le bien-être des autres êtres sensibles. En fait, notre planète elle-même fait désormais face à une destruction possible par les mains de l’homme. Il est très important que nous comprenions les relations complexes et diverses entre les causes et les effets. Ce que nous faisons dans la vie quotidienne en tant qu’individus va avoir une répercussion non seulement sur nous-mêmes, mais sur les autres, sur le monde au sens large, et même sur l’univers.

Au niveau de l’individu, ce livre fournit des conseils utiles et des suggestions pratiques aux pratiquants du bouddhisme, mettant l’accent sur le fait qu’une compréhension correcte du karma peut déboucher sur des opportunités de transformation et nous aider à donner un sens à notre vie.

J’espère que ce bouquet final de l’érudition de Rimpotché et des enseignements du Dharma apportera des bienfaits à tous ses étudiants, aux bouddhistes de toutes les traditions, et à tous ceux qui souhaitent explorer ce que le bouddhisme enseigne.

Ogyen Trinley Dorje, 17e KarmapaMonastère de Gyuto, Dharamsala, IndeLe 4 août 2014

INTRODUCTION

DEPUIS LA NUIT DES TEMPS, LES ÊTRES HUMAINS se sont demandé d’où ils venaient et vers où ils pouvaient se diriger. Ce désir de connaître non seulement notre passé mais aussi notre futur pèse lourdement sur nous. Le résultat est que nous en sommes venus à diverses explications quant à comment nous sommes arrivés à être ce que nous sommes et où nous irons plus tard. Il existe de nombreuses explications théistes fournissant des réponses à cette quête et des explications séculières qui abordent le problème en termes de biologie et ainsi de suite. Après avoir passé en revue ces différentes perspectives de l’histoire de notre vie, la religion ne se satisfait généralement pas d’une simple contemplation de la façon dont nous vivons parce que, de diverses façons, la religion nous demande toujours de remettre les choses en question et nous restons alors insatisfaits des réponses que nous fournit la science. Le problème de la souffrance, entre autres, est toujours là. C’est pourquoi, dans le bouddhisme, nous croyons que les concepts de karma et de renaissance offrent une vision capable d’expliquer toute forme de souffrance des êtres humains et des autres êtres vivants. Le bouddhisme traite le problème de la souffrance à un degré que l’on ne retrouve pas dans les autres religions. Dans le christianisme, on dit que Jésus est mort pour nous, qu’il s’est sacrifié pour soulager notre souffrance, mais il faut une foi absolue pour croire en cela. Le bouddhisme, par contre, n’exige pas une telle croyance.

Le Bouddha n’a pas proclamé qu’il allait prendre sur lui la souffrance des autres. Il a montré du doigt le chemin de la vérité de la souffrance et de son omniprésence. Mais il n’a pas laissé entendre que, dans la vie, tout était souffrance ; il a plutôt souligné, en même temps que certaines réalités inévitables, la façon dont nous laissons venir en nous autant de souffrance. Dans ce sens-là, il est unique. Le Bouddha a présenté la souffrance d’une manière qui donne aux individus un rôle à jouer en termes de niveau, d’intensité et de degré de l’expérience qu’ils en font. Il a également proposé quelque chose qui est au-delà de la souffrance. C’est pour cette raison que le Bouddha a évoqué le karma. La théorie du karma est incroyablement profonde mais malheureusement, en raison des philosophies New-Age qui dominent aujourd’hui, de nombreuses personnes intelligentes ne le prennent pas très au sérieux.

C’est très dommage parce que l’application que le Bouddha a faite de la notion de karma est tout aussi unique que son explication de la souffrance. En Inde, dans les temps prébouddhiques, le karma était en fait vu comme une théorie de la prédestination, presque comparable à la notion du même nom du protestantisme. Ces deux théories affirment, par exemple, que nous ne pouvons pas changer notre karma. Mais ce qui est le plus souvent perdu dans la compréhension que les gens ont du karma, surtout dans le bouddhisme, est ce que le Bouddha a lui-même véritablement présenté. Il n’a pas simplement parlé de causes karmiques mais aussi de conditions karmiques. Le Bouddha n’enseigne pas l’existence de relations causales linéaires dans lesquelles une seule cause produit un seul effet. Le Bouddha enseigne qu’il y a de nombreuses causes et de nombreuses conditions, et parle toujours des causes et des conditions au pluriel, jamais uniquement de la cause et de la condition. Nous sommes mis en face d’un tableau très complexe de la réalité des choses. Simplement parce qu’une certaine chose semble avoir provoqué autre chose ne veut pas dire que la cause précise que nous avons identifiée est la seule responsable. L’effet aurait très bien pu ne pas se produire du tout s’il n’y avait pas eu les conditions qui ont facilité sa venue à maturité.

