Marie-Claire - Marguerite Audoux - ebook
Kategoria: Literatura faktu, reportaże, biografie Język: francuski Rok wydania: 1910

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Marguerite Audoux

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Opis ebooka Marie-Claire - Marguerite Audoux

Roman autobiographique. A la mort de sa mere, la petite Marie-Claire, âgée de cinq ans, est placée a l'Assistance publique, séparée brutalement de sa soeur et d'un pere alcoolique. Monde clos, cet orphelinat est dirigé par d'austeres religieuses. Marie-Claire se réfugie souvent dans le giron de soeur Marie-Aimée, l'institutrice a la voix chaleureuse. Pour sa protégée, cette derniere reve d'un beau destin et des que Marie-Claire a fait sa premiere communion, elle lui propose d'entrer comme demoiselle de magasin chez Mlle Maximilienne, la soeur du curé. La mere supérieure, par jalousie, en décide autrement: «Vous serez bergere, mademoiselle.» Elle se retrouve donc a la ferme de Villevieille en Sologne, et fait l'apprentissage de son nouveau métier, aidée par la vieille Bibiche et le vacher. Grâce a la compassion des fermiers Sylvain et Pauline, aux beautés de la nature et a la découverte de Télémaque au fin fond du grenier, Marie-Claire retrouve une forme de sérénité jusqu'a une nouvelle rupture: la mort de Sylvain amene a la ferme de nouveaux propriétaires. Devenue servante de Mme Alphonse, femme maniaque et froide, Marie-Claire retombe dans un désarroi absolu...

Opinie o ebooku Marie-Claire - Marguerite Audoux

Fragment ebooka Marie-Claire - Marguerite Audoux

A Propos
PRÉFACE

A Propos Audoux:

Ouvriere et couturiere, Marguerite Audoux devient la maîtresse de Michel Yell, un ami d'André Gide, membre du groupe de Carnetin. Il apprend qu'elle a écrit ses souvenirs et demande a Octave Mirbeau de les lire. Ce dernier, dépressif, n'est pas emballé a cette idée. Il commence néanmoins a lire le roman, et le termine dans un tel enthousiasme qu'il court l'imposer aux éditeurs. C'est ainsi que l'ancienne bergere, la couturiere des lettres, reçoit le prix Fémina le 2 décembre 1910.

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PRÉFACE

Francis Jourdain, un soir, me confia la vie douloureuse d’une femme dont il était le grand ami.

Couturiere, toujours malade, tres pauvre, quelquefois sans pain, elle s’appelait Marguerite Audoux. Malgré tout son courage, ne pouvant plus travailler, ni lire, car elle souffrait cruellement des yeux, elle écrivait.

Elle écrivait non avec l’espoir de publier ses ouvres, mais pour ne point trop penser a sa misere, pour amuser sa solitude, et comme pour lui tenir compagnie, et aussi, je pense, parce qu’elle aimait écrire.

Il connaissait d’elle une ouvre, Marie-Claire, qui lui paraissait tres belle. Il me demanda de la lire. J’aime le gout de Francis Jourdain, et j’en fais grand cas. Sa tournure d’esprit, sa sensibilité me contentent infiniment… En me remettant le manuscrit, il ajouta :

– Notre cher Philippe admirait beaucoup ça… Il eut bien voulu que ce livre fut publié. Mais que pouvait-il pour les autres, lui qui ne pouvait rien pour lui ?…

 

Je suis convaincu que les bons livres ont une puissance indestructible… De si loin qu’ils arrivent, ou si enfouis qu’ils soient dans les miseres ignorées d’une maison d’ouvrier, ils se révelent toujours… Certes, on les déteste… On les nie et on les insulte… Qu’est-ce que cela fait ? Ils sont plus forts que tout et que tout le monde.

Et la preuve c’est que Marie-Claire paraît, aujourd’hui, en volume, chez Fasquelle.

 

Il m’est doux de parler de ce livre admirable, et je voudrais, dans la foi de mon âme, y intéresser tous ceux qui aiment encore la lecture. Comme moi-meme, ils y gouteront des joies rares, ils y sentiront une émotion nouvelle et tres forte.

