Jésus Eucharistie - Chiara Lubich - ebook

Jésus Eucharistie ebook

Chiara Lubich

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Opis

Les pensées et conversations de Chiara Lubich ont été réunies dans un seul ouvrage, utilisable aussi bien comme outil de catéchèse que comme livre de méditation.

« Tu es entré dans ma vie plus que l’air dans mes poumons, plus que le sang dans mes veines ». Cette confidence de Chiara Lubich exprime le profond rapport qu’elle a su instaurer durant sa vie avec Jésus Eucharistie, fondement sur lequel se base la spiritualité de l’unité. Comme le Concile Vatican II l’a réaffirmé avec conviction, l’Eucharistie produit des fruits inattendus qui la révèlent « sacrement d’unité », faisant naître une communauté nouvelle et des germes de résurrection dans l’histoire et dans la nature. Tout au long de son livre, à travers des extraits de son journal intime, des passages inédits de conversations, des textes publiés mais peu connus et des épisodes vivants et concrets, Chiara Lubich raconte sa graduelle découverte de Jésus Eucharistie dans sa vie personnelle et dans celle du Mouvement qu’elle a fait naître.Une narration qui devient « mystagogie » : proposition discrète du mystère qui convainc et entraine le lecteur vers la même expérience.

Un ouvrage simple et complet à la fois conçu pour un public large.

EXTRAIT

L’eucharistie ne produit pas seulement de bons fruits, des fruits de sainteté et d’amour. Son premier but n’est pas non plus d’augmenter notre unité avec Dieu et entre nous – comme généralement on comprend­ l’unité – ni de servir à nourrir la présence de Jésus au milieu de nous.

Le but de l’eucharistie est autre. L’eucharistie a pour finalité de nous faire devenir Dieu (par participation). En mêlant la chair vivifiée par l’Esprit Saint et la chair vivifiante du Christ avec la nôtre, elle nous divinise dans l’âme et le corps. Elle nous fait donc Dieu.

Or, Dieu ne peut demeurer qu’en Dieu. Voilà pourquoi l’eucharistie fait pénétrer dans le sein du Père l’homme qui s’en est nourri dignement. En Jésus, elle place l’homme dans la Trinité.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Chiara Lubich, née en Italie en 1920, est la fondatrice du mouvement des Focolari. Elle a publié de nombreux livres centrés sur la spiritualité de l’unité et le dialogue entre religions et cultures. Elle et son œuvre ont reçu diverses reconnaissances, dont en 1996 le Prix UNESCO de l’Education pour la Paix et en 1998 le Prix Européen des Droits de l’homme. Nouvelle Cité est l’éditeur de tous les ouvrages de Chiara Lubich parus en France, notamment Pensée et Spiritualité, qui offre une synthèse thématique de ses écrits, et Vivre l’instant présent qui en est à sa troisième édition.

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Chiara Lubich

JÉSUS

EUCHARISTIE

Textes choisis et présentés par Fabio Ciardi

Traduit de l’italien par Claire Perfumo

Spiritualité

Nouvelle Cité

Titre original : ChiaraLubich,Gesù eucaristia(a cura di Fabio Ciardi), © Città Nuova Editrice 2014, Via Pieve Torina, 55 – 00156 Rome

Composition : Pauline Wallet

Couverture : Laure d’Amécourt

Illustrations de couverture :

p. 1, photo © Mared Gimenez

p. 4, portrait de l’auteur – D.R.

© Nouvelle Cité 2014 pour l’édition papier.

© Nouvelle Cité, 2015 pour l’édition numérique.