Le Bouddha a décrit un tableau d’une extrême complexité expliquant comment la réalité fonctionnait. Il a aussi relié les causes et les conditions à la moralité et à l’éthique. Il a essayé d’expliquer l’éthique et la vie juste en parlant de comment les êtres humains pouvaient se libérer eux-mêmes de la souffrance et obtenir le bonheur. Contrairement à de nombreux autres chefs religieux auparavant, pendant sa vie, il a toujours fait appel à la raison et à l’expérience humaines, et il en est toujours ainsi. Ce que le Bouddha dit sur le karma et la renaissance repose sur sa propre réalisation profonde. Il n’acceptait pas la notion qui voulait que nous puissions aller au ciel et y vivre pour l’éternité ou nous retrouver en enfer pour toujours. Pourtant, en même temps, ce n’était pas un sceptique extrémiste. Il ne pensait pas que nous cessions d’exister au moment de la mort. Mais l’idée que nous puissions vivre pour toujours, au ciel ou en enfer, était pour lui une aberration, bien qu’à l’époque, la pensée indienne fût majoritairement la sienne. Il a radicalement pris ses distances avec ces notions dominantes. Il n’acceptait pas l’idée d’un éternel tourment, quelle que soit la nocivité ou la culpabilité de la personne. Il était totalement convaincu que toute souffrance que nous endurons vient de nos propres actes, et non d’une main divine. Ainsi, l’apaisement de la souffrance aussi est entre nos mains. Telle était son idée du karma.

Pendant un très grand nombre de siècles, diverses théories sur le karma et la renaissance ont eu cours en Orient, à commencer, bien évidemment, par l’Inde ancienne, et certaines de ces idées sont arrivées jusqu’à nous, en Occident, d’une manière quelque peu anarchique et déroutante. Elles circulent maintenant depuis des générations et il reste difficile, pour un public contemporain, de trouver une approche claire de ce sujet, même pour ceux qui sont des pratiquants bouddhistes. Le problème a été exacerbé par certains enseignants et écrivains bouddhistes occidentaux qui se sont autoproclamés chercheurs dans ce domaine et qui ont propagé leurs propres vues douteuses sur le sujet. À la base, ils ont nié ou ignoré le karma. Souvent, il s’agissait des mêmes personnes qui étaient tout émoustillées par l’idée du karma lorsqu’elles sillonnaient le Népal et l’Inde dans les années 60 et 70. Maintenant que ces personnes ont dans les 60 ou 70 ans, il semble que, pour elles, le mot karma soit devenu un gros mot. Elles avaient quasiment toujours cette idée au bord des lèvres lorsqu’elles étaient jeunes mais maintenant qu’elles approchent de la mort, elles ne veulent plus en entendre parler ! Malheureusement, le simple fait de ne plus vouloir entendre parler de quelque chose ne veut pas dire que cette chose va disparaître et que ce que nous craignons ou ce qui nous rend mal à l’aise va simplement s’évanouir.

Dans de nombreux écrits et dans l’environnement contemporain en général, le karma est souvent rejeté à partir de bases logiques ou philosophiques fumeuses. On dit que le karma n’a aucun sens, qu’il s’agit d’une superstition archaïque qui n’a pas grand-chose à voir avec le mode de pensée moderne, qu’il est peu pertinent dans la pensée moderne, qu’un individu moderne ne peut pas souscrire à cette idée, que le karma n’est qu’une superstition de plus que nous devons dissocier de toute vérité que peuvent proclamer les anciennes traditions de sagesse. Cette attitude se retrouve dans le genre de livres qui s’écrivent en ce moment, dans lesquels le sujet est totalement passé sous silence ou évoqué rapidement comme étant quelque chose de mineur, une affaire de choix, ou quelque chose de complètement facultatif. On peut joyeusement ignorer le karma et se contenter de pratiquer la méditation. Nous en sommes arrivés à un point où nous avons besoin de réexaminer s’il est ainsi facilement possible de disposer du karma, surtout si nous sommes des adeptes de l’hindouisme ou du bouddhisme. Dans cet ouvrage, je vais montrer que le karma est un point central et indispensable de la doctrine bouddhiste et qu’il reste quelque chose de la plus haute importance, non seulement comme concept, mais comme réalité.

