Le N°13 de la rue Marlot - René de Pont-Jest - ebook
Kategoria: Sensacja, thriller, horror Język: francuski Rok wydania: 1877

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René de Pont-Jest

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Opis ebooka Le N°13 de la rue Marlot - René de Pont-Jest

Premier volet des «Mémoires d’un détective». Le cadavre d'un parfait inconnu est retrouvé au matin dans un petit immeuble paisible de la non moins tranquille rue Marlot, dans le quartier du Marais. C'est la consternation dans cette petite communauté, gardée par les concierges Bernier et dans laquelle on trouve une jeune veuve qui vient d'accoucher, un militaire retraité ou un employé mobile des postes... Qui est l'inconnu? Comment a-t-il pu pénétrer dans l'immeuble? Pourquoi et comment a-t-il été tué? William Dow aidera a dénouer l'écheveau de cette énigme, ou la passion amoureuse lutte contre les convenances de l'époque impériale. Et c'est comme toujours en plein proces et avec sa connaissance pointue de la médecine légale que l'habile américain fera triompher la vérité.

Opinie o ebooku Le N°13 de la rue Marlot - René de Pont-Jest

Fragment ebooka Le N°13 de la rue Marlot - René de Pont-Jest

A Propos
Chapitre 1 - LES LOCATAIRES DES ÉPOUX BERNIER
Chapitre 2 - CADAVRE INCONNU

A Propos Pont-Jest:

Officier de marine, puis écrivain et journaliste, il est le grand-pere maternel de Sacha Guitry qui le décrit ainsi, dans «Si j'ai bonne mémoire» : «René de Pont-Jest, ancien officier de marine, romancier, chroniqueur, homme tres distingué, esprit fin, fine lame, aimant les femmes, aimant le jeu - type disparu du parisien a guetres blanches sous pantalons a carreaux.»

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Chapitre 1 LES LOCATAIRES DES ÉPOUX BERNIER

La rue Marlot, qui a changé de nom ou qui meme a peut-etre disparu depuis l’époque ou s’y est passé le drame que nous allons raconter, était située dans le quartier le plus calme, le plus retiré du Marais, a deux pas de la place Royale, qu’on appelle la place des Vosges, comme au temps des immortels principes.

Nos révolutions, en effet, qui semblent si bien destinées, c’est du moins ce qu’affirment ceux qui les font, a apporter dans nos lois et dans nos mours des réformes utiles, n’ont guere servi qu’a réformer les noms de nos rues.

Celle de ces rues parisiennes ou nous prions nos lecteurs de nous suivre se composait alors d’une vingtaine de maisons, et celle de ces maisons qui portait le n° 13 était de la plus modeste apparence.

Ses quatre étages étroits, éclairés chacun par trois fenetres, atteignaient a peine la hauteur du second de deux gigantesques constructions qui, la flanquant orgueilleusement a droite et a gauche, semblaient lui disputer le peu d’espace qu’elle occupait.

On eut dit un pauvre petit bourgeois fourvoyé entre deux gros financiers prets a l’étouffer.

En face, existait l’Hôtel du Dauphin, qui n’avait d’ordinaire pour clients que des provinciaux dont les parents habitaient dans le voisinage ou, par hasard, quelques étrangers peu soucieux du bruit et du tumulte des quartiers riches et populeux.

Le fait est que la rue Marlot était fort tranquille. Les conducteurs d’omnibus l’ignoraient et il n’y passait pas dix voitures par jour.

Des neuf heures du soir, le silence y régnait si completement qu’on aurait pu s’y croire dans la ville du Grand Roi, avant que les salons de Louvois fussent devenus les cabarets des citoyens représentants du 4 Septembre.

On entrait au n° 13 par une petite porte bâtarde donnant sur un couloir étroit et assez obscur, ou on rencontrait, immédiatement a droite, la loge du concierge.

C’est la que, depuis plus de vingt ans, deux braves gens, les époux Bernier, veillaient sur les destinées de leur royaume. Le mari, vieux soldat tout rhumatisant, n’était plus fort ingambe, mais sa femme, quoiqu’elle approchât de la soixantaine, avaient encore bon pied, bon oil.

Il est vrai que Mme Bernier n’avait que quatre locataires.

Au premier, demeurait le capitaine Martin, qui avait perdu un bras et gagné sa croix en meme temps que sa retraite a Sébastopol.

