Le Médecin bleu - Paul Féval (père) - ebook
Kategoria: Obyczajowe i romanse Język: francuski Rok wydania: 1925

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Paul Féval (père)

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Opis ebooka Le Médecin bleu - Paul Féval (père)

En cette année 1794, le citoyen Saulnier est médecin en Bretagne. Il se distingue de la population paysanne par ses opinions républicaines, au point que, dans le pays, on l'appelle Le Médecin bleu. S'il est encore toléré par la population, les raisons en sont ses qualités professionnelles et surtout sa fille, Sainte, objet de respect et d'amour de la part de tous. Sainte a eu une amie, Marie Brand, mais celle-ci est la fille d'un insurgé. Leurs parents leur ont interdit de se voir. Elles ont obéi, mais une nouvelle insurrection se prépare, leurs vies vont a nouveau se croiser. Édition reproduite: Albun Michel, 1925 (il s'agit malheureusement d'une version revue et corrigée par l'auteur apres sa conversion a la propagande catholique et bien-pensante en 1876).

Opinie o ebooku Le Médecin bleu - Paul Féval (père)

Fragment ebooka Le Médecin bleu - Paul Féval (père)

A Propos
Chapitre 1 - SAINTE

A Propos Féval (pere):

Paul Henry Corentin Féval, né le 29 septembre 1816 a Rennes, mort le 7 mars 1887 a Paris 7e, 19, rue Oudinot, est un écrivain français, dont l'ouvre composée de romans populaires édités en feuilletons, eut un succes considérable de son vivant. Au xixe siecle, sa notoriété égalait celle d’Honoré de Balzac et d’Alexandre Dumas.

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Chapitre 1 SAINTE

Le bourg de Saint-Yon est pittoresquement assis sur la croupe d’une colline, dont le sommet se couronne d’arbres séculaires. Au pied de cette colline s’étend un vaste marais, sorte de lac qui baigne a perte de vue la campagne de Redon et les extremes limites du département d’Ille-et-Vilaine. Le bourg est composé d’une seule rue, dont les maisons grises et couvertes en chaume s’étagent en amphithéâtre. A voir cette chaîne de maisons descendre tortueusement la montagne, on dirait, de loin, un serpent gigantesque endormi au soleil en buvant l’eau tranquille des marais.

En l’année 1794, M. de Vauduy était propriétaire du manoir de Rieux, antique résidence des seigneurs de ce nom, et situé a une demi-lieue au plus de Saint-Yon. M. de Vauduy était un homme d’une cinquantaine d’années, froid, sévere et taciturne. Les uns disaient qu’il était républicain fougueux, et en donnaient pour preuve l’empressement qu’il avait mis a se rendre possesseur du château de Rieux, au préjudice de la marquise douairiere d’Ouëssant, derniere dame de Rieux, alors réfugiée en Angleterre. Les autres prétendaient, au contraire, qu’il était secretement partisan des princes exilés, et que le château n’était, entre ses mains, qu’un « dépôt » dont il conservait précieusement la propriété a ses maîtres légitimes.

Cette seconde opinion était la mieux accréditée, et assurait a M. de Vauduy une sorte de popularité dans le pays ; car, il est a peine besoin de le dire a nos lecteurs, les campagnes bretonnes n’avaient point un fort grand amour pour le gouvernement républicain.

Au reste, tous les bruits qui couraient sur M. de Vauduy étaient des conjectures plus ou moins probables, et pas autre chose. Sa porte, en effet, restait habituellement close ; il ne voyait personne, si ce n’est parfois Jean Brand, ancien bedeau de Saint-Yon, au temps ou l’église était ouverte, et le docteur Saulnier, médecin du bourg.

