Les Ténébreuses - Tome II - Du Sang sur la Néva - Gaston Leroux - ebook
Kategoria: Obyczajowe i romanse Język: francuski Rok wydania: 1925

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Gaston Leroux

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Opinie o ebooku Les Ténébreuses - Tome II - Du Sang sur la Néva - Gaston Leroux

Fragment ebooka Les Ténébreuses - Tome II - Du Sang sur la Néva - Gaston Leroux

A Propos
Chapitre 1 - LA GRANDE MAISON DANS LAQUELLE IL N’Y AVAIT QUE DES AMIS DE LA KOULIGUINE
Chapitre 2 - M. KARATAËF EST UN NOUVEAU CLIENT DU KABATCHOK
Chapitre 3 - DES OMBRES DANS LA RUE

A Propos Leroux:

Gaston Louis Alfred Leroux (6 May 1868, Paris, France – 15 April 1927) was a French journalist and author of detective fiction. In the English-speaking world, he is best known for writing the novel The Phantom of the Opera (Le Fantôme de l'Opéra, 1910), which has been made into several film and stage productions of the same name, such as the 1925 film starring Lon Chaney; and Andrew Lloyd Webber's 1986 musical. It was also the basis of the 1990 novel Phantom by Susan Kay. Leroux went to school in Normandy and studied law in Paris, graduating in 1889. He inherited millions of francs and lived wildly until he nearly reached bankruptcy. Then in 1890, he began working as a court reporter and theater critic for L'Écho de Paris. His most important journalism came when he began working as an international correspondent for the Paris newspaper Le Matin. In 1905 he was present at and covered the Russian Revolution. Another case he was present at involved the investigation and deep coverage of an opera house in Paris, later to become a ballet house. The basement consisted of a cell that held prisoners in the Paris Commune, which were the rulers of Paris through much of the Franco-Prussian war. He suddenly left journalism in 1907, and began writing fiction. In 1909, he and Arthur Bernede formed their own film company, Société des Cinéromans to simultaneously publish novels and turn them into films. He first wrote a mystery novel entitled Le mystere de la chambre jaune (1908; The Mystery of the Yellow Room), starring the amateur detective Joseph Rouletabille. Leroux's contribution to French detective fiction is considered a parallel to Sir Arthur Conan Doyle's in the United Kingdom and Edgar Allan Poe's in America. Leroux died in Nice on April 15, 1927, of a urinary tract infection.

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Chapitre 1 LA GRANDE MAISON DANS LAQUELLE IL N’Y AVAIT QUE DES AMIS DE LA KOULIGUINE

 

Viborg est un grand port sur le golfe de Finlande, et comme la population, qui y est nombreuse, s’y trouve tassée sur d’étroites langues de terre qui s’avancent entre les bassins, il est facile de s’y cacher et de passer a peu pres inaperçu, pourvu, bien entendu, que l’on ait de faux passeports bien en regle. Mais ce n’est jamais ce qui manque en Russie.

La grande maison, pleine des amis de la Kouliguine, dont nous avons parlé dans la premiere partie de cet ouvrage[1], se trouvait dans le fond le plus ténébreux du plus vieux quartier de la ville, ce que l’on appelle, la-bas, le Faitningen, dans une de ces petites rues qui aboutissent a la place du Vieux-Marché, non loin de la tour ronde.

La maison était la plus vieille de la rue. On eut dit une antique auberge avec ses murs de rondins noircis, calcinés par le temps. Son toit hospitalier portait sur quatre piliers façonnés au tour et pareils a de prodigieux et tres vieux chandeliers d’église. Toute la demeure assurément, n’en conservait pas moins un aspect des moins appétissants pour un jeune couple d’amoureux dont la lune de miel venait de se passer dans un certain luxe.

Enfin, ce qui parut a Pierre le plus déplaisant de tout, ce fut une sorte de cabaret russe, qui s’annonçait sous le perron de la maison, et au-dessus d’une porte basse, par un écriteau bleu céleste sur lequel on pouvait lire : Pritinny Kabatchok, ce qui veut proprement dire : « Au petit cabaret de refuge ».

– Ne vous inquiétez point de cela, fit Iouri a Pierre, il ne vient se réfugier dans ce petit cabaret, comme dans toute la maison, que des amis de la Kouliguine, et il n’est point d’exemple qu’aucun de ses hôtes y ait jamais eu d’ennuis avec ceux de la police.

– Oui ! oui ! fit Pierre, je commence a comprendre.

– Comprenez, maître que c’est ici que la police fait se réfugier ceux qu’il ne faut pas qu’elle trouve.

– C’est donc la police qui nous conduit ici ?

– C’est la Kouliguine, qui est plus puissante, en vérité, que toutes les polices de la terre russe et qui sait que la police n’est jamais curieuse de ce qui se passe ici… Voici tout ce que je peux vous dire, barine !