Le matin, apres son déjeuner, repas frugal que lui montait son concierge, le vieil officier sortait pour faire sa promenade hygiénique sur la place Royale. Le soir, il dînait dans un petit restaurant du quartier, puis, apres une courte station au café voisin, en compagnie de quelques anciens freres d’armes, il rentrait invariablement a neuf heures.

Au second, c’étaient M. et Mme Chapuzi, Philémon et Baucis ; a eux deux pres d’un siecle et demi.

Philémon Chapuzi s’était retiré des contributions indirectes avec une de ces modiques pensions que l’on sait, et Baucis l’administrait en ménagere si industrieuse que les petits rentiers pouvaient recevoir quatre ou cinq fois l’an une douzaine d’amis.

L’appartement du troisieme était occupé, mais depuis quatre mois seulement, par une jeune femme blonde et frele, Mme Bernard, a qui la mere Bernier avait fait d’abord assez mauvais visage.

Lorsque Mme Bernard s’était présentée pour louer dans la maison, elle était vetue de noir, avait l’air souffrant et malheureux ; de plus, elle paraissait dans un état de grossesse assez avancé.

Tout cela avait effrayé l’honorable concierge du n° 13. Égoiste comme presque toutes les vieilles gens, elle avait craint que cette femme ne lui occasionnât, a un moment donné, quelque dérangement, soit a cause d’elle, soit a cause de son enfant, et elle avait hésité a l’accepter pour locataire ; mais le curé de la paroisse Saint-Denis était venu lui recommander l’étrangere ; il avait affirmé que Mme Bernard était une jeune veuve digne de tout respect, de plus, orpheline, et Mme Bernier avait alors disposé de son logement en sa faveur.

Elle n’avait pas eu, d’ailleurs, a s’en plaindre. Sa nouvelle locataire était douce et bonne, ne sortait que rarement et ne recevait jamais personne.

Au moment ou nous commençons ce récit, elle venait de mettre au monde, cinq ou six jours auparavant, une charmante petite fille qu’elle nourrissait elle-meme, et elle était soignée par une digne sour de charité que le brave pretre, son protecteur, lui avait envoyée.

Quant au dernier étage de la maison, étage mansardé, la moitié en était louée a un employé ambulant des postes, M. Tissot, qui ne couchait chez lui que deux ou trois fois par semaine. L’autre moitié servait de grenier au ménage Bernier.

M. Tissot était le seul locataire pour lequel la porte s’ouvrît a tous moments de la nuit, car ses heures de rentrée étaient forcément irrégulieres.

Aussi avait-il une façon particuliere de se faire reconnaître de ses concierges, afin que ceux-ci ne pussent etre induits en erreur par quelque polisson du quartier. Il sonnait lentement trois coups, et frappait en meme temps deux fois au volet de la loge.

M. et Mme Bernier savaient ainsi toujours a qui ils avaient affaire, et l’un ou l’autre, au signal convenu, tirait le cordon, sans s’inquiéter davantage de celui qui rentrait, certains qu’ils étaient d’avance de son identité.

Un seul escalier, on le comprend, desservait toute la maison. Il commençait au fond du couloir, a droite, en avant de la porte vitrée d’une cour intérieure de dix metres carrés, ou le soleil ne pénétrait jamais, grâce a l’élévation des constructions voisines, qui n’avaient sur le n° 13 que les jours de souffrance légalement autorisés, et cet escalier grimpait, raide et tortueux, du rez-de-chaussée aux combles, mais aussi luisant a la derniere marche qu’a la premiere.

Sur ce point-la, comme sur tous ceux qui tenaient a la propreté de son domaine, Mme Bernier était impitoyable.

A chaque étage, il existait un palier de quelques pieds de largeur, orné d’un porte-manteau fiché dans le mur, comme on en voit encore dans quelques vieux hôtels.

Le n° 13 de la rue Marlot était donc, on le voit, malgré son numéro fatidique, la plus paisible et la plus calme des habitations. Les couches de Mme Bernard étaient le seul événement intéressant qui, depuis dix ans, en eut troublé le repos.

Quoiqu’elle n’aimât que médiocrement les enfants, la brave concierge s’était sentie néanmoins émue a la vue de ce petit etre dont le pere n’était déja plus.

Elle avait alors offert spontanément ses services a la jeune mere, aupres de laquelle elle se rendait a chaque instant pour s’assurer qu’elle ne manquait de rien.

