La Vie infernale - Émile Gaboriau - ebook
Opis

Emile Gaboriau commence ce livre avec les beaux mots: «En écrivant votre nom à la première page de ce volume permettez-moi d’attester une amitié dont je suis fier.» C’était un jeudi soir du 15 octobre 1869, depuis longtemps déjà la nuit était venue. Il faisait froid, le ciel était noir comme de l’encre, la vent soufflait en tempête, il pleuvait. Les sombres nouvelles étonnent Marguerite, jeune fille que le comte a retirée d’un orphelinat...

Ebooka przeczytasz w aplikacjach Legimi na:

Androidzie
iOS
czytnikach certyfikowanych
przez Legimi
czytnikach Kindle™
(dla wybranych pakietów)
Windows
10
Windows
Phone

Liczba stron: 1153

Odsłuch ebooka (TTS) dostepny w abonamencie „ebooki+audiobooki bez limitu” w aplikacjach Legimi na:

Androidzie
iOS

Émile Gaboriau

La Vie infernale

Varsovie 2017

Table des matières

PASCAL ET MARGUERITE

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

LIA D’ARGELÈS

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

PASCAL ET MARGUERITE

I

C’était le 15 octobre, un jeudi soir.

Il n’était que six heures et demie, mais depuis longtemps déjà la nuit était venue.

Il faisait froid, le ciel était noir comme de l’encre, la vent soufflait en tempête, il pleuvait.

Les domestiques de l’hôtel de Chalusse, un des plus magnifiques de la rue de Courcelles, étaient réunis chez le concierge, lequel occupait, avec son épouse, un pavillon de deux pièces, à droite de la vaste cour sablée.

A l’hôtel de Chalusse, comme dans toutes les grandes maisons, le concierge, M. Bourigeau, était un personnage d’une importance exceptionnelle, toujours prêt à faire sentir cruellement son autorité à qui eût osé seulement la mettre en doute.

A le voir on reconnaissait le serviteur qui tient au bout de son cordon le plaisir et la liberté de tous les autres, celui qui favorise les sorties défendues par le maître, celui qui peut cacher, si telle est sa volonté, les rentrées mystérieuses, la nuit, après la fermeture du bal public ou de l’estaminet.

C’est dire que M. et Mme Bourigeau étaient l’objet de toutes sortes d’adulations et de gâteries.

Ce soir-là, le maître était sorti, et le premier valet de chambre de M. le comte de Chalusse, M. Casimir, offrait le café.

Et tout en sirotant le gloria largement battu de fin cognac, présent de M. le sommelier, on se plaignait, comme de juste, de l’ennemi commun, du maître.

C’était une petite camériste au nez odieusement retroussé qui avait la parole.

Elle mettait au fait de la maison un grand drôle, à l’air bassement insolent, admis depuis la veille seulement au nombre des valets de pied.

—A coup sûr, expliquait-elle, la place est supportable. Les gages sont forts, la nourriture est bonne, la livrée est juste assez voyante pour avantager un bel homme; enfin Mme Léon, la femme de charge, qui a la direction de tout, n’est pas trop regardante.

—Et l’ouvrage?

—Rien à faire. Pensez donc, nous sommes dix-huit pour servir deux maîtres, M. le comte et Mlle Marguerite; seulement, dame, on ne s’amuse guère, ici...

—Comment, on s’ennuie!...

—A la mort, monsieur. C’est pis qu’une tombe au cimetière, ce grand hôtel. Jamais une soirée, jamais un dîner, rien. Croiriez-vous que je n’ai jamais vu, moi qui vous parle, les appartements de réception. Tout est fermé, et les meubles pourrissent sous des housses. Il ne vient pas trois visites par mois...

Elle était indignée, et l’autre semblait partager son indignation.

—Ah ça! fit-il, c’est donc un ours que ce comte de Chalusse!... Un homme qui n’a pas cinquante ans et qui possède des millions, à ce qu’on prétend...

—Oui, des millions, vous pouvez le dire, peut-être dix, peut-être vingt...

—Raison de plus... Il faut qu’il ait quelque chose, un coup de marteau, comme on dit chez nous. Que fait-il donc, seul, toute la sainte journée?

—Rien. Il lit dans son cabinet ou il se promène de long en large au fond du jardin. Quelquefois, le soir, il fait atteler et conduit Mademoiselle au bois de Boulogne en voiture fermée, mais c’est rare. Du reste, il n’est pas gênant le pauvre homme. Voilà six mois que je suis chez lui, et c’est tout juste si je connais la couleur de ses paroles. «Oui, non, faites ceci, c’est bien, sortez,» voilà tout ce qu’il sait dire. Demandez plutôt à M. Casimir...

—Le fait est qu’il n’est pas gai, le patron, répondit le valet de chambre. Une vraie porte de prison...

