Dans les coulisses du Marvel Cinematic Universe - Jean-Christophe Detrain - ebook

Dans les coulisses du Marvel Cinematic Universe ebook

Jean-Christophe Detrain

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Opis

Focus sur un phénomène cinématographiqueNous vous proposons de parcourir ensemble l’histoire assez extraordinaire des films des studios Marvel, depuis la création de Marvel Films à la sortie d’Iron Man, du succès colossal d’Avengers jusqu’au retour très attendu de Spider-Man. L’occasion de dévoiler les coulisses de près d’une décennie d’hégémonie du superhéros au cinéma et la création du fameux univers partagé du Marvel Cinematic Universe, dont l’impact a affecté l’ensemble de l’industrie hollywoodienne. Nous n’oublierons pas également de mentionner les personnalités ayant œuvré à cette aventure, aux premiers rangs desquelles le passionné de comics Kevin Feige.L'aventure de la plus célèbre franchise de superhéros au cinéma expliquée dans ce livre passionnant de bout en bout !EXTRAITSan Diego, Californie. En ce samedi 23 juillet 2006, le thermomètre affiche une température de 86 ° Fahrenheit, soit l’équivalent de trente de nos degrés Celsius. Une douceur dont les aficionados de l’annuelle Comic-Con, la grand-messe des fans de comics, séries et films dérivés, n’ont que faire. Massés dans les différents halls du Convention Center, ils sont surtout là pour voir les stars du milieu, et s’abreuver de news sur leurs franchises préférées, qu’elles soient sur papier ou sur les écrans.Pour la première fois depuis sa création en 1996, Marvel Studios, la division cinéma de Marvel Entertainment, viendra y présenter ses propres projets. Jusqu’ici, lorsqu’on mentionnait la Maison des idées (le petit nom de Marvel) dans les couloirs des conventions, c’était exclusivement pour parler de licences en développement dans d’autres studios, comme la Fox (avec les X-Men) ou Sony (avec le gentil voisin Spider-Man).Mais cette fois-ci, le fondateur et CEO Avi Arad est venu parler de ses films, ceux qu’il est amoureusement en train de développer avec son équipe, grâce à un joli prêt de 525 millions de dollars que viennent de leur accorder les banques.À PROPOS DE L’AUTEURLicencié en journalisme de l’Université Libre de Bruxelles, Jean-Christophe Detrain, dit « Faskil », roule sa bosse dans le monde des médias depuis le début des années quatre-vingt-dix. Ancien chroniqueur à la RTBF, puis rédacteur notamment pour les magazines Joystick et Humanoïde, il pose actuellement sa plume sur Geekzone.fr, site où il produit également le podcast mensuel Les Clairvoyants, entièrement consacré au MCU.

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Dans les coulisses du Marvel Cinematic Universede Jean-Christophe Detrain est édité par Third Éditions 32 rue d’Alsace-Lorraine, 31000 TOULOUSE [email protected]

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Édition : Nicolas Courcier et Mehdi El Kanafi Textes : Jean-Christophe Detrain Relecture : Morgane Munns et Zoé Soffer Mise en pages : Frédéric Tomé Couvertures : Benjamin Brard

Cet ouvrage à visée didactique est un hommage rendu par Third Éditions à la grande série de films du Marvel Cinematic Universe. L’auteur se propose de retracer un pan de l’histoire des films du Marvel Cinematic Universe dans ce recueil unique, qui décrypte les inspirations, le contexte et le contenu de cet univers à travers des réflexions et des analyses originales.

Les films du MCU sont des marques déposées de Marvel Studios, Marvel Entertainment et Sony Pictures. Tous droits réservés. Les visuels de couverture sont inspirés des visuels des films du MCU.

Édition française, copyright 2017, Third Éditions. Tous droits réservés.

ISBN 979-10-94723-71-5

AVANT-PROPOS

Jean-Christophe Detrain

Licencié en journalisme de l’Université Libre de Bruxelles, Jean-Christophe Detrain, dit « Faskil », roule sa bosse dans le monde des médias depuis le début des années quatre-vingt-dix. Ancien chroniqueur à la RTBF, puis rédacteur notamment pour les magazines Joystick et Humanoïde, il pose actuellement sa plume sur Geekzone.fr, site où il produit également le podcast mensuel Les Clairvoyants, entièrement consacré au MCU.

SAN DIEGO, Californie. En ce samedi 23 juillet 2006, le thermomètre affiche une température de 86 ° Fahrenheit, soit l’équivalent de trente de nos degrés Celsius. Une douceur dont les aficionados de l’annuelle Comic-Con, la grand-messe des fans de comics, séries et films dérivés, n’ont que faire. Massés dans les différents halls du Convention Center, ils sont surtout là pour voir les stars du milieu, et s’abreuver de news sur leurs franchises préférées, qu’elles soient sur papier ou sur les écrans.

Pour la première fois depuis sa création en 1996, Marvel Studios, la division cinéma de Marvel Entertainment, viendra y présenter ses propres projets. Jusqu’ici, lorsqu’on mentionnait la Maison des idées (le petit nom de Marvel) dans les couloirs des conventions, c’était exclusivement pour parler de licences en développement dans d’autres studios, comme la Fox (avec les X-Men) ou Sony (avec le gentil voisin Spider-Man).

Mais cette fois-ci, le fondateur et CEO Avi Arad est venu parler de ses films, ceux qu’il est amoureusement en train de développer avec son équipe, grâce à un joli prêt de 525 millions de dollars que viennent de leur accorder les banques.