– Bien, bien, Iouri. Emménageons.

Tout ceci était dit pendant que Iouri et Nastia vidaient les voitures de leurs paquets. Deux dvornicks, sur un mot de Iouri, étaient sortis de la cour pour les aider dans cette besogne.

Contre la porte entr’ouverte du cabaret, sur le seuil, se tenait, les mains dans les poches, un homme de haute taille, tete nue, en carrick de drap grossier, a larges poils.

– Celui-ci est Paul Alexandrovitch, le buffetier, un homme qui en sait aussi long que moi sur bien des choses. Avec cela, il est fort comme un ours de Lithuanie et malin comme un pope de village qui fait l’homme ivre pour ne pas dire la messe !

– C’est bon ! C’est bon ! Je ne tiens pas a ce que tu me le présentes…

– Pendant que vous serez ici, c’est lui qui veillera sur vous, nuit et jour, barine.

– Et ou vas-tu nous caser dans cette maison ?

– Vous verrez, vous y serez tres bien ! Dans l’appartement qui a été occupé pendant trois semaines par un gaspadine tout a fait distingué, fit Iouri en s’effaçant pour laisser passer son maître, qui pénétrait dans la maison en soutenant Prisca.

– Cette maison me fait peur, disait la jeune femme en frissonnant. Et ce n’est point tout ce que raconte Iouri qui me rassurera.

A ce moment, le domestique, qui leur avait fait escalader un étage par un étroit escalier de planches, les fit pénétrer dans une antichambre d’ou s’enfuit aussitôt une grosse commere en robe de perse bigarrée. Elle avait poussé un cri en les apercevant, et Prisca en conclut qu’elle avait du reconnaître le grand-duc.

Iouri dit que, si meme la grosse commere avait reconnu Son Altesse, cela n’avait aucune importance, et qu’elle ferait désormais comme si elle ne l’avait jamais vu. Il se chargeait de cela comme de tout. Du reste, il priait les jeunes gens de l’attendre dans cette antichambre, car il allait se rendre compte par lui-meme de l’état dans lequel se trouvait l’appartement.

Prisca était de moins en moins tranquille. Elle regardait autour d’elle avec un sentiment de méfiance grandissant.

Pierre entoura Prisca de ses bras amoureux :

– Calme-toi, ma chere petite colombe. Comment veux-tu qu’on vienne chercher, ici, deux innocents comme nous, quand tant de bandits s’y sont trouvés en pleine sécurité ? Le raisonnement de Iouri est juste, et la Kouliguine savait assurément ce qu’elle faisait en ordonnant a son domestique de nous conduire ici dans le cas ou nous serions menacés.

– Puisque la Kouliguine est si puissante, comment se fait-il qu’elle ne nous fasse pas proposer de passer a l’étranger ? dit Prisca.

– C’est exact ! exprima Pierre, soudain reveur.

– Vois-tu Pierre, apres tout ce que tu as dit a ta mere, il n’y a qu’en France que nous pourrions nous croire en sécurité. Sois persuadé qu’elle va remuer ciel et terre pour nous retrouver, et sa vengeance sera terrible. Tu sais que je ne crains point de mourir avec toi, mais il fait si bon vivre, mon Pierre, si bon vivre dans tes bras…

Il l’embrassa et lui promit qu’aussitôt que cela serait possible, il enverrait Iouri aupres de la Kouliguine, pour que celle-ci organisât leur fuite a l’étranger et leur procurât les passeports nécessaires. Iouri revint. Son visage parut tout de suite a Pierre assez énigmatique.

Iouri les invita a le suivre, ce qu’ils firent, et, apres avoir passé devant quelques portes entr’ouvertes, qui laissaient apercevoir parfois de bien singulieres silhouettes, ils arriverent a une porte a double battant devant laquelle se trouvait Nastia, qui, apres avoir fait une grande révérence, la leur ouvrit.

Alors, ils ne furent pas plus tôt dans l’appartement qu’ils se trouverent en face d’une jeune demoiselle qui sautait de joie, tandis que, derriere elle, un monsieur d’un certain âge, avait la figure ravagée certainement par le plus sombre souci.

– Vera ! Gilbert ! s’écria le grand-duc.

Mais les deux autres ne crierent point : « Monseigneur ! » et comme ils ne savaient encore comment l’appeler, ils ne le nommerent pas du tout.

Les portes furent soigneusement refermées et l’on échangea force poignées de main, souhaits, hommages, cependant que l’étonnement général s’exprimait par des exclamations sans signification précise et par des soupirs, qui traduisaient un fond d’anxiété, dont seule la petite Vera était parfaitement exempte.

Elle se montrait rose et fraîche et tres amusée comme a son ordinaire. Les événements continuaient pour elle a avoir d’autant plus d’attraits, qu’ils étaient plus inattendus, si dangereux fussent-ils.