Le sixieme jour de sa délivrance, le 3 mars 18…, Mme Bernard fut atteinte d’une fievre de lait assez intense, et Mme Bernier ne voulut se coucher qu’apres avoir rendu une derniere visite a la malade.

Le lendemain matin, au point du jour, la bonne femme venait de se lever, car elle était toujours debout la premiere, et elle avait ouvert pour le laitier dont c’était l’heure, quand elle entendit tout a coup pousser au second étage un cri perçant.

Reconnaissant la voix de Mme Chapuzi, elle se hâta de gravir l’escalier, mais en arrivant sur le palier, elle recula d’horreur.

Appuyée contre le chambranle de sa porte ouverte et ne pouvant plus prononcer une parole, la vieille rentiere lui montrait d’une main tremblante un homme renversé sur les premieres marches de l’escalier du troisieme étage et baigné dans son sang.

– Bernier ! capitaine ! appela la concierge de toutes ses forces et sans oser faire un pas de plus.

Le vieux soldat accourut aussitôt et l’officier, que le cri de Mme Chapuzi avait réveillé, apparut en meme temps a l’étage inférieur, d’ou il s’empressa de monter pour se rendre compte de ce que tout ce bruit voulait dire.

L’ex-fonctionnaire des contributions était lui-meme sorti de son appartement.

– Cet homme est mort ! dit le capitaine, qui, promptement remis de son émotion, s’était penché sur le corps et en avait entr’ouvert les vetements.

– Mort ! répéterent les spectateurs de cette scene.

– Depuis longtemps, il est déja froid, affirma M. Martin. Il a été assassiné !

– Assassiné ! redirent les époux Bernier.

– Et de deux fameux coups de couteau ; voyez !

Le cadavre, un des pieds pris dans la rampe de l’escalier, gisait sur la derniere marche et couché sur le côté gauche.

Il avait au cou, du côté droit, une blessure dont le sang avait jailli avec une certaine abondance, bien que la carotide n’eut pas été touchée ; et le capitaine aperçut, en soulevant légerement le mort, le manche de corne d’un couteau dont la lame disparaissait entierement dans son côté gauche, au bas-ventre.


Chapitre 2 CADAVRE INCONNU

Le cadavre était celui d’un homme de taille moyenne, aux cheveux gris, d’une soixantaine d’années, assez gros et vetu comme un bourgeois aisé.

Le concierge et sa femme se regardaient terrifiés.

Le vieillard leur était absolument inconnu, ainsi qu’au capitaine et au ménage Chapuzi. Ils étaient certains de n’avoir ouvert la nuit derniere qu’a l’employé des postes, qui était rentré vers onze heures apres s’etre fait reconnaître comme de coutume.

– Qu’y a-t-il donc ? demanda a ce moment une voix douce que la mere Bernier reconnut pour celle de la sour de charité qui soignait Mme Bernard.

La veille, pour la premiere fois depuis cinq jours, la sainte femme était allée coucher a son couvent, d’ou elle accourait pour savoir comment sa malade avait passé la nuit.

M. Martin mit rapidement la sour au courant et lui recommanda de ne parler de rien a Mme Bernard, afin, de lui épargner quelque secousse dangereuse ; puis il ajouta en s’adressant a Bernier :

– Courez prévenir le commissaire de police ; moi, je vais monter chez M. Tissot pour lui demander si, en rentrant cette nuit, il n’a pas laissé la porte de la rue ouverte.

– C’est ça, bégaya le concierge ; mais ce malheureux ?

– Gardons-nous d’y toucher avant l’arrivée du commissaire !

M. Chapuzi avait entraîné sa femme qui, saisie d’une violente attaque de nerfs, poussait de nouveaux cris.

Bernier passa rapidement un vetement pour suivre les instructions du capitaine, et sa femme descendit dans sa loge, ou elle se laissa tomber sur un siege en se demandant si elle revait ou si elle était vraiment éveillée.

Cinq minutes apres, l’officier vint lui dire que l’employé des postes n’était pas chez lui.

– Vous en etes certain ? fit la concierge d’une voix égarée.

– Sa clef n’était pas sous son paillasson, comme il la met d’habitude, mais dans la serrure ; je suis entré dans sa chambre ; son lit n’est pas défait.

– Ce n’est pas possible ! Je lui ai ouvert moi-meme cette nuit !

– Vous aurez ouvert a un autre, ou a d’autres. Sapristi, quelle vilaine affaire !