Agglutinés dans une « petite » salle du Convention Center, la Room 6CDEF, quelque deux mille fans découvrent, un large sourire aux lèvres, les premières images d’Iron Man, le long-métrage adapté des comics du même nom, que le réalisateur Jon Favreau est en train de finaliser. On y parle aussi de L’Incroyable Hulk (The Incredible Hulk), que supervise le Français Louis Leterrier, et d’un certain Ant-Man qu’est venu présenter le cinéaste britannique Edgar Wright.

L’ambiance est électrique. Les fans de comics ont le sentiment d’enfin reconnaître les versions cinéma de leurs personnages favoris. Et non seulement l’acteur américain Robert Downey Jr. fait l’unanimité en Tony Stark, mais pour beaucoup, les extraits présentés proposent quelque chose de neuf dans un genre jusqu’alors un peu trop codifié. Une nouvelle race de films de super-héros est en train de naître, à mi-chemin entre la production indé et le blockbuster...

Plus que tout, le ton de ce que peut découvrir le public à l’écran s’avère au diapason de ses attentes, emballant à la fois les fans de comics, mais aussi les profanes cinéphiles. Avi Arad et ses petits camarades sont heureux : l’avenir s’annonce sous de bons augures pour le jeune studio. Comme quoi, on n’est effectivement jamais aussi bien servi que par soi-même.

Quand vient le moment des questions du public, un anonyme s’avance timidement vers le micro et interpelle Kevin Feige, alors bras droit d’Arad, et plus officiellement Président de la Production : « Vu la manière dont est constitué le nouveau studio aujourd’hui, et la façon dont fonctionnent dorénavant les choses, est-ce qu’il y a une plus grande probabilité d’un crossover ici et là, avec les personnages Marvel dans les films ? »

Après avoir esquissé un sourire amusé qui en dit long, Feige lance nonchalamment une petite bombe : « Si vous réfléchissez aux personnages que j’ai nommés, sur lesquels nous travaillons en ce moment, et si vous les mettez tous ensemble, ce n’est pas un hasard si cela pourrait un jour mener aux Avengers... »

La salle explose. Pas littéralement, mais presque. Ça hurle, ça applaudit, ça se pince aussi, surtout. Et pendant que tout le monde saute au plafond de joie, Feige ajoute : « Je pense que cette perspective nous enthousiasme tous beaucoup. »

La suite, on la connaît : en une dizaine d’années, et une quinzaine de films ayant accumulé plus de quatre milliards de dollars au box-office, Marvel Studios a réussi son pari complètement fou de créer un univers cinématique partagé rentable, le désormais célèbre Marvel Cinematic Universe (MCU en abrégé). Un succès qui lui a permis de rejoindre le club très fermé des gros studios qui comptent à Hollywood, et a incité la concurrence à emboîter le pas au concept de franchises évoluant dans un même univers. Un succès que personne n’avait vraiment vu venir, pas même ses fondateurs.

Interrogé récemment par le magazine Wired, Kevin Feige s’exprimait avec nostalgie sur les timides premiers pas du MCU : « On a commencé petit, avec le personnage de Clark Gregg, l’agent Coulson, parce qu’on voulait qu’il y ait une organisation gouvernementale qui fouine autour de ce que faisait Tony Stark dans le premier film Iron Man. Tony est un gros industriel de l’armement, et on sait que ça attirera l’attention du gouvernement. Alors, on s’est dit : “Hé, on est Marvel après tout, est-ce qu’on ne pourrait pas utiliser le SHIELD ?” Clark a fait un tellement bon boulot qu’on lui a écrit de plus en plus de scènes pendant la production. »

Le reste s’enchaîneraassez naturellement, et de manière plutôt organique : caméo de Nick Fury à la fin d’Iron Man, apparition surprise de Tony Stark à la fin de L’Incroyable Hulk, premières baffes distribuées par Black Widow dans Iron Man 2... Ce qui avait commencé modestement comme de petits easter eggs pour les fans évoluera assez rapidement en univers partagé, le MCU, culminant (une première fois) avec « l’assemblage » des Avengers en 2012. Tout cela sous le regard bienveillant du grand architecte de ce gigantesque crossover, l’incontournable Kevin Feige.

Nier le rôle central du bonhomme dans le succès de Marvel Studios serait un non-sens. Cette encyclopédie vivante des comics a fait ses premières armes dans l’ombre de Bryan Singer au début des années 2000, sur les films X-Men, pour grimper ensuite rapidement les échelons hiérarchiques, et ravir le trône de grand patron des studios Marvel en 2007.

De simple assistant, Feige est aujourd’hui devenu l’un des hommes les plus puissants d’Hollywood, hautement populaire et capable (comme on le verra dans cet ouvrage) de faire plier les puissants, tel Disney, pour obtenir ce qu’il veut. Son « bébé », le MCU, succès à la fois critique et commercial, a fait des envieux parmi la concurrence. Qu’il s’agisse de Warner (avec la franchise cinéma basée sur les comics DC) ou, plus récemment, d’Universal (avec l’univers partagé autour de monstres classiques du cinéma), tout le monde tente de reproduire la formule magique. Mais comme pour les scientifiques du MCU, tentant de percer les mystères du super-sérum inventé par le professeur Erskine, leurs tentatives n’ont jusqu’ici engendré que de pâles copies, voire de franches abominations.