Domaine d’Arny – 91680 Bruyères-le-Châtel

ISBN 9782853137553

DU MÊME AUTEUR AUX MÊMES ÉDITIONS

Méditations,2000 (53emille)

Petit manifeste inoffensif,1971

Aimer parce que Dieu est amour,1974

Qui vous écoute m’écoute,1978

Pourquoi m’as-tu abandonné ? Le secret de l’unité,1985

La Vie est un voyage,1987

Paroles prises 99 x 4,1987

Six sources où puiser Dieu,1989

La Parole se fait vie,1990

L’Aventure de l’unité,interview réalisée par Franca Zambonini, 1991

Sur les pas du ressuscité,1992

Travailler comme des dockers, Prier comme des anges,1992

Amour, Famille et unité,1993

Le Christ au cœur des siècles,1995

Comme un diamant,1996

Pour un monde uni,1997

La Souffrance,1998

L’Art d’aimer en famille,1999 (nouvelle édition 2002)

Le Cri(Jésus crucifié et abandonné dans l’histoire et la vie des Focolari), 2000

Vivre l’instant présent,2002

Pensée et spiritualité,2003

Marie transparence de Dieu,2003

Une spiritualité de communion,2004

Un nouvel art d’aimer,2006

La Parole de Dieu,2008

Lettres des premiers temps (1943-1949),préface de François-Marie Léthel, 2010

La Volonté de Dieu mode d’emploi,2011

Vivre la Parole de Dieu,2012

Le Frère,2012

L’Amour réciproque,2013

Sommaire

Présentation de la collection

Introduction

Note de lecture

Avant-propos

L’eucharistie résumée en un mot

La « petite page »

1. – Une « affaire » entre lui et moi

Donne-moi ta lumière et ta chaleur

Dans la cathédrale de Trente, à la recherche de la vérité

Dans la maison de Lorette et dans le tabernacle

Monter ses livres au grenier

Tu es tout et je ne suis rien

Ma nourriture préférée, que je ne négligeais jamais

Un pacte d’amour réciproque

Au sein de la première communauté

Dans le train

Le pacte d’unité en Jésus eucharistie

L’audience avec le Tout-puissant

En Terre Sainte

Gratitude

Quelle audace de parler de toi

Le moteur de toute notre vie

Le petit autel de la Suisse…

2. – Une vie nuptiale

La goutte d’eau dans le calice

Une messe vivante

Une semence qui porte du fruit

Sa messe, notre messe

Il devait rester sur la terre

Elle est inconcevable

Il brille plus que le soleil

Le moment le plus important de la journée

Sur tous les points de la terre

Énergie divine

Le Royaume de Dieu parmi les hommes

Rester immobile à attendre

Monologue face au tabernacle

La différence entre le ciel et la terre ?

Pouvoir te parler chaque matin

Le chef-d’œuvre de Jésus

Nous n’avons rien d’autre à te demander

L’angoisse qui n’a aucune raison d’être

Je dis : toi

Entrons en Dieu

Ton amour est personnel

Je lui parle au nom de l’humanité

La terre n’est pas restée froide

Nostalgie

Il est tout pour moi

Adorer

Quand tu vas présenter ton offrande

Notre fête

Moi en eux

Divine coexistence

Poussé par l’amour

Un saint spécialiste de l’eucharistie

Il a laissé l’Esprit Saint

Tendre à la sainteté

Le soleil qui se lève chaque jour

Les noces de mon âme et de la sienne

Il divinise la journée

Aspirer au banquet final

La grande trouvaille de Dieu

Je suis là auprès de toi

L’eucharistie en Jésus abandonné

Il est présent chez moi

3.– À la découverte du mystère eucharistique

Tournées vers le tabernacle

Il prend notre place

Mettez votre cœur à côté du sien

Un aspect caractéristique de notre spiritualité

L’audience

Provisions

Le remède contre les divisions

Où trouver Dieu Amour

Le moyen d’avoir Jésus au milieu

L’eucharistie et l’idéal de l’unité

Donner sa vie pour le monde

L’eucharistie fait l’Église : l’Église fait l’eucharistie

Le plus fort coefficient pour la pleine unité

L’importance de la messe

La chair de Marie

C’est l’eucharistie qui fait l’unité

L’eucharistie, secret de l’unité

Un avec Jésus, un entre nous

Un rapport nuptial entre l’incréé et le créé

L’eucharistie qui transforme le cosmos

Le tabernacle

L’eucharistie aide à construire le « château extérieur »