Le citoyen Saulnier avait avec M. de Vauduy, quelques traits de ressemblance morale. C’était un homme froid et sévere ; mais ses opinions républicaines, poussées a l’exces, n’étaient un mystere pour personne ; et, comme les paysans des alentours, qui s’étaient déja soulevés plusieurs fois contre la Convention, donnaient aux soldats réguliers le sobriquet de Bleus, on ne connaissait guere le docteur, depuis Redon jusqu’a Carentoir, que sous le nom de Médecin bleu. Il n’était point aimé dans le pays, parce qu’il s’était joint a diverses reprises, en qualité de volontaire, aux colonnes républicaines qui pourchassaient les Chouans ; mais on s’accordait a reconnaître qu’il était médecin habile, et son talent lui était un boulevard contre la malveillance publique.

Une autre cause encore diminuait le mauvais vouloir des paysans, le docteur avait une fille, objet de respect et d’amour de tous.

Elle avait nom Sainte, et entrait dans sa quatorzieme année ; mais ceux qui ne la connaissaient point, en voyant son enfantin sourire et la candeur angélique de son front, lui auraient donné deux ans de moins. Parfois, pourtant, quand elle était loin de la foule, et qu’elle donnait son âme a cette reverie que souffle la solitude, on aurait pu voir son grand oil bleu s’animer sous les cils a demi-baissés de sa paupiere. Sa charmante tete, alors, devenait sérieuse, ses levres se rejoignaient et cachaient l’éblouissant émail de ses dents ; la ligne de ses sourcils, si noire et si pure qu’on l’aurait pu croire tracée par le pinceau d’un peintre habile, s’affermissait et tendait la courbe hardie de son arc ; tout son visage, en un mot, dépouillant l’indécise gentillesse des premieres années, revetait la beauté d’un autre âge.

En Bretagne, ou tout est matiere a superstitieux pressentiments, ce nom de Sainte et la précoce mélancolie qui assombrissait aussi parfois, sans motif, ce radieux visage d’enfant, semblaient un présage de mort prochaine. Quand elle passait, les paysans se découvraient, et les femmes tiraient leur plus belle révérence.

– Bonjour, not’demoiselle ! disaient-ils.

Puis se retournant, ils regardaient avec une naive admiration la légereté de sa démarche, et ajoutaient, en se signant dévotement :

– Dieu la bénisse ! Ce sera bientôt un ange de plus dans le ciel.

En attendant, c’était un ange sur la terre. Il n’y avait pas dans tout le bourg de pauvre cabane dont elle n’eut plus d’une fois passé le seuil. Elle allait partout porter aide et consolation. La souffrance semblait fuir a l’aspect de son frais et doux visage, et les cris de douleur se changeaient, quand elle apparaissait, en murmures d’allégresse et de bénédiction.

Sainte avait une amie : c’était la fille du ci-devant bedeau de Saint-Yon : Marie Brand. Marie, aussi belle, peut-etre, que sa compagne, avait un bon cour et une mauvaise tete. Elle était fiere outre mesure, ce qui eut semblé bien ridicule chez la fille d’un pauvre paysan, si Marie, spirituelle et parlant comme on parle dans les villes, n’eut point été mieux élevée que ses compagnes. Il y avait quatre ans seulement qu’elle habitait le toit de son pere. Jean Brand, qui était veuf, l’avait amenée un jour de bien loin, disait-il, sans s’expliquer davantage. Or, on savait au bourg de Saint-Yon que Jean Brand n’aimait point les questions indiscretes.

Pendant les premiers mois qui suivirent l’arrivée de Marie, Sainte et elle s’étaient liées d’une étroite amitié. Elles avaient mis en commun leurs joies et leurs chagrins d’enfant ; elles s’étaient confié leurs petits secrets, révélé leurs plans d’avenir, dévoilé ces fantastiques et mystérieux espoirs qui naissent au cour des jeunes filles. Le citoyen Saulnier avait paru voir d’abord sans répugnance cette intimité. Mais lors du premier soulevement du Morbihan, qui eut lieu en 1791, Jean Brand fut soupçonné d’avoir fait partie des insurgés. Depuis ce jour, Sainte reçut l’ordre de ne plus voir Marie. Elle pleura : mais elle obéit.