Pour tenter de comprendre comment cette entreprise un peu folle a pu se concrétiser et devenir en quelques années une machine à imprimer des dollars, nous vous proposons de parcourir ensemble l’histoire assez extraordinaire des studios Marvel, depuis la création de Marvel Films, jusqu’au retour très attendu de Spider-Man sur les grands écrans au mois de juillet 2017. Sans oublier, bien évidemment, de faire un petit détour par la télévision, sur les chaînes ABC et Netflix, où le MCU a également étendu sa toile.

Alors, si vous êtes prêts, amis true believers, nous activons la Pierre du Temps et vous invitons à nous suivre. Première étape : la fin des années 1990, une sale période pour Marvel, la maison-mère de nos héros favoris, à deux doigts de mettre la clé sous la porte...

PHASE - 0 :

La genèse de Marvel Studios

SI AUJOURD’HUI les Avengers et Les Gardiens de la Galaxie sont d’incontestables icônes populaires, synonymes de succès au box-office, à la fin des années quatre-vingt-dix, Marvel, la maison-mère de ces héros, passe à deux doigts de mettre la clé sous la porte. Chronique d’un sauvetage in extremis et d’une renaissance inespérée.

Nous sommes au milieu des années quatre-vingt. Pendant que Michael Jackson inonde les radios avec son album Thriller et que Steven Spielberg explose le box-office avec E.T., dans le monde des comic books, l’ambiance est plus morose. Les ventes sont en baisse constante depuis plusieurs années et rien ne semble indiquer un changement de tendance à court terme.

Dans un sursaut de survie, les différentes maisons d’édition tentent d’endiguer ce déclin. Et à ce jeu-là, c’est DC Comics, le concurrent historique de Marvel, qui s’en tire le mieux en proposant deux titres qui, en 1986, vont drastiquement changer le paysage des comics aux États-Unis : The Dark Knight Returns et Watchmen. Orientés vers un public plus adulte, ces deux séries vont permettre à DC de renouveler son lectorat et surmonter la crise.

Pendant ce temps-là, chez Marvel, c’est la Bérézina. Misant sur le statut d’objet de collection dont pense pouvoir se revendiquer le comic book, la Maison des idées va s’engager sur les chemins tortueux et risqués de la spéculation. Plutôt que de partir à la conquête d’un nouveau lectorat, l’éditeur va multiplier les gimmicks : couvertures multiples pour un même numéro, intégration d’hologrammes ou d’autres artifices pour leur donner un aspect plus luxueux, le tout combiné à une augmentation constante des prix (passés de 40 cents à 1 $ entre le début et la fin des années quatre-vingt).

De manière relativement prévisible, le public va rapidement lâcher prise. Mais ces bandes dessinées qui se verraient cachées dans des coffres-forts plutôt qu’exposées en bibliothèques vont attirer l’attention d’hommes d’affaires et de financiers qui n’y connaissent rien en comics mais flairent le filon et son potentiel de profits rapides. Parmi ceux-ci, un certain Ronald Perelman, président du holding MacAndrews & Forbes.

Le 6 janvier 1989, persuadé de s’offrir Superman, Perelman rachète Marvel pour 82 millions de dollars. Trois ans plus tard, déçu d’apprendre que le Kryptonien ne figure pas à son catalogue, il introduira l’éditeur en bourse pour tenter de rentabiliser son investissement. Perelman n’a que faire des comics, ce qui l’intéresse, c’est la valeur marchande des personnages. En outre, il se sert de la société (comme toutes celles qu’il possède) pour donner libre cours à sa frénésie d’acquisitions. Rapidement, dès 1994, l’année où ce qu’on a appelé la « bulle des comics » explose, les comptes de Marvel plongent dans le rouge.

Pour tenter d’endiguer l’hémorragie, le management cumule les mauvaises décisions : augmentation des prix, multiplication des titres, entraînant un regain de complexité dans un univers déjà difficile à appréhender pour les profanes. Des choix qui vont montrer très vite leurs limites et amener Marvel à se déclarer en faillite le 27 décembre 1996.

C’est ce moment que choisit un autre actionnaire, le redoutable Carl Icahn (considéré par beaucoup comme un fieffé maître-chanteur), pour entrer dans la danse. Lui non plus n’a aucune affinité avec les comics, mais voit dans cette situation un moyen efficace de se faire facilement de l’argent. Un bras de fer avec Perelman s’engage alors, arbitré par les banques qui, en accord avec le Chapitre 11 de la loi américaine sur la faillite, cherchent des solutions de redressement financier.

La première de ces solutions entraîne la fusion de Marvel avec ToyBiz, une société acquise à 46 % par le groupe en 1993, et détentrice depuis de l’exclusivité sur la production des jouets dérivés. La seconde décision prise implique la fondation d’une division cinéma, Marvel Studios (sur les cendres de Marvel Films), dont la tâche va consister à chercher à mettre en place des collaborations auprès des autres studios, sur la base des personnages du catalogue. À sa tête, les créanciers nomment Avi Arad, un homme d’affaires israélien aux dents longues, copropriétaire avec Ike Perlmutter (dont nous reparlerons) de la société de jouets ToyBiz, récemment engloutie par la Maison des idées.

Pendant ce temps, du côté des actionnaires, la tension monte d’un cran. Icahn et Perelman s’affrontent pour déterminer qui aura le droit de siéger sur le trône, et c’est finalement le premier qui décrochera le sésame, en juin 1997. Perelman se retire, vaincu. Mais tout n’est pas encore joué...