Le valet de pied écoutait d’un air grave, en homme qui a besoin de connaître, pour l’exploiter, le caractère des gens qu’il va servir.

—Et Mademoiselle, interrogea-t-il, que dit-elle de cette existence? est-ce qu’elle lui va?

—Dame... depuis six mois qu’elle est ici, elle ne se plaint pas.

—Si elle s’ennuyait, ajouta M. Casimir, elle filerait.

La camériste eut un geste ironique.

—Plus souvent! ricana-t-elle. Chaque mois que Mademoiselle reste ici lui rapporte trop d’argent.

Aux rires qui accueillirent cette réponse, aux regards échangés entre les domestiques, le nouveau venu dut comprendre qu’il venait de toucher du doigt cette plaie secrète que chaque maison renferme comme une pomme son ver.

—Tiens! tiens!... fit-il tout brûlant de curiosité, il y a donc quelque chose?... Eh bien! là, franchement, je m’en doutais.

Sans nul doute, on allait lui raconter ce qu’on savait, ce qu’on croyait savoir du moins, quand on sonna avec une extrême violence à la porte de l’hôtel.

—Pas gêné, celui-là! s’écria le concierge. Mais il est trop pressé, il attendra.

Il tira le cordon, néanmoins, en rechignant; la grande porte, brutalement poussée claqua, et un cocher de fiacre, tout effaré, sans chapeau, se précipita dans la loge, en criant:

—A moi!... au secours!...

D’un bond, tous les domestiques furent debout.

—Arrivez, poursuivit le cocher; dépêchez-vous. C’est un bourgeois que je conduisais ici, vous devez le connaître... il est là, dans ma voiture!...

Sans plus écouter, les domestiques s’élancèrent dehors, et alors leur fut expliquée l’explication confuse du cocher.

Dans le fond de la voiture, qui était un grand fiacre, un homme gisait, affaissé, replié plutôt sur lui-même, immobile, inerte.

Il avait dû glisser de côté, le haut du corps en avant, et par suite des cahots, sa tête s’était engagée sous la banquette de devant.

—Pauvre diable! murmura M. Casimir, il aura eu un coup de sang!

Il s’était penché vers l’intérieur du fiacre, en disant cela, et ses camarades s’approchaient, quand tout à coup, brusquement, il se rejeta en arrière en poussant un grand cri.

—Ah! mon Dieu!... c’est M. le comte.

A Paris, dès qu’il y a seulement l’apparence d’un accident, les badauds jaillissent pour ainsi dire des pavés. Déjà il y avait plus de cinquante personnes autour de la voiture.

Cette circonstance rendit à M. Casimir une partie de son sang-froid.

—Il faut faire entrer le fiacre dans la cour, commanda-t-il. M. Bourigeau, porte s’il vous plaît!...

Puis s’adressant à un jeune domestique:

—Et toi, ajouta-t-il, vite un médecin, n’importe lequel!... Cours au plus proche et ne reviens pas sans en ramener un.

Le concierge avait ouvert, mais le cocher avait disparu; on l’appela, pas de réponse. Ce fut encore le valet de chambre qui prit les deux petits chevaux par la bride, et qui amena fort adroitement la voiture devant le perron.

Les curieux écartés, il s’agissait de retirer du fiacre le comte de Chalusse, et cela présentait, en raison de la position bizarre du corps, les plus sérieuses difficultés. On réussit cependant en ouvrant les deux portières et en se mettant à trois.

On le plaça ensuite sur un fauteuil, on le monta à sa chambre et en moins de rien on l’eut déshabillé et couché.

Il ne donnait toujours pas signe de vie, et à le voir, la tête renversée sur ses oreillers, on devait croire que tout était fini.

C’était, d’ailleurs, à ne pas le reconnaître. Ses traits disparaissaient et se confondaient sous une bouffissure bleuâtre. Ses paupières étaient fermées et autour de ses yeux s’élargissait un cercle sanguinolent comme une meurtrissure. Un dernier spasme avait tordu ses lèvres, et sa bouche déplacée, inclinée tout à fait à droite et entr’ouverte, avait une expression sinistre.

Malgré des précautions inouïes, on l’avait blessé, en le dégageant; son front s’était heurté contre une ferrure, et de cette écorchure légère, un mince filet de sang coulait.

Il respirait encore, cependant, et en prêtant l’oreille, on entendait son souffle rauque, ce râle que Broussais compare au ronflement d’un soufflet engorgé.

Les valets, si bavards l’instant d’avant, se taisaient à cette heure. Ils restaient dans la chambre, mornes et blêmes, échangeant des regards de détresse. Quelques-uns avaient les larmes aux yeux.