Vingt minutes plus tard, Bernier ramenait le commissaire de police du quartier, M. Meslin, homme justement estimé de ses chefs peur son caractere et son habileté.

C’était un magistrat sachant remplir ses délicates fonctions sans brutalité, sans zele exagéré, sans ces formes administratives vexatoires auxquelles on doit certainement en France cette opposition contre tout ce qui est autorité.

M. Meslin avait d’abord fait prévenir le procureur impérial, puis, en attendant ses ordres, il était accouru, pensant que des constatations immédiates pouvaient etre nécessaires.

Il était accompagné de son secrétaire et du médecin.

Une fois dans la maison, le premier soin du commissaire fut d’ordonner au concierge de fermer sa porte, de ne l’ouvrir qu’a l’envoyé du parquet, de ne laisser entrer ni sortir personne, sous quelque prétexte que ce fut.

L’événement était encore ignoré des voisins, car Bernier, peu causeur par tempérament, s’était gardé d’en dire un mot.

M. Meslin et le docteur se transporterent aussitôt au second étage, et lorsque le médecin eut constaté que c’était bien un cadavre qu’il avait devant lui, il renversa le mort sur le dos, enleva le couteau de la blessure et ouvrit ses vetements.

Il reconnut alors que le malheureux avait été frappé avec une telle force que l’arme avait pénétré de toute sa longueur, pres de vingt centimetres, dans l’aine, du côté gauche.

Cet examen terminé par le praticien, dont le seul rôle était de constater la mort, le commissaire de police, qui avait pris note de la position du cadavre avant qu’il eut été déplacé, afin de pouvoir consigner exactement cette position dans son rapport, le commissaire de police, disons-nous, visita les poches de l’inconnu dans l’espoir d’y découvrir quelques papiers qui pussent le renseigner sur son identité.

Mais il ne trouva rien. Le vieillard n’avait sur lui aucun document de nature a le faire reconnaître.

Il était cependant probable qu’il n’avait pas été victime d’un vol, car son porte-monnaie contenait pres de deux cents francs en or et quelques pieces d’argent. De plus, sa montre, dont le verre était brisé, pendait le long de son corps, suspendue par une lourde chaîne.

M. Meslin remarqua que cette montre était arretée a minuit trente-cinq minutes, et il en conclut logiquement que c’était l’heure a laquelle l’inconnu avait succombé.

Le docteur était du meme avis. La mort avait du etre foudroyante et remontait a six ou sept heures au moins.

Mme Bernier affirmait cependant que c’était a un moment moins avancé de la nuit qu’elle avait tiré le cordon a celui que le signal convenu lui avait fait prendre pour l’employé des postes. Elle pensait que, lorsqu’elle avait ouvert la porte, il pouvait etre a peine onze heures et demie.

Quant au capitaine et a M. Chapuzi, ils n’en purent dire que moins encore, puisqu’ils n’avaient vu le cadavre qu’apres avoir été attirés sur l’escalier par les cris de la locataire du second et l’appel de la concierge.

Il restait Mme Bernard et l’employé des postes.

A l’égard de la premiere, le commissaire de police comprit de suite qu’il ne pouvait l’interroger dans l’état de faiblesse ou elle se trouvait. D’ailleurs, quels renseignements pourrait-elle donner ? Il se contenta de prier la sour de charité qui veillait l’accouchée de lui demander adroitement si elle n’avait rien entendu d’extraordinaire pendant la nuit.

La jeune mere répondit qu’elle s’était endormie de bonne heure, aussitôt apres la visite de Mme Bernier, et qu’elle ne s’était réveillée que peu d’instants avant l’arrivée de sa garde.

Du reste les appartements du n° 13 étaient disposés de telle façon que, une fois rentrés dans leurs chambres a coucher, les locataires ne pouvaient rien entendre de ce qui se passait sur l’escalier.

Quand a M. Tissot, il ne s’agissait que de savoir si son service l’avait réellement retenu a son bureau ou loin de Paris. Rien n’était plus facile que de s’en assurer. M. Meslin ordonna a son secrétaire de courir a l’administration des Postes pour y prendre les renseignements nécessaires, et de se procurer en meme temps deux hommes et une civiere pour enlever le corps. Sans plus tarder ensuite, il franchit le cadavre et monta l’escalier, escorté du capitaine Martin et de Bernier.