En juillet 1998, retournement de situation, les banquiers acceptent finalement un troisième plan, proposé par Arad. Convaincu que le scénario d’Icahn est une sombre arnaque, il réussit à convaincre les créanciers que les personnages de comics valent bien plus que ce qui est offert. Retour au vestiaire pour Icahn, pendant que les banques confient la gestion de Marvel aux gérants de ToyBiz : Arad et Perlmutter. Un moment-clé dans l’histoire de Marvel et le début d’une nouvelle ère.

L’avantage d’Arad sur ses prédécesseurs, c’est qu’il possède de réelles affinités avec l’univers des comics, il connaît la valeur des personnages vêtus de spandex et, surtout, il a quelques idées pour convertir leurs super-pouvoirs en jolis billets verts. Pour l’épauler, Perlmutter place Bill Jemas à la tête de la branche édition en janvier 2000, avec pour mission d’en redresser les finances au plus vite.

Au même moment, du côté des scénaristes et dessinateurs, le chant du cygne déclenche plutôt l’euphorie. Comme la société est toujours en situation critique, son pôle créatif tente le tout pour le tout, prend des risques, et sous l’impulsion de Jemas, va donner un grand coup de pied dans soixante-dix années de continuité, principal frein à la conquête de nouveaux lecteurs, souvent découragés par un historique aussi colossal.

Dans cette optique, de nombreuses initiatives vont voir le jour. Outre la ligne MAX (comics destinés à un public adulte) et Marvel Adventures (destinés, eux, aux plus jeunes), c’est surtout grâce aux initiatives Marvel Knights et Ultimate Marvel que la société va définitivement redresser la barre et s’ouvrir à de nouveaux marchés.

D’abord sous-traitée à Event Comics, une petite maison d’édition indépendante fondée par Joe Quesada et James Palmiotti, la gamme Marvel Knights va avoir pour mission de rebooter quatre personnages du catalogue : Black Panther, The Punisher, les Inhumans, mais surtout... Daredevil !

L’idée de génie du duo (qui va entre-temps être intégré à plein temps chez Marvel) sera d’impliquer le réalisateur de cinéma Kevin Smith dans le processus, en lui confiant les rênes d’un nouvel arc sur Matt Murdoch, le célèbre avocat aveugle, nommé The Man Without Fear. L’arrivée de Smith dans l’équation va soudainement attirer l’attention d’Hollywood et faire prendre conscience à l’industrie du septième art qu’il existe sans doute un réel potentiel financier dans l’adaptation des histoires de super-héros sur grand écran.

En parallèle de Marvel Knights, Jemas initie également la création d’Ultimate Marvel, un reboot complet de l’univers super-héroïque, imaginé en arcs narratifs courts (en moyenne six numéros), abandonnant la sérialisation classique (et parfois interminable) utilisée auparavant. En clair, les comics s’adaptent désormais à un format plus court : celui du cinéma. Génie. Les ventes explosent, notamment sous l’impulsion de poids lourds du milieu, comme les talentueux scénaristes Brian Michael Bendis et Mark Millar, et bien entendu le désormais incontournable Joe Quesada.

Le succès est double : Marvel sort enfin du rouge et Hollywood s’intéresse de très près au phénomène. Arad en profite pour se lancer, via la création de Marvel Studios en 1996, dans le licensing des personnages du catalogue à différents studios de cinéma. Pour faciliter le processus, il leur propose des paquets « clés en main », grâce auxquels il contrôle toute la phase de pré-production, s’occupant de commander les scénarios, dénicher des réalisateurs et des acteurs, et laissant aux studios le soin de gérer la production et la distribution.

Le premier projet à voir le jour sera Blade, produit par New Line en 1998, et son succès (130 millions de dollars de revenus pour un budget initial de 40) finira de convaincre Hollywood du potentiel des films de super-héros, permettant à Marvel de négocier la mise en chantier de deux des franchises cinématographiques les plus importantes de son histoire : celle des X-Men, produite par la 20th Century Fox et dont le premier film verra le jour en juillet 2000, et surtout celle de Spider-Man, produite par Sony, qui déboulera dans les salles obscures le 3 mai 2002.

D’autres longs-métrages verront le jour selon le même principe, notamment The Punisher (avril 2004) avec Lionsgate, Blade II (mars 2002), toujours avec New Line et Hulk (juin 2003) sous la bannière Universal Studios.

Mais Arad n’est pas satisfait. Il réalise que les rentrées d’argent de Marvel Studios sur de tels arrangements sont plutôt légères et cela ne sied guère à un businessman de sa trempe. À titre d’exemple, sur les deux premiers films Spider-Man de Raimi, qui ont rapporté la bagatelle de 1,6 milliard de dollars, on estime que Marvel Studios n’a encaissé qu’un maigre chèque de 75 millions. Trop peu pour Arad, et le signal qu’il est peut-être temps de changer de stratégie : plutôt que de sous-traiter la production et la distribution à d’autres studios, il réussit à convaincre le grippe-sou Perlmutter de dorénavant tout produire en interne.

Pour ce faire, Perlmutter engage David Maisel, à qui il confie les clés du studio et la mise en place d’une liste de films à développer. Maisel, qui connaît bien les ficelles hollywoodiennes, se charge de convaincre les banques d’avancer les sommes nécessaires à la mise en chantier du projet, et récolte au final de quoi financer une dizaine de films. L’avenir de Marvel Studios semble bien engagé.

