Le Petit Vieux des Batignolles - Émile Gaboriau - ebook
Kategoria: Sensacja, thriller, horror Język: francuski Rok wydania: 1876

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Émile Gaboriau

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Opis ebooka Le Petit Vieux des Batignolles - Émile Gaboriau

Un crime - le meurtre d'un homme ayant écrit de son propre sang les lettres «Monis», un policier-enqueteur et pour finir, un coupable. Classique - mieux - historique, puisque ce roman policier date de la fin du Second Empire, mais aussi un polar, un vrai. Méchinet, agent de sureté et fin limier, reprend tranquillement, patiemment, l'enquete de zéro pour dénouer l'énigme: débonnaire, attentif aux conseils de sa femme, frondeur a l'encontre des autorités supérieures, il avance patiemment et infailliblement jusqu'au coupable.

Opinie o ebooku Le Petit Vieux des Batignolles - Émile Gaboriau

Fragment ebooka Le Petit Vieux des Batignolles - Émile Gaboriau

A Propos
Chapitre 1

A Propos Gaboriau:

Émile Gaboriau (November 9, 1832 - September 28, 1873), was a French writer, novelist, and journalist, and a pioneer of modern detective fiction. Gaboriau was born in the small town of Saujon, Charente-Maritime. He became a secretary to Paul Féval, and after publishing some novels and miscellaneous writings, found his real gift in L'Affaire Lerouge (1866). The book, which was Gaboriau's first detective novel, introduced an amateur detective. It also introduced a young police officer named Monsieur Lecoq, who was the hero in three of Gaboriau's later detective novels. Monsieur Lecoq was based on a real-life thief turned police officer, Eugene François Vidocq (1775-1857), whose memoirs, Les Vrais Mémoires de Vidocq, mixed fiction and fact. It may also have been influenced by the villainous Monsieur Lecoq, one of the main protagonists of Féval's Les Habits Noirs book series. The book was published in the Pays and at once made his reputation. Gaboriau gained a huge following, but when Arthur Conan Doyle created Sherlock Holmes, Monsieur Lecoq's international fame declined. The story was produced on the stage in 1872. A long series of novels dealing with the annals of the police court followed, and proved very popular. Gaboriau died in Paris of pulmonary apoplexy.

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Chapitre 1

 

Lorsque j’achevais mes études pour devenir officier de santé – c’était le bon temps, j’avais vingt-trois ans – je demeurais rue Monsieur-le-Prince, presque au coin de la rue Racine.

J’avais la, pour trente francs par mois, service compris, une chambre meublée qui en vaudrait bien cent aujourd’hui ; si vaste que je passais tres aisément les manches de mon paletot sans ouvrir la fenetre.

Sortant de bon matin pour suivre les visites de mon hôpital, rentrant fort tard parce que le café Leroy avait pour moi d’irrésistibles attraits, c’est a peine si je connaissais de vue les locataires de ma maison, gens paisibles tous, rentiers ou petits commerçants.

Il en est un, cependant, avec qui, peu a peu, je finis par me lier.

C’était un homme de taille moyenne, a physionomie insignifiante, toujours scrupuleusement rasé, et qu’on appelait, gros comme le bras, monsieur Méchinet.

Le portier le traitait avec une considération toute particuliere, et ne manquait jamais, quand il passait devant sa loge, de retirer vivement sa casquette.

L’appartement de monsieur Méchinet ouvrant sur mon palier, juste en face de la porte de ma chambre, nous nous étions a diverses reprises trouvés nez a nez. En ces occasions, nous avions l’habitude de nous saluer.

Un soir, il entra chez moi me demander quelques allumettes ; une nuit, je lui empruntai du tabac ; un matin, il nous arriva de sortir en meme temps et de marcher côte a côte un bout de chemin en causant…

Telles furent nos premieres relations.

Sans etre ni curieux ni défiant – on ne l’est pas a l’âge que j’avais alors – on aime a savoir a quoi s’en tenir sur le compte des gens avec lesquels on se lie.

J’en vins donc naturellement, non pas a observer l’existence de mon voisin, mais a m’occuper de ses faits et gestes.

Il était marié, et madame Caroline Méchinet, blonde et blanche, petite, rieuse et dodue, paraissait adorer son mari.

Mais la conduite de ce mari n’en était pas plus réguliere. Fréquemment il décampait avant le jour et souvent le soleil était levé quand je l’entendais regagner son domicile. Parfois il disparaissait des semaines entieres…

Que la jolie petite madame Méchinet tolérât cela, voila ce que je ne pouvais concevoir.