Prisca ne connaissait point Vera, mais elle connaissait Gilbert, qui lui avait souvent parlé de Vera, comme d’une petite poupée tout a fait exceptionnelle.

Ce pauvre Gilbert faisait peine a voir. Jamais on ne lui avait vu figure aussi tragique, et c’était vrai qu’il avait, soudain, vieilli, blanchi, qu’il était devenu presque méconnaissable, en quelques semaines.

En vérité, l’aventure était redoutable pour ce brave garçon, qui avait vécu jusqu’alors fort bourgeoisement, accomplissant ses petits devoirs de théâtre sans heurt ni secousse, mettant sagement de l’argent de côté pour ses vieux jours, se gardant comme nous l’avons dit, de toute histoire un peu sérieuse avec les femmes. Et voila que tant de prudence aboutissait a cette catastrophe : il était melé a une affaire d’État, et si bien melé qu’il était obligé de s’enfuir, de se cacher avec cette enfant qu’il adorait, dans un trou de Finlande, avec la menace, toujours active, d’un cachot a la Schlussenbourg, et peut-etre meme du lacet fatal !

Comment une pareille chose avait pu se produire, voila ce qui fut a peu pres expliqué autour d’une soupe a la smitane (creme) d’un tchi merveilleux confectionné par Nastia, apres que l’on se fut arrangé pour vivre tous sans trop de gene, dans ce maudit appartement.

– Je vais vous raconter notre histoire ! annonçait Vera, car lorsque c’est Gilbert qui la raconte, c’est trop triste ! et, mon Dieu, je ne vois pas ce qu’il y a d’absolument triste la dedans ! Ce sont des choses qui arrivent tous les jours…

– C’est la premiere fois de ma vie, osa interrompre Gilbert, que…

– Que quoi ? que tu vas en prison ? D’abord, tu n’y es pas encore allé en prison !…

« Mais regardez-moi la bile qu’il se fait parce qu’on me soupçonne d’avoir, fait assassiner Gounsowsky !

– L’ancien chef de l’Okrana ? s’écria Pierre.

– Lui-meme ! Celui que tout le monde appelait : le doux jambon !

– C’est abominable, reprit Gilbert. Quand j’ai appris une chose pareille, j’ai été le premier a courir a la police et a dire que, ce jour-la, je n’avais pas quitté la petite !

– Je te défends de m’appeler la petite !… fit Vera, qui avait de l’amour-propre.

– Mais enfin, interrogea Prisca, comment a-t-on pu vous accuser, vous, d’une chose aussi abominable ?

– Non seulement on m’accuse, moi, mais on accuse aussi ma sour !

– Hélene ! mais c’est insensé ! s’exclama Pierre, et ou es Hélene ?

– Oh ! elle est restée cachée a Petrograd, d’ou elle veille sur nous tous. Je ne sais pas pourquoi Gilbert se fait un pareil mauvais sang ; ma sour est la bonne amie maintenant de Grap, le successeur de Gounsowsky ! Vous pensez que Grap a trop de reconnaissance a Hélene d’un tas de choses, peut-etre meme de l’avoir débarrassé du « doux jambon » ! ajouta-t-elle en clignant de l’oil du côté de Gilbert…

Mais celui-ci avait sans doute horreur de ce qu’il ne prenait encore que comme une mauvaise plaisanterie, car il ordonna péremptoirement a Vera de cesser de parler en riant d’un forfait aussi atroce et qui pouvait avoir pour elle, en particulier, et pour lui ; par surcroît, de si terribles conséquences.

– Oh ! moi, je suis innocente ! exprima Vera avec candeur, mais je ne sais pas toujours ce que fait ma sour, moi !…

– Vera ! Vera ! supplia Gilbert, je t’en prie ! assez ! en voila assez comme cela !… je connais Hélene Vladimirovna depuis tres longtemps ; elle n’a ici que des amis…

– Certes ! acquiesça le grand-duc, mais vous voyez bien, Gilbert, que Vera se moque de vous…

– Elle se moque toujours de moi !…

– Je me moque de toi parce que tu as toujours peur !… Peur de quoi, je me le demande… quand Grap, le nouveau directeur de l’Okrana, ne fait que les quatre volontés d’Hélene !… et a pris lui-meme toutes dispositions nécessaires pour que nous vivions ici bien tranquilles, dans cette maison ou la police met tous ceux qu’elle ne veut pas arreter…

– Quelle étrange histoire ! fit Prisca, mais qui donc veut vous arreter alors, et qui donc vous accuse ?

– La police politique particuliere du palais, qui est a la dévotion de Raspoutine !… Vous comprendrez tout, quand vous saurez que ma sour, pour sauver une jeune personne de la haute société des entreprises de Raspoutine, avait promis ses faveurs a Raspoutine, mais finalement les lui a refusées. Il y a des choses qui sont au-dessus des forces humaines ! dit ma sour, et je la comprends. Seulement, pour se sauver de Raspoutine, qui a, juré sa perte, elle a du se faire un ami de Grap, qui n’est pas beaucoup plus appétissant !… du moins, c’est mon avis ! Et maintenant, c’est une lutte entre Grap et Raspoutine !