L’idée répandue que le karma est une croyance superstitieuse ou archaïque est probablement née des versions simplifiées de l’idée qui a vu le jour dans l’Asie de l’ancien temps. Avec des conditions difficiles, au milieu de gens sans éducation, les enseignements du Bouddha ont généralement été dispensés très simplement. Dans de telles circonstances, les gens ont tendance à exprimer leur souhait de créer du bon karma en faisant des offrandes rituelles aux membres ordonnés de la sangha ou en vénérant des images du Bouddha, ou en faisant des circumambulations autour de temples et de stoupas bouddhistes, ou en nourrissant les pauvres, etc. Dans un contexte moderne, on a tendance à associer le karma principalement à ce genre de pratiques, y voyant une fois de plus une image primitive et superstitieuse. On l’associe aussi souvent aux formations sociales figées et on le voit comme un obstacle à la motivation de la population, voire comme sous-jacent au malaise économique de certains pays bouddhistes. Outre le fait que cela laisse de côté les exemples de réussite sociale et économique en Inde, dans le Sud-Est asiatique, dans l’Asie de l’Est et dans d’autres endroits, pays où l’hindouisme et le bouddhisme étaient majoritaires, et que de nombreux pays chrétiens restent très pauvres, comme les Philippines et des pays d’Amérique du Sud et d’Afrique, on peut très facilement appliquer la logique d’une apathie provoquée par la religion à la croyance en un Dieu. Les individus peuvent avoir l’impression qu’il les abandonne ou qu’ils ont une vie prédéterminée, etc.

Mais les enseignements du karma n’impliquent pas l’acceptation de son destin. Ce n’est pas une idée aussi simple. En fait, ce n’est pas du tout aussi simple que cela, et c’est un sujet que je vais aborder dans ce livre. Je vais essayer, dans ce qui suit, de présenter le karma d’une manière philosophiquement rationnelle, exempte des idées erronées qui prévalent. Avec un peu de chance, les lecteurs vont pouvoir se faire leur propre opinion sur cette idée qui repose sur des informations fiables. Je tenterai d’accorder à la théorie du karma quelques crédibilité et valeur intellectuelles. Après tout, en fin de compte, en tant que bouddhistes, nous essayons d’expliquer pourquoi nous souffrons, pourquoi certains événements surviennent, et pourquoi notre conduite doit être morale. Si nous n’avons pas de telles préoccupations, si tout cela n’a que peu d’importance pour nous, si nous ne croyons pas au karma, pourquoi alors nous efforcer d’avoir une éthique et de bien traiter nos semblables ? Pour répondre à ces questions, la réhabilitation de l’idée de karma devient une entreprise d’importance.

Il y a d’autres problèmes culturels à surmonter pour aborder le karma dans un contexte moderne car nous avons tout simplement arrêté de parler de problèmes éthiques. Il y a un niveau de discussion toujours plus élevé sur les droits et la justice, sur qui a droit à quoi, et qui mérite sa part de ceci ou de cela, mais très peu de discussions sur la façon dont nous devrions nous conduire, nous traiter les uns les autres, vivre ensemble, et pourquoi. Les revendications faites au nom de la justice sont peut-être légitimes, mais la quantité de temps dévolue à ce domaine particulier et aux aspects éthiques écrase toutes les autres considérations. Bien évidemment, de façon typique, les laïques refusent de participer à un dialogue éthique de peur que des religieux fanatiques ne débarquent et ne s’accaparent la discussion, ce qui peut tout à fait se produire, et l’on peut alors comprendre leurs craintes ! D’un autre côté, il y a un prix à payer pour négliger l’éthique. Pour ce qui est de la théorie du karma, qui essaie d’expliquer pourquoi nous devons avoir une conduite morale, il n’y a en fait nul besoin de faire appel à des idées explicitement religieuses, et nul besoin de mentionner le nom de Dieu. Il n’est pas non plus besoin de parler spécifiquement de la renaissance. Il suffit, à un niveau laïc, d’aborder simplement le développement sain de l’individu, de la communauté et de la société.

