Famille-Sans-Nom - Jules Verne - ebook

Famille-Sans-Nom ebook

Jules Verne

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Opis

Le roman „La famille sans nom” emmène le lecteur européen à l’étranger, dans les étendues du continent nord-américain, jusqu’à la partie du continent appelée le Canada, et raconte le soulèvement des colons français au Québec. Les Canadiens cherchent à se libérer du contrôle de la couronne britannique. L’avocat Morgaz a trahi les rebelles et a dû errer avec sa famille sans rester longtemps au même endroit. Installé à la frontière avec les Etats-Unis, Morgaz ne résiste plus au stress et se tire.

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Jules Verne

Famille-Sans-Nom

Varsovie 2019

Table des matières

PREMIÈRE PARTIE

Quelques faits, quelques dates

Douze années avant

Un notaire huron

La villa Montcalm

L’inconnu

Le Saint-Laurent

De Québec à Montréal

Un anniversaire

Maison-Close

La ferme de Chipogan

Le dernier des Sagamores

Le festin

Coups de fusil au dessert

DEUXIÈME PARTIE

Premières escarmouches

Saint-Denis et Saint-Charles

M. de Vaudreuil à Maison-Close

Les huit jours qui suivent

Perquisitions

Maître Nick à Walhatta

Le fort Frontenac

Joann et Jean

L’île Navy

Bridget Morgaz

Expiation

Derniers jours

Nuit du 20 décembre

Dernières phases de l’insurrection

PREMIÈRE PARTIE

I

Quelques faits, quelques dates

« On plaint ce pauvre genre humain qui s’égorge à propos de quelques arpents de glace », disaient les philosophes à la fin du xviii siècle — et ce n’est pas ce qu’ils ont dit de mieux, puisqu’il s’agissait du Canada, dont les Français disputaient alors la possession aux soldats de l’Angleterre.

Deux cents ans avant eux, au sujet de ces territoires américains, revendiqués par les rois d’Espagne et de Portugal, François I s’était écrié : « Je voudrais bien voir l’article du testament d’Adam, qui leur lègue ce vaste héritage ! » Le roi avait d’autant plus raison d’y prétendre, qu’une partie de ces territoires devait bientôt prendre le nom de Nouvelle-France.

Les Français, il est vrai, n’ont pu conserver cette magnifique colonie américaine ; mais sa population, en grande majorité, n’en est pas moins restée française, et elle se rattache à l’ancienne Gaule par ces liens du sang, cette identité de race, ces instincts naturels, que la politique internationale ne parvient jamais à briser.

En réalité, les « quelques arpents de glace », si dédaigneusement qualifiés, forment un royaume dont la superficie égale celle de l’Europe.

Un Français avait pris possession de ces vastes territoires dès l’année 1534.

C’est au cœur même de cette contrée que Jacques Cartier, originaire de Saint-Malo, poussa sa marche audacieuse, en remontant le cours du fleuve, auquel fut donné le nom de Saint-Laurent. L’année suivante, le hardi Malouin, portant plus avant son exploration vers l’ouest, arriva devant un groupe de cabanes – Canada en langue indienne – d’où est sortie Québec, puis, atteignit cette bourgade d’Hochelaga, d’où est sortie Montréal. Deux siècles plus tard, ces deux cités allaient successivement prendre le titre de capitales, concurremment avec Kingston et Toronto, en attendant que, dans le but de mettre fin à leurs rivalités politiques, la ville d’Ottawa fut déclarée siège du gouvernement de cette colonie américaine, que l’Angleterre appelle actuellement DominionofCanada.

Quelques faits, quelques dates, suffiront à faire connaître les progrès de cet important état depuis sa fondation jusqu’à la période de 1830 à 1840, pendant laquelle se sont déroulés les événements relatifs à cette histoire.

Sous Henri IV, en 1595, Champlain, un des bons marins de l’époque, revient en Europe après un premier voyage, pendant lequel il a choisi l’emplacement où sera fondée Québec. Il prend part alors à l’expédition de M. de Mons, porteur de lettres patentes pour le commerce exclusif des pelleteries, qui lui accordent le droit de concéder des terres dans le Canada. Champlain, dont le caractère aventureux ne s’accommode guère des choses du négoce, tire de son côté, remonte de nouveau le cours du Saint-Laurent, bâtit Québec en 1606. Depuis deux ans déjà, les Anglais avaient jeté les bases de leur premier établissement d’Amérique sur les rivages de la Virginie. De là, les germes d’une jalousie de nationalité ; et même, dès cette époque, se manifestent les prodromes de cette lutte que l’Angleterre et la France se livreront sur le théâtre du nouveau monde.

Au début, les indigènes sont nécessairement mêlés aux diverses phases de cet antagonisme. Les Algonquins et les Hurons se déclarent pour Champlain contre les Iroquois, qui viennent en aide aux soldats du Royaume-Uni. En 1609, ceux-ci sont battus sur les bords du lac, auquel on a conservé le nom du marin français.

Deux autres voyages – 1613 et 1615 – conduisent Champlain jusque dans les régions presque inconnues de l’ouest, sur les bords du lac Huron. Puis, il quitte l’Amérique et revient une troisième fois au Canada. Enfin, après avoir donné de tête et de bras contre des intrigues de toutes sortes, il reçoit, en 1620, le titre de gouverneur de la Nouvelle-France.