Que se passait-il en eux? Peut-être subissaient-ils cet invincible effroi qui se dégage de la mort inattendue et soudaine... Ils aimaient peut-être, sans en avoir conscience, ce maître dont ils mangeaient le pain... Peut-être encore leur chagrin n’était-il qu’égoïsme, et se demandaient-ils ce qu’ils allaient devenir, où ils iraient, s’ils trouveraient une autre place et si elle serait bonne.

Ne sachant que faire, ils délibéraient à voix basse, chacun offrant quelque remède dont il avait entendu parler.

Les plus sensés proposaient d’aller prévenir Mademoiselle ou madame Léon, qui occupaient l’étage supérieur, lorsqu’un frôlement de robe contre l’huisserie de la porte, les fit tous retourner.

Celle qu’ils appelaient: «Mademoiselle,» était debout sur le seuil.

Mlle Marguerite était une belle jeune fille de vingt ans.

Elle était assez grande, brune, avec des yeux profonds que ses sourcils un peu accentués faisaient paraître plus sombres. Des masses épaisses de cheveux noirs encadraient son beau front pensif et triste. Il y avait quelque chose d’étrange en elle et d’un peu sauvage, une cruelle souffrance concentrée et une sorte de résignation hautaine.

—Que se passe-t-il? demanda-t-elle doucement. D’où vient tout ce bruit que j’ai entendu?... J’ai sonné trois fois, personne n’est venu.

Personne n’osa lui répondre.

Surprise, elle promena autour d’elle un rapide regard. D’où elle était, elle ne pouvait apercevoir le lit, placé dans une alcôve, mais elle vit d’un coup d’œil l’attitude morne des gens, les vêtements épars sur le tapis, et tout le désordre de cette chambre magnifique et sévère, éclairée par la seule lampe de M. Bourigeau, le concierge.

Elle eut peur, un grand frisson la traversa, et d’une voix émue:

—Pourquoi êtes-vous tous ici?... insista-t-elle. Parlez, qu’est-il arrivé?

M. Casimir fit un pas en avant.

—Un grand malheur, mademoiselle, un malheur terrible, M. le comte...

Et il s’arrêta, interdit, effrayé de ce qu’il allait dire... Trop tard, Mlle Marguerite avait compris.

D’un mouvement brusque, elle porta ses deux mains à son cœur, comme si elle eût senti une blessure atroce, et elle prononça ce seul mot:

—Perdue!...

Elle était devenue plus pâle que la mort, sa tête se renversait en arrière, ses yeux se fermaient, elle chancelait...

Deux femmes de chambre s’élancèrent pour la soutenir, elle les repoussa d’un geste doux, en murmurant:

—Merci!... Merci!... Laissez-moi... je suis forte.

Elle était assez forte, en effet, pour dompter sa mortelle défaillance. Elle rassembla toute son énergie, et, lentement, plus blanche qu’une statue, les dents serrées, les yeux secs et brillants, elle s’avança vers l’alcôve.

Là, elle resta un moment immobile, murmurant des paroles inintelligibles, et, enfin, écrasée sous la douleur, elle s’abattit à genoux devant le lit, y ensevelit sa tête, et pleura...

Profondément remués par le spectacle de ce désespoir si grand et si simple à la fois, les domestiques retenaient leur haleine, se demandant comment cela allait finir...

Cela finit vite. La malheureuse jeune fille se redressa brusquement, comme si une lueur d’espérance eût illuminé soudainement son esprit.

—Le médecin! dit-elle d’une voix brève.

—On est allé en chercher un, mademoiselle, répondit M. Casimir.

Et, entendant une voix et des pas dans l’escalier, il ajouta:

—Même, par bonheur, le voici!

Le docteur entra.

C’était un homme jeune, encore qu’il n’eût plus guère de cheveux sur le crâne. Il était petit, maigre, scrupuleusement rasé et vêtu de noir de la tête aux pieds.

Sans un mot, sans un salut, sans seulement toucher du doigt le bord de son chapeau, il marcha droit au lit et successivement il souleva les paupières du moribond, lui tâta le pouls, le palpa, et lui découvrit la poitrine, contre laquelle il appliqua son oreille.

Ayant terminé son examen, il dit:

—C’est grave!

Mlle Marguerite, qui avait suivi avec une poignante anxiété tous les mouvements du docteur, ne put retenir un sanglot.

—Mais tout espoir n’est pas perdu, n’est-ce pas, monsieur, fit-elle d’une voix suppliante et les mains jointes, vous le sauverez, n’est-ce pas, vous le sauverez!...

—On peut légitimement espérer.

Ce fut la seule réponse du docteur. Il avait tiré sa trousse et essayait froidement ses lancettes sur le bout de son doigt. Quand il en eut trouvé une à sa convenance:

—Je vous prierais, mademoiselle, dit-il, de faire retirer les femmes qui sont dans cette pièce et de vous retirer vous-même... les hommes resteront pour m’aider, si besoin est.