Malheureusement, une brouille éclate rapidement entre Arad (président du studio) et Maisel (président du conseil d’administration), concernant principalement le choix des films à produire, et en mai 2006, alors que la pré-production vient tout juste de débuter sur Iron Man, Arad quitte le navire, un gros chèque sous le bras. Est-ce déjà la fin d’un joli rêve ?

Pas vraiment... Un petit nouveau va faire son apparition et gravir rapidement les échelons du pouvoir dans le tout nouveau studio, un jeune assistant qui n’a jusqu’ici servi que de conseiller sur les franchises licenciées à la Fox et à Sony, un passionné de comics, véritable encyclopédie du lore Marvel et futur architecte du MCU. Son nom ? Kevin Feige.

« Je suis ici pour vous parler de l’initiative Avengers... » (« I’m here to talk to you about the Avengers initiative... »)

C’est avec cette phrase a priori anodine, prononcée par Nick Fury à la fin du film Iron Man, que Marvel Studios va faire fantasmer ses millions de fans à travers le monde et jeter les premières bases de son MCU, le Marvel Cinematic Universe, un ambitieux projet d’univers unifié qui fera date dans l’histoire du cinéma.

Stan Lee

Même s’il n’a pas eu une participation active dans la genèse du MCU, il serait criminel de ne pas mentionner « Stan The Man », tout simplement parce que sans lui et ses idées folles, l’univers Marvel serait aujourd’hui bien dépeuplé. De son vrai nom Stanley Martin Lieber, celui qu’on appelait aussi « Generalissimo » est un scénariste, principalement de comics, mais également producteur (plus honorifique qu’autre chose) des films Marvel depuis Blade en 1998. Né à New York, le 28 décembre 1922, il fut le cocréateur d’un nombre impressionnant de super-héros pour la Maison des idées, des Quatre Fantastiques à Spider-Man, en passant par Doctor Strange ou encore les X-Men. Ses apparitions dans la quasi-totalité des films Marvel en caméo souvent rigolo témoignent du respect que lui portent ceux qui sont aujourd’hui les architectes de ce grand univers. À plus de quatre-vingt-dix ans, l’homme est toujours actif dans l’univers des comics, mais pas seulement. Il tient notamment une chaîne YouTube, Stan Lee’s World of Heroes, qui propose du contenu traitant de comics, de comédie et de science-fiction.

Isaac « Ike » Perlmutter

Homme d’affaires américain né le 1er décembre 1942 en Israël, il est l’actuel CEO de Marvel Entertainment, en place depuis le 1er janvier 2005. Il émigre aux États-Unis en 1967, après la guerre des Six Jours, et arrive à New York avec à peine 250 $ en poche. Il commence par travailler dans les cimetières juifs de Brooklyn, avant de se lancer dans le commerce, d’abord à petit niveau dans les rues de New York, puis à plus grande échelle, pour finir chez ToyBiz, avant la fusion avec Marvel. Perlmutter est ce qu’on appelle un self-made man, qui s’est construit une fortune à coups de rachats, grâce à un nez plutôt fin en ce qui concerne le milieu des affaires. C’est également un reclus, dont les apparitions publiques sont excessivement rares, et dont il n’existe sur la toile qu’un ou deux clichés, assez anciens.

Avi Arad

Homme d’affaires israélien né le 1er août 1948, à Ramat Gan. Bercé par les comics traduits en hébreu dès sa plus tendre enfance, Arad quitte son Israël natale en 1970 et émigre aux États-Unis pour y étudier le management industriel à la Hofstra University de New York. Il la quittera avec un Bachelor of Business Administration (l’équivalent du Baccalauréat en administration des affaires chez nous) en 1972. Copropriétaire de ToyBiz avec Isaac Perlmutter, Arad va prendre une place de choix dans la hiérarchie Marvel à l’issue de la douloureuse mise en faillite de 1996. Son rôle dans le sauvetage de la société sera capital, notamment grâce à une politique appuyée de licensing en direction de l’industrie du cinéma. C’est à lui que l’on doit la fondation de Marvel Studios, division dont il sera le CEO pendant quelques années, avant de quitter la société en mai 2006, pour aller fonder sa propre société, Arad Productions.

David Maisel

Homme d’affaires américain, Maisel a grandi dans la région de Saratoga Springs, dans l’État de New York. Diplômé de la prestigieuse Harvard University en 1987, il rejoindra la Creative Artists Agency (CAA) en 1994, où son expertise du monde du business lui donnera l’occasion de briller, notamment en facilitant certains accords stratégiques, comme la vente de MCA / Universal à Seagram en 1995. En 2003, Avi Arad le présente à Isaac Perlmutter et ce dernier l’embauche comme Chief Operating Officer de Marvel Studios. Il est le premier à réaliser le potentiel que représente la production en interne des films, comparé à ce que rapporte le licensing. Maisel va alors mettre en place un plan financier plutôt malin, permettant à la société de se faire prêter un capital confortable par les banques, investissement soutenu par les droits d’adaptation cinématographiques des héros maison. Un différend va alors éclater entre lui et Arad quant au nombre de films à produire, et aux héros à mettre à l’affiche. Perlmutter tranchera le conflit en marquant son soutien à Maisel, et Arad claquera la porte. Maisel sera nommé président du conseil d’administration de Marvel Studios en 2007 (un titre à ne pas confondre avec président tout court), mais quittera la société en 2009, après avoir négocié avec succès (et dans l’ombre) un rachat de Marvel Entertainment par Disney. Un homme qu’on cite peu, mais dont l’importance fut capitale dans la genèse de Marvel Studios et, plus largement, du MCU tel qu’on le connaît aujourd’hui.

