Ça nous apprendra à naître dans le Nord - Amandine Dhée - ebook

Ça nous apprendra à naître dans le Nord ebook

Amandine Dhée

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Opis

Les tribulations de deux auteures au caractère bien trempé, aux prises avec une commande d’écriture à quatre mains sur un quartier à l’histoire ouvrière en berne.On s’amuse des rendez-vous ritualisés qu’elles se fixent dans tous les cafés du coin pour y faire le point sur l’avancée de leurs investigations. Un comique de situation largement exploité dans leurs échanges à bâtons rompus autour d’une histoire en train de s’écrire, de personnages en mal de dramaturgie, ou encore de conflits d’égo…Les difficultés de l’exercice de la commande sont traitées au fil de dialogues doux amers vivifiants qui nous invitent dans l’envers du décor. Si la fiction s’inscrit ici dans une forme de réalité, c’est bien elle qui l’emporte, au final.Une adaptation est disponible gratuitement avec l’ouvrage, à télécharger sur le site internet de La Contre Allée à l’aide de mots clés inscrits au sein de l’ouvrage.Un ouvrage plein d'humour qui dévoile les coulisses d'une histoire en train de s'écrire sur la vie dans le Nord de la France !EXTRAIT— J’ai une de ces pressions… Et mes ancêtres besogneux qui n’ont toujours pas quitté mon bureau.— T’as des ancêtres ouvriers, toi ?— Quand t’es née dans le Nord, t’as forcément des ouvriers qui se raccrochent désespérément aux branches de ton arbre généalogique, un sandwich à l’omelette à la main.— Après tout, faut bien qu’on avance.— Ce qui compte c’est le résultat.— Pas d’omelette sans casser des œufs !CE QU'EN PENSE LA CRITIQUEUn texte qui fait souvent sourire, mais également un témoignage intéressant sur un quartier que peu au final connaissent, sauf ses habitants. On y retrouve l'atmosphère du Nord, celui d'aujourd'hui, mais aussi les témoignages du passé, les impressions de personnes qu'elles ont croisées et l'ensemble donne un petit livre très original, bourré d'humour. - Lectures et élucubrations de LilibaC'est un très bel exercice d'écriture sur le quotidien, ni historique, ni sociologique mais un regard subjectif pour mettre en lumière un quartier. - Le monde de MirontaineÀ PROPOS DES AUTEURSNée en 1980 à Lille, Amandine Dhée fait vraisemblablement la joie de son entourage.Elle étudie et ensuite fait un vrai travail. Elle partage ses mots à de nombreuses scènes ouvertes.Elle cherche les oreilles des autres en théâtre de rue.Elle constate avec effroi que l’envie de triturer les mots prend de plus en plus de place...Carole Fives est une écrivaine-portraitiste-vidéaste- ancienne élève des Beaux-Arts- chroniqueuse d’art. Elle vit à Lille et partage son temps entre les arts plastiques et la littérature. Pour Quand nous serons heureux, elle a reçu le Prix Technikart 2009, présidé par Alain Mabanckou. Elle est artiste associée des résidences EN APARTÉ 2010, aux côtés de Amandine Dhée et Louise Bronx.

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Amandine Dhée et Carole Fives

Ça nous apprendra à naître dans le Nord

© ( éditions ) La Contre Allée ( 2011)Collection La Sentinelle

À présent tu fixes le bleu du cielTu vas un peu mieuxTu sais que la vieEst belle.

Bertrand Betsch, Le temps qu’il faut.

UN ÊTRE FAIBLE ET QUI PARFOIS A PEUR

Les Tilleuls, deux pressions

— Dis donc, on n’était pas censées se retrouver à Fives, pour écrire sur Fives ?

— Wazemmes, c’est sympa aussi.

— N’oublions pas la distance nécessaire à la création.

— Tu as raison.

— Je sais.

— Fives-Wazemmes, c’est pas affolant non plus comme distance.

— Fives ne se laisse pas oublier, vu d’ici.

— Tout à fait et les bières sont meilleures à Wazemmes.

— Arrête de me donner toujours raison, ça m’angoisse.

— On part sur quel thème ?

— La question de la commande ?

— L’éditeur vient de nous expliquer que ce n’était pas une commande.

— Ç’en a l’air, la forme…

— L’odeur…

— Une commande masquée ?