– Et si Raspoutine l’emporte, nous sommes fichus ! conclut mélancoliquement Gilbert… Moi, je parie pour Raspoutine !

– Toi, tu vois toujours tout en noir !…

– Mais, saperlotte ! puisque ce n’est pas vous qui avez commis le crime, s’écria Gilbert, qu’on nous fiche donc la paix a tous !…

– Je me tue a t’expliquer que le crime n’est qu’un prétexte dans cette affaire… Et puis, calme-toi… Raspoutine n’en a plus pour longtemps. Grap est en train de grouper contre lui tous les mécontents de la cour ; sans compter les grands-ducs qui ne viennent plus a la cour et qui marchent avec Grap.

– Voila des nouvelles, exprima Pierre, avec un triste sourire… Nous n’en avions pas depuis longtemps ! mais je vois que l’union sacrée regne en maîtresse dans notre cher pays… et quelles sont les dernieres nouvelles de la guerre ?…

– Des nouvelles de la guerre ? Il n’y en a plus ! Personne ne s’occupe plus de la guerre ici ! dit Gilbert.

– Ne te brule pas les sangs, mon petit vieux cher inquiet ami ! Tout cela va changer bientôt ! fit Vera.

– Et pourquoi donc cela changerait-il ? demanda Gilbert. Ta révolution ?… Je n’y crois pas !… Et puis je les connais, tes révolutionnaires… des bavards !

– Je te défends de dire ça ! fulmina Vera.

– Croyez-vous ! reprit l’acteur en haussant les épaules, cette petite qui le fait a la nihiliste, maintenant, parce qu’on lui a fait l’honneur de la meler a une histoire absurde de drame policier auquel elle était tout a fait étrangere !… Ça l’amuse !… C’est inoui !… Et la voila qui preche la révolution !… Vous y croyez, vous, aux bienfaits de la révolution russe ? demanda Gilbert au grand-duc en se tournant brusquement vers lui.

– Moi ? répondit Pierre en baisant la main de Prisca, moi, je crois a l’amour !…


Chapitre 2 M. KARATAËF EST UN NOUVEAU CLIENT DU KABATCHOK

 

Les premiers jours qui suivirent se passerent sans événements extraordinaires, du moins en apparence. Prisca commençait a se rassurer. Elle avait consenti, sur le désir de Pierre, a se laisser promener un peu par la ville, dans une drochka conduite par Iouri.

Ils sortaient naturellement vers le soir et passaient dans les quartiers les moins fréquentés ; ils quittaient bientôt le Faitningen ou ils habitaient, ils s’en allaient par le pont d’Alex jusqu’aux solitudes boisées qui avoisinent le château de « Mon Repos », d’ou l’on jouit d’un des plus beaux sites du golfe de Finlande.

Au cours de l’une de ces promenades, le soir du quatrieme jour, Pierre, sur les instances de Prisca, profita de ce qu’aucune oreille indiscrete ne pouvait l’entendre pour entreprendre Iouri au sujet du voyage a Petrograd qu’ils voulaient lui faire faire. Il s’agissait d’aller trouver la Kouliguine, qui ne donnait point de ses nouvelles et d’obtenir les passeports nécessaires aux deux jeunes gens pour passer en France.

Iouri répondit qu’il avait reçu l’ordre général de ne point quitter le prince, mais que si le prince lui donnait absolument l’ordre écrit de rejoindre la Kouliguine, il ne verrait aucun inconvénient a cela, a la condition toutefois que le prince lui promît de ne point sortir de la maison du Faitningen pendant toute son absence.

Le prince le lui promit et lui dit qu’il lui donnerait, le soir meme, une lettre pour la danseuse.

Iouri s’inclina et déclara qu’il était possible qu’il quittât Viborg le soir meme, mais qu’il ne savait rien encore et que cela dépendait d’une conversation qu’il se proposait d’avoir avec sa petite maîtresse Vera Vladimirovna.

Pierre eut la curiosité bien naturelle de demander a Iouri en quoi la conversation que celui-ci devait avoir avec la sour d’Hélene pouvait avancer ou retarder leurs projets ; mais Iouri fit comme s’il n’avait pas entendu ou comme s’il n’avait pas compris ; et, fouettant ses chevaux, reprit a toute allure le chemin de la maison.

Il faisait nuit quand ils y arriverent. Il parut a Prisca que leur demeure avait, ce soir-la, un aspect encore plus lugubre que les autres jours. La traversée des escaliers et des corridors ou elle rencontrait des ombres silencieuses et dont les attitudes ne lui semblaient jamais normales lui donnait des frissons. Quand ils furent dans la piece qui leur était réservée, elle supplia Pierre d’écrire tout de suite la lettre qu’il devait donner a Iouri, et comme Iouri survenait presque aussitôt, elle fit promettre a celui-ci de faire la plus grande diligence possible :

– Je dois parler a Vera, dit Iouri.