Elle obéit, avec cette résignation passive qui livre les malheureux à toutes les inspirations. Mais elle ne regagna pas son appartement. Elle resta sur le palier, le plus près possible de la porte, assise sur la première marche de l’escalier, tirant mille conjectures du plus léger bruit, comptant les secondes.

Le médecin, dans la chambre, n’en allait pas plus vite, non par tempérament, mais par principes.

Le docteur Jodon—il se nommait ainsi—était un ambitieux qui jouait un rôle. Élève d’un «prince de la science» plus célèbre par l’argent qu’il gagne que par ses cures, il copiait les façons de son maître, son costume, son geste et jusqu’à ses inflexions de voix.

Jetant aux yeux la même poudre que son modèle, il espérait obtenir les mêmes résultats, une grande clientèle et la fortune.

Cependant, au fond de lui-même, il ne laissait pas que d’être déconcerté. Il n’avait pas, à beaucoup près, jugé l’état du comte de Chalusse si grave qu’il l’était en réalité.

Ni les saignées, ni les ventouses sèches ne rendirent au malade sa connaissance et sa sensibilité. Il demeura inerte; la respiration devint un peu moins rauque, voilà tout.

De guerre lasse, le docteur déclara que les moyens immédiats étaient épuisés, que «les femmes» pouvaient revenir près du comte, et qu’il n’y avait plus qu’à attendre l’effet des remèdes qu’il venait de prescrire et qu’on était allé chercher chez le pharmacien.

Tout autre que cet avide ambitieux eût été ému du regard que lui jeta Mlle Marguerite quand il lui fut permis de rentrer dans la chambre de M. de Chalusse. Lui n’en eut pas seulement l’épiderme effleuré. Il dit tout simplement:

—Je ne puis pas me prononcer encore.

—Mon Dieu!... murmura la malheureuse jeune fille, mon Dieu! ayez pitié de moi!...

Mais déjà le docteur, poursuivant son imitation, était allé s’adosser à la cheminée.

—Maintenant, fit-il, s’adressant à M. Casimir, j’aurais besoin de quelques renseignements. Est-ce la première fois que M. le comte de Chalusse est victime d’un accident comme celui-ci?

—Oui, monsieur, depuis que je le sers du moins.

—Bon, cela!... C’est une chance en notre faveur. Et dites-moi, l’avez-vous entendu quelquefois se plaindre de vertiges, de bourdonnements d’oreilles?...

—Jamais...

Mlle Marguerite voulut hasarder une observation; le docteur lui imposa silence de la voix et du geste, et poursuivant son interrogatoire:

—Le comte de Chalusse est-il gros mangeur? demanda-t-il, boit-il beaucoup d’alcools?

—M. le comte est la sobriété même, monsieur, et il mouille toujours largement son vin...

Le docteur écoutait d’un air de méditation intense, la tête penchée en avant; les sourcils froncés, la lèvre inférieure relevée, caressant de temps à autre son menton glabre. Ainsi fait son maître.

—Diable!... fit-il à demi voix, il faut une cause au mal, cependant. Rien dans la constitution du comte ne le prédisposait à un tel accident...

Il se tut, puis soudainement se retournant vers Mlle Marguerite:

—Savez-vous, mademoiselle, interrogea-t-il, si M. le comte n’a pas éprouvé ces jours-ci quelque violente émotion?

—Il a eu, ce matin même, une contrariété que j’ai tout lieu de supposer très-vive.

—Ah!... nous y voici donc, fit le docteur avec un geste d’oracle. Pourquoi ne m’avoir pas dit tout cela d’abord!... Il faudrait, mademoiselle, me donner des détails.

La jeune fille hésita. Les valets étaient éblouis, cela est sûr, des façons de ce médecin, mais Mlle Marguerite était loin de partager leur enthousiasme. Que n’eut-elle pas donné pour voir là, à la place de celui-ci, le docteur de la maison.

Elle trouvait, de plus, une haute inconvenance à cet interrogatoire brutal, en présence de tous les gens, au chevet d’un mourant, privé de sentiments, il est vrai, mais qui néanmoins entendait peut-être et comprenait.

—Il est urgent que je sois renseigné, déclara péremptoirement le docteur.

Devant cette affirmation elle n’hésita plus. Elle parut rassembler ses souvenirs, et d’une voix triste:

—Ce matin, monsieur, commença-t-elle, nous venions de nous mettre à table pour déjeuner lorsqu’on a apporté une lettre à M. de Chalusse. Il n’y a jeté qu’un coup d’œil et il est devenu plus blanc que sa serviette. Il s’est levé tout aussitôt, et s’est mis à arpenter la salle à manger en laissant échapper des exclamations de douleur et de colère. Je l’ai interrogé; il n’a pas paru m’entendre. Au bout de cinq minutes, cependant, il a repris sa place et a commencé à manger...