— Ce qui est sûr, c’est qu’il veut nous faire écrire quelque chose de spécial.

— Sur le quartier…

— Il attend quelque chose de précis…

— De bien particulier…

— Nous devons valoriser le patrimoine.

— Et en même temps… ouvrir vers l’avenir…

— Nous sommes le lien entre le glorieux passé industriel…

— Et le glorieux avenir postindustriel…

— En fait…

— On ne comprend pas ce qu’il veut…

— Il faut deviner.

— Lire entre les lignes…

— Ce qui est sûr c’est que c’est une résidence de « création ».

— Alors faut créer.

— En tout cas, j’ai bien aimé quand il a dit Je ne considère pas les auteurs comme des animateurs sociaux.

— Ce que j’en ai retenu, c’est qu’on n’irait pas dans les écoles.

— Le soulagement…

— Ce qui me gêne, c’est cette idée d’atteindre absolument les 150 000 signes.

— Oui, il veut de la quantité…

— Alors que franchement, ce qui compte…

— C’est la qualité !

— On est bien d’accord là-dessus !

— Regarde Les Choses, de Pérec, c’est court ! Et c’est mieux que La Vie mode d’emploi !

— Je ne sais pas, je n’ai lu ni l’un ni l’autre.

— Tu penses qu’il va nous payer au nombre de signes ?

— On en est à combien là  ?

— Espaces compris ou pas ?

— Bien sûr !

— 4 767 signes ! Soit 3 pages…

— Plus que 145 233… et 144 pages.

— Oui, on ne peut décemment pas proposer un texte en dessous de 150 pages.

— C’est bizarre, plus on me paye pour écrire et moins j’en ai envie.

— C’est une réaction normale, ils expliquaient ça à la radio.

— À la radio ?

— Sur France Culture !

— Alors, si c’est sur France Cul’

— Ils ont fait une étude sur les singes.

— ???

— J’ai oublié l’expérience précisément, mais ça montrait que quand on récompense quelqu’un en contrepartie d’une activité qu’auparavant il faisait comme loisir… ce quelqu’un y perd tout plaisir ! Certaines pratiques doivent rester gratuites.

— Quel rapport avec les singes ?

— C’est simple, ils ont fait l’expérience en récompensant les singes avec des bananes et…

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Oublie les singes, je te dis que quand on te paye pour un truc qu’avant tu faisais par plaisir eh bien…

— T’as plus envie de le faire, j’ai capté ! Ne va pas dire ça à l’éditeur, tu vas lui donner de mauvaises idées…

— Mais s’il n’y avait pas d’argent, tu la ferais quand même cette résidence ?

— Je sais plus où j’ai entendu ça, « j’écris comme je bande, pas sur commande ».

— Sûrement sur France Culture !

— Mais non, je suis bête, c’est une phrase de moi !

— Tu t’auto-cites !

— C’est à force d’aller sur Facebook.

— Mais… tu bandes toi ?

— Je sais pas, c’était pour la rime.

— Hors sujet, concentre-toi sur notre cahier des charges.

— Il est chargé en effet…

— Combien de pages ?

— Plus que nous n’en écrirons jamais.

— C’est un peu le principe d’un cahier des charges, l’explication est bien plus longue que l’œuvre elle-même.

— T’as tout compris.

— Cesse de digresser.

— Mais comment va-t-on s’en sortir ?

— Lucien Suel s’en est bien sorti !

— Oui, mais c’est Lucien Suel.

— Nous, on est des filles, même pas connues.

— Toi, c’est sûr, mais moi, tout de même…

— Tu sais pourquoi il nous a mises à deux sur ce texte ?

— Il pensait sûrement que toutes seules on ne s’en sortirait jamais !

— C’est honteux !

— Bon, oublie, on va essayer d’écrire la suite…

— On va essayer d’égaler Lucien Suel.

— Calme-toi, Lucien, c’est quarante ans de carrière littéraire…

— Monsieur Lucien Suel. Argh, je m’étrangle.

— Je vais revendre mon Mort d’un jardinier dédicacé sur eBay.

— Mets-le aussi sur le bon coin. À deux euros, ça lui fera les pieds.

— Alors, donc, je note quoi, là ?

— Écoute, je suis crevette pour ce soir, on arrête là ?

— Ok.