– Je t’y engage, répondit le prince, car elle doit savoir mieux que toi ou tu trouveras la Kouliguine.

– Non, pas mieux que moi, maître.

– En tout cas, elle peut avoir une commission a te donner pour sa sour. Elle s’étonne elle-meme de ne pas avoir de ses nouvelles, ce n’est pas elle qui te retardera.

Sur ses entrefaites, Vera et Gilbert arriverent et furent mis au courant du prochain voyage de Iouri a Petrograd. Ils approuverent tous deux.

– Excusez-moi, fit alors Iouri, mais j’ai un mot a dire en secret a ma petite maîtresse.

On les laissa seuls. Tout le monde était fort intrigué, a commencer par Vera.

– Parle vite, fit celle-ci, tu m’impatientes, Iouri, avec tes airs…

Mais l’autre, sans se démonter, s’en fut voir si personne n’écoutait aux portes, puis, sur de n’etre pas entendu, il dit a voix basse a la jeune fille :

– Etes-vous sur que Doumine soit mort ?

Vera eut un recul instinctif, considéra un instant Iouri, enfin lui demanda en le fixant séverement dans les yeux :

– Qui t’a dit que Doumine était mort ?

– C’est la Kouliguine, répondit le domestique sans sourciller ; elle avait besoin que je sache cela… Mais vous croyez qu’il est mort, et il n’est peut-etre pas mort !

– Si tu sais qu’il est mort, tu dois savoir aussi comment il est mort. Parle un peu pour voir, commanda Vera toujours un peu soupçonneuse.

– Vous l’avez tué chez la Katharina, répondit Iouri, mais vous croyez peut-etre l’avoir tué !…

– Qu’est-ce qui te fait supposer qu’il ne serait pas mort ?… Moi, je l’ai vu mort, étendu dans son sang, sous un tapis…

– Je sais… je sais… mais on croit que les gens sont morts et ils ne sont peut-etre pas morts…

– Celui-la est mort et enterré…

– Je sais aussi ou il est enterré et qui l’a enterré. Vous voyez bien que je sais tout.

– Alors, ne parle plus jamais de Doumine, il n’en vaut pas la peine, je t’assure…

– Mais on croit que les gens sont enterrés et ils ne le sont peut-etre pas ! reprit Iouri, qui était décidément tres enteté.

– Ou veux-tu en venir ? Tu m’ennuies, encore une fois, mais tu ne réussiras pas a m’effrayer.

– Eh bien, je désire que la petite maîtresse vienne avec son serviteur.

– Ou cela ? Ou me conduis-tu ? Je veux savoir.

– Oh ! pas bien loin… au kabatchok, qui est en bas et qui est tenu par notre ami Paul Alexandrovitch.

– Tu m’intrigues ! Je te suis, dit tout a coup Vera, qui était toute spontanéité.

Elle n’avertit meme point Gilbert et celui-ci fut tout étonné de trouver la chambre vide, quelques minutes plus tard.

Vera et Iouri étaient donc descendus tous deux au Pritinny Kabatchok, dont une entrée donnait directement sur le vestibule de la maison, On descendait quelques marches et l’on se trouvait dans la salle commune, qui était proprement tenue et qui offrait l’aspect assez engageant de certains cabarets de campagne.

Paul Alexandrovitch, qui était assez négligé de sa personne, avait des soins inouis pour son établissement. S’il s’appuyait de l’épaule, parfois, dans la journée, a sa porte, regardant ce qui se passait dans la rue, c’est qu’il n’avait plus rien a faire dans son cabaret ; mais, le plus souvent, on le voyait, un linge a la main, frottant les meubles ou faisant reluire les cuivres.

Les clients du kabatchok étaient, a vrai dire, les plus humbles habitants de la maison, qui venaient la, prendre un bol de thé, ou se réconforter d’un peu de tchi a la creme, dont Paul Alexandrovitch avait toujours une grande marmite pleine.

Il y avait aussi des clients de passage qui avaient une façon a eux de dire bonjour, en entrant, comme, par exemple de prononcer ces mots pleins de politesse :

« Je vous félicite d’avance de tout ce qui peut vous arriver d’heureux. »

S’ils ne prononçaient point ces mots-la ou s’ils ne les disaient point comme il fallait, absolument, aussitôt toutes les conversations étaient suspendues dans le kabatchok, ou bien l’on ne parlait plus que de choses insignifiantes comme de la pluie ou du beau temps ou du « traînage » du futur hiver, sur les lacs.

Iouri entra le premier, Vera le suivait la tete entourée d’un châle de laine blanche qui lui cachait a peu pres toute la figure.