PHASE - 1 :

Avengers Assemble !

Chapitre 1 : Iron Man

Après avoir échappé de justesse à la banqueroute à la fin des années quatre-vingt-dix, Marvel renoue progressivement avec le succès du côté des comics, et décide de se lancer activement dans le cinéma. D’abord de manière peu rentable, en partenariat avec de grands studios, comme la Fox ou Sony, via un système de licences. Ensuite en solitaire, en tant que studio indépendant, dès 2004, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent. Un pari plutôt fou qui va, comme on le sait, s’avérer extrêmement payant, l’opération ayant rapporté à ce jour plus de 10 milliards de dollars au studio.

Malgré l’absence au catalogue de bon nombre de héros (les X-Men, les Quatre Fantastiques, mais aussi Spider-Man), les responsables du jeune studio ne se laissent pas abattre. Après un rapide inventaire des franchises encore disponibles, leur choix s’arrête sur trois personnages du catalogue : Ant-Man (sur lequel nous reviendrons plus tard), mais surtout Iron Man et The Incredible Hulk. Et si le géant vert jouit d’une certaine notoriété auprès du grand public, l’alter ego super-héroïque de Tony Stark est un peu moins connu en dehors du cercle assez réduit des lecteurs de comics. Il sera pourtant le sujet du premier long-métrage mis en chantier par Marvel Studios.

Et pour l’aider dans cette entreprise, Arad s’adjoint les services d’un certain Kevin Feige, dont nous avons déjà eu l’occasion de parler brièvement. Embauché à la fin des années quatre-vingt-dix comme assistant par la productrice Lauren Shuler Donner, l’homme est une véritable bible vivante de l’univers Marvel. Un statut qui lui vaudra dans un premier temps d’être consultant de choix sur les films coproduits par la Maison des idées (les X-Men de Singer donc, mais également les Spider-Man de Sam Raimi), pour être ensuite propulsé au rang de producteur sur les nouvelles franchises développées en interne dès 2005, et en premier lieu, l’adaptation d’Iron Man.

Malgré l’absence de popularité de Tony Stark, en dehors des fans de phylactères, l’envie d’adapter ses aventures sur grand écran n’est pas un projet récent. Depuis les années quatre-vingt-dix, l’idée a fait le tour de nombreux studios. D’abord chez Universal, où il aboutit dans les mains du réalisateur de films d’horreur Stuart Gordon. Ensuite, en 1996, chez la Fox où il restera quelques années, passant successivement dans les mains de Nicolas Cage et Tom Cruise. Stan Lee sera même un moment impliqué dans le projet, ayant coécrit (avec Jeff Vintar) un scénario impliquant un reboot complet du personnage. Mais cette réinvention science-fictionnesque, avec l’improbable M.O.D.O.K. (une énorme tête flottante munie de membres minuscules) en grand méchant, ne verra, elle non plus, jamais le jour.

En octobre 1999, la Fox tentera un dernier baroud d’honneur, en démarchant sans succès le réalisateur Quentin Tarantino, avant de revendre les droits à New Line Cinema en décembre, non sans dépit.

New Line tentera à son tour, et pendant plusieurs années, de concrétiser l’adaptation. En 2001, le studio courtise même un certain Joss Whedon. Et si le créateur de Buffy contre les Vampires se déclare très emballé par l’idée dans les interviews de l’époque, le projet finira lui aussi par capoter. Après une ultime tentative, impliquant le réalisateur Nick Cassavetes et une nouvelle itération de Tony Stark (cette fois-ci opposé à son père, Howard), New Line jettera finalement l’éponge en novembre 2005, date à laquelle les droits réintègreront la besace de Marvel Studios.

Faisant fi de ces précédents échecs, Arad va décider de tout reprendre de zéro. En avril 2006, le projet est officiellement mis en chantier chez Marvel Studios, qui recrute, pour chapeauter l’entreprise, le réalisateur Jon Favreau. De prime abord, Favreau est un choix atypique. Plutôt familier des petites productions indépendantes, lorgnant principalement vers la comédie, il n’a jamais travaillé sur un gros film d’action. Mais son amour sincère du personnage, et le pitch qu’il présente aux pontes du studio, lui permettent de décrocher le job. Qui plus est, il a déjà eu l’occasion de croiser la route d’Arad sur le tournage de Daredevil, les deux hommes se sont bien entendus, ceci expliquant sans doute cela...

Un premier scénario est coécrit en binôme par Art Marcum et Matt Holloway, déjà responsables du film Punisher de 2008 sorti chez New Line. Il sera ensuite retravaillé par un autre duo, Mark Fergus et Hawk Ostby, tout juste auréolés du succès critique (mais malheureusement pas financier) de l’excellent Les Fils de l’homme (Children of Men). Mais Favreau, à qui le projet tient particulièrement à cœur, n’est pas complètement satisfait du résultat. Il prend alors une décision a priori anecdotique, mais qui va avoir un impact décisif sur les années qui vont suivre. Pour s’assurer de ne pas renier l’origine du personnage, et en faire une adaptation la plus fidèle possible à son modèle, Favreau décide de faire appel à une équipe d’experts en comics, recrutés parmi les grands noms ayant posé leur plume dans les livres Marvel. L’idée, c’est non seulement de garantir que le film ne présentera pas un traitement trop détaché du matériau original, mais aussi d’insuffler de nouvelles idées à un scénario qu’il juge un peu terne. Cette équipe de « super-conseillers », composée de Mark Millar, Brian Michael Bendis, Joe Quesada, Tom Brevoort, Axel Alonso et Ralph Macchio, annoncera les prémices du futur (et problématique) « creative comitee » (le comité créatif) qui supervisera officiellement les films du MCU à partir d’Iron Man 2. Retenez bien ce nom : creative comitee, il va avoir sa part de responsabilité dans les tensions qui vont naître entre Marvel Studios et la maison-mère.