—Comme d’habitude?

—Plus, monsieur. Seulement, je dois vous le dire, il ne me paraissait pas avoir bien la conscience de ce qu’il faisait. A quatre ou cinq reprises, il s’est levé et il s’est rassis. Enfin il a paru prendre un parti qui lui coûtait beaucoup. Il a déchiré la lettre qu’il venait de recevoir, et il en a jeté les morceaux par la fenêtre qui donne sur le jardin...

Mlle Marguerite s’exprimait avec la plus extrême simplicité, et certes il n’y avait, dans ce qu’elle racontait, rien que de très-ordinaire.

On l’écoutait cependant avec une curiosité haletante, comme si on eût espéré quelque surprenante révélation, tant l’esprit humain, prompt à se forger des chimères, a horreur de ce qui est naturel et incline instinctivement vers le mystérieux.

Mais sans paraître s’apercevoir de l’effet produit, et affectant de s’adresser au médecin seul, la jeune fille poursuivait:

—La lettre anéantie, en apparence, du moins, on a servi le café et M. de Chalusse a allumé un cigare, comme il fait après chaque repas. Mais il n’a pas tardé à le laisser éteindre. Je n’osais troubler ses réflexions, quand tout à coup il me dit: «C’est singulier, je me sens tout mal à l’aise.» Nous sommes restés un moment sans nous parler, puis il a ajouté: «Décidément je ne suis pas bien. Rendez-moi le service de monter à ma chambre, voici la clef de mon secrétaire, vous l’ouvrirez et vous trouverez sur la tablette supérieure, un petit flacon bouché à l’émeri, que vous me descendrez.» J’ai remarqué avec surprise que M. de Chalusse, qui a la parole très-nette, habituellement, bégayait ou plutôt bredouillait, en me disant cela. Je ne m’en suis pas inquiétée... malheureusement. J’ai donc fait ce qu’il désirait. Il a versé huit ou dix gouttes du contenu du flacon dans un verre d’eau et il l’a avalé.

Si intense était l’attention du docteur Jodon, qu’il redevenait soi. Il oubliait de surveiller son attitude.

—Et ensuite? fit-il.

—Ensuite, monsieur, M. de Chalusse a repris sa contenance accoutumée et s’est retiré dans son cabinet de travail. J’ai dû penser que l’impression si pénible qu’il avait ressentie, s’effaçait. Je me trompais. Dans l’après-midi, il m’a fait prier par Mme Léon de le rejoindre au jardin. J’y ai couru, assez étonnée, car le temps était très-mauvais. «Chère Marguerite, me dit-il, aidez-moi donc à rechercher les débris de la lettre que j’ai jetée au vent ce matin. Je donnerais la moitié de ma fortune pour une adresse qui s’y trouvait certainement et que sur l’instant de ma colère je n’ai pas vue...» Je l’ai aidé. On pouvait raisonnablement espérer. Comme il pleuvait, quand les morceaux avaient été lancés par la fenêtre, au lieu de s’éparpiller, ils étaient tombés immédiatement à terre. Nous en avons réuni un bon nombre, mais sur aucun ne se trouvait ce que souhaitait si ardemment M. de Chalusse. A diverses reprises il a déploré amèrement et maudit sa précipitation...

M. Bourigeau, le concierge, et M. Casimir échangèrent un sourire d’intelligence.

Ils avaient surpris les recherches du comte, et elles leur avaient paru un acte de folie des mieux qualifiés.

Maintenant, ils se les expliquaient.

—J’avais le cœur bien gros, continuait Mlle Marguerite, de la tristesse de M. de Chalusse, quand tout à coup il se redressa joyeusement en s’écriant: «Suis-je donc fou?... cette adresse, un tel me la donnera!»

Positivement, le docteur s’abandonnait à l’entraînement du récit.

—Un tel! Qui, un tel? interrogea-t-il sans se rendre compte de l’inconvenance de la question.

Mais la jeune fille fut révoltée.

Elle écrasa l’indiscret d’un regard hautain, et du ton le plus sec:

—J’ai oublié ce nom, dit-elle.

Piqué au vif, le docteur reprit brusquement la pose de son modèle. Mais son imperturbable sang-froid était altéré.

—Croyez, mademoiselle, balbutia-t-il, que l’intérêt seul... un intérêt respectueux...

Elle n’eut pas seulement l’air d’entendre ses excuses.

—Par exemple, interrompit-elle, je sais et je puis vous dire, monsieur, que M. de Chalusse se proposait de s’adresser à la police, si la personne en question ne réussissait pas. A partir de ce moment, il m’a paru tout à fait satisfait. A trois heures, il a sonné son valet de chambre et lui a commandé de faire avancer le dîner de deux heures. Nous nous sommes, en effet, mis à table à quatre heures et demie. A cinq heures, M. de Chalusse s’est levé, il m’a embrassée gaiement, et il est sorti à pied, en me disant qu’il avait bon espoir et qu’il ne serait pas de retour avant minuit...