Les clients qui étaient la ne se retournerent meme pas quand Iouri eut prononcé la phrase habituelle, selon les convenances de l’endroit. Du reste, les gens qui fréquentaient le kabatchok ne montraient aucune curiosité les uns pour les autres et ne se questionnaient point. Il y avait aussi des clients qui ne parlaient jamais. Ils étaient peut-etre muets. Paul Alexandrovitch les servait sur un signe.

Vera avait fait le tour de toutes les physionomies et maintenant elle regardait Iouri, qui lui servait tranquillement du thé, et elle se demandait pourquoi il l’avait amenée la. Or, dans le moment, la porte de la rue s’ouvrit et un homme maigre entra.

Il était vetu d’un long caftan de nankin. Il avait l’air d’un ouvrier de fabrique et d’un hardi compere, bien que son teint fut loin d’annoncer une santé robuste. Il avait une barbe touffue qui lui mangeait les joues et il portait un bandeau placé en travers de l’oil gauche.

Il salua suivant le rite, alla serrer la main de Paul Alexandrovitch, qui lui dit : « Bonsoir, Karataëf ! » et s’en fut dans le coin le plus obscur de la piece, ou il se mit a lire un journal.

A cette apparition, Vera avait tressailli :

– Évidemment, il lui ressemble, dit-elle a voix basse… C’est étrange, mais ce n’est pas lui !…

– Peut-on etre sur de cela ?…

– Sur ! sur ! absolument ! je sais ou il est enterré. Ce n’est pas lui !… Il a quelque chose de lui !… Son nez droit, ce qui ne signifie rien, car il y a beaucoup de nez droits… Il y a surtout sa façon de marcher…

– Ah ! vous voyez bien ! vous voyez bien !…

– Mais ce n’est pas sa figure ! non ! non ! ce n’est pas sa figure…

– C’est facile de changer sa figure en laissant pousser sa barbe comme une foret de Lithuanie et en se collant un bandeau sur l’oil… souffla Iouri, qui ne quittait pas l’homme des yeux… sans compter que le bandeau pourrait bien cacher une blessure…

– As-tu parlé de cela a Paul Alexandrovitch ?…

– Je ne pouvais lui dire, en vérité, ce que nous sommes les seuls a savoir, mais je lui ai demandé qui était ce client de l’extérieur et s’il en était sur ?…

– Que t’a-t-il répondu ?

– Qu’il en était absolument sur ! que c’était un nommé Karataëf, employé a l’usine de munitions Popula et qu’il venait en droite ligne de Rostof-sur-le-Don, ou il avait eu une méchante affaire avec un gardavoi, lors des derniers troubles du Midi…

– Tu vois, fit Vera, plus je le regarde et plus je constate que c’est loin d’etre lui ! Tu es fou !… si tu ne m’avais pas communiqué ton idée, je n’aurais jamais pensé, moi, qu’il put y avoir une ressemblance quelconque… quelconque… Tiens ! regarde-le maintenant… Hein ?… Jamais l’autre n’a eu cette tete-la !… et puis, il était, lui, plus carré des épaules, plus grand, plus fort ! Enfin, tu as entendu sa voix en entrant. Jamais l’autre n’a eu cette voix sourde.

– Il se leve, regardez-le, regardez-le bien !…

Karataëf se levait, en effet, et allait au buffet bavarder a voix basse, avec Paul Alexandrovitch, qui avait l’air fort occupé a effacer une tache qu’il venait de découvrir au manche d’une cuiller de son plus beau service en fausse argenterie. Celui-ci répondait plus, ou moins a Karataëf, comme un homme qui n’a pas de temps a perdre et qui se passerait parfaitement de vains propos.

Si bien que Karataëf finit par lui tirer sa révérence et gagner la porte…

Pas une fois, Karataëf n’avait regardé du côté de Iouri et de Vera. Mais tous deux ne le quittaient pas des yeux, surtout pendant qu’il se dirigeait vers la porte en leur tournant le dos, avec une démarche qui les frappait par sa ressemblance extraordinaire avec celle qui avait été, paraît-il, l’apanage de Doumine, vivant.

– Barichnia ! Barichnia ! (petite maîtresse) de dos, c’est lui tout craché !

– C’est exact que de dos c’est lui ! répondit la barichnia en fixant encore Karataëf, qui venait de s’arreter sur le seuil pour dire deux mots a un moujik vraiment sordide qui venait d’entrer et qui repartit presque aussitôt.

– Il faut que je sache absolument qui est ce fantôme de Doumine-la et si ce n’est pas Doumine lui-meme ! Écoute, écoute bien, barichnia (dans les circonstances solennelles importantes, Iouri tutoyait ses maîtres, comme c’est de mode quand on veut marquer un dévouement exceptionnel ou un respect inoui), je vais suivre l’homme sans qu’il s’en doute.

– Prends garde a toi, Iouri !