Pour l’heure, son impact est globalement positif et Favreau peut se féliciter d’avoir eu cette bonne idée. Sans conteste, l’influence la plus importante de ce comité sera la mise au placard du Mandarin, initialement prévu pour être le « big bad » (l’ennemi principal) de ce premier opus. Jugeant le personnage trop « fantastique » pour être intégré dans une franchise qui se veut ancrée dans la réalité, Mark Millar recommande à Favreau de propulser au premier rang le personnage d’Obadiah Stane, alors second couteau et plutôt envisagé comme grand méchant d’une éventuelle suite. La trame générale prend forme, ne reste plus maintenant qu’à trouver un acteur pour incarner le rôle-titre du film. Problème : Favreau veut un inconnu (pour ne pas faire de l’ombre au personnage), et comme on peut s’en douter, les executives ne sont pas trop d’accord. Finalement, les deux camps trouveront un compromis qui, l’air de rien, s’avérera capital dans le succès du film et du MCU dans son ensemble.

Ce compromis, officialisé le 29 septembre 2006, c’est l’acteur Robert Downey Jr. Un choix qui peut sembler évident aujourd’hui, mais pour lequel Favreau a dû batailler pendant de longs mois. D’abord inquiets de la réputation sulfureuse entourant RDJ, les pontes de Marvel finiront par céder quand Favreau pointera du doigt les similitudes troublantes entre la vie de l’acteur et celle du super-héros, suggérant à raison qu’il est sans conteste l’homme providentiel pour incarner Tony : « Tout le monde savait qu’il avait du talent... Particulièrement en étudiant le rôle d’Iron Man et en développant le scénario, j’ai pris conscience que le personnage était parfaitement en phase avec Robert, en bien comme en mal. Et que l’histoire d’Iron Man était en réalité l’histoire de la carrière de Robert... »

L’audition de RDJ finira de convaincre les plus réticents (pour les curieux, elle figure dans les bonus du Blu-ray du film). Ce casting de génie va non seulement ravir les fans, mais également inciter d’autres grands noms du septième art à rejoindre le projet : d’abord Terrence Howard, puis Gwyneth Paltrow, qui signe avec enthousiasme pour incarner Virginia « Pepper » Potts, collaboratrice et « love interest » de Stark, et enfin l’illustre Jeff Bridges, à qui échoit le rôle d’Obadiah Stane, récemment promu bad guy du film.

Et pendant que le cast du long-métrage prend forme, Marvel continue de teaser ses autres projets. En juillet 2006, à San Diego, lors de leur fameuse première Comic-Con dont nous vous parlions dans l’avant-propos, les responsables du studio annoncent la mise en chantier de trois nouveaux films : Captain America, Thor et un film sur Nick Fury (qui ne verra finalement jamais le jour, probablement remplacé par la suite d’Iron Man, dans laquelle Fury et le SHIELD joueront un rôle primordial). Mais plus important, Feige laisse entendre que tout cela ne représente qu’une pierre à un édifice bien plus important : la genèse d’un univers partagé entre toutes ces nouvelles franchises, rapidement baptisé Marvel Cinematic Universe. Cris de joie et allégresse dans le célèbre Hall H du Convention Center. La hype est en marche. Elle ne s’arrêtera plus.

Le 12 mars 2007, après de longs mois de pré-production passés essentiellement à préparer ce qu’on appelle les « setpieces » (c’est-à-dire les scènes d’action centrales du film) et à travailler sur la confection de l’armure emblématique, le tournage d’Iron Man débute enfin.

Pourtant, le scénario est loin d’être finalisé. Certes, il existe bien une trame générale et une idée assez claire de la manière dont vont s’enchainer les scènes, mais aucun dialogue n’a à ce stade été couché sur papier. Ce qui n’est pas vraiment un problème pour Favreau, habitué à travailler « en roue libre » sur les tournages de ses productions indépendantes. Du coup, il invite ses acteurs à improviser la plupart de leurs textes et à faire des suggestions sur les scènes auxquelles ils prennent part. Un mode de fonctionnement relativement inédit pour une production de cette ampleur, mais qui participera énormément à solidifier un ton différent de ce à quoi les fans du genre ont été jusqu’ici habitués avec les films de super-héros.

Ce n’est d’ailleurs pas la seule donnée qui fera la différence. L’autre élément qui va permettre à Marvel de se démarquer de la concurrence, c’est l’angle narratif choisi. Plus qu’un film de super-héros, Favreau ambitionne de faire d’Iron Man un « super film d’espionnage mélangeant Tom Clancy, James Bond et RoboCop », ayant pour héros un personnage de comics. On peut bien entendu débattre de la pertinence de ces influences au regard du résultat final, mais en tout cas, il tente clairement de sortir du carcan imposé par le genre. Une approche qu’on retrouvera dans les autres productions du MCU et qui va permettre aux films du studio d’essayer de se réinventer en permanence, parfois avec succès, parfois moins.

Après soixante-quinze jours d’un tournage intense, parsemé de remaniements incessants du scénario, Favreau boucle finalement la phase de production, non seulement dans les temps, mais également en dessous des estimations de budget. Un coup d’essai plutôt réussi pour un réalisateur qui n’a jamais mis les mains sur un aussi gros projet.