— Pour notre prochaine entrevue au sommet, je te propose à la Grappe d'Or. C’est un café à Fives, juste à côté de la maison d’édition.

— Haut les cœurs !

— Faut qu’on aille au contact.

Clotilde Delpanques

On s’est installés ici à cause du jardin ! Franchement, un jardin en ville, le pied ! On ne connaissait pas trop le quartier, faut dire qu’on arrive de Paris, alors, quand on a vu qu’on pouvait avoir une maison et un jardin pour le prix d’un T2 à Paris ! Les enfants sont ravis ! Ils vont dans le public, enfin, pas juste à côté… Après la maternelle, on a demandé à ce qu’ils soient de l’autre côté de la rue Pierre Legrand, du bon côté, vous voyez ? La directrice de la Maternelle était très déçue, bien évidemment. Elle nous a dit Vous vous rendez compte, Boris et Joséphine sont les moteurs de l’école, vous ne pouvez pas nous les enlever ! Les moteurs, les moteurs, je veux bien, mais mes enfants, il faut bien qu’ils avancent aussi !

Enfin, pour Carl-André, c’est le pied, à deux stations de métro de la gare Lille Europe ! Il va à Paris au moins deux fois par semaine, au siège de sa boîte, c’est hyper pratique ! Il met exactement le même temps que son associé qui vient de Champigny, et puis, même pendant les grèves, le TGV Lille-Paris circulait, no souci !

Le marché, on le fait à Saint-Maurice, on aime bien, un coup de voiture, c’est vite fait, et puis Fives, ça va bien cinq minutes, mais ça fait du bien de voir autre chose !

Ce qui nous gêne ici, ce sont les crottes de chien, la rue est sale ! Que faire ? J’ai déjà été attraper le ferrailleur du coin, il laisse son pitbull faire ses besoins n’importe où, c’est dégoûtant ! Il m’a claqué la porte au nez en me disant que si je n’étais pas contente, je n’avais qu’à repartir chez moi, non mais le culot !

Et puis le manque d’espace vert aussi, pas une fleur, pas un arbre, pas un square, ces rues, c’est un peu… lugubre le soir, non ? Le tour du jardin c’est bien, mais pour promener les poussettes, c’est limité ! Vous avez remarqué ? J’attends le petit quatrième ! C’est pas à Paris qu’on aurait pu faire ça !

La Grappe d’Or, deux crèmes

— Faudra pas oublier de parler du passé. C’était quelque chose, Fives. Filatures, brasseries, céramiques et tiens-toi bien : le premier moteur Diesel !

— Quelle fierté ! On se rend pas compte, de tout ça, quand on passe rue Pierre Legrand…

— Quand on attrape le métro à la station Marbrerie.

— Quand on se prend un kebab chez Istanbul Island.

— Ce passé somptueux…

— On pourrait parler de saga, note ça, « formidable saga ».

— Est-ce qu’on ajoute : « un essor technique sans pareil » ?

— Une ambition industrielle inouïe » !

— Et surtout, parlons de la dignité ouvrière.

— Très important, la dignité ouvrière. Mais je t’avoue que ça me crée des angoisses. Dès que j’écris sur le passé, j’entends les gros sabots des besogneux d’avant qui s’agitent dans mon dos. Ça toussote, ça renifle, ça joue les humbles Non pas besoin de chaises, vous embêtez pas… mais je sais qu’ils partiront pas.

— Ils attendent l’hommage…

— À les entendre, y’a que le Nord qui aurait un passé. Mais je suis pas dupe, dans ce livre, Lille d’Antan, y’avait plein d’autres titres dans la même collection : Strasbourg d’Antan, Marseille d’Antan, Nantes d’Antan, Lyon d’Antan, et même Saint-Tropez d’Antan !

— Écrire sur Saint-Tropez d’antan, ç’aurait quand même été plus marrant.

— Plus marrant, si y’avait eu plus de Jean-Paul Belmondo et moins de métallos !

— Plus de paillettes, moins de bobinettes !

— Ça nous apprendra à naître dans le Nord…

Si je vous dis Fives, quel est le premier mot qui vous vient à l’esprit ?

Tristesse

Myriam, 62 ans

Lille

Dounia, 11 ans

Accueillant

Zora, 57 ans

La merde partout

Sarah, 14 ans

Sale

Ameline, 9 ans

Plein de magasins

Patricia, 22 ans

Bonne ambiance