– Oh ! j’en ai vu bien d’autres, et il ne se doutera meme pas que je suis dans son ombre… Quant a toi, barichnia, tu vas remonter dans ton quartir avec tous tes amis et tu n’en sortiras plus que s’il arrivait un mot de moi, c’est entendu ?

– Mais toi, tu ne reviendras pas ?

– J’espere que si, barichnia, j’espere que si… En tout cas, si je ne reviens pas, vous recevrez un mot de moi… c’est alors que je ne pourrais quitter l’homme sous peine de le perdre et je vous dirai ce qu’il en est ou ce qu’il faut faire… De toutes façons, attendez de mes nouvelles d’ici une heure…

– Si c’était Doumine, qu’est-ce que tu ferais ?

– Je m’arrangerais, cette fois, pour qu’il ne revienne plus nous intriguer au Pritinny Kabatchok, sous le nom de Karataëf ou sous n’importe quel autre nom, assurément !… Mais je m’en vais. Songe, barichnia, que, si c’est Doumine, il n’y a pas un instant a perdre… Il n’est pas venu ici pour le plaisir de boire un verre de kwass ou simplement pour s’assurer de la bonne santé de Paul Alexandrovitch… Passons par ici… sortons, sans avoir l’air de rien, par le vestibule…

Ainsi fut fait, et Iouri quitta aussitôt Vera pour entrer dans l’ombre de la rue, car le soir venait de tomber. Vera remonta aussitôt dans son appartement, comme le lui avait recommandé Iouri, et trouva tout le monde assez inquiet. On savait qu’elle était entrée dans le cabaret avec Iouri, et Gilbert, trouvant la chose tout a fait bizarre, avait voulu la rejoindre ; mais il en avait été empeché par Pierre, qui lui conseilla de ne rien faire et de ne rien déranger de ce que faisait Iouri, en qui il avait la plus grande confiance.

– Évidemment, il y a quelque chose de nouveau ; nous allons le savoir tout a l’heure, si Vera veut bien nous le dire…

Elle le leur dit tout de suite. Elle était encore plus inquiete qu’eux, car elle en savait, plus long qu’eux, et Vera, qui n’aimait point d’etre inquiete, ne manquait jamais de passer son inquiétude aux autres pour en etre elle-meme débarrassée.

– Il y a, fit-elle tout bas, quand ils furent tous réunis au centre de la chambre, sous la lampe, il y a que cette maison pourrait bien etre hantée par un revenant, un homme que nous avions de bonnes raisons de croire mort et qui fut notre ennemi acharné, un nommé Doumine, contremaître aux usines Poutilof, espion vendu a l’Allemagne, révolutionnaire qui trahissait la révolution, âme damnée de feu Gounsowsky et de Raspoutine… Iouri a cru le reconnaître dans un nommé Karataëf qui fréquente le kabatchok de Paul Alexandrovitch, et il l’a suivi. Iouri, dans une heure, doit nous donner de ses nouvelles !… Voila ce qu’il y a !…


Chapitre 3 DES OMBRES DANS LA RUE

 

– Votre avis, Vera, demanda Pierre, est-ce que nous n’avons plus ici aucune sécurité, si vraiment ce Doumine n’est pas mort !

– Oui, c’est mon avis, mais entre nous, Pierre Vladimirovitch (elle lui donnait maintenant a dessein le nom de bapteme de son vrai pere, le seigneur martyr Asslakow), mais entre nous, je crois que Iouri se trompe, malgré des ressemblances que j’ai moi-meme relevées, assurément… oui, je crois qu’il se trompe et que Doumine est bien mort !

Pierre n’était guere tres rassuré non plus, depuis qu’il savait les inquiétudes de Iouri.

Quant a Prisca, elle ne pouvait, de temps a autre, s’empecher de manifester le plaisir qu’elle aurait a quitter cette maison qui lui avait toujours fait peur.

Une heure, deux heures se passerent dans ces transes, et l’on n’avait toujours aucune nouvelle de Iouri.

La fievre commençait a etre générale et la petite Vera elle-meme avait perdu son éternelle bonne humeur.

Elle était allée plusieurs fois a la fenetre qui donnait sur la rue, essayant de percer le mystere des ténebres… Au coin de cette rue sinistre, il lui avait semblé voir passer des ombres suspectes dans la lueur clignotante d’un bec de gaz planté au carrefour. Elle n’en parla a personne, ne voulant pas surtout augmenter l’inquiétude de Prisca.

Pierre dit :

– Il faut prendre une décision… Nous ne pouvons rester ici… Les minutes qui s’écoulent sont précieuses pour chacun de nous… Si ce refuge n’est plus une sécurité pour nous, il vaut mieux l’abandonner sans perdre un instant.