En juillet 2007, Marvel présente au public de la Comic-Con un premier clip de quatre minutes, rapidement travaillé en salle de montage. Et lorsque les lumières se rallument, et que la foule explose littéralement de joie, tous les doutes de l’équipe de production s’envolent. Manifestement, ils tiennent quelque chose. Et le large sourire qui illumine le visage de Favreau témoigne de son soulagement.

La dernière étape, celle de la post-production, peut désormais commencer et Favreau va s’y atteler avec le même dévouement. Qu’il s’agisse de peaufiner les effets sonores et visuels, le montage ou le générique de fin, le réalisateur va continuer de s’investir à fond, contrôlant le moindre détail de cette fin de chantier. La bonne idée de Marvel sur ce point est d’avoir choisi d’éviter le piège d’un film « tout numérique ». Sur le tournage, des cascadeurs professionnels jouent les scènes d’action vêtus de lourdes armures, fabriquées par la talentueuse équipe de Stan Winston. Même volonté de « réalisme » pour les effets spéciaux, où Favreau s’attache à en réaliser un maximum « en vrai », quitte à en retoucher tout ou une partie en post-production. L’important, c’est d’insuffler autant que possible un côté organique et réel au film, éviter l’écueil du fond vert chaque fois que c’est possible.

Cerise sur le gâteau, l’équipe du film réussit à bloquer l’acteur Samuel L. Jackson pour une après-midi. Objectif : filmer en secret une scène post-générique dans laquelle Nick Fury (et par son entremise les gens du studio) annonce aux spectateurs qu’Iron Man n’est que le sommet de l’iceberg et la première pièce d’un puzzle bien plus vaste. Les Avengers arrivent. Le rêve inespéré de millions de fans prend forme.

Le 14 avril 2008, c’est enfin le jour de la libération pour Favreau. Marvel présente son premier bébé de 126 minutes au public, lors d’une avant-première qui se déroule au cinéma Greater Union de Sydney, en Australie. Sur le tapis rouge, Robert Downey Jr. et Tony Stark ne font qu’un. Et comme le personnage qu’il incarne, l’acteur savoure cette rédemption inattendue.

Iron Man trustera la première place du box-office le premier jour de sa sortie aux États-Unis et au Canada, engrangeant près de 100 millions de dollars durant son week-end d’ouverture. La longue ascension de Marvel Studios dans le paysage hollywoodien vient de commencer. Il va désormais falloir compter avec ce jeune studio que personne n’attendait. Malheureusement, l’avenir ne sera pas fait que de contes de fées. L’Incroyable Hulk va ouvrir le bal des tournages difficiles. Et ce ne sera pas le dernier...

Fiche technique

Iron Man(2008)

Chronologie : Phase I, 1/6

Durée : 126 minutes

Titre français :Iron Man

Réalisateur : Jon Favreau

Producteurs : Avi Arad, Kevin Feige

Scénario : Mark Fergus, Hawk Ostby, Art Marcum, Matt Holloway

Acteurs principaux : Robert Downey Jr. (Tony Stark / Iron Man), Terrence Howard (James « Rhodey » Rhodes), Jeff Bridges (Obadiah Stane), Shaun Toub (Yinsen), Gwyneth Paltrow (Pepper Potts)

Musique : Ramin Djawadi

Sociétés de production : Marvel Studios, Fairview Entertainment

Budget : 140 millions de dollars

Box-office mondial : 585,2 millions de dollars

Kevin Feige

Producteur américain né le 2 juin 1973 à Boston, dans le Massachusetts. Son grand-père était producteur de télévision dans les années cinquante, période durant laquelle il a défriché le genre « soap opera » pour la société Procter & Gamble, non sans un certain succès. On se souviendra notamment de Guiding Light, le soap le plus long de l’histoire de la télévision américaine (cinquante-sept ans, de 1952 à 2009), et de As The World Turns, autre série dramatique à la longévité impressionnante (cinquante-quatre ans, de 1956 à 2010). Avec un tel héritage, pas étonnant d’apprendre que, très jeune, le petit-fils Feige rêve déjà de travailler à Hollywood. Après le lycée, il tente de s’inscrire à l’University of Southern California School of Cinematic Arts (illustre établissement où sont notamment passés ses réalisateurs préférés, comme Robert Zemeckis, Ron Howard ou encore George Lucas). Malgré cinq refus, il persévère et finit par s’y faire accepter à la sixième tentative. Tenace, l’animal. Frais émoulu, son diplôme en poche, Kevin Feige démarre sa carrière professionnelle dans le milieu du cinéma comme assistant de la productrice Lauren Shuler Donner (l’épouse du réalisateur Richard Donner), spécialisée dans les divertissements à destination de la jeunesse. Il travaille notamment avec elle sur deux longs-métrages, Volcano et Vous avez un [email protected] (You’ve Got Mail), avant de se faire remarquer par Marvel sur le tournage du premier film X-Men de Bryan Singer. Un projet sur lequel il officie en tant que producteur associé, mais surtout comme bible vivante des comics Marvel. Soufflé par son impressionnante culture de la Maison des idées, Avi Arad (alors président du studio cinéma) l’embauche dès 2000 pour faire de lui son bras droit sur les futures productions licenciées par Marvel. Il officie ensuite sur toutes les productions maison, y compris les premières trilogies X-Men et Spider-Man.