Il y a alors deux façons, pour un bouddhiste, de parler du karma dans le contexte présent : en termes religieux et d’une manière laïque, mesurée. De nombreuses personnes sont hautement sensibles au moindre indice de ce qu’elles perçoivent comme du fanatisme religieux ou de ce qui leur semble une tentative de conversion à une vision du monde particulière. Alors, le type de langage utilisé doit rester mesuré même si, d’une certaine façon, il y a sans aucun doute une forme d’hypocrisie dans cette attitude. Il y a bien peu de retenue de la part de certains domaines contemporains dans leur affirmation vigoureuse de la « vérité » (dans le fait que tout le monde devrait croire aux mérites d’une philosophie démocratique moderne ou de la vertu indéniable des mesures de justice sociale, etc.). Je ne soulève ce point que pour placer le sujet du karma dans le contexte contemporain et non pour condamner la modernité et louer les traditions bouddhistes. Comme de nombreux autres bouddhistes, j’ai l’impression d’avoir une chance immense de vivre dans un pays démocratique.

Il est intéressant de voir qu’il y a une réelle compatibilité entre les enseignements du Bouddha et la vision moderne du monde. Mais malheureusement, ironie du sort, la contribution originale du Bouddha à la théorie du karma a tendance à se perdre de nos jours, précisément en raison de l’évolution constante de la pensée occidentale. On entend souvent des réactions aux enseignements du style « Ah oui, mais de toute façon c’est déjà un peu notre façon de penser ». La pensée moderne, dans un certain sens, d’une manière totalement involontaire, s’est alignée sur les enseignements du Bouddha. Pourtant, si nous pouvions revenir au mode de pensée occidental d’il y a cent ans, nous aurions une idée bien plus précise, historiquement, des enseignements du Bouddha. Nous nous apercevrions tout simplement combien le Bouddha était moderne. Il ne s’agit pas de faire du Bouddha le fondateur d’une religion le plus moderne jamais venu en ce monde ou quoi que ce soit de cet ordre, mais de souligner le fait que tout en étant une personne de son temps, issu d’un milieu précis, beaucoup de ce qu’il avait à dire a une résonance moderne. Peut-être qu’en tant que bouddhistes nous aimerions penser qu’il était plus qu’un enfant de l’époque, mais quoi qu’il en soit, il avait une vision authentique d’une grande variété de choses et des grandes visions dépassant tout conditionnement culturel.

À la base, le Bouddha a défini le karma comme une action, dans le sens où nous-mêmes sommes responsables de notre propre situation dans ce monde et où nos pensées et nos actes, à partir de chaque instant, déterminent notre futur. Nous sommes le produit de causes et de conséquences ; dit de façon simpliste, nous sommes ce que nous sommes en raison d’actions passées. Mais comme nous le verrons, la théorie du karma est loin d’être aussi simple. Néanmoins, les critiques sur le karma sont souvent centrées sur la notion de responsabilité individuelle et suggèrent que celui-ci produit une attitude peu empathique envers les autres, conduisant à une tendance douteuse à l’accusation. On accuse les pauvres d’être responsables de leur pauvreté, etc. On dit faussement que le bouddhisme attribue des fautes aux individus pour chacune des circonstances qu’ils connaissent et qu’il nie tout intermédiaire. Par exemple, si nous sommes pauvres, on peut penser, plus ou moins automatiquement, que nous le resterons jusqu’à ce que notre dette karmique soit payée puis, une fois mort, que nous allons renaître dans des circonstances favorables et devenir, pourquoi pas, un riche entrepreneur. Ce type de pensée ne peut pas s’accorder avec l’accent que le bouddhisme met sur l’interconnexion de toute chose qui rend pleinement compte de la fertile complexité des influences subies par les gens, y compris de la part de leur environnement.

Sans aucun doute, le bouddhisme comporte l’idée d’une accumulation d’empreintes et de tendances karmiques, d’un rassemblement de prédispositions tout au long de notre vie (des habitudes se forment, etc.). Même alors, cela ne veut pas dire que nous attendons que des empreintes karmiques spécifiques, ou des dettes, ou un héritage, s’évaporent ou disparaissent sans que l’on ne puisse rien faire. La théorie bouddhiste du karma n’est pas comparable au fatalisme ou à la prédestination. Nous avons réellement le choix de notre vie. Dans le cas contraire, alors la théorie du karma produirait incontestablement des attitudes subjectives et moralisantes et les enseignements du Bouddha seraient bien moins parlants et bien moins efficaces. Mais la théorie du karma n’a pas ce genre de caractéristiques fixes et elle n’est pas associée à un ordre moral figé. Bien sûr, elle implique un certain élément de déterminisme et c’est quelque chose qu’il faut accepter. Nous sommes ce que nous sommes en raison de notre héritage karmique. Sans celui-ci, nous ne serions pas tels que nous sommes, mais cela ne veut pas dire que nous devons rester ainsi.