La fermeté dont la pauvre enfant avait fait preuve jusque-là se démentit, ses yeux se remplirent de larmes, et c’est d’une voix étouffée qu’elle ajouta en montrant M. de Chalusse:

—Et à six heures et demie, on l’a rapporté, tel qu’il est là, étendu...

Un grand silence se fit, si profond qu’on entendit le râle du moribond, toujours immobile sur son lit.

Restait cependant à savoir les circonstances de l’accident, et c’est à M. Casimir que le médecin s’adressa.

—Que vous a dit le cocher qui a ramené votre maître? demanda-t-il.

—Oh! presque rien, monsieur, pas dix paroles.

—Il faudrait retrouver cet homme et me l’amener.

Deux domestiques s’élancèrent à sa recherche.

Il ne pouvait être loin, sa voiture stationnait toujours devant l’hôtel.

En effet, il stationnait lui-même chez le marchand de vin. Des curieux enragés lui payaient à boire, et en échange il leur racontait l’événement. Il était complétement remis de son trouble et même la gaieté lui venait.

—Allons, arrivez, on vous demande, lui dirent les domestiques.

Il vida son verre et les suivit de mauvaise grâce, jurant et pestant entre ses dents, sans qu’on sût pourquoi.

Le docteur avait du moins eu l’attention de sortir sur le palier pour l’interroger; mais ses réponses n’apprirent rien de neuf.

Le bourgeois, ainsi qu’il disait, l’avait pris au coin de la rue Lamartine et du faubourg Montmartre et lui avait recommandé de le mener rondement. Il avait fouetté ses chevaux et le malheur avait eu lieu en route. Il n’avait rien entendu. Le bourgeois ne lui avait pas paru indisposé quand il était monté dans la voiture.

Encore, ce peu qu’il dit, on ne le lui arracha pas sans difficulté. Il avait commencé par soutenir impudemment que le bourgeois l’avait pris à midi, espérant ainsi escamoter le prix de cinq heures, ce qui, joint au bon pourboire qu’on ne pouvait manquer de lui donner, devait constituer un bénéfice honnête. La vie est chère, on fait ce qu’on peut.

Cet homme parti, toujours grognant, encore qu’on lui eût mis deux louis dans la main, le docteur revint se planter debout devant son malade, les bras croisés, sombre, le front plissé par l’effort de sa méditation.

Il ne jouait pas la comédie, cette fois.

En dépit, ou plutôt en raison des minutieuses explications qui lui avaient été données, il trouvait à toute cette affaire quelque chose de suspect et de trouble.

Toutes sortes de soupçons vagues et indéfinissables se heurtaient dans sa pensée. Était-il en présence d’un crime? Certainement, évidemment non.

Mais quoi alors? Pourquoi cette atmosphère de mystère et de réticences qu’il sentait autour de lui.

N’était-il pas sur la trace de quelque lamentable secret de famille, d’un de ces scandales horribles, longtemps cachés, qui tout à coup éclatent?

Cette idée de se trouver mêlé à quelque ténébreuse affaire lui souriait infiniment, cela ferait du tapage, on le nommerait, on parlerait de lui dans les journaux et la clientèle viendrait les mains pleines d’or.

Mais comment savoir, pour arrêter d’avance un plan de conduite, pour s’insinuer, pour s’imposer au besoin?

Il réfléchit et une idée lui vint, qu’il jugea bonne.

Il marcha à Mlle Marguerite, qui pleurait, affaissée sur un fauteuil, et la toucha du doigt; elle se dressa.

—Encore une question, mademoiselle... fit-il en donnant à sa voix toute la solennité dont elle était capable. Savez-vous quelle est la liqueur dont M. de Chalusse s’est versé quelques gouttes ce matin?

—Hélas! non, monsieur.

—Le savoir serait cependant bien important, pour la sûreté de mon diagnostic... Qu’est donc devenu le flacon?

—Je pense que M. de Chalusse l’aura remis dans son secrétaire.

Le docteur désigna un meuble à gauche de la cheminée.

—Là? fit-il.

—Oui, monsieur.

Il hésita, mais triomphant de son hésitation, il dit:

—Ne pourrait-on l’y prendre?

Mlle Marguerite rougit.

—Je n’ai pas la clef, balbutia-t-elle avec un embarras visible.

M. Casimir s’approcha.

—Elle doit être dans la poche de M. le comte, et si mademoiselle permet...

Mais elle, reculant, les bras étendus comme pour défendre le meuble:

—Non, s’écria-t-elle, non, on ne touchera pas au secrétaire, je ne le veux pas...

—Cependant, mademoiselle, insista le docteur, monsieur votre père...