Sous ce nom se crée alors une compagnie, dont la constitution est approuvée par Louis XIII en 1628. Cette compagnie s’engage à faire passer en Canada, dans l’espace de quinze ans, quatre mille Français catholiques. Des quelques vaisseaux expédiés à travers l’Océan, les premiers tombent aux mains des Anglais, qui s’avancent à travers la vallée du Saint-Laurent et somment Champlain de se rendre.

Refus de l’intrépide marin, auquel le manque de ressources et de secours impose bientôt une capitulation – honorable d’ailleurs – qui, en 1629, donne Québec aux Anglais. En 1632, Champlain repart de Dieppe avec trois vaisseaux, reprend possession du Canada, restitué à la France par le traité du 13 juillet de la même année, jette les fondements de villes nouvelles, établit le premier collège canadien sous la direction des Jésuites, et meurt le jour de Noël – en 1635 – dans le pays conquis à force de volonté et d’audace.

Pendant quelque temps, des relations commerciales se nouent entre les colons français et les colons de la Nouvelle-Angleterre. Mais les premiers ont à lutter contre les Iroquois, qui sont devenus redoutables par leur nombre, car la population européenne n’est encore que de deux mille cinq cents âmes. Aussi la compagnie, dont les affaires périclitent, s’adresse-t-elle tout d’abord à Colbert, qui envoie le marquis de Tracy à la tête d’une escadre. Les Iroquois repoussés reviennent bientôt à la charge, se sentant soutenus par les Anglais, et un horrible massacre de colons s’accomplit dans le voisinage de Montréal.

Cependant, si, en 1665, la population s’est accrue du double, ainsi que le domaine superficiel de la colonie, il n’y a encore que treize mille Français en Canada, tandis que les Anglais comptent déjà deux cent mille habitants de race saxonne dans la Nouvelle-Angleterre. La guerre recommence.

Elle prend pour théâtre cette Acadie, qui forme actuellement la Nouvelle-Écosse, puis, s’étend jusqu’à Québec, d’où les Anglais sont repoussés en 1690. Enfin le traité de Ryswick – 1697 – assure à la France la possession de tous les territoires que la hardiesse de ses découvreurs, le courage de ses enfants, avaient fait siens dans le Nord-Amérique. En même temps, les tribus insoumises, Iroquois, Hurons et autres, se mettent sous la protection française par la convention de Montréal.

En 1703, le marquis de Vaudreuil, fils d’un premier gouverneur de ce nom, est nommé au gouvernement général du Canada, que la neutralité des Iroquois rend plus aisé à défendre contre les agressions des colons de la Grande-Bretagne. La lutte reprend dans les établissements de Terre-Neuve, qui sont anglais, et dans l’Acadie, qui, en 1711, échappe aux mains du marquis de Vaudreuil. Cet abandon va permettre aux forces anglo-américaines de se concentrer pour la conquête du domaine canadien, où les Iroquois, travaillés en dessous, redeviennent douteux. C’est alors que le traité d’Utrecht – 1713 – consomme la perte de l’Acadie, après avoir assuré pour trente ans la paix avec l’Angleterre.

Durant cette période de calme, la colonie fait de réels progrès. Les Français construisent quelques nouveaux forts, afin d’en assurer la possession à leurs descendants. En 1721, la population est de vingt-cinq mille âmes, et de cinquante mille en 1744. On peut croire que les temps difficiles sont passés. Il n’en est rien. Avec la guerre de la succession d’Autriche, l’Angleterre et la France se retrouvent aux prises en Europe, et, par suite, en Amérique. Il y a des alternatives de succès et de revers. Enfin le traité d’Aix-la-Chapelle – 1747 – remet les choses dans l’état où elles étaient au traité d’Utrecht.

Mais, si l’Acadie est désormais possession britannique, elle est demeurée bien française par les tendances générales de sa population. Aussi, le Royaume-Uni provoque-t-il l’immigration anglo-saxonne, afin d’assurer sa prépondérance de race dans les provinces conquises. La France veut en faire autant pour le Canada ; elle y réussit mal, et, sur ces entrefaites, l’occupation des territoires de l’Ohio rejette les rivaux en présence.

C’est alors, devant le fort Duquesne, récemment élevé par les compatriotes du marquis de Vaudreuil, que Washington apparaît à la tête d’une forte colonne anglo-américaine.

Franklin ne venait-il pas de déclarer que le Canada ne pouvait appartenir aux Français ? Deux escadres partent d’Europe – l’une de France, l’autre d’Angleterre. Après d’épouvantables massacres, qui ensanglantent l’Acadie et les territoires de l’Ohio, la guerre est officiellement déclarée par la Grande-Bretagne à la date du 18 mai 1756.

En ce même mois, sur une pressante demande de renforts faite par M. de Vaudreuil, le marquis de Montcalm vient prendre le commandement de l’armée régulière du Canada – quatre mille hommes en tout. Le ministre n’avait pu disposer d’un effectif plus considérable, car la guerre d’Amérique n’était pas populaire en France, si elle l’était à un rare degré dans le Royaume-Uni.

Dès le début de la campagne, premiers succès au profit de Montcalm. Prise du fort William-Henry, bâti au sud de ce lac George, qui forme le prolongement du lac Champlain.

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