Pour vivre la Trinité

Conclusion

Bibliographie de Chiara Lubich en français aux éditions Nouvelle Cité

Ouvrages de Chiara Lubich

Sur la pensée de Chiara Lubich

Sur Chiara Lubich et le mouvement des Focolari

Dans la même collection

Fin

Présentation de la collection

« Ne laisse que l’Évangile à ceux qui te suivent. » Cet Évangile, Chiara Lubich l’a décliné de multiples façons et résumé en douze points principaux : Dieu-amour, la volonté de Dieu, la Parole de Dieu, l’amour du prochain, le commandement nouveau, l’eucharistie, le don de l’unité, Jésus crucifié et abandonné, Marie, l’Église-communion, l’Esprit Saint, Jésus présent au milieu de nous. Ces points sont une référence perma­nente gravée dans l’âme et dans la vie de milliers de personnes vivant sous toutes les latitudes, mais il manquait­ un texte posthume rassemblant des extraits, y compris des extraits inédits, qui les illustrent à travers :

– une dimension de témoignage personnel montrant la façon dont Chiara Lubich les a compris, approfondis et vécus ;

– une dimension de pénétration du mystère de Dieu et de l’homme ;

– une dimension d’incarnation dans les réalités humaines, à caractère communautaire, en accord avec Vatican II (cf. LG 9).

Il s’agit de douze livres utiles à ceux qui souhaitent :

– être accompagnés dans leur vie spirituelle par une grande maîtresse spirituelle ;

– approfondir l’aspect de communion de la vie chrétienne et ses implications au sein de l’Église et de l’humanité ;

– pouvoir rencontrer Chiara Lubich dans la vie de tous les jours, connaître sa pensée et trouver des éléments autobiographiques en filigrane.

Introduction

Nous étions le 24 janvier 1944 quand, à sa grande surprise, Chiara s’est entendu dire que le moment où Jésus avait le plus souffert, c’était lorsqu’il avait crié sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Immédiatement, elle a décidé de construire toute sa vie autour de lui à travers cette manifestation extrême d’amour. Ce jour-là a laissé une empreinte indélébile dans l’existence de Chiara Lubich et de son mouvement.

Le commandement nouveau de l’amour réciproque qui, avec l’idéal de l’unité, a jailli avec force de l’Évangile qu’elle lisait dans les abris antiaériens avec ses compagnes­, à la lumière d’une bougie, lors des alertes pendant la guerre, a été une autre pierre angulaire, et la mise en pratique de ce commandement allait devenir le but de sa vie.

Quant à la découverte de la grandeur de Marie, Mère de Dieu, elle est liée à un moment de lumière particulier, probablement le 19 juillet 1949, alors que Chiara se trouvait à Tonadico, dans les Dolomites.

On peut aisément repérer d’autres lieux et moments précis au cours desquels les éléments constitutifs de la spiri­tua­lité de l’unité sont apparus l’un après l’autre, en l’espace de quelques années seulement.

Il n’en va pas de même de Jésus eucharistie, qui est présent depuis toujours dans la vie de Chiara, de manière réelle et imperceptible. Sa mère ayant l’habitude d’aller à la messe et de communier tous les jours, c’est tout naturellement qu’elle suivait son exemple. Les personnes venues peu à peu constituer la nouvelle famille évangélique qui était en train de se former en feront autant. Même si elles ne prenaient pas quotidiennement part à la célébration eucharistique, une fois entrées en contact avec Chiara et sa communauté, elles ressentaient le besoin d’approcher la communion tous les jours, sans que personne ne les y pousse. Pasquale Foresi, devenu par la suite le premier focolarino prêtre, raconte par exemple que, lorsqu’il a rencontré­ Graziella­ De Luca, l’une des premières­ compagnes­ de Chiara, il lui a demandé ce qu’elles pensaient­ de l’eucharistie. « J’ai compris que, pour les focolarini, c’était quelque chose d’essentiel, qui créait cette unité dont elle m’avait parlé. J’en suis resté stupéfait, et c’est ainsi que j’ai commencé à communier tous les jours, sans que personne ne me le demande 1. »