Marie-Claire est une ouvre d’un grand gout. Sa simplicité, sa vérité, son élégance d’esprit, sa profondeur, sa nouveauté sont impressionnantes. Tout y est a sa place, les choses, les paysages, les gens. Ils sont marqués, dessinés d’un trait, du trait qu’il faut pour les rendre vivants et inoubliables. On n’en souhaite jamais un autre, tant celui-ci est juste, pittoresque, coloré, a son plan. Ce qui nous étonne surtout, ce qui nous subjugue, c’est la force de l’action intérieure, et c’est toute la lumiere douce et chantante qui se leve sur ce livre, comme le soleil sur un beau matin d’été. Et l’on sent bien souvent passer la phrase des grands écrivains : un son que nous n’entendons plus, presque jamais plus, et ou notre esprit s’émerveille.

Et voila le miracle :

Marguerite Audoux n’était pas une « déclassée intellectuelle », c’était bien la petite couturiere qui, tantôt, fait des journées bourgeoises, pour gagner trois francs, tantôt travaille chez elle, dans une chambre si exiguë qu’il faut déplacer le mannequin pour atteindre la machine a coudre.

Elle a raconté comment, lorsque en sa jeunesse elle gardait les moutons dans une ferme de la Sologne, la découverte, dans un grenier, d’un vieux bouquin lui révéla le monde des histoires. Depuis ce jour-la, avec une passion grandissante, elle lut tout ce qui lui tombait sous la main, feuilletons, vieux almanachs, etc. Et elle fut prise du désir vague, informulé, d’écrire un jour, elle aussi, des histoires. Et ce désir se réalisa, le jour ou le médecin, consulté a l’Hôtel-Dieu, lui interdit de coudre, sous peine de devenir aveugle.

Des journalistes ont imaginé que Marguerite Audoux s’écria alors : « Puisque je ne peux plus coudre un corsage, je vais faire un livre. »

Cette légende, capable de satisfaire, a la fois, le gout qu’ont les bourgeois pour l’extraordinaire et le mépris qu’ils ont de la littérature, est fausse et absurde.

Chez l’auteur de Marie-Claire, le gout de la littérature n’est pas distinct de la curiosité supérieure de la vie, et ce qu’elle s’amusa a noter, ce fut, tout simplement, le spectacle de la vie quotidienne, mais encore plus ce qu’elle imaginait, ce qu’elle devinait de l’existence des gens rencontrés. Déja, ses dons d’intuition égalaient ses facultés d’observation… Elle ne parlait jamais a quiconque de cette « manie » de griffonner, et brulait ses bouts de papier, quelle croyait ne pouvoir intéresser personne.

Il fallut que le hasard la conduisît dans un milieu ou fréquentaient quelques jeunes artistes, pour qu’elle se rendît compte combien les séduisait, combien les empoignait son don du récit. Charles-Louis Philippe l’encouragea particulierement, mais jamais il ne lui donna de conseils. Adressés a une femme dont la sensibilité était si éduquée déja, la volonté si arretée, le tempérament si affirmé, il les sentait encore plus inutiles que dangereux.

A notre époque, tous les gens cultivés, et ceux qui croient l’etre, se soucient fort de retour a la tradition et parlent de s’imposer une forte discipline… N’est-il pas délicieux que ce soit une ouvriere, ignorant l’orthographe, qui retrouve, ou plutôt qui invente ces grandes qualités de sobriété, de gout, d’évocation, auxquelles l’expérience et la volonté n’arrivent jamais seules ?

La volonté, d’ailleurs, ne fait pas défaut a Marguerite Audoux, et quant a l’expérience, ce qui lui en tient lieu, c’est ce sens inné de la langue qui lui permet non pas d’écrire comme une somnambule, mais de travailler sa phrase, de l’équilibrer, de la simplifier, en vue d’un rythme dont elle n’a pas appris a connaître les lois, mais dont elle a, dans son sur génie, une merveilleuse et mystérieuse conscience.

Elle est douée d’imagination, mais entendons-nous, d’une imagination noble, ardente et magnifique, qui n’est pas celle des jeunes femmes qui revent et des romanciers qui combinent. Elle n’est ni a côté ni au dela de la vie ; elle semble seulement prolonger les faits observés, et les rendre plus clairs. Si j’étais critique, ou, a Dieu ne plaise, psychologue, j’appellerais cette imagination une imagination déductive. Mais je ne me hasarde pas sur ce terrain périlleux.

Lisez Marie-Claire… Et quand vous l’aurez lue, sans vouloir blesser personne, vous vous demanderez quel est parmi nos écrivains – et je parle des plus glorieux – celui qui eut pu écrire un tel livre, avec cette mesure impeccable, cette pureté et cette grandeur rayonnantes.

OCTAVE MIRBEAU.