Plus précisément, cette théorie du karma est supposée nous encourager à penser « Je peux devenir la personne que je veux être et ne pas rester celle que je suis déjà ». C’est là une approche juste de la théorie bouddhiste du karma. Ou au contraire, à dire « Je suis ce genre de personne, je suis paresseux et je n’ai pas envie de faire grand-chose, je pense que c’est mon karma » ; si nous mettons cela sur le compte du karma, il se peut bien que ce soit de notre faute ! La théorie du karma, si on la comprend correctement, nous encourage vivement à aller de l’avant et à évoluer de façon à ne pas rester enlisés dans le sentiment de culpabilité et des formes associées de mal-être. Parce que c’est ainsi que nous nous comportons normalement, à revenir encore et encore à de vieux schémas de pensée négatifs, il y a toujours quelque chose qui nous hante dans un coin de notre esprit. Des pensées comme « Est-ce que je suis assez bon ? », « Est-ce que je fais assez d’efforts ? », « Est-ce que je suis une mauvaise personne ? », toutes sortes de choses comme cela surgissent et nous pensons que nous en avons besoin pour nous analyser et aller de l’avant, mais cette stratégie a au contraire pour effet de solidifier nos doutes quant à notre « moi ». Nous pouvons nous développer de façon beaucoup plus saine sans cette stratégie. En fin de compte, telle est la vraie vision bouddhiste du karma, qui est d’atteindre la libération, de trouver la manière de nous libérer de toute une variété d’obstacles et de contraintes karmiques.

Tout cela renvoie à nos sentiments, nos émotions et notre identité individuelle. Ce que nous pensons être au moment présent ne nous aide généralement pas à aller de l’avant mais au contraire nous freine. La théorie du karma permet d’avoir la capacité de brûler les graines des habitudes enracinées et de les rendre inopérantes. Elle nous fournit en fait un tableau très clair de la façon dont nous devons penser à nous-mêmes, nous observer, reconnaître nos habitudes et tendances particulières et, ce faisant, trouver un moyen d’agir différemment et de devenir une autre personne. Autrement dit, elle nous permet de modifier le cours de notre karma. Le karma est un concept qui se focalise sur ce qui constitue l’individu, sur ce qui lui est inhérent, sur ce qui est coproduit avec d’autres, et sur ce qui est généralement conditionné dans le « moi ». Étant donné l’enthousiasme provoqué en Occident par ces idées mêmes dans de nombreuses disciplines, mais peut-être encore plus en psychologie, il est tout à fait dommage que la théorie du karma n’ait suscité qu’un si faible intérêt, car elle examine directement la santé de l’individu conditionné. La personnalité de chacun et la compréhension que l’on a de soi-même sont ses fondements mêmes. Elle va de l’analyse d’une situation subjective vers différents moyens de renforcer le développement personnel. La théorie du karma intègre des méthodes grâce auxquelles les personnes vont être amenées à l’idée qu’elles ont chacune une profondeur, une valeur et un sens. Grâce à la pratique de la vigilance, nous sommes capables de voir quelles sortes de schémas karmiques nous créons et comment nous tissons notre propre vie. Malheureusement, cette interprétation éminemment personnelle de la théorie du karma est rarement enseignée de cette façon en Occident.