Nombreux sont les témoignages illustrant le lien qui unissait les premiers membres du Mouvement naissant à Jésus eucharistie, mais aussi les manifestations d’amour envers lui. Giosi Guella raconte qu’il leur arrivait souvent de se retrouver autour du tabernacle pour lui chanter les chansons d’amour qu’ils écoutaient à la radio. Une page de son journal intime constitue un exemple très parlant du dialogue qui s’instaurait avec Jésus eucharistie, interlocuteur de la vie de chacun :

« J’étais en train de réciter ma prière d’action de grâce au moment de la communion. Je sentais que mon cœur était aride, tellement que j’ai adressé ces mots à Jésus : Tu vois, Jésus, quelle pauvre créature je suis. Je ne sais pas quoi Te dire, ni comment T’aimer ni quoi faire pour Toi afin de Te montrer mon amour… Sans tenir compte de cet amer constat, une voix venue de l’intérieur a passé mes lèvres : “Même si personne ne T’aimait, Jésus, Toi, regarde-moi. Je suis là, Jésus. Je T’aime pour tous les autres !” Immédiatement, j’ai eu l’impression que mon âme était debout, telle qu’un soldat prêt au combat, et je n’ai plus eu peur. Mes constats antérieurs étaient ceux de mon être faible, fragile et tâtonnant. Ma résolution ultérieure était la sienne, celle de Jésus qui avait remplacé mon néant. J’ai essayé de m’effacer complètement pour que Lui, qui avait pris sa place, puisse être vraiment roi, et je me suis sentie reine à ses côtés. Au cours de cette journée, j’ai senti une grande force en moi. Je ne percevais plus les contrariétés comme telles. Peut-être découvrais-je l’amour de Jésus pour moi en toute chose parce que je m’étais placée face à Lui. Et, plus je Le découvrais, plus je m’anéantissais pour Lui 2. »

Aletta (Vittoria Salizzoni) témoigne elle aussi du fait que, dès le début, les membres du Mouvement étaient très conscients de la présence de Jésus dans l’eucharistie :

« “C’est Dieu qui est resté sur la terre”, pensions-nous. Il était alors logique pour nous de la recevoir [l’eucharistie] tous les jours, et nous attendions ce moment. À la “casetta”, nous nous levions de bonne heure et nous nous plongions dans un profond recueillement. D’un commun accord, nous observions le silence total afin de bien nous préparer à cette rencontre avec Dieu, puis nous nous rendions­ ensemble à la messe qui était célébrée à un horaire très matinal 3. »

Une autre expérience des premiers temps, faite cette fois par Palmira Frizzera, révèle le lien de plus en plus étroit que Chiara et ses compagnes percevaient entre l’eucharistie et la vie de communion :

« L’amour réciproque et l’unité pleine et entière entre nous et Chiara étaient si importants que nous ne parvenions littéralement pas à aller recevoir l’eucharistie s’il n’y avait pas d’abord la présence de Jésus au milieu de nous. Une petite expérience personnelle. Je pense que c’était en 1947, lorsque je vivais place des Capucins. Ce matin-là, très vite je me suis retrouvée seule avec Natalia au focolare, parce que Chiara et les autres focolarines étaient déjà parties à la messe à l’église des Capucins. J’étais en retard et je devais nettoyer mes chaussures, mais je n’ai pas trouvé la brosse à sa place. J’ai adressé des reproches à Natalia, qui ne l’avait pas remise dans le placard. Elle m’a demandé pardon en me la tendant avec beaucoup de douceur. J’ai frotté mes chaussures en vitesse et j’ai couru à l’église où la messe était déjà commencée. Il y avait un peu de monde. Je me suis agenouillée dans le deuxième banc près de la porte latérale et je me suis voilé la tête, comme le voulait l’usage en ce temps-là. Je n’étais pas en paix et j’avais le sentiment très aigu que je ne pourrais pas aller communier parce que j’avais manqué de charité envers Natalia. Pourtant, je n’avais pas le courage de quitter l’église, par honte et par amour-propre. Au moment du Notre Père, je me suis fait violence : j’ai enlevé mon voile, je suis sortie par la porte latérale et, en un instant, je me suis retrouvée devant Natalia qui s’apprêtait à partir au travail. Lorsque je lui ai demandé pardon, elle a répliqué : “Mais de quoi ?” “Au sujet de la brosse…” Alors, Natalia, animée de cet amour qui l’a si bien caractérisée tout au long de sa vie, m’a répondu : “Je ne m’en étais même pas aperçue !” C’était logique puisqu’elle avait toujours aimé, contrairement à moi… J’ai couru à l’église et je suis arrivée juste à temps pour recevoir l’eucharistie, en dernier. Ce fut la plus belle communion de ma vie 4. »