Comme il se pouvait que l’assassin fut encore dans la maison, et que tout le bruit qui s’y faisait depuis la découverte du mort l’eut poussé a quelque moyen extreme de défense, le commissaire avait armé son revolver, et l’officier, qui n’avait fait qu’un bond jusqu’a la panoplie dont était orné son salon, en était revenu avec un vieux sabre d’uniforme.

Arrivé au troisieme étage et au moment ou il se préparait a passer sans bruit, afin de ne pas éveiller l’attention de Mme Bernard, M. Meslin s’arreta tout a coup pour désigner a ses compagnons une empreinte sanglante sur le mur, au milieu du palier, a hauteur d’homme.

Il était facile de reconnaître dans cette empreinte la marque d’une main. Deux doigts surtout étaient tracés.

Était-ce la victime qui, déja blessée et fuyant son meurtrier, avait laissé la cette trace en s’appuyant sur le mur ? Était-ce, au contraire, l’assassin qui, pour retenir sa victime avec plus de force, avait plaqué contre la muraille sa main déja teinte du sang provenant de la premiere blessure reçue par l’inconnu ?

De plus, un grand manteau, genre waterproof, que Bernier reconnut pour appartenir a Mme Bernard, gisait a terre, au lieu d’etre accroché au porte-manteau comme il y était la veille.

Mme Bernard avait preté ce vetement a la mere Bernier l’avant-veille, jour ou il avait plu a torrent, et la concierge, avant de le rendre a sa locataire, l’avait suspendu au portemanteau pour le faire sécher.

M. Martin se rappelait parfaitement avoir vu cet objet a terre, lorsque, quelques instants apres la découverte du cadavre, il était monté chez M. Tissot.

Pour le commissaire de police il n’y avait pas de doute : c’était la, sur le palier du troisieme étage, qu’avait eu lieu la lutte. Cependant on n’apercevait aucune éclaboussure de sang ni sur le parquet ni sur le mur ; rien autre chose que l’empreinte de cette main.

Ces observations faites, la petite troupe continua son ascension jusqu’au quatrieme étage.

Nous avons dit que la l’espace était divisé en deux parties : l’une occupée par l’appartement de l’employé des postes, l’autre par un grenier.

Apres avoir prié le capitaine de garder la porte du grenier, le commissaire et Bernier entrerent chez M. Tissot ; mais ils ne découvrirent, dans les deux pieces qui composaient son logement, rien de nature a les intéresser.

L’appartement était désert, les fenetres étaient fermées intérieurement ; il ne paraissait pas qu’on y eut pénétré.

Le lit qui se trouvait dans la seconde piece n’était pas ouvert, et la seule remarque qu’on put faire, c’est qu’une chaise était placée de biais contre la table de travail de M. Tissot, comme si ce siege eut été abandonné brusquement par celui qui l’avait occupé.

Enfin, quelques papiers que l’employé des postes avait l’habitude de ranger symétriquement semblaient un peu éparpillés. Une de ces feuilles avait volé a terre.

C’était tout, et il paraissait si certain que les choses se trouvaient la dans l’état ou les avait laissées le locataire absent, que le commissaire de police ne s’y intéressa pas.

Il était également probable que c’était M. Tissot lui-meme qui avait oublié de fermer sa porte et de glisser, selon sa coutume, sa clef sous son paillasson.

Le fait important, c’est qu’il n’y avait personne chez lui.

Les perquisitions dans le grenier, ne donnerent pas un meilleur résultat.

Le sommet de la cage de l’escalier était bien éclairé par un vitrage dont une partie était mobile, mais il aurait fallu une échelle pour y atteindre. Or, il n’en existait pas une seule dans la maison.

Tout cela bien constaté, le commissaire de police redescendit au rez-de-chaussée avec ceux qui l’accompagnaient.

Il y trouva son secrétaire qui avait exécuté ses ordres.

On lui avait affirmé a l’administration des postes que M. Tissot était de service depuis la nuit derniere sur la ligne de Paris a Bordeaux et qu’il ne devait rentrer que le lendemain. Le secrétaire n’avait pas oublié de ramener avec lui une civiere et deux porteurs.

Quelques minutes apres, on frappait a la porte.

Bernier s’empressa d’ouvrir et de livrer passage a ceux qui se présentaient.

C’était l’un des substituts du procureur impérial accompagné de son greffier.

M. Meslin mit le membre du parquet au courant de ce qui s’était passé et de ce qu’il avait fait, puis il le conduisit dans les endroits déja visités.