—Eh! monsieur, M. le comte de Chalusse n’est pas mon père!

Jamais homme ne fut décontenancé autant que le docteur Jodon par la soudaine violence de Mlle Marguerite.

—Ah!... fit-il, sur trois tons différents, ah!... ah!...

En moins d’une seconde, mille idées, mille suppositions bizarres et contradictoires traversèrent son esprit.

Qui donc était cette jeune fille, qui n’était pas Mlle de Chalusse?... A quel titre habitait-elle l’hôtel?... Comment y régnait-elle en souveraine?...

Puis encore, pourquoi cette explosion d’énergie à propos d’une demande bien naturelle et en apparence insignifiante?...

Mais déjà elle avait repris son sang-froid, et à son attitude, il était aisé de deviner qu’elle cherchait quelque expédient pour conjurer un péril entrevu. Elle en trouva un.

—Casimir, commanda-t-elle, cherchez dans les poches de M. de Chalusse la clef de son secrétaire.

Tout ébahi de ce qu’il jugeait un nouveau caprice, le valet de chambre obéit.

Il fouilla les vêtements épars sur le tapis, et de la poche du gilet retira une clef.

Elle était fort petite, ouvragée et découpée comme toutes les clefs des serrures de sûreté.

Mlle Marguerite la prit, en disant d’un ton bref:

—Un marteau.

On lui en apporta un.

Aussitôt, à la stupeur profonde du médecin, elle s’agenouilla devant la cheminée, posa à faux la clef sur un des chenêts de fer forgé, et d’un coup sec du marteau, la fit voler en éclats.

—Comme cela, prononça-t-elle, en se relevant, je serai tranquille.

On la regardait, elle crut devoir justifier jusqu’à un certain point sa conduite.

—Je suis certaine, dit-elle aux gens, que M. de Chalusse approuvera ma détermination. Quand il sera rétabli, il fera faire une autre clef.

L’explication était superflue. Il n’était pas un domestique qui ne crût deviner quel mobile l’avait guidée, pas un qui ne se dît à part soi:

—Mademoiselle a raison... Est-ce qu’on touche jamais au secrétaire d’un mourant! Qui sait ce qu’il y a de millions dans celui-ci?... S’il y manquait quelque chose, on accuserait tout le monde... La clef brisée, il n’y aura pas de soupçon possible.

Mais le docteur se livrait à de bien autres conjectures.

—Que peut-il bien y avoir dans ce secrétaire qu’elle ne veut pas qu’on voie, pensait-il.

Cependant, il n’avait plus de raison de prolonger sa visite.

Une fois encore, il examina le malade, dont la situation restait la même, et après avoir expliqué ce qu’il y avait à faire en son absence, il déclara qu’il allait se retirer, pressé qu’il était par quantité de visites urgentes, ajoutant qu’il reviendrait vers minuit.

—Mme Léon et moi, veillerons M. de Chalusse, répondit Mlle Marguerite, ainsi, monsieur, vos prescriptions seront suivies à la lettre. Seulement... vous ne trouverez pas mauvais, je l’espère, que je fasse prier le médecin de M. le comte de venir vous prêter le concours de ses lumières...

M. Jodon trouvait cela très-mauvais, au contraire, d’autant plus mauvais que dix fois pareille mésaventure lui était arrivée dans ce quartier aristocratique. Survenait-il un accident, on l’appelait, parce qu’on l’avait là, sous la main; il donnait les premiers soins, il se flattait d’avoir conquis un client, et pas du tout, quand il se représentait, il trouvait quelque docteur illustre, venu de loin en voiture...

S’attendant à quelque chose de ce genre, il sut cacher son dépit.

—A votre place, mademoiselle, répondit-il, j’agirais comme vous... Si même vous jugez inutile que je me dérange...

—Oh! monsieur, je compte sur vous au contraire.

—En ce cas, très-bien...

Il salua; il se retirait, Mlle Marguerite le suivit sur le palier.

—Vous savez, monsieur, lui dit-elle bas et très-vite, que je ne suis pas la fille de M. de Chalusse... Vous pouvez donc m’avouer la vérité: son état est-il désespéré?

—Alarmant, oui; désespéré, non.

—Cependant, monsieur, cette insensibilité effrayante...

—Est une des suites fréquentes de... l’accident dont il a été victime. Si nous le sauvons, la paralysie disparaîtra peu à peu, la faculté de mouvement reviendra progressivement.

Mlle Marguerite écoutait, pâle, émue, embarrassée... Il était évident qu’elle avait sur les lèvres une question qu’il lui coûtait horriblement d’adresser. Enfin, s’armant de courage:

—Et si M. de Chalusse ne doit pas être sauvé, balbutia-t-elle, mourra-t-il sans reprendre connaissance... sans prononcer une parole?...