Jésus eucharistie était donc tellement présent et vivant parmi les membres de la première communauté du Mouvement­ qu’aucun ne jugeait nécessaire de le thématiser. Il était là et cela leur suffisait. Pour eux, il était si naturel de le sentir constamment à leurs côtés et de traiter avec lui que, plus tard, lorsque la nouvelle spiritualité a commencé à s’articuler en différents points, la question de savoir s’il fallait vraiment considérer Jésus eucharistie comme un de ses éléments particuliers s’est posée. N’appartenait-il pas simplement au patrimoine commun de l’Église ? Chiara elle-même raconte :

« À l’époque, nous parlions peu de cet immense don de Dieu. Toute notre vie et toutes nos paroles se concentraient sur l’amour des autres et sur l’amour réciproque. Mais, de la même façon que les bébés tètent spontanément le sein de leur mère pour se nourrir, nous, mus par un instinct divin, celui de l’Esprit Saint qui était dans notre cœur, nous ne pouvions pas vivre un seul jour sans recevoir ce Pain de vie 5. »

Il faudra attendre 1976 pour que Chiara éprouve le besoin de traiter explicitement de l’eucharistie dans une série de conversations. Les thèmes qu’elle traitera alors seront rassemblés dans un livre déjà intitulé Jésus eucharistie en 1977.

Entre-temps, pourtant, on avait peu à peu pris conscience de la nouveauté du charisme tandis que l’on avait commencé à mieux comprendre le lien étroit qui unissait l’eucharistie à ce charisme et à toutes les compo­santes de la spiritualité. Même si l’eucharistie faisait partie des pratiques de piété de l’époque, on percevait déjà des traits particuliers, notamment son rapport avec l’amour réciproque et l’unité.

C’est surtout au cours de l’été 1949 que Jésus eucharistie acquiert une place centrale bien particulière. En effet, cette année-là, alors que Chiara se trouve à Tonadico, dans les Dolomites du Trentin, elle reçoit des dons de lumière singuliers qui lui font comprendre le mystère chrétien. Le début de cette période de grâces, qui s’est prolongée­ durant des mois, est marqué précisément par la réalité de Jésus eucharistie.

Comme elle a eu maintes fois l’occasion de le raconter, Igino Giordani 6, à qui elle avait donné le nom de Foco, est venu la voir durant ces jours-là.

Un jour, Foco me fit une proposition : me faire un vœu d’obéissance. […] Ce faisant, il pensait obéir à Dieu. […]

Je lui répondis à peu près ceci : « Il se peut que ce que tu proposes soit une vraie inspiration de Dieu. Il faut donc en tenir compte. Mais cette unité à deux ne me dit pas grand-chose, car tous doivent être un. »

Et j’ajoutai : « Tu connais ma vie. Je ne suis “rien” », parce que je vivais Jésus abandonné. « Je veux vivre, en effet, comme Jésus abandonné qui s’est complètement anéanti. Toi aussi, tu n’es “rien” parce que tu vis de la même manière. »

« Eh bien, demain, nous irons à l’église et, à Jésus eucharistie qui viendra dans mon cœur comme dans un calice vide, je dirai : “Sur mon rien, fais un pacte d’unité avec Jésus eucharistie dans le cœur de Foco. Et fais en sorte, Jésus, que se tisse entre nous un lien tel que tu le vois.” »

Puis j’ai ajouté : « Et toi, Foco, fais de même. »