– C’est fort bien, dit le magistrat au commissaire en regagnant la loge de Bernier ; vous n’avez plus qu’a envoyer le corps a la Morgue et m’adresser votre rapport avec les pieces a conviction. Je vais conférer immédiatement de cette affaire avec M. le procureur impérial.

Et, sans prolonger davantage sa visite, le substitut se fit ouvrir la porte et s’éloigna.

Pendant que se passaient ces derniers incidents, le docteur avait rédigé son rapport ; et, pendant qu’on descendait le cadavre et qu’on l’étendait sur la civiere, M. Meslin remplit un imprimé qu’il avait tiré de son portefeuille.

C’était un ordre d’envoi a la Morgue, document sinistre, lugubre et ainsi rédigé, une fois les blancs remplis :

Ordre pour la réception d’un cadavre a la Morgue de Paris.

« Nous, Robert-Louis Meslin, commissaire de police de la ville de Paris, spécialement chargé du quartier de l’Arsenal, requérons le greffier de la Morgue de recevoir un cadavre du sexe masculin, paraissant âgé de soixante ans, taille 1 metre 64 centimetres, cheveux gris, front bombé, sourcils châtains, yeux bleus, nez ordinaire, bouche moyenne, visage rond ».

« Marques particulieres : Deux blessures, l’une au côté droit du cou, l’autre a l’aine gauche ».

« Vetu d’un pantalon et d’un gilet de drap noir et d’un paletot marron. Le linge porte les initiales : L. R. Cravate noire, bottines de cuir, a doubles semelles ».

« Le tout ainsi qu’il a été constaté par notre proces-verbal du 4 mars 18…, adressé le meme jour a la préfecture de police et a M. le procureur impérial ».

« Le greffier de la Morgue donnera un récépissé du cadavre et des effets ci-dessus détaillés aux nommés Pierre Leroux et Jean Bourgeois, commissionnaires-porteurs, chargés du transport ».

« Fait en notre bureau, le 4 mars 18… »

« Le commissaire de police, »

« R. MESLIN. »

M. Meslin remit cet ordre aux deux hommes, enveloppa le couteau ensanglanté, l’argent, deux ou trois clefs et les bijoux trouvés sur l’inconnu, et, apres avoir recommandé a Bernier, ainsi qu’a sa femme, de surveiller tous les individus qui se présenteraient dans la maison, il sortit, en emmenant son secrétaire et le docteur.

Quelques instants apres, la civiere, hermétiquement close et renfermant le mort, franchissait le seuil du n° 13.

Bernier et le capitaine Martin étaient fort émus de ce drame auquel ils étaient indirectement melés.

Quant a la brave concierge et aux époux Chapuzi, ils étaient épouvantés.

A l’idée de comparaître devant le juge d’instruction et devant la cour d’assises, si on arretait l’assassin, l’ex-employé des contributions tremblait de tous ses membres.

S’il n’eut été aussi completement a l’abri de tout soupçon, on eut facilement pu le prendre pour le coupable.

Dans un seul de ses appartements, celui de Mme Bernard, tout était dans le meme état que la veille.

La jeune femme n’avait attaché aucune importance aux questions que lui avait adressées sa garde ; elle ne soupçonnait rien de ce qui s’était passé la nuit précédente, a quelques pas de sa chambre ; et, toujours couchée, car elle était encore tres faible, elle allaitait son enfant, en le couvrant avec tendresse de ses regards humides.

La brave sour de charité s’efforçait, a l’aide de douces paroles, de lui rendre du courage ; mais la malade ne pouvait retenir ses pleurs. Elles roulaient lentement sur ses joues amaigries, pour tomber de la sur le nouveau-né qu’elle pressait sur son sein.

On eut dit que la pauvre mere baptisait sa fille avec ses larmes.

Au dehors, dans la rue, l’émotion n’était pas moins grande qu’a l’intérieur du n° 13.

L’arrivée de la civiere, sa sortie, le soin avec lequel la porte restait fermée, tout cela avait été remarqué des voisins. Sans savoir au juste ce qui s’était passé dans la petite maison si paisible d’ordinaire, ils devinaient qu’elle était devenue tout a coup le théâtre de quelque drame.

Les curieux se renouvelaient sans cesse.

A midi, ils étaient encore la.

On voulait des détails et les plus hardis tentaient d’entrer dans la maison ; mais le concierge en refusait la porte. Toutes les ruses échouaient devant sa surveillance.