Intrigué, je pensai que notre portier, bavard d’ordinaire comme une pie, me donnerait quelques éclaircissements.

Erreur !… A peine avais-je prononcé le nom de Méchinet qu’il m’envoya promener de la belle façon, me disant, en roulant de gros yeux, qu’il n’était pas dans ses habitudes de « moucharder » ses locataires.

Cet accueil redoubla si bien ma curiosité que, bannissant toute vergogne, je m’attachai a épier mon voisin.

Alors, je découvris des choses qui me parurent énormes.

Une fois, je le vis rentrer habillé a la derniere mode, la boutonniere endimanchée de cinq ou six décorations ; le surlendemain, je l’aperçus dans l’escalier vetu d’une blouse sordide et coiffé d’un haillon de drap qui lui donnait une mine sinistre.

Et ce n’est pas tout. Par une belle apres-midi, comme il sortait, je vis sa femme l’accompagner jusqu’au seuil de leur appartement, et la l’embrasser avec passion, en disant :

– Je t’en supplie, Méchinet, sois prudent, songe a ta petite femme !

Sois prudent !… Pourquoi ?… A quel propos ? Qu’est-ce que cela signifiait ?… La femme était donc complice !…

Ma stupeur ne devait pas tarder a redoubler.

Une nuit, je dormais profondément, quand soudain on frappa a ma porte a coups précipités.

Je me leve, j’ouvre…

Monsieur Méchinet entre, ou plutôt se précipite chez moi, les vetements en désordre et déchirés, la cravate et le devant de sa chemise arrachés, la tete nue, le visage tout en sang…

– Qu’arrive-t-il ? m’écriai-je épouvanté.

Mais lui, me faisant signe de me taire :

– Plus bas !… dit-il, on pourrait vous entendre… Ce n’est peut-etre rien quoique je souffre diablement… Je me suis dit que vous, étudiant en médecine, vous sauriez sans doute me soigner cela…

Sans mot dire, je le fis asseoir, et je me hâtai de l’examiner et de lui donner les soins nécessaires.

Encore qu’il y eut eu une grande effusion de sang, la blessure était légere… Ce n’était, a vrai dire, qu’une éraflure superficielle partant de l’oreille gauche et s’arretant a la commissure des levres.

Le pansement terminé :

– Allons, me voila encore sain et sauf pour cette fois, me dit monsieur Méchinet. Mille remerciements, cher monsieur Godeuil. Surtout, de grâce, ne parlez a personne de ce petit accident, et… bonne nuit.

Bonne nuit !… Je songeais bien a dormir, vraiment !

Quand je me rappelle tout ce qu’il me passa par la cervelle d’hypotheses saugrenues et d’imaginations romanesques, je ne puis m’empecher de rire.

Monsieur Méchinet prenait dans mon esprit des proportions fantastiques.

Lui, le lendemain, vint tranquillement me remercier encore et m’invita a dîner.

Si j’étais tout yeux et tout oreilles en pénétrant dans l’intérieur de mes voisins, on le devine. Mais j’eus beau concentrer toute mon attention, je ne surpris rien de nature a dissiper le mystere qui m’intriguait si fort.

A dater de ce dîner, cependant, nos relations furent plus suivies. Décidément, monsieur Méchinet me prenait en amitié. Rarement une semaine s’écoulait sans qu’il m’emmenât manger sa soupe, selon son expression, et presque tous les jours, au moment de l’absinthe, il venait me rejoindre au café Leroy, et nous faisions une partie de dominos.

C’est ainsi qu’un certain soir du mois de juillet, un vendredi, sur les cinq heures, il était en train de me battre a plein double-six, quand un estafier, d’assez fâcheuse mine, je le confesse, entra brusquement et vint murmurer a son oreille quelques mots que je n’entendis pas.

Tout d’une piece et le visage bouleversé, monsieur Méchinet se dressa.

– J’y vais, fit-il ; cours dire que j’y vais.

L’homme partit a toutes jambes, et alors me tendant la main :

– Excusez-moi, ajouta mon vieux voisin, le devoir avant tout… nous reprendrons notre partie demain.

Et comme, tout brulant de curiosité, je témoignais beaucoup de dépit, disant que je regrettais bien de ne le point accompagner :

– Au fait, grommela-t-il, pourquoi pas ? Voulez-vous venir ? Ce sera peut-etre intéressant…

Pour toute réponse, je pris mon chapeau et nous sortîmes…