C’est ce que nous avons fait et nous sommes sortis de l’église. Foco devait rentrer par la sacristie pour tenir une conférence aux religieux. Je me suis sentie poussée à retourner à l’église. J’y entre et je vais devant le tabernacle. Je m’apprête à prier Jésus eucharistie et à dire : « Jésus. » Mais j’en suis incapable. En effet, Jésus, qui était dans le tabernacle, était aussi ici, en moi, j’étais moi aussi Jésus, c’était moi, j’étais tout un avec lui. Je ne pouvais donc pas m’appeler moi-même. Et là, je me suis entendue prononcer­ spontanément le mot : « Père ». Et, au même instant, je me suis trouvée dans le sein du Père 7.

Bien des années plus tard, Chiara mettra elle-même en lumière la place centrale de Jésus eucharistie dans ce pacte d’unité, qui diffère du pacte d’amour réciproque conclu précédemment :

Quelle est la nouveauté de ce pacte ? La nouveauté, c’est l’eucharistie, parce que le rien se vit aussi dans l’amour réciproque. Or, c’est là, sur ce rien, que l’eucharistie est descendue. Elle a fait le lien [entre nous deux] et elle nous a fait devenir un autre Christ, jusqu’à nous faire entrer dans le sein du Père.

Or, c’est très important, parce que, si nous voulons être Jésus, nous devons faire notre part, c’est l’ascèse, et donc nous aimer. Mais, pour créer l’unité, précisément l’unité, nous devons avoir l’eucharistie. De fait, Jésus ne nous a jamais donné un commandement d’unité. Il ne nous a jamais demandé d’être unis, mais il a prié pour l’unité, et la grâce qu’il a obtenue, c’est l’eucharistie qui nous fait un, qui fait de nous un seul corps et une seule âme.

La part que nous devons faire, c’est l’amour réciproque, l’ascèse ; la part mystique vient de Dieu, l’eucha­ristie, qui produit ses effets sur notre amour réciproque : il nous fait un, il nous fait devenir le Christ, le Christ, le Christ, le Christ, tous le Christ 8.

Ce « pacte », comme l’a écrit le bibliste Gérard Rossé, « crée entre les deux parties les conditions qui donnent à l’eucharistie la valeur de sacrement de l’unité : l’unique Christ présent dans chaque cœur fait d’eux un seul corps, le Christ 9 ».

Jesús Castellano Cervera, un grand connaisseur de la théologie spirituelle et plus particulièrement de la théologie eucharistique, a observé à son tour que, dans l’histoire de l’Église, les expériences spirituelles mystiques spécifiques à l’eucharistie ont été nombreuses et sont souvent liées à la naissance d’une spiritualité, à la manifestation d’un aspect fondamental particulier de la doctrine de l’Église sur l’eucharistie. Cependant, l’expérience de Chiara lui fait dire que « l’Église a vécu une expérience eucharistique et trinitaire très profonde qui correspond à la révélation du pain de vie dans l’évangile de Jean, peut-être pour la première fois dans son histoire. […] C’est à ce moment-là que la grâce de l’eucharistie, qui fait d’une multitude d’hommes un seul, se déploie avec une intensité toute particulière 10 ».

Cette expérience de la pleine transformation de Chiara et de Foco dans l’unique Christ n’est pas une fin en soi mais nous introduit dans le sein du Père, le but vers lequel chemine le Fils. C’est la réalisation du dessein de Dieu qui, en nous faisant revivre avec le Christ, « nous a ressus­cités avec lui et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus » (cf. Ep 2,4-6).

Grâce à l’ensemble du récit, nous savons que le « pacte » a été précédé du désir de vivre constamment la Parole de vie, et qu’il a été suivi d’une intense communion réciproque entre Chiara et ses premières compagnes, mais aussi d’une prise de conscience, celle d’être envoyée dans le monde pour faire part des réalités du Ciel qu’elle avait contemplées. C’est donc une expérience qui nous permet de comprendre pleinement la vie eucharistique, avec toutes ses exigences, comme le relève encore Castellano.