—Je ne puis rien affirmer, mademoiselle... l’affection de M. de Chalusse est de celles qui déconcertent toutes les hypothèses de la science.

Elle remercia tristement, fit appeler Mme Léon et regagna la chambre du comte.

Quant au docteur, tout en descendant l’escalier, il se disait:

—Singulière fille!... A-t-elle peur que le comte ne reprenne connaissance?... Souhaite-t-elle au contraire qu’il puisse parler?... N’y a-t-il qu’une question de testament là-dessous?... Y a-t-il autre chose? C’est à s’y perdre...

L’effort de sa méditation était si intense, qu’il oubliait jusqu’à l’endroit où il se trouvait, et il s’arrêtait presque à chaque marche. Il fallut, pour le rappeler à la réalité, l’air frais de la cour; mais aussi sa nature de charlatan reprit immédiatement le dessus.

—Mon ami, ordonna-t-il à M. Casimir qui l’éclairait, vous allez, à l’instant, faire répandre de la paille dans la rue pour amortir le fracas des voitures... Demain vous préviendrez le commissaire de police.

Dix minutes après, en effet, il y avait un pied de paille sur la chaussée, et les passants, involontairement, ralentissaient le pas, chacun sachant à Paris ce que signifie cette lugubre litière étalée devant une maison.

M. Casimir qui avait surveillé l’opération exécutée par les palefreniers, s’apprêtait à rentrer quand un tout jeune homme, qui depuis plus d’une heure se promenait devant la maison, s’avança rapidement vers lui.

Il n’avait pas encore un poil de barbe, ce garçon, et il avait le teint plombé et des rides comme un vieux buveur d’eau-de-vie. Il avait l’air intelligent et encore plus impudent; une audace inquiétante pétillait dans ses yeux. Bien des cordes manquaient à sa voix éraillée, et son accent traînard était le plus pur qu’il y ait aux barrières.

Son costume délabré était celui de ces pauvres diables à qui les huissiers de Paris, qui gagnent cinquante mille francs par an, abandonnent généreusement cinquante francs par mois en échange de la plus écœurante besogne.

—Qu’est-ce que vous voulez? demanda M. Casimir.

L’autre salua humblement, en disant:

—Comment, m’sieu, vous ne me reconnaissez pas?... Toto... pardon! Victor Chupin, employé chez M. Isidore Fortunat.

—Tiens!... c’est ma foi vrai!

—Je venais, m’sieu, de la part du patron, vous demander si vous avez enfin obtenu les renseignements que vous espériez; mais, voyant qu’il y a du nouveau chez vous, je n’ai pas osé entrer, j’ai préféré vous guetter...

—Et bien vous avez fait, mon garçon. Des renseignements, je n’en ai pas... Ah! si! Le marquis de Valorsay est resté hier deux heures enfermé avec M. le comte... Mais à quoi bon!... M. le comte a eu un accident et il ne passera pas la nuit.

Victor Chupin eut un terrible soubresaut.

—Pas possible!... s’écria-t-il. C’est donc pour lui qu’on a vidé les paillasses dans la rue?

—C’est pour lui.

—A-t-il de la chance, cet homme-là!... Ce n’est pas pour moi qu’on ferait des frais pareils! C’est égal, j’ai comme une idée que le patron ne va pas casser ses bretelles de rire quand je vais lui dire ça. Enfin, merci tout de même, m’sieu, et au revoir...

Il s’éloignait, une idée soudaine le ramena.

—Excusez, fit-il avec une prestigieuse volubilité, je suis si ahuri que j’oubliais mes affaires... Dites-donc, m’sieu, quand le comte sera mort, c’est vous, n’est-ce pas qui commanderez le service... Eh bien! là, un conseil, n’allez pas aux pompes funèbres, venez chez nous, tenez, voilà l’adresse—il tendait une carte—nous traiterons pour vous avec les pompes, et nous nous chargerons de toutes les démarches. Ce sera plus beau et meilleur marché, par le moyen de certaines combinaisons de tarif... Tout, jusqu’au dernier pompon, est garanti sur facture, on peut vérifier pendant la cérémonie, on ne paye qu’après livraison... Hein! c’est dit.

Mais le valet haussait les épaules.

—Bast! fit-il négligemment, à quoi bon!

—Comment!... Vous ne savez donc pas que sur un service de première il y aurait peut-être deux cents francs de commission que nous partagerions?...

—Diable!... c’est à regarder. Passez-moi votre carte et comptez sur moi. Mes civilités à M. Fortunat, n’est-ce pas...

Et il rentra.

Resté seul, Victor Chupin tira de sa poche et consulta une grosse montre d’argent.

—Huit heures moins cinq, grommela-t-il, et le patron m’attend à huit heures... je n’ai qu’à jouer des jambes.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.

C’est un échantillon gratuit. S'il vous plaît acheter la version complète du livre pour continuer.