La manière dont le karma est actuellement perçu est presque le contraire de cette vision hautement personnelle et intime. On le voit fréquemment comme une entité abstraite et impersonnelle, une loi naturelle quelconque, sans aucun doute partiellement liée à ses associations historiques avec d’autres systèmes de croyance comme l’hindouisme, qui ont leur propre version de la théorie du karma. Le bouddhisme est toutefois clairement différent des autres systèmes de croyances en raison du fait qu’il ne comporte aucun être divin qui crée et maintient l’ordre du monde. Il n’a pas besoin d’insister sur la conformité à un ordre extérieur que l’on trouve dans la nature, dans le monde, dans le cosmos ou dans n’importe quel macrocosme que nous pouvons imaginer. L’individu n’a pas besoin de lutter avec l’idée d’un jugement extérieur. Nous ne nous sentons pas obligés ou empêchés de faire quoi que ce soit parce que nous avons peur de dévier d’une façon ou d’une autre car il n’y a aucun paramètre pour déterminer ce genre de choses. Quand on examine le karma, il est très important de comprendre l’absence de tout niveau d’accomplissement fixé et l’absence de certitude pour évaluer ce type d’accomplissement. Néanmoins, les notions bouddhistes de karma sont continuellement confondues avec d’autres interprétations et, dans ce cadre, pour clarifier la position du bouddhisme, nous allons considérer les origines de ces croyances abstraites et théistes du karma qui remontent à très longtemps.

Les diverses origines de cette idée viennent de la mythologie indienne de l’ancien temps et de la pensée brahmanique, que l’on trouve principalement dans les écrits indiens classiques comme les Védas, le Mahabharata et les Dharmashastras. Nous comparerons également la vision du karma dans les débuts de l’hindouisme, les débuts du bouddhisme et le bouddhisme Mahayana, plus tardif. Bien évidemment, cette histoire comparée ne peut se faire que dans les grandes lignes, et il ne s’agit en aucun cas du travail d’un historien mais de quelqu’un qui se sert de généralités historiques pour mieux comprendre les diverses permutations d’une idée telle qu’elle nous est parvenue. Il n’y a pas la moindre implication dans les comparaisons permettant de dire qu’une vision du karma est supérieure à l’autre. Le but est simplement de montrer leurs différences.

1LES ORIGINES DU CONCEPT DE KARMA

LE SENS LITTÉRAL DU MOT « KARMA » est action, tout simplement cela, action ; mais remonter aux origines de ce concept n’est pas une tâche aisée. De nombreux érudits occidentaux se sont longuement et durement battus avec ce problème et il existe de nombreuses opinions à ce sujet. Une école de pensée suggère que la notion de karma est arrivée en Inde avec les Aryens, qui ont introduit la civilisation de langue sanskrite dans la vallée de l’Indus. D’autres contestent ce fait et croient que ce concept est antérieur aux Aryens et remonte aux peuples de l’Inde dits tribaux, les sociétés tribales prévédiques. Mais comme l’un de ces érudits l’a fait remarquer avec beaucoup de cynisme, la terminologie de « peuples tribaux » ne fait que souligner combien vague s’est révélée toute identification réelle. Mais malgré ces difficultés, un nombre considérable d’érudits a souligné que ce concept avait déjà été conçu par des Indiens vivant déjà en Inde, et non importé de l’extérieur. Il semble que ce ne soit pas les enseignements des Védas qui aient encouragé les Indiens à penser au karma, mais plutôt que les Indiens aient déjà eu cette idée fondamentale qui a été par la suite intégrée par les Védas. Naturellement, l’idée s’est développée plus avant avec les Védas eux-mêmes mais dès la première heure, et même dans la pensée védique, il n’y avait aucune association stricte entre les actes karmiques et la réincarnation. En fait, la réincarnation était peu abordée à ce stade mais cette idée a progressivement évolué au fur et à mesure que le karma a pris une dimension plus morale.

À son début, le karma renvoyait à un ordre universel fixé, semblable à l’idée occidentale de loi naturelle, et il comportait des idées de sanction et de gouvernance divines et, à la suite de cela, des idées sur la situation correcte et le devoir de chacun au sein de cet ordre. S’éloigner de cette structure était considéré comme un abandon du devoir, de son propre devoir karmique, et une telle déviation de sa propre situation et de son propre rôle était punie comme il se doit. C’est une conception qui domine encore aujourd’hui. De plus, les premières idées sur le karma faisaient appel à la peur que l’homme a du chaos, de ce genre de chaos qui peut découler du désordre, de la permissivité et de la confusion, à savoir des bouleversements à petite ou grande échelle, des catastrophes et des malheurs en tous genres. L’humanité, se considérant comme faisant partie de la nature et du monde créé, se tournait vers l’idée d’un monde organisé par un esprit supérieur, l’esprit d’un créateur, un Dieu par exemple. Bien loin de posséder un esprit chaotique et désorganisé, ce créateur avait un esprit profondément organisé, et en conséquence sa création l’était aussi, et le monde manifeste en est venu à être considéré comme doté d’intelligence. L’homme se devait de respecter d’une façon ou d’une autre ce grand projet. Nous ne parlons pas de la croyance hindoue sur le sujet mais de l’époque antérieure aux religions comme l’hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme, constituées sous la forme que nous leur connaissons actuellement. Dans les traditions non bouddhistes de cette époque, la théorie du karma et la notion de dieu créateur étaient presque synonymes.