– Iouri m’a dit :

« – Surtout que personne ne sorte pendant mon absence. »

– Sans doute, et moi aussi j’ai promis a Iouri de ne pas sortir tant qu’il ne serait pas de retour… Mais Iouri t’a dit aussi qu’il serait la au bout d’une heure…

– Ou qu’il enverrait un mot…

– Deux heures sont passées et nous n’avons rien reçu… Il faut aviser…

– Partons, dit Gilbert ; si nous ne partons pas, nous pouvons etre pris ici comme dans une souriciere.

– Oh ! oui, partons, partons, soupira Prisca.

– Et ou irons-nous en sortant d’ici ? Il faut savoir encore cela, dit Pierre.

– Nous prendrons le train et nous nous rapprocherons de la frontiere, expliqua Prisca, dont la seule idée fixe était celle-ci : franchir la frontiere.

A ce moment, Vera, qui avait le front contre la vitre, se retourna et dit :

– Il est trop tard, la maison est surveillée.

Il y eut des exclamations, tous voulurent courir a la fenetre. Vera les arreta d’un geste :

– Éteignez, au moins la lampe.

La lampe fut éteinte. Alors, tous vinrent a la fenetre et chacun put constater, en effet, que cette rue, toujours si solitaire, était habitée par des ombres errantes qui ne cessaient de tourner autour de la maison et du kabatchok.

– Nous sommes perdus ! dit Gilbert.

Et il regarda longuement Vera, qui détourna la tete. Alors ce bon Gilbert vint l’embrasser a son tour :

– Me pardonnes-tu ? Me pardonnes-tu de t’avoir entraîné dans cette affaire ? implora la gamine. Pardonne-moi et je te jure que je serai ta femme, ta petite femme. Je t’aime bien, Gilbert !

Il la serra dans ses bras, il dit :

– Merci ! merci !

Mais tout de meme il la remerciait d’une aussi belle promesse avec mélancolie, car l’heure n’était point aux transports amoureux.

Pierre, qui, suivi de Prisca, était allé se renseigner, par lui-meme, si l’on ne pouvait quitter la maison par quelque issue secrete, revint en disant :

– La maison est également surveillée par derriere. Le plus extraordinaire est que cela n’a l’air de gener personne, Nastia raconte que, dans la maison, on lui a dit que cela arrivait parfois que la maison fut surveillée, que chacun savait cela et qu’il n’y avait pas a s’en préoccuper. Seulement, dans ces moments-la, il ne faut pas quitter la maison.

– Certainement, Pierre Vladimirovitch, c’est ce qu’il y a de mieux a faire, exprima Vera, je m’en tiens a ce qu’a dit Iouri :

« – Ne sortons pas d’ici ! »

C’est alors que Nastia frappa a la porte. Elle apportait un pli pour le gaspadine Sponiakof. C’était le nouveau nom du grand-duc depuis qu’il était dans la maison.

– Qui t’a apporté cela ? demanda Pierre.

– Le buffetier Paul Alexandrovitch.

Nastia se retira et tous furent autour de Pierre.

– Ce doit etre de Iouri. Vite ! fit Vera.

– Connais-tu l’écriture de Iouri ? demanda Pierre en lui présentant l’enveloppe et sa suscription.

– Non ! je n’ai jamais vu l’écriture de Iouri, mais ouvrez vite.

– C’est, en effet, de Iouri, dit Pierre qui, apres avoir ouvert le pli, était allé a la signature.

Iouri disait :

 

« L’homme que j’ai montré a Vera est bien Doumine. J’en suis sur maintenant. Je ne le quitte pas, car je sais qu’il est la pour faire un coup contre vous et contre la sour de la Kouliguine. Il est urgent que vous quittiez la maison de suite. La maison est surveillée, mais si vous faites exactement ce que je vais vous dire il n’arrivera rien de mauvais. Le gaspadine Sponiakof s’habillera d’une touloupe de moujik que lui donnera Paul Alexandrovitch et sortira de la maison par la porte du kabatchok, comme un client de passage. Il traversera la rue et gagnera de suite l’Esplanade. De la, il ira droit au port et entrera dans le cabaret qui est le dernier, au coin du quai, derriere la perspective Alexandre et le long de la ligne de chemin de fer. La, il m’attendra. La barinia s’habillera avec les vetements de Nastia. La petite maîtresse prendra la robe et le bonnet de sa gniagnia. Toutes deux sortiront par la porte des servantes. Elles se rendront au cabaret du port, ou nous nous retrouverons tous, mais par des chemins différents. Les barinias devront se rendre sur le port en passant par la vieille Tour ronde et le Vieux Marché. Si vous faites tout ceci, comme je dis, je réponds de tout et j’ai un bateau pour partir cette nuit meme, ce qui évitera d’aller a Petrograd chercher des passeports pour passer la frontiere. Votre serviteur jusqu’a la mort.

« Iouri. »

 

Iouri savait écrire. En plus de tous ses métiers, il avait travaillé un instant pour etre pope. Cela avait été son idée d’entrer en religion s’il n’avait pu entrer au service de la Kouliguine.