Nous pouvons classer cette période comme faisant partie du système de croyances brahmanique, le socle d’où les idées plus récentes sur le karma ont surgi. Les premières variantes de la théorie du karma se plaisaient à ne mettre aucun accent sur l’individu et surtout sur ces doctrines qui invitaient à la conformité à un univers ordonné. Il n’y avait aucune notion de libre arbitre ou de choix. Chacun avait le devoir d’agir en accord avec sa propre place dans l’ordre cosmique. Bien évidemment, dans ces systèmes, le karma s’applique à l’individu, mais la véritable portée des actes individuels est celui qui s’applique à la famille, la communauté et le monde extérieur. Il relève essentiellement du concept de déviance, non tant au sens sociologique moderne du terme, mais dans un sens prémoderne de déviation par rapport à un code spécifique de conduite et de vie fixé en relation avec le monde extérieur ou en référence à un concept surnaturel, à un « là-haut » au-dessus de nous qui aurait une échelle de jugement tout aussi fixée.

Dans cette période primitive, le sens du mot « karma » (c’est-à-dire action) était le seul sens littéral et renvoyait à l’accomplissement de sacrifices par les prêtres védiques, avec des chevaux qui étaient choisis comme animaux de sacrifice. On chantait des incantations et des mantras et ainsi de suite pendant le rituel, probablement pour attirer ou implorer quelque chose de positif et pour chasser le mal. À l’aube de la tradition brahmanique de l’Inde, accomplir le karma était une façon de mettre les choses en ordre. S’il y avait une dysharmonie ou un conflit ou quoi que ce soit de ce genre, soit au niveau individuel soit au niveau collectif, on allait trouver un prêtre pour qu’il accomplisse ces actes sacrificiels de façon à remettre les choses en ordre. C’est ainsi que l’on restaurait l’harmonie, et il n’y avait aucune connotation ou dimension morale dans tout cela. Mais progressivement, les gens en sont venus à envisager les choses d’une façon plus morale et à faire la distinction entre un bon karma et un mauvais karma, et c’est ainsi que le « karma » a perdu sa neutralité en tant que mot. Le karma a alors évolué vers un concept important et complexe en lien avec la dimension morale de la vie de chacun et le côté bon de la société. Un mot qui signifiait simplement « action » en est venu à intégrer les notions de bon karma, de mauvais karma et de karma neutre, etc., et a continué à se développer selon ces lignes.

Même à ce stade, et malgré son évolution continuelle, la théorie du karma était encore peu sophistiquée et très différente de la vision bouddhiste actuelle. On considérait la transmission du karma, par exemple, d’une façon très directe et sans concession, en fait très matérialiste, comme nous pouvons le voir dans le passage ci-dessous, extrait du Markandeya Purana :

Un démon a enlevé la femme d’un brahmane et l’a abandonnée dans la forêt. Le brahmane est allé voir le roi et lui a dit que quelqu’un avait enlevé sa femme pendant qu’il dormait. Le roi lui a demandé de la décrire et le brahmane a répondu « Et bien, elle a un regard perçant et elle est très grande, avec des bras courts et un visage mince. Elle a le ventre qui pend, peu de fesses et de petits seins ; elle est vraiment moche (je ne la critique pas). Et elle a des paroles très dures et n’est pas d’une nature douce ; voilà comment je décrirais ma femme. Elle est horrible à regarder avec sa grande bouche et elle n’est plus de cette première jeunesse. Voilà à quoi ressemble ma femme, en toute honnêteté ». Le roi a répliqué « Ça suffit ; je vais te donner une autre femme ». Mais le brahmane a insisté, disant qu’il avait le devoir de protéger sa propre femme. « Car si on ne la protège pas, il va s’ensuivre un désordre dans les castes et mes ancêtres vont alors tomber du ciel ». Alors, le roi s’est mis à